Nos Partenaires

Stages de survie CEETS

Auteur Sujet: Voyager ou s'enchaîner ?  (Lu 1576 fois)

21 octobre 2011 à 12:06:11
Lu 1576 fois

nésurlo


Mon Dieu que je trouve parfois la France petite et étouffante ! Dans mes moments de doute, je ne vois plus que les barbelés qui délimitent les propriétés, les réglementations qui me refusent quelques mètres carrés de terre pour y construire mon refuge, mon abris, mon cocon, mon nid loin du bruit, des médisances et médiocrités de la vie citadine. Je me prends alors à rêver de la cabane de Sylvain Tesson lovée au creux d’une baie sauvage du Lac Baïkal, aux infinies étendues d’eau qu’Ilya Klavana a traversé à la pagaie à travers l’Alaska sauvage ou encore à Emeric Fisset qui en a fait de même à pied. Je pense aux océans que Gérard Janichon avec son voilier Damien à parcouru à la découverte du Grand Sud. A ses récits anciens tels que le Périple de Beauchaine en Terre de Feu avant même que le XVIIe siècle ne naisse, où chaque escale était alors une découverte.

Et pourtant, découvrir avec ses pieds son environnement proche, quoi de plus naturel en somme ? Besoin d'évasion... partir loin ? Ne vaut-il pas mieux vivre un voyage au pas de sa porte en prenant le temps de rencontrer l'autre, de s'asseoir sous un vieil arbre et d'ouvrir les yeux pour laisser la lumière du soleil envahir et teinter un champ en fleur, assister au réveil des petits animaux, à la brume qui se dissipe ? N'est-ce pas l'orgueil, le besoin de faire rêver, de correspondre à l’image de l’aventurier dans l'espoir de s'accepter qui nous pousse trop souvent à rêver d'horizons lointains ? Mais si je tiens ce discours, n’est-ce pas parce que j’ai réalisé une partie de mon voyage ? N'est-ce pas pour être plus honnête encore, parce que je suis déchiré entre mon besoin de voyager sans chronomètre et mon désir de fonder une famille avec ma compagne ?

Comme Obélix, je suis tombé dans le chaudron étant petit ; goûtant à la vie montagnarde dans un petit village Suisse, découvrant la voile et voulant la vivre comme un art, une chorégraphie harmonieuse pour orchestrer les énergies du vent et de l’eau. A pied aussi, sur les chemins de Saint Jacques de Compostelle, à vélo pour renforcer encore nos soudures avec un ami d’enfance, sur un coup de tête quand nous décidions à une heure du matin avec quelques proches de faire trois cent kilomètres en voiture pour arriver à temps voir le Soleil transformer le bleu d’un glacier en or.

Dix années passées sur l’eau, à proposer à mes équipages une vie différente, un mode de communication plus authentique, moins pudique, plus vrai, plus profond m’ont donné une soif intarissable de la rencontre avec l’autre, si différent et si proche de nous tout à la fois. C’était touchant d’essayer de veiller sur ces gens, de constater que jamais ils ne faisaient le choix d’une croisière au hasard. Elle survenait toujours à un tournant de leur vie, à une période où leur existence posait une grande question qui les taraudait. J’ai ainsi accompagné le dernier voyage bouleversant d’une femme. Jour après jour, son état se dégradait et pourtant, elle était sereine. Elle m’a appris à plonger dans l’infini d’un coucher de soleil, dans l’écoute du chant des oiseaux nocturnes qui peuplaient une île, elle en parlait avec une délicieuse précision comme si elle voulait apprendre ces choses par cœur pour les emmener avec elle vers son ultime destination. J’ai eu le bonheur de voir se transformer cet homme qui avait posé son sac à bord persuadé que sa vie était derrière lui puisqu’il avait été jeté en préretraite et qui, au bout d’une dizaine de jours, avait retrouvé l’appétit et s’élançait du premier étage des barres de flèches en saut de l’ange comme s’il avait eu vingt ans.

Le voilier était mon sanctuaire, il offrait un regard différent sur le monde.
En une décennie, la mer m’a offert des émotions célestes comme quand la nuit s’installait sur sa surface d’huile où venaient se refléter tous les astres de la voute céleste. Le plancton luminescent faisait briller à son tour des milliers d’étoiles filantes dans le silencieux sillage du voilier.
Elle m’a aussi fait découvrir la peur, celle que l’on ne peut chasser. L’immensité de sa puissance me réduisant à prier pour qu’elle nous épargne. La fatigue aussi, celle que l’on n’arrive plus à combattre quand après vingt-quatre heures passées à la barre, on ne peut plus lutter et que l’on ne peut que la confier au destin.

