C'est ma première intervention sur ce forum et je vous prie d'excuser par avance d'éventuelles maladresses.
Il y a une quarantaine d'années, mon voisin tuait lui même son cochon.
Il avait une technique bien à lui pour pratiquer l'abattage. Je pense qu'elle est intéressante.
Déjà, il faut savoir que le bonhomme était feignant comme un pou et que c'étaient essentiellement sa femme et ses enfants qui s'occupaient du cochon.
Pourtant, dans la dernière semaine avant l'abattage, c'était lui qui s'en occupait et il venait régulièrement mettre de la paille fraiche au cochon et restait dans son environnement afin que celui ci s'habitue à lui.
De même, il entrouvrait progressivement la partie supérieure de la porte de la "Charterie" (c'était le nom de la pièce ou était enfermé le cochon, j'ignore pourquoi). Cette porte était divisée en deux et la partie supérieure pouvait s'ouvrir indépendamment. Le cochon avait passé la totalité de sa vie enfermé dans la pénombre.
Le dernier jour, il faisait un épais chemin de paille qui menait de la porte jusqu'à un arbre situé non loin. Un "merlin" était posé contre l'arbre. Le merlin est une sorte de masse avec un côté pointu au lieu d'être parallélépipédique comme l'autre côté.
Il attachait une ficelle à une patte avant du cochon et, tout en parlant gentiment, il tirait progressivement et sans violence, par petites tirées, le cochon sur le chemin de paille jusqu'à attacher la ficelle au pied de l'arbre. La bête suivait tranquillement. Ensuite, tout en continuant à parler gentiment et sans gestes brusques, il saisissait son merlin et le levait doucement.
Là, son expression changeait totalement pour passer de la bonhomie à la brutalité la plus sommaire et il abattait le merlin sur le front du cochon.
En une fraction de seconde tout changeait, et les ordres frénétiques fusaient. Le cochon était saigné comme il est indiqué dans le post, le sang était recueilli dans une bassine et fouetté avec du vinaigre pour éviter qu'il ne coagule.
A sa manière, je pense qu'il tuait "humainement". Je ne l'ai jamais vu rater son coup. Je n'ai jamais entendu le cochon hurler. Il tuait froidement, efficacement, sans infliger de stress , ni de souffrances inutiles. D'une certaine manière, à mon avis, il tuait sans cruauté.