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Auteur Sujet: Article Le Monde - Afghanistan  (Lu 3722 fois)

27 janvier 2011 à 23:40:39
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lawrence


Pas de politique, merci. Lawrence

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Depuis 2001, 50 soldats de l’armée française sont morts en Afghanistan et 250 autres en sont revenus mutilés. Quatre d’entre eux racontent leurs difficultés à «se relever»

  Une étrange loi de la guerre vaut dans toutes les armées. Pour un mort, il faut compter cinq soldats atteints de blessures physiques graves. En Afghanistan, depuis 2001, la France déplore 50 morts, et dénombre 250 mutilés. D’eux, pourtant, on ne parle pas.

  «Jusqu’il y a peu, les structures de l’Etat avaient oublié ce qu’étaient les pertes militaires, explique l’amiral Jacques Lanxade, président de Solidarité défense, une des principales associations d’entraide. Et depuis la professionnalisation des armées, les militaires se sentent coupés de la société, confrontés à l’indifférence.» «Un soldat blessé passe inaperçu car la société pense: “Il sait ce qu’il a choisi”», ajoute l’amiral.

  Pour l’état-major, c’est une préoccupation très récente. Trois événements l’y ont poussé. Le conflit en ex-Yougoslavie, d’abord, où une centaine de soldats ont péri et près de 1000 ont été touchés. Le bombardement de Bouaké en Côte d’Ivoire, en 2004, qui a fait une centaine de blessés et dix morts d’un coup. Enfin, l’embuscade d’Uzbin en Afghanistan, en août 2008: dix morts, vingt blessés graves et quarante soldats atteints de troubles psychiatriques. Mais ce sont au total trois cents hommes qui ont été impliqués de près ou de loin dans l’événement, des soignants au gendarme qui a fait les photos médico-légales, notent les médecins.

  Une étude du service de santé des armées, menée sur trois unités qui se sont succédé en Afghanistan, a estimé que 26% des soldats avaient au moins un trouble psychique au sens large, et que 15% nécessiteraient un suivi psychiatrique. Ceux atteints de blessures physiques graves sont généralement concernés, relève cette étude. Les régiments ont reçu l’ordre de mieux suivre leurs blessés. Près de 80% restent dans l’armée après l’accident. Parce qu’ils le souhaitent. Mais aussi parce que leur nombre demeure restreint : «On gère», disent les gradés.

  Cet automne, les effectifs de la Cellule d’aide aux blessés de l’armée de terre (Cabat) auront doublé. La Cabat, créée en 1993 à Paris, accompagne les familles, facilite les démarches administratives, fait le lien avec les associations, qui, elles, disposent des moyens financiers adéquats. Elle suit 162 blessés lourds, dont 90 l’ont été en opération extérieure.

  En 2010, en Afghanistan, les blessures diffèrent des autres conflits. Elles touchent les membres, à reconstruire entièrement. Les amputations sont nombreuses. La cause: les engins explosifs improvisés déposés sur les routes par les talibans. «On amène beaucoup plus de blessés vivants au bloc. Mais leurs blessures sont beaucoup plus graves», explique Emmanuel Rigal, chef du service de chirurgie orthopédique de l’hôpital Percy (Clamart, Hauts-de-Seine). A l’avant, les techniques médicales et la logistique ont progressé. On va plus vite. Un soldat qui avait sauté sur une mine en fin de matinée en Afghanistan a été opéré par les Américains sur place dans les premières heures. Le scanner, qui révélait une lésion de l’aorte, est parvenu à 21h30 à Percy. Le blessé est arrivé, lui, à 23h30. Sa jambe fut sauvée, après une intervention de vingt et une heures au bloc. A l’arrière, aussi, les soins ont été réorganisés. «Nous avons recentré toutes nos pratiques sur la traumatologie et la prise en charge globale des handicapés», résume le médecin général Christian Plotton, directeur de Percy.

