Après avoir rongé mon frein quelques jours, je me lance. Je vais surtout traiter de la question : pourquoi un individu prend des risques ? Que cherche-t-il ? Qu'est ce que ça lui apporte ?
1/ La prise de risque comme ultime espace de liberté
A titre individuel, chacun tient à sa santé, à avoir un système de soin efficace et sûr, ce qui est bien sûr louable. Repris à un niveau sociétal (et politique), cette préoccupation, prise en compte au premier chef, à permis d'augmenter l'espérance de vie et la santé en générale, de diminuer la mortalité infantile. Par corollaire, la mortalité diminuant, la vie est devenue plus précieuse, ce qui en soi est une bonne chose.
Ainsi, petit à petit, notre société occidentale moderne en est venue à vouer un culte à la vie qu'elle ne cesse de sacraliser.
Par conséquence, pratiquer des activités où l'on met, potentiellement, sa vie en jeu est devenu un sacrilège. Les questions posées en terme de "moralité publique" par Bison dans un autre fil en sont la parfaite illustration.
Mais ce sacrilège n'est-il pas aussi ce qui attire l'aventurier (de façon plus ou moins consciente) ?
Combien de fois, au retour d'"expédition" a t on ressenti ou entendu : "je me suis senti vraiment vivant", "j'ai eu l'impression de revivre","je me senti en totale liberté, en totale harmonie avec moi même", etc...
Risquer sa vie (de manière réelle ou imaginaire) devient ainsi une manière de se réapproprier sa propre vie, en bravant un tabou social pour reprendre en main sa propre destinée. On expérimente (enfin) que notre propre vie nous appartient, quoiqu'en dise la bienséance.
2/ De l'engagement vers la confrontation avec soi même
Là encore, les activités à risque vont à contre courant de la tendance sociétale.
Quand on parle de s'engager dans le langage de l'aventurier, on veut exprimer la difficulté de faire demi tour en même temps que l'acceptation d'une part d'aléatoire.
Or que nous propose notre société : de la maîtrise, tout est de plus en plus aseptisé, règlementé, normé et du zapping (pas qu'à la télévision. Dans une recherche hédoniste, on est prêt à changer d'emploi, de compagne, on teste tous les sports sans en approfondir aucun, etc...).
Dans une activité engagée, on ne peut donc pas arrêter le match pour cause de bobo ou de lassitude. On y est et on y reste, qu'on le veuille ou non ! Pas d'arbitre ni d'assistance : on fait seul, avec les moyens du bord, SES moyens. Et c'est là qu'intervient la confrontation avec soi-même. Il n'y a plus d'artifice possible, on fait avec ce qu'on sait mais surtout avec ce qu'on EST.
Là encore, on retrouve ce sentiment en filigrane dans les discours d'aventurier "j'ai été confronté à mes limites, à moi même", "ça m'a permis de mieux me connaitre", etc...
3/ Frôler la mort pour se sentir vivre
Dans certaines tribus primitives, lorsqu'un différent entre deux personnes ne pouvait être résolu ou lorsque la culpabilité d'une personne ne pouvait être prouvée, on avait recours à un jugement divin appelé Ordalie. Cela consistait en une épreuve très difficile au cours de laquelle l'individu mis à l'épreuve n'avait qu'une faible chance de s'en sortir vivant ou du moins indemne. Si c'était le cas, alors le/les Dieux l'avaient reconnus innocent, l'autre alternative étant la mort.
D'une manière imagée et souvent inconsciente, l'Ordalie joue chez les aventuriers modernes. Faire des activités risquées et s'en sortir vivant donne ou peut donner le sentiment que sa vie vaut le coup puisqu'on a passé l'épreuve. Ce concept est développé par David LEBRETON dans "Passion du risque".
Une fois de plus, on retrouvera cette notion dans le discours des aventuriers : "je ne me suis jamais senti autant vivant", etc...
4/ Etre en prise directe avec la nature : avoir des actions fondées
Dans les activités engagées et risquées se déroulant en milieu naturel, l'aventurier est soumis aux lois de la nature. Celle-ci est parfois rude mais elle est incorruptible et surtout, toujours objective (on ne peut pas la taxer d'être injuste ou de pratiquer du favoritisme).
Dans sa vie de tous les jours le citoyen lambda exécute des tâches dictées par des lois sociales plus ou moins fondées : à tel emploi correspond tel code vestimentaire, à tel interlocuteur correspond tel type de langage, à telle heure correspond tel type d'activité, etc... Sans porter de jugement de valeur sur ces lois et codes, Monsieur Lambda, quand il prend le temps de réfléchir, se rend vite compte qu'il ne sait plus vraiment pourquoi il agit de telle ou telle façon. Parce que ça se fait comme ça, par habitude.
Notre aventurier, lui, sait référencer chacune de ses actions puisqu'elles sont dictées par la nature, par les impératifs de la situation. Chaque instant, chaque bribe d'énergie sont consacrés, sinon à la survie, du moins à la réussite de son objectif.
Ainsi, ses actions ont du sens, font sens et sa vie prend du sens.
5/ En conclusion
Selon moi, pratiquer des activités engagées comportant une part de risque apporte un plus à l'individu.
Savoir prendre des décisions importantes,
Dépasser ce qu'on croyait être ses limites,
Etre seul responsable (au sens de celui en capacité à apporter des réponses) dans des moments critiques,
Devoir agir sans artifice ni échappatoire,
Tout cela est une grande leçon de vie qui transforme objectivement une personne [ça me fait penser à une réflexion de David dans un autre post où il avait le sentiment d'appartenir au même monde qu'elle, qu'elle était faite du même bois. Et oui, David, on se reconnait, parce qu'on a été transformé dans le même sens et de la même façon] et, à mon sens, dans un sens positif.
Si cette quête est au départ individuelle, voire égoïste, il me semble qu'elle peut avoir un rejaillissement positif au niveau professionnel ou familial. Quand on est passé dans ce moule, on sait ce qui est important et ce qui est du vent. Quant au niveau social, j'ai parfois l'impression que ce qui important dans notre société, c'est justement le vent.......