Bonjour,
je lis le forum depuis quelques jours. J'aurais souhaité commencer ma présence ici par une présentation en bonne et due forme, mais ce fil m'a donné envie de réagir, car pour moi aussi, le livre de Martial Vout a été une révélation. Par contre, je n'en ai pas retenu le même résumé que Kurodo...
Mon résumé express de ce livre, sans le relire :
- tout d'abord, sécurité passive : fermer la porte chez soi, ne pas ouvrir à l'employé du gaz si on ne l'a pas fait venir, ne pas rentrer seul(e) dans les quartiers qui craignent, etc. Martial Vout, en tant que garde du corps, ne va certainement pas oublier cela.
- ensuite, respect de soi, de son intégrité : apprendre à dire non, repérer et travailler sur ses blocages (manque d'estime de soi, etc.).
- votre agresseur est prêt à vous tuer ou vous violer : n'ayez pas de précaution pour lui. Beaucoup de gens sont paralysés par la peur de faire mal, pensent à des trucs aussi bêtes que "si je le fais tomber sur du goudron, il va se faire mal", et arrêtent leur geste de défense.
- en cas d'agression, les gens qui ne sont pas des warrioris avec entraînement quotidien subissent une forte dose d'adrénaline. Ils perdent la motricité fine et asymétrique et même une partie de la vision latérale. Reste trois possibilités, bien connues : paralysie (inhibition de l'action) ; mobilisation de l'énergie sur les gros muscles pour fuir ; mobilisation de l'énergie sur les gros muscles pour se défendre en retour.
Il cite d'excellents exemples, tels ces policiers ayant reçu un entraînement au tir au pistolet avec visée asymétrique à l'oeil. Dans une situation de stress intense, ils empoignent le pistolet à deux mains et tirent au jugé, sans aligner l'arme avec l'oeil... Conclusion : pourquoi ne les entraîne-t-on pas à affiner cette technique de tir instinctif, plutôt que de leur enseigner une méthode inutilisable en cas de stress intense ?
Autre truc qui m'a fait tilt : un moyen de maîtriser l'adrénaline qui monte, c'est de maîtriser sa respiration par des méthodes respiratoires spécifiques. On s'étonne moins que de nombreux arts martiaux aient des exercices de respiration, qui paraissent ésotériques et/ou inutiles aux pratiquants modernes en dojo ! En fait il s'agit de garder la maîtrise de soi qui permet (au guerrier entraîné) de réussir des techniques fines et asymétriques en situation réelle.
- donc, pour les gens qui ne sont pas des guerriers avec entraînement quotidien : apprendre à mobiliser les gros muscles pour se défendre. Pratiquer, "libérer" des frappes plus ou moins instinctives, celle que font par exemple les enfants quand ils se battent : coup de pied dans le tibia, coup au visage avec la main en forme de griffe, doigts dans les yeux, attraper une oreille et tirer d'un coup sec, mordre et arracher tout ce qui est portée... Il explique aussi que, contrairement aux idées reçues, frapper à l'entrejambe est rarement efficace : un homme protège instinctivement ces parties et il est assez difficile de viser juste (ça bouge). De plus, de nuit ou par surprise, rien n'indique que l'agresseur ne soit pas une femme !
- ça ne s'apprend pas dans les bouquins... relire : respect de soi, apprendre à dire non...
Et dans ses stages, après la théorie, puis la pratique en salle, mise en pratique réelle : à l'orée d'un bois, au crépuscule... attaque soudaine et sauvage d'un formateur dûment casqué et rembourré. Tous les coups sont permis ! Là on est plus dans le dojo !
Donc ce bouquin a été une révélation pour moi, dans le sens de comprendre :
- comment fonctionne la peur, quelles sont les réaction physiologiques normales
- pourquoi il y a des exercices de respiration dans l'Aikido (que je pratique) et pourquoi les pratiquants modernes négligent cette partie ;
- pourquoi l'Aikido a bien des chances d'être inefficace en situation réelle ; je continue quand même parce que ça me plaît, mais je considère désormais cela plus comme de la danse folklorique, du yoga ou du tai-chi que comme une méthode de self-défense.
- pourquoi j'ai tout intérêt à aller faire un stage avec Martial Vout quand j'aurais rassemblé le temps et les finances... au lieu de croire qu'après avoir lu le bouquin, je suis prêt à me défendre !

Bien sûr, je vois pointer d'ici l'objection : oui mais si combat instictif violent, il y a un risque de blesser l'agresseur au-delà de la réaction proportionnée tolérée comme légitime défense. Il faut noter que le livre s'adresse notamment aux femmes, donc il a raison de dire "pas de pitié" car leur réaction (innée ou acquise, je n'ai sais rien) les laisse plus souvent passives et sans défense... alors qu'à un homme, il faut plutôt rappeller la notion qu'il ne doit donc pas achever son adversaire à terre ! Je parle en moyenne statistique dans la population occidentale, bien sûr car on trouvera toujours des contre-exemples : des femmes tigresses et des hommes moutons.
A noter aussi que la peur de faire mal peut tout à fait paralyser un combattant émérite. Le copain d'une copine a une formation de commando de l'armée, ceinture noire de karaté. On peut dire que c'est un warrior qui n'est pas surpris par une situation de combat. Première situation : il tombe dans un train presque désert sur un mec en passe de réussir à violer une femme. il tombe sur le mec et lui casse la mâchoire. Résultat devant les juges : prison ferme car la réaction n'était pas proportionnée... circonstance aggravante : il était un combattant aguerri et expert d'art martiaux (sous-entendu : donc il ne doit pas utiliser son savoir-faire dans la rue, ou alors pour maîtriser cet homme sans lui faire le moindre bobo).
Fois suivante : 5 gamins, genre ptits cons de 16 à 18 ans, qui lui cherchent des noises genre "pourquoi tu m'as regardé comme ça". Il se dit : "ces gamins, si je tape je vais leur faire mal, ça va encore finir comme l'autre fois, je vais bien réussir à les raisonner". Résultats, trois qui passent derrrière lui et l'immobilisent, deux qui lui filent de grand coups, dont un coup de genou bien ajusté... Deux jours d'hosto pour lui avec des blessures partout et notamment des roubignoles grosses comme des oranges... (il les a gardées quand même, je vous rassure).
Cet exemple pour dire que la légitime défense est à l'appréciation des juges et qu'il n'est guère possible de savoir précisemment où s'arrêter, dans le feu de l'action... Et que la peur de dépasser la "réaction proportionnée" qui caractérise la légitime défense peut amener un combattant aguerri à se mettre en danger lui-même.