Tout à fait d'accord, mais z'ont qu'à emm*rder ceux à qui s'adresse cette grève. Pourquoi ne pas bloquer la sortie de l'Elysée, ou je sais pas quoi, par exemple ? Je me suis toujours posé cette question. Sérieux. Si quelqu'un pouvait éclaire ma lanterne, j'aimerais bien.

Ce n'est pas que je n'ai pas d'avis sur ce sujet, mais je me demande si c'est bien le lieu pour l'exprimer. De plus, il faudrait faire un post long. Vraiment long, pas comme ceux que je fais sur le forum :tongue:
Je vais essayer de répondre seulement sur la question précise de Kurodo :Pour comprendre les mécanismes à l’œuvre, je vais me servir du modèle interactionniste de Crozier. D cemodèle découle ce que l'on appelle : "l'analyse stratégique"....
Dans ce modèle pouvant servir de cadre interprétatif à des conflits sociaux, il y a plusieurs points à se remémorer :
1 Le système social est considéré comme un ensemble d’acteurs engagés entre eux dans des relations d’échanges complexes.
2 L’organisation sera représentée sous forme d’un réseau d’interactions composé d’une pluralité d’acteurs intelligents, poursuivants des buts différents, sinon contradictoires et qui s’ajustent en permanence par une série de conflits/ coopérations.
3 Ces acteurs (groupes) sont :
-intelligents, dotés de mémoire, projets, capacités d’anticipation…
-Ils ne s’impliquent pas sans motif dans une relation social et cherchent à maximiser leur utilité
4 Au final pour les parties responsables….Il faut tendre vers des armistices sociaux.
Représentation du modèle :
-----------Par l'intermédiaire de règles du jeu-------------->
Système de pilotage + système technique Acteurs
<------------------En jouant sur les règles --------------------
Dans cette représentation, le système de pilotage et le système technique agissent sur les acteurs par l'intermédiaire de règle du jeu. Evidemment ils essayent que ces règles du jeu leur soient favorables.
Les acteurs, qui sont intelligents (mémoire, apprennent, poursuivent des buts...) répliquent en jouant sur la règle.
Exemple Familial:
Vous émettez en tant que système de pilotage de la famille une règle "les enfants doivent être couchés à 20 h". Soyons "machos"

, le système tehcnique (votre conjointe) fait respecter la règle à vos enfants (acteurs)...
....du fait du "rapport de force" (armistice sociale) il s'exécutent. MAIS, ils ne s'endorment pas et jouent à la Game Boy dans le lit (jeux sur les règles).
Formellement, vous ne pouvez pas sanctionner. Si vous le faisiez alors qu'ils sont respecté la règle, vous deviendriez un despote, ce qui justifierais une rébellion...
Vous émettez une règle supplémentaire "Pas de Game boy", votre enfant sort sa "nintendo DS"....Et ainsi de suite...

Il arrive un moment ou vous épuisez à emettre des règles et à surveiller l'application de celles-ci....vous "lachez du lest"....on tends vers une nouvelle armistice sociale...

Remarque :
Les acteurs en jouant sur les règles peuvent en retour agir sur le SP/STE en le modifiant. Par exemple, le terrorisme en ne respectant pas les règles de la démocratie, peut amener celle-ci à se transformer en dictature et ainsi à justifier son action...