  C’est quand leur frère ou leur fils se réveille, au service de réanimation, que jaillit la révolte des familles : pourquoi sont-ils partis là-bas ? Et pourquoi lui ? Les soignants savent que ce moment est celui du sentiment d’injustice, des pleurs et de l’agressivité. Les soldats, ensuite, veulent se convaincre: «J’ai de la chance, je suis en vie.» L’un relativise : « J’ai vu un gars de 20ans qui avait la tête arrachée.» L’autre raconte : « J’ai croisé un chef qui n’avait plus l’air d’un chef, il ne parlera plus.» Le statut du militaire exige qu’il soit «apte à servir en tout lieu et en tout temps». Beaucoup disent «c’est le métier » et pensent «j’ai failli à ma mission». Ils s’inquiètent : « Vais-je pouvoir rester dans mon régiment? » Tels sont les blessés ordinaires de l’armée de terre en Afghanistan. Nous en avons rencontré quatre, par l’entremise de la Cabat. Des types en pleine forme, de grands sportifs, des hyperactifs, soudain cloués au sol. Pressés de bouger à nouveau, pour continuer d’exister.

  «Je veux récupérer ma vie d’avant» Michaël Fonder, 35ans Rester à ne rien faire. Ne plus toucher aux machines. Laisser vide l’atelier que l’on avait aménagé à la maison. Voilà le plus dur. «J’étais mécanicien et militaire.» Le brigadier-chef Michaël Fonder, 35 ans dont dix-sept d’armée, a subi huit opérations depuis l’explosion qui l’a mutilé en Afghanistan, en 2008. Nous sommes en octobre 2010, il marche de nouveau depuis peu. Il a voulu subir ses opérations «au plus vite». «A peine cicatrisé, je disais au chirurgien de passer à la suivante.»

  Son bras gauche est équipé d’une prothèse. En lieu et place de sa main droite, des greffons ne lui ont pas encore permis de récupérer «la pince». Il attend de nouvelles opérations. Le brigadier rend hommage aux médecins et aux rééducateurs. «A l’origine, je devais finir en fauteuil roulant. » Ce 4 août 2008, il conduit un véhicule blindé sur la route près de Kandahar, dans le sud de l’Afghanistan, où son unité accompagne les légionnaires du 2e régiment étranger d’infanterie de Nîmes. Le blindé roule depuis quatorze heures. Sous la tôle, il fait plus de 50°C. «On n’avait fait que 60km. On est restés arrêtés à cause d’un camion afghan qui s’était retourné. Je me suis levé pour prendre une barre de céréales. On n’a pas compris alors pourquoi ça avait pété.» L’une des deux grenades qu’il porte au côté vient d’exploser. Matériel défectueux, dira une expertise. « J’aurai jamais le fin mot de l’histoire. Pourtant, des grenades, j’en ai lancé.» Son bras gauche est sectionné net, sa main droite déchiquetée. Son gilet pare-balles s’ouvre en deux dans le dos, laissant les éclats lacérer les chairs. Michaël Fonder reste conscient. Il est en vie, car la deuxième grenade est passée par la petite fenêtre du blindé, et les autres munitions qu’il portait, par miracle, n’ont pas pris. Son chef fait deux garrots. Un hélicoptère américain arrive une heure plus tard. Il a survécu, mais depuis ce moment où il a vu ses mains partir, une chose l’obsède : avoir, dans le sable afghan, laissé son alliance. Les neveux, les nièces, ont demandé pourquoi il était parti là-bas.«Ça ne sert à rien ! », a-t-il entendu. « J’ai fait mon métier. Quand quelqu’un m’interroge sur mes blessures, je dis que j’ai eu un accident du travail. Je veux passer à autre chose. » Au régiment, les anciens sont curieux de savoir comment ça s’est passé. Pas les jeunes. «Pourtant, il faut leur dire de ne pas y aller pour l’argent, simplement pour doubler la solde. A l’étranger, c’est risqué. Faut pas prendre les choses à la légère. » On lui a conseillé de toucher les indemnisations, d’arrêter l’armée. Il reprend ce mois de novembre un emploi au régiment, comme civil. «J’ai dit que je voulais retravailler. » Un bébé est né depuis l’accident. «A deux, dit-il, en faisant référence à son épouse, si on s’accroche, ça marche.» Il conclut : «Je veux récupérer ma vie d’avant, partir au boulot le matin, récupérer mes enfants, faire ces choses-là, c’est tout.» «Il faut qu’ils sachent qu’il n’y a pas que des morts!» Franck Chemin, 45 ans Pour un démineur, l’Afghanistan, «c’est une expérience à avoir». Lui en était à sa deuxième mission là-bas, avec le 2e régiment étranger du génie de combat de Saint- Christol (Vaucluse). Trois mois passés à côtoyer la mort, à raison d’une sortie tous les deux jours. Jusqu’à ce 6 janvier 2010 où un obus qu’il venait de poser doucement sur le sable déflagre, emportant son avant bras gauche, et sectionnant à moitié sa jambe droite. «S’il avait explosé, j’aurais été coupé en deux », souligne l’adjudant Franck Chemin, 45 ans. Il en était à sa 17e «opex» – opération extérieure. Pour son coéquipier, c’était la première expérience.