Depuis que j’ai posé pied à terre, je ne me sens plus capable de revivre tout ça. J’ai pris goût aux havres qu’offrent les escales et le plancher des vaches me réconforte de ses années passées dans le hurlement du vent. Je ne voyage plus que par épisodes,je tends à la quiétude, à la paix intérieure et c’est sans doute pourquoi mes destinations n’ont plus besoin de me distraire de moi-même. Pour autant, cette paix, je suis loin de l'avoir trouvée car malgré tout, je ne sais quel est mon graal, partagé entre le désir d'un foyer et la peur qu'il ne m'enchaîne. Peut-on guérir du virus  du voyageur ? peut-on s'épanouir dans une vie dite 'civilisée" où les murs et les idées ne sont que trop bien arrêtées ? Puis-je continuer lors de mes  quelques heures de libre de la semaine à me demander avec angoisse ce que je vais bien pouvoir faire, où vais-je pouvoir aller en un si court laps de temps pour me ressourcer ?

il y a ceux qui ne rêvent plus, il y a ceux qui rêvent, et puis il y a ceux qui réalisent leurs rêves.
voyages-originaux.over-blog.com

21 octobre 2011 à 12:37:51
Réponse #1

nésurlo


J'écris ça, ce n'est pas de la fausse modestie, ce n'est vraiment pas pour autre chose que le désir de partager mon questionnement, ok ? :)
il y a ceux qui ne rêvent plus, il y a ceux qui rêvent, et puis il y a ceux qui réalisent leurs rêves.
voyages-originaux.over-blog.com

21 octobre 2011 à 13:53:28
Réponse #2

Bison


Je viens juste de te lire en entier ...

En toute première impression donc, j'ai noté spécifiquement :
Citer
Mais si je tiens ce discours, n’est-ce pas parce que j’ai réalisé une partie de mon voyage ? N'est-ce pas pour être plus honnête encore, parce que je suis déchiré entre mon besoin de voyager sans chronomètre et mon désir de fonder une famille avec ma compagne ?
En gros, est-il possible d'avoir le beurre et l'argent du beurre, et le sourire de boulangère en plus?  :D

Pour ce que je connais de la vie :  il y a un temps pour tout ... et fonder une famille après avoir réalisé ses rêves, après avoir "vécu" ... c'est bien!

C'est une vrai nouveau départ, sur une mer et vers une destinations inconnues, bien plus angoissant que la course en voilier. Ce n'est pas un contrat de quinze jours ou de six mois ... c'est un engagement de 20 ans ... minimum!

Pour ce qui est des moments de libertés ... on les trouve, quand on les cherche!
Et on les apprécie d'autant plus!

Bonne chance à toi!
Un enfant qu'a pas une paire de bottes, une canne à pêche et un lance-pierre, c'est pas un vrai. (A. Gavalda)

21 octobre 2011 à 14:22:16
Réponse #3

nésurlo


Merci Bison,
 "bien plus angoissant que la course en voilier"
C'est ça que je ne regarde pas en face. ça me fout une trouille monumentale d'avoir changé de métier, de devoir ramener suffisamment d'argent au foyer, de s'habiller selon un code social qui m'échappe, de dépenser une journée de travail pour passer une heure dans un resto en écoutant d'une oreille distraite les fausses conversations, les potins mondains de ces gens qui n'ouvrent jamais leur coeur. ça me fout la trouille parce que je ne suis pas bon dans cette "survie" là. Je ne me sens pas capable d'offrir une vraie maison et des vacances façon touriste, une voiture "in" et des week-end en thalasso. Je ne gagne pas assez d'argent pour ça. Je ne me sens à l'aise dans la ville que lorsqu'elle tourne à l'envers quand par bonheur pour quelques heures la neige vient la paralyser. Je vie comme une agression, les efforts immédiatement faits pour vite retirer cette blancheur au profit du noir goudron !
Bref, si ça se trouve, j'ai tellement la trouille que je cherche sans doute à fuir !
Allez, je vous fout la paix avec mes questions existentielles !
J'avais le besoin d'en parler, et ici, avec vous, on se sent bien !
A+ :doubleup:
il y a ceux qui ne rêvent plus, il y a ceux qui rêvent, et puis il y a ceux qui réalisent leurs rêves.
voyages-originaux.over-blog.com

21 octobre 2011 à 14:24:31
Réponse #4

Ishi



Pour ce qui est des moments de libertés ... on les trouve, quand on les cherche!
Et on les apprécie d'autant plus!


Et les moments de liberté ce font aussi en famille.
L'engagement est différent, on joue la sécurité pour notre famille et les bonheurs sont nombreux.
Comme le regard émerveillé de mon fils devant une hutte de castors alors que nous faisions une rando en canoe.  :love:
Mon regard a changé avec mes enfants, là où j'étais blasé, je vois au travers de leurs yeux plein de merveilles.
Steph
PS: tu vas finir par être obligé de venir à Millau pour faire une conférence  ;)
La terre n'appartient pas à l'homme, l'homme appartient à la terre.

