Maladie de Lyme : des patients en lutte contre les autorités sanitaires
Le Point.fr - Publié le 30/06/2012 à 12:01
Des milliers de personnes protestent contre le protocole de détection de la maladie transmise par les piqûres de tiques.
Photo d'illustration © Konstantin Chalabov / AFP
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Des milliers de patients et des professionnels de santé mènent une fronde contre les autorités sanitaires autour de la maladie de Lyme : ils contestent la manière dont on détecte et on soigne en France cette affection transmise par les piqûres de tiques. L'approche "officielle" de cette maladie bactérienne, définie en 2006 lors d'une conférence scientifique, ne fait pas consensus. Et cela dès le diagnostic : pour les "rebelles" de Lyme, le protocole de test sanguin ne permet pas de détecter, et de loin, tous les cas réellement positifs.
Conséquence : "vous souffrez depuis des années, vous avez tous les symptômes de Lyme, mais le test est négatif, alors on vous dit non, ce n'est pas ça, c'est autre chose, et on vous donne un traitement qui ne sert à rien", résume Judith Albertat, qui a elle-même été confrontée à cette situation.Cette Toulousaine, ancienne pilote de ligne devenue naturopathe après un "long parcours du combattant" pour se soigner, préside aujourd'hui Lyme sans frontières, une association de malades en colère créée en mars à Strasbourg.
Près de 10 000 personnes ont signé la pétition lancée par cette association pour dénoncer le "déni" de cette maladie et de sa fréquence par les pouvoirs publics. Selon elles, la maladie traitée tardivement ne peut être soignée par antibiotiques et s'installe alors dans une forme chronique. Quelques médecins soutiennent cette hypothèse, comme le Pr Christian Perronne, infectiologue à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine), ou encore le Pr Luc Montagnier, co-découvreur du virus du sida et Prix Nobel de Médecine. Mais au Centre national de référence de la maladie de Lyme, basé à Strasbourg, les spécialistes réunis autour du Pr Daniel Christmann réfutent en bloc cette thèse. Selon eux, si des symptômes subsistent après le traitement antibiotique, ce n'est plus la bactérie de Lyme qui est en cause. Pour le Dr Pierre Kieffer, du CHU de Mulhouse, les douleurs articulaires et musculaires décrites dans de tels cas sont réelles, mais peuvent relever d'une "composante psychologique".
Alternatives
La controverse est d'autant plus vive que les patients en colère croyaient avoir trouvé des méthodes alternatives pour se soigner, notamment le Tic-Tox, une préparation naturelle à base de sauge fabriquée par une petite entreprise alsacienne. Mais l'Agence de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a interdit en janvier dernier ce produit, arguant notamment qu'il n'avait pas obtenu d'autorisation de mise sur le marché (AMM) et que l'entreprise qui le fabriquait n'était pas homologuée en tant que laboratoire pharmaceutique.
Son gérant, Bernard Christophe, diplômé en pharmacie, devra d'ailleurs répondre de ces faits en septembre devant le tribunal correctionnel de Strasbourg. À ses côtés comparaîtra Viviane Schaller, gérante d'un laboratoire d'analyses biologiques bien connu des "rebelles" du Lyme, car il pratiquait des tests différents de ceux officiellement préconisés. De ce fait, il a annoncé à des milliers de patients qu'ils avaient la maladie, alors même qu'on leur avait longtemps dit le contraire. Fin mai, l'Agence régionale de santé a fait fermer le laboratoire de Mme Schaller.
Les patients en colère crient au "harcèlement" et à la "répression". Et assurent que derrière cette polémique se profilent d'énormes intérêts économiques, ceux des laboratoires pharmaceutiques. "On préfère mal soigner tous les symptômes du Lyme avec toutes sortes de médicaments qui coûtent des millions à la Sécu, plutôt que de s'attaquer vraiment à la maladie", dénonce Judith Albertat. En revanche pour le Dr Kieffer, défenseur de la ligne "officielle" qui dit connaître le Lyme "par coeur", cette controverse relève du "délire". "C'est une dérive sectaire : des gourous profitent de la crédulité de gens fragiles en entretenant leurs angoisses".