  L’adjudant affiche un bon moral. «On sait que ça peut arriver, mais on n’y pense pas. Comme les pompiers, on connaît les risques. C’est le métier de soldat. Quand ça arrive, eh bien c’est “pas de chance” ! On fait avec. On estime toujours qu’on s’en sort bien parce d’autres sont morts. On est là. On se répare.» Il s’estime aussi plus chanceux que «ceux de la régulière». Car la Légion est derrière lui, assure-t-il, qui va l’aider à acquérir une voiture. Pour lui, c’est une première reconnaissance. Après, il espère retrouver un poste. «Je souhaite qu’on ne soit pas mis sur la touche, nous, les blessés.»

  La jambe a été sauvée, mais les médecins viennent de lui apprendre qu’il ne retrouverait jamais la sensibilité de son pied. «L’opérationnel, c’est fini.» Il voulait redémarrer, comme instructeur, en février. Ce serait plutôt avril. «J’étouffe», lance-t-il,après dix mois d’hôpital et vingt six opérations. Sur son lit, à Percy, il a posé une serviette éponge aux couleurs du drapeau français. C’est la seule décoration de la pièce. «Comme la plupart des militaires, je suis quelqu’un d’actif. Psychologiquement, c’est difficile.»

  Il n’est sorti que trois fois de l’hôpital pour des «vacances thérapeutiques», à la maison, lui qui n’est jamais parti en congés avec sa femme. «En fauteuil, c’étaient des vacances de m*rde», reconnaît-il. «Rester immobile, ça n’est pas possible.» Le dernier séjour, en septembre, s’est mieux passé parce qu’il a recommencé à marcher, qu’il a pu aller faire les courses. Sa femme, confie-t-il, ne supporte pas le regard des gens. «Un blessé de guerre, ils n’ont jamais vu ça ! Il faut qu’ils sachent qu’il n’y a pas que des morts!» L’adjudant cite le cas d’un copain qui a perdu sa jambe et se fait régulièrement prendre à partie parce qu’il gare sa voiture sur les places handicapé. «Il a 30ans, il est debout, c’est un beau gamin. Personne n’envisage ça. Ça le mine.»

  Franck Chemin regarde sa vie de légionnaire. «Nous, on est en opérations extérieures, on a le beau rôle, on s’éclate. S’occuper des gosses, payer les factures, c’est pour l’épouse. Et c’est pas le bon rôle.» Pendant ses vingt-sept années de carrière, il n’a jamais été là. Alors revenir à la maison, en plus avec un accident… «Ma femme n’a plus le même mec. Enfin, c’est le même, mais il est abîmé. Il me manque des morceaux. »Il veut recoller tout ça, s’occuper de sa petite fille, retrouver les siens.

  «On n’a pas envie qu’on nous dise merci, mais qu’on sache au moins ce qu’on fait» Franck Votta, 31 ans L’armée, c’est le groupe. Dans le groupe, pas de place pour les «éléments faibles». Dans les troupes de montagne moins qu’ailleurs. «Là, on devient l’élément faible », constate le sergent-chef Franck Votta, 31 ans, blessé à la jambe dans la vallée de Bedrau, dans la région de Kapisa. Cela s’est passé le 11 mai 2010. A peine un mois avant le retour prévu en France. L’aube pointait et le groupe du 13e bataillon de chasseurs alpins du chef Votta traversait la petite place d’un village. Le tireur était posté à vingt mètres derrière l’ouverture d’un mur. Il a tiré une balle, une seule. «Au sol,ma prière fut de ne pas en prendre une deuxième. J’avais peur de perdre connaissance, de me vider. J’étais seul au milieu de la place, les autres avaient réussi à se mettre à l’abri. J’ai rampé pour m’abriter derrière une maison. Je me suis fait un point de compression au mollet. Là, je me suis rendu compte que le trou avait la taille de la paume de ma main.» Sur cette mission de quatre jours, le régiment a compté douze blessés.