21 octobre 2011 à 14:31:00
Réponse #5

Ishi


ça me fout une trouille monumentale d'avoir changé de métier, de devoir ramener suffisamment d'argent au foyer, de s'habiller selon un code social qui m'échappe, de dépenser une journée de travail pour passer une heure dans un resto en écoutant d'une oreille distraite les fausses conversations, les potins mondains de ces gens qui n'ouvrent jamais leur coeur. ça me fout la trouille parce que je ne suis pas bon dans cette "survie" là. Je ne me sens pas capable d'offrir une vraie maison et des vacances façon touriste, une voiture "in" et des week-end en thalasso. Je ne gagne pas assez d'argent pour ça. Je ne me sens à l'aise dans la ville que lorsqu'elle tourne à l'envers quand par bonheur pour quelques heures la neige vient la paralyser. Je vie comme une agression, les efforts immédiatement faits pour vite retirer cette blancheur au profit du noir goudron !


Ne le prends pas mal mais je vais te poser 2 questions:
Es-tu sur que tu as trouvé la bonne campagne pour partager ta vie?
Pourquoi vivre en ville, ne peux-tu pas te faire muter à la campagne?
La terre n'appartient pas à l'homme, l'homme appartient à la terre.

21 octobre 2011 à 14:54:08
Réponse #6

nésurlo


Merci Ishi ... et je n'ai pas oublié l'invitation à Millau !
C'est fou comme vous faites du bien les gars. Non sérieux ! Quand on est concerné par une question c'est pas toujours évident de réussir à prendre une distanciation suffisante pour y voir plus clair. De quoi avons nous vraiment besoin dans la vie ? donner de l'amour, en recevoir.

Pour répondre à tes deux questions (que je ne prends évidement pas mal):
La bonne compagne ? Pour ce qui est du monde de vie... pas sûr ! Pour ce qui est des sentiments... c'est sûr.
La campagne... va falloir encore attendre quelques années parce que j'ai déjà deux enfants (divorce il y a 10 ans) et que je veux rester près d'eux quoi qu'il m'en coûte. C'est la moindre des choses, et puis je ne pourrais plus me regarder dans une glace si je reprenais ma vie sans tenir compte d'eux et je serais malheureux. Je ne les vois pas beaucoup (1we sur 2) et quand je les vois je dois composer avec ma compagne, alors si en plus je m'éloigne !
il y a ceux qui ne rêvent plus, il y a ceux qui rêvent, et puis il y a ceux qui réalisent leurs rêves.
voyages-originaux.over-blog.com

21 octobre 2011 à 16:37:42
Réponse #7

lambda


Salut à vous...

Nésurlo, ca va pas te servir des masses ce que j'écris là.... mais j'ai les mêmes sentiments que toi, avec une nouvelle compagne et un bout de choux avenir au printemps prochain...

Nouvelle configuration, c'est sûr, mais je m'interdis de renoncer à ce qui me tient à coeur.... "là haut"...
Ma compagne le sait et nous partageaons le même intèrêt pour ces autres horizons...
Ma solution à moi, bien imparfaite et complètement subjective, consiste à repenser mes virées et projets de vie "là haut"...

La question est devenue dans ma tête, non pas "est ce que je dois faire une croix sur tout ça?", mais simplement "bon comment se réorganiser pour reprendre le sac et y aller encore et plus, là haut, ensemble avec mon amie et le bout de choux...".
Mes objectifs restent les mêmes, la façon de les atteindre doit juste être adaptée...

Et je reste aussi persuadé comme Ishi ou d'autres que ce que tu as connu en solo ou en équipe mais de façon engagée ou aventurière, et bien tu le redecouvrira d'une autre façon et apprendra encore beaucoup plus de chose sur cet univers qui te plait tant, par le biais de ta compagne et/ou progéniture émerveillée...

Perso, je le vois comme ça pour ma tribu en devenir et moi...

à+,
Lambda
"I want to live in a society where people are intoxicated with the joy of making things." William S. Coperthwaite

21 octobre 2011 à 17:28:13
Réponse #8

eric44


je pense qu'il faut composer .....
le jour ou j'ai pris la mer , mon capitaine m'a dit : "eh gamin , la mer appartient à celui qui ose la prendre "
depuis, j'ai composé, mes reves ont évolués : plus de voiliers, plus de départs ....
j'ai eu la chance de naviguer, de faire des conneries, d'etre capitaine...
maintenant suis marinier, je rentre de temps en temps à la maison ( et je pars me ressourcer en foret ...)
bon courage l'ami !
et n'oublie pas: on a qu'une vie !

 


Keep in mind

Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
avec bienveillance, curiosité et un appétit pour le dialogue et la réflexion que l'interlocuteur peut susciter. »


Soutenez le Forum

Les dons se font sur une base totalement libre. Les infos du forum sont, ont toujours été, et resteront toujours accessibles gratuitement.
Discussion relative au financement du forum ici.


Publicité

// // //