Mi-novembre 1997, en Champagne, il est tombé à peu près 30 cm de neige en moins de deux heures. Personne ne s'attendait à un tel phénomène. J'avais 34 km à faire pour rentrer chez moi, dont la première partie sur des routes de campagne, au milieu de l'infini agricole, c'est à dire sans aucun obstacle pour couper le vent et arrêter la neige. La route avait disparu sous la neige. Je faisais la trace avec ma Micra (si on pouvait mettre une voiture dans un EDC, ce serait celle-là) et bien sûr je me suis mis au fossé. Ceux qui sont arrivés derrière moi n'ont pas cherché à alller plus loin et m'ont aidé à remettre la voiture sur la route mais personne n'avait de pelle. Nous étions donc cinq flans à nous demander si nous allions dormir dans les véhicules, construire un igloo ou retourner à pieds jusqu'au village le plus proche quand un entrepreneur local est arrivé avec son 4X4 parce qu'il nous avait vu passer devant chez lui 5 km plus tôt. Il venait s'assurer que nous avions pu rejoindre la nationale. Il nous a tracté un par un et à tour de rôle jusqu'à la N4. Beau comportement. Là, il y avait des semi-remorques immobilisés des deux côtés de la route. Je suis arrivé à 20 heures chez moi. Il m'avait fallu 3 heures au lieu de 30 minutes en temps normal. J'ai passé le reste de la soirée à charger ma voiture avec le matériel nécessaire pour pouvoir passer 24 heures dans la verte (la blanche) au cas où....Chaussures et vêtements chauds, matériel de bivouac, casse-croûte et outillage de circonstance.
Le lendemain, bien boulon comme tout militaire de l'arme blindée respectueux de la tradition, j'ai repris la route en sens inverse.
Je n'ai pas pu dépasser le premier village sur la N4. Coincé par des congères, avec des routiers, on a passé la matinée à brûler des palettes et à faire des signes à l'hélicoptère de FR3. Vers midi, un agriculteur avec son beau tracteur vert m'a remorqué jusqu'à une portion de route dégagée. Je suis arrivé à destination à 13 heures, soit 5 heures après être parti de chez moi.
La morale de l'histoire : Je sais que je tenterais à nouveau le diable même si je suis à peu près certain de connaître la suite de l'histoire quand la raison recommanderait de ne pas sortir.
La morale de la morale : quand le temps se gâte, je ne sors plus sans le matériel qui me permettrait de rester isolé 24 heures au moins.