  «Tous les jours, on s’entraîne, on part en étant prêts. Mais on se rend compte que la chance compte énormément », se dit aujourd’hui Franck Votta.

  L’Afghanistan est «la» mission, disent les militaires. Mais, admettent-ils aussi, c’est un engagement très lourd. On en revient exténué. A la fatigue physique s’ajoute la pression psychologique, constante. Les chefs appellent cela «ladésacralisation du camp» : on ne sait jamais d’où ni quand va venir le prochain coup. Aucune pause durant six mois. «Quand je me suis retrouvé sur le brancard, blessé, je me suis dit : “C’est la pause, ce n’est plus moi qui gère.” Un relâchement comme je n’en avais pas eu pendant cinq mois.»

  Officiellement, ce n’est pas la guerre en Afghanistan, et «pour les autres, il est difficile de comprendre ». Le chef Votta ne demande rien. «On n’a pas envie qu’on nous dise merci, mais qu’on sache au moins ce qu’on fait.»
  Pour lui comme pour tous les autres, le retour à la maison a été dur. Coincé dans un fauteuil roulant, entièrement dépendant de sa femme, il était impulsif, irritable. «J’étais le troisième enfant.» Les nuits, il a reconstitué mille fois les événements: «Où est-ce que j’ai fait l’erreur ? Aurais-je pu faire autrement ? » Cela a duré trois mois. Quand il a commencé à aller mieux, ses proches ont pu lui confier qu’il avait été difficile à vivre.

  Ses parents lui ont expliqué qu’il avait «donné», et qu’il devait à présent faire quelque chose de plus «tranquille ». Il ne veut pas y penser. Il voudrait ne pas changer de spécialité : rester dans des fonctions de combat. Le sergent a repris le travail début septembre dans son régiment, à Chambéry (Savoie). Au même poste de chef de groupe infanterie. Sur le papier du moins. On lui a dit que sa place était toujours là, «au 13». Mais «le problème, après tout ça, c’est de se remettre en question: qu’est-ce que je vais être capable de faire ?» Il prépare le brevet qui lui permettrait de devenir officier de carrière, et non plus sous contrat – le sien prend fin en 2013. L’examen commence par un parcours d’obstacles. Le chirurgien ne lui a pas caché qu’il risquait de rencontrer, à jamais, des limites à l’effort. Depuis la blessure, il a simplement pu refaire un peu de vélo. «Pour l’instant je ne suis pas apte. Le flou est là.»

  «J’espère que je n’ai pas laissé ma jambe pour rien» Jocelyn Truchet, 25 ans Il frappe le sol avec sa canne, au rythme de ses paroles, sans même y prêter attention. Cela fait un mois qu’il a sa prothèse de jambe, la cheville n’est pas encore au point. Ami-cuisse, le moignon n’est pas stabilisé, et il lui reste au bas mot un an et demi de rééducation à faire. Ce jour d’octobre, le sergent Jocelyn Truchet, 25 ans, du 13e bataillon de chasseurs alpins de Chambéry, vient d’être décoré de la croix de la valeur militaire lors d’une prise d’armes aux Invalides, à Paris. Les copains ont demandé ce que ça lui rapportait. Rien. Ni argent ni grade. Une fierté, oui. Mais «j’espère que c’est pour ce que j’ai fait, pas pour ma blessure», sourit-il.