Une fois ce préambule posé, toute situation peut être analysée en suivant le processus suivant (analyse stratégique) :
1. Avoir une vue claire des acteurs en présenceNous avons d’une part des cheminots, leurs syndicats et les confédérations syndicales représentatives (c'est à dire
BENEFICIANT de l'armistice sociale de 1948 :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Repr%C3%A9sentativit%C3%A9_syndicale, d’autre part un gouvernement nouvellment élu et prônant l’économie de marché.
Comme nous sommes en démocratie, chacun cherche à se réclamer d’une « majorité » de façon à légitimer leur action.
Cette même population pouvant, seule, in fine décider de l’issue du conflit. Le gouvernement ne peut pas aller durablement contre l’opinion publique dans une démocratie, sauf à perdre sa légitimité.
De même l’arme des syndicats c’est de dire qu’ils combattent pour une « majorité silencieuse ». Ce qui légitimise leur action. Ils ont formellement abandonnés lesm oyens non démocratiques.
2. Des enjeux qui les motiventChacun cherche à maximiser ses profits.
Tactiquement :
Le gouvernement veux faire plier les syndicats cheminots, de façon a affirmer son autorité issu des urnes.
Les cheminots souhaitent préserver leurs droits spécifiques à la retraite, qui sont une part de leur rétribution globale…si on calcule celle-ci tout au long de la vie.
Stratégiquement :
Le gouvernement, s’il remporte cette victoire sociale, aura les mains libres pour continuer sa réforme en 2008. Le (bonne) technique de marketing politique qu’il emploi pour arriver à ses objectifs (réformer massivement les dispositifs de retraites) est celle du chauffage lent sur la grenouille…
Les cheminots et leurs syndicats savent bien que l’ouverture à la concurrence du marché va remettre en cause, économiquement, certains acquis. Ils doivent dissuader le gouvernement de diminuer leur rétribution, encore plus, à l’avenir. Et donc se montrer combatif.
Les centrales syndicales (pas seulement les syndicats cheminots, mais les confédérations rassemblant tout les syndicats et qui cogèrent le système social français depuis 1948/1950) souhaitent s’appuyer en 2008 sur la combativité de certains secteur lors des négociations (« si vous ne cédez pas du grain à moudre, nous allons nous faire déborder par la base »)….Donc elles sont, un peu, pour une grève dure.
Mais elles ne souhaitent pas une durcissement de la situation qui discréditerait les centrales comme négociateur fiable (cad : capable de discipliner ses troupes, donc de négocier) ou qui entraînerait une victoire totale du gouvernement. Et donc hypothéquerait les discussions de 2008. Et, pire encore, serait susceptible d'inciter le système de pilotage (gouvernement) à remettre à plat le système technique que constitue les syndicats "représentatifs" au sens de la loi de
1950.
3. Des ressources ou pouvoirs dont ils disposentLe gouvernement (système de pilotage), dispose de l’opinion publique majoritaire du fait de l’élection récente. Nier cela serait remettre en cause le système démocratique. Ce qui consiste à ouvrir la boite de Pandore...
Les syndicats cheminots (système technique), possèdent un pouvoir de nuisance, induisant un mécontentement sur la population. Ils ne peuvent eux-mêmes agir durablement contre l’opinion publique. En revanche, soit prétendre représenter la "majorité silencieuse" (grâce au sondage ou à la notion "d'élite de la classe ouvrière"...). Ou bien, ils peuvent espérer que les gens mécontents rejettent la responsabilité de cette situation sur le gouvernement (transfert sociologique assez semblable au syndrome de Stockholm).
4…Anticiper leurs stratégies et la manière dont elles peuvent se combinerPour le gouvernement, il s’agissait de présenter d’emblé les cheminots (ici considérés, avec leurs syndicats spécifiques, en tant qu’acteurs) comme des nantis. En mettant en avant le seul aspect des retraites : C’est la technique de négociation dite du saucissonnage.
S’il réussit à faire passer les cheminots pour des « privilégiés » (au sens français révolutionnaire « nobles ») il possède un double atout : les Français sont très attachés à « l’équité » et les syndicats français (historiquement révolutionnaires) ne peuvent pas se mobiliser autour de « la défense des privilèges ». C’est une position très favorable….il suffit de laisser « pourrir » la situation.
Ce faisant, on applique la stratégie de Sun Tzu : "commencer par se rendre invulnérable, attendre que l'adeversaire le devienne..."
Les centrales syndicales (en tant que système technique : courroie de transmission du système de pilotage) ont bien compris qu’elles abordent ce conflit en étant battu d’avance. Elles peuvent juste espérer négocier les modalités d’application.
Bien sûr elles ne peuvent pas le dire ouvertement aux acteurs (cheminots, syndicats cheminots). Déjà, par exemple, que la CGT est débordée par de nouveaux mouvements (Sud., coordination) ce serait laisser la porte ouverte à de multiples scissions en son sein.
Il existe des zones non maîtrisées pour les deux parties : mouvements étudiants incontrôlables, coordination sauvages de cheminots….Aucune des deux parties, qui font partie du système technique ou du système de pilotage de notre société, n’ont intérêt à favoriser cette évolution.
En résumé : Aucun intérêt pour les confédérations syndicales, les syndicats cheminots, et les cheminots d’aller manifester « devant l’Elysée ». (cf. point 3 du cadre d'analyse).
Cela serait remettre en cause les fondements de notre société…Ce n’est pas une chose qu’il faut demander à la technostructure (système technique).
Aucun gain, sinon de discréditer, par une action contre la démocratie, la base même de leur seul pouvoir : leur légitimité vis-à-vis de la population.
Les organisations qui appuieraient cette démarche cesseraient de faire partie du système technique de notre société perdraient toutes utilité vis-à-vis du système de pilotage (gouvernement) et toute légitimité vis-à-vis du peuple : que des coups de matraques à prendre…
Petite conclusion cynique....Tactiquement, on pourrait envisager d'envoyer quelques étudiants jeunes, inexpérimentés, "encadrés" et/ou idéalistes, histoire de faire chauffer la cocotte, mais le risque est vraiment trop important, pour le système de pilotage et (surtout) le système tehcnique (confédérations syndicales, syndicats cheminots affiliés aux grandes confédérations, syndicats cheminots très remunats en quête d'honorabilité (reconnaissance par le gouvernement, modification de la loi de 1949 à leur avantage, avec accès aux organismes de gestion paritaire...) et ceux qui vivent (au final) grâce à la stabilité de l'état : les cheminots....et les fonctionnaires de Police, Gendarmerie et autres

Voici la réponse que je propose à Kurodo.

PS : Il faut bien comprendre l'enjeu de la "Représentativité des centrales syndicales" ( ne pas s'offusquer trop vite : ce qui a permis il y a quelques années de contrer la tentative du FN de constituer des syndicats FN, mais aussi au système de pilotage de maintenir les sysndicats anarchistes à l'écart...): source Wiki :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Repr%C3%A9sentativit%C3%A9_syndicaleLa représentativité doit être prouvée devant le Tribunal d'instance.
La représentativité d'un syndicat résulte de cinq critères (L'article L 133-2 du code du travail) :
L’indépendance, aussi bien vis-à-vis de l’employeur que d’autres groupements (parti politique, association…)
Importance des effectifs (nombre d’adhérents). La syndicalisation étant faible en France, les juges prennent en compte le taux de syndicalisation de la branche ou de l’entreprise.
Montant de cotisations reçues. Elle doit être la manifestation d’un attachement durable des syndiqués à leur organisation et permettre une gestion indépendante.
Expérience et ancienneté du syndicat.
L’attitude patriotique pendant l'Occupation.
À ces cinq critères, la jurisprudence en a ajouté deux :
L'activité du syndicat, en termes d'ampleur et d'efficacité.
La capacité à mobiliser les salariés, autrement dit l'influence du syndicat