  En mai, la mission du13e BCA s’achevait, dans la région de Kapisa, au nord-est de Kaboul. Il restait deux semaines à faire d’un engagement fixé à six mois. Le groupe du sergent quittait le village que les Français venaient de sécuriser à l’occasion d’une choura, une assemblée locale. Une première section a emprunté sans encombre le chemin de terre qui devait rejoindre la route, direction la base de Tagab. «C’est quand je suis passé qu’ils ont déclenché l’engin explosif. C’était pour moi.»

  Les insurgés afghans visent les chefs. Devant et derrière lui, deux autres soldats de la petite colonne sautent sous l’effet du souffle, sans dégât. Le sergent est conduit à la base américaine de Bagram. Puis à l’hôpital de Kaboul. «Je me suis réveillé deux semaines plus tard à Percy.» Il pensait encore avoir sa jambe. «Bon, on est dans le brouillard, on n’ose pas toucher. Il y avait ma famille. Ils m’ont dit tout de suite que j’avais été amputé. » Sur les six mois, le 13e BCA a compté vingt-six rapatriés sanitaires parmi ses cinq cent cinquante soldats, blessés au combat ou dans d’autres circonstances. Depuis le retour, une vingtaine de nouveaux blessés psychiques se sont déclarés.

  Jocelyn Truchet se voyait déjà rempiler en Afghanistan. Sa volonté impressionne tout le monde. «Je suis le même, avec le régiment, on continue», assène-t-il. «J’ai toujours voulu faire militaire. Pour l’uniforme, et pour l’action. Et j’ai toujours voulu les troupes de montagne.» Ce Savoyard pratiquait les sports extrêmes, descente de cascades de glace, free-ride, parapente. Il s’est engagé à 21 ans. Il fait partie de ceux qui pensent: «Je ne suis pas mort, pas défiguré, c’est déjà bien.» Ses amis ne croient pas à ce qui lui est arrivé. «Ils sont tous derrière moi, mais ils n’ont pas conscience de ce qu’on a fait là-bas. La société s’en fout.» Pour quoi et pour qui a-t-il laissé cette jambe ? La question l’embarrasse. «J’espère que je ne l’ai pas laissée pour rien, répond-il après un silence, que tout ça servira à ce que les Afghans prennent en main leur pays.»

  Après la blessure, on lui a proposé un poste dans la fonction publique. Aux impôts. Pas question. Mais que faire, alors ? Le sujet le taraude. «Chef de groupe infanterie, ça, c’est foutu, mais je veux rester militaire. Je réfléchis.» Il a toujours eu «le sang qui bout, indique son père, il ne pourra jamais rester derrière un ordinateur!» Les montagnes de la Maurienne lui manquent. Peu importent les éclats qui continuent de sortir des ondos, la main insensible, la prothèse. «J’en aurais trois, une normale, une pour le bain, une pour le sport.» En novembre, il est sorti faire de l’escalade. L’Afghanistan lui a fait rater la seule saison de ski de sa vie. Il fera la prochaine.
"La sécurité trop parfaite des habitants du monde supérieur les avait amenés insensiblement à la dégénérescence, à un amoindrissement général de stature, de force et d'intelligence." - The Time Machine ; H. G. Wells

28 janvier 2011 à 17:16:44
Réponse #1

yann


on peut etre pour ou contre la presence de soldats francais (et de la coalition) en afganistan, mais nous devons soutenir nos soldats, je suis triste de ne pas voir un drapeau en berne devant une mairie lors de la mort d'un soldat.
keep safe
yann

30 janvier 2011 à 02:11:36
Réponse #2

Dark_Hadès


Comme je les comprend de vouloir retourner en unité... :-\
Quoi qu'on en dise, ce genre d'expérience marque à tout jamais un homme, et le décalage avec la société "civile" est vraiment difficile à vivre...
On es tous derrière eux, ceux d'active comme les autres, mesurant le sacrifice qu'il ont, bien malgré eux, eu l'audace de consentir. :up:

31 janvier 2011 à 20:39:17
Réponse #3

Camaro


Je crois que nos populations d'Europe de l'Ouest ont oublié ce que sont la guerre et son cortège de ravages.
Oui, on la voit à la télé, mais c'est loin.
Oui, on fait la guerre, mais nos soldats se battent là-bas pour une cause qui échappe au commun des mortels.
Si nos soldats se battaient ici pour sauver nos pays d'une menace directe et visible, alors l'esprit serait différent.
Notre rapport à l'armée a hélas beaucoup changé.

Je me rappelle d'un voyage en Turquie, il y a une dizaine d'années.
Lorsque le père de famille qui m'accueillait chez lui a appris que j'étais mili, il a rameuté tous les voisins.
La présence d'un officier chez lui était un grand honneur qu'il voulait partager avec tous ses proches.
Et ils ont tous débarqués, les hommes apportant leurs photos du service militaire, fiers de me montrer qu'eux aussi ils avaient servi.

Lors d'un autre voyage plus récent, aux USA, un employé de magasin auquel je demandais un renseignement m'a répondu "Tout d'abord, Monsieur, laissez-moi vous remercier de servir votre pays".

Serait-ce possible ici ?
Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ... mais parfois ca fait vachement mal.

02 février 2011 à 16:04:54
Réponse #4

Aerazur


Serait-ce possible ici ?

Personnellement, j'ai un embryon de réponse contenu dans une question qui rebondit: serait ce possible dans un pays qui oublie peu à peu la notion de devoir, en s'accrochant et en galvaudant la notion de droit, sans réaliser une seule seconde que la seconde découle directement de la connaissance et du respect de la première...?

Vivre ensemble, c'est génial, mais cela implique des règles, de l'éducation, de l'intelligence, de l'innovation, de la créativité, de l'empathie... des trucs "has been", quoi... ;)

02 février 2011 à 19:45:09
Réponse #5

Camaro


Sur le fond t'as raison, mais on ne peut rien faire d'autre que d'agir soi-même par son comportement, la seule façon de vaincre cette hypocrisie c'est par l'action.
Oui, mais il est aussi utile de rappeler aux gens que pour chaque droit, il y a au moins un devoir.
C'est une chose qui de nos jours n'est plus si évidente pour tous, et un petit rappel ne fait pas de mal.
Depuis qu'un pote m'a conscientisé à ce sujet, je me pose souvent la question de savoir quels devoirs sont associés aux droits que j'exerce, alors qu'avant cela, cette idée ne m'effleurait même pas.
Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ... mais parfois ca fait vachement mal.

02 février 2011 à 19:56:32
Réponse #6

Kilbith


"Vim vi repellere omnia jura legesque permittunt"

03 février 2011 à 01:16:55
Réponse #7

Dark_Hadès


voeux pieux, ça dépend de quelle "tranche de population" on parle... Certains ont une vision de leur pays et de leur armée qui laisse pantois...

Dernièrement, on m'a sorti des choses très choquantes sur le sujet, j'ai vraiment dû prendre sur moi pour ne pas réagir violemment. C'était assez ordurier...

Les p'tits gars loin du pays, j'y pense assez souvent, ça aurait pu être moi à leur place.

03 février 2011 à 20:51:23
Réponse #8

Kam


Je me rappelle d'un voyage en Turquie, il y a une dizaine d'années.
Lorsque le père de famille qui m'accueillait chez lui a appris que j'étais mili, il a rameuté tous les voisins.
La présence d'un officier chez lui était un grand honneur qu'il voulait partager avec tous ses proches.
Et ils ont tous débarqués, les hommes apportant leurs photos du service militaire, fiers de me montrer qu'eux aussi ils avaient servi.

Le cas de la Turquie est quand même très à part. Je ne vais pas réécrire toute l'histoire du pays depuis Atatürk, mais c'est je crois le seul pays au monde où quand les militaires font un putsch, c'est pour réinstaurer la démocratie. :)

L'histoire en France est quelque peu différente. Si tu regardes ce qui s'est passé au vingtième siècle, ce n'est pas très glorieux pour l'armée française dans l'esprit des gens. C'était mitigé pendant la seconde guerre mondiale (Pétain vs De Gaulle pour caricaturer), et ça a enchaîné sur les guerres d'indépendance dans les anciennes colonies françaises. Difficile de se vanter de ça. Plus récemment, les interventions françaises (Yougoslavie, Afghanistan) ne se sont faites qu'en collaboration avec d'autres pays, plus en les suivant qu'autre chose. La France chargée de surveiller les côtes (inexistantes) de l'Afghanistan au moment des premières attaques en est la triste et "risible" illustration.

Tout ça pour dire que ce mélange de souvenirs des "guerres sales" de la France ne laisse pas une bonne image, et que les guerres plus récentes semblent trop impersonnelles (à tort) pour que la plupart des gens ne se sentent vraiment concernés. Et certains éléments de politique étrangère, indépendants de l'armée et parfois douteux, n'arrangent pas les choses.

Cela dit je dis ça sans me prononcer sur la question, je constate simplement.

03 février 2011 à 21:31:13
Réponse #9

Solstice


@Kam : demande aux Kurdes si la démocratie en Turquie c'est si génial que ça, ainsi qu'aux Arméniens...
Désolé pour le HS mais ça m'a fait bondir.

03 février 2011 à 21:36:53
Réponse #10

Kilbith


Et puis les Turcs occupent encore militairement et totalement illégalement un pays de l'UE quand même, quand même  ;#


ici wiki : http://fr.wikipedia.org/wiki/Chypre_du_Nord

Et là ils se livrent à plein d'activités très démocratiques, mais il est vrai que c'est dans l'indifférence quasi générale : http://www.epp.eu/press.asp?artid=1518&fullview=1

« Modifié: 04 février 2011 à 10:51:11 par kilbith »
"Vim vi repellere omnia jura legesque permittunt"

03 février 2011 à 22:55:05
Réponse #11

Kam


Franchement, ce n'est pas la question. Autant les kurdes ont pu morfler, autant tu ne peux pas me faire dire ce que je n'ai pas dit.

Pour reprendre un exemple tiré de mon précédent message, en 1960, la France était un pays démocratique. Les algériens pourtant s'en tapaient la c*u!lle droite. Un pays, malheureusement, peut avoir des institutions démocratiques et pourtant commettre les pires saloperies.

La Turquie a connu des avancées sur le plan des droits de l'homme qui dépassaient largement ce qu'on trouvait en Europe à la même période. Par exemple, Atatürk, par la force (militaire), a lancé toute une série de changements qu'aucun Etat de la région ne ferait même aujourd'hui: droit de vote des femmes une trentaine d'années avant la France, interdiction du port du voile, désécularisation d'un grand nombre de lieux de culte, utilisation de l'alphabet latin, et j'en passe.

Depuis 74, les militaires ont fait deux coups d'Etat pour éviter d'une part que le pays parte en guerre civile, et de l'autre, qu'il sombre dans l'une des dictatures que les pays voisins connaissaient, qu'elle soit islamiste ou communiste.

Tout cela ils l'ont fait de façon complètement anti-démocratique, par la force. En soi, je ne peux pas cautionner les méthodes. Pourtant, je me répète, mais c'est le seul pays où l'armée prend le pouvoir pour réinstaurer la démocratie. Et ceci n'a rien à voir avec les saloperies qui ont pu être commises au Kurdistan.

Je suis désolé mais la mauvaise interprétation de mes propos m'a quelque peu remonté. Un pays ne se juge pas de façon simpliste. Encore une fois, oui la France en 1950 était une démocratie. Oui, c'était aussi un put**n d'empire colonial.

Enfin bref...

EDIT - Et pour être encore plus clair, mon message précédent n'avait qu'un seul but, expliciter la vision qu'on les turcs de leur armée (pour autant que je puisse le faire), pas de se lancer dans un débat à coup de "qui a commis le plus de saloperies".
« Modifié: 03 février 2011 à 23:11:48 par Kam »

04 février 2011 à 10:48:35
Réponse #12

Cleric


Le cas de la Turquie est quand même très à part. Je ne vais pas réécrire toute l'histoire du pays depuis Atatürk, mais c'est je crois le seul pays au monde où quand les militaires font un putsch, c'est pour réinstaurer la démocratie. :)
 


Le meilleur exemple de coup d'Etat militaire pour instaurer une vraie démocratie, c'est la révolution des oeillets au Portugal. A ma connaissance, c'est le seul cas qui ne pousse pas à la polémique ;)

Cléric, médiateur en débats géopolitiques de comptoir  :D
"...And we shall know no fear"

 


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