Merci Serge, pour ces citations une nouvelle fois vraiment intéressantes...
Ça n'a pas l'air de réagir fort, pour le moment, et je trouve que c'est un peu dommage vu l'intérêt du sujet...
Bon, alors je me lance et on verra bien...
Il y a en effet deux points dans le sujet de Serge, sur lesquels j'ai envie de revenir.
Le premier est plus anecdotique : il concerne la critique relativement sévère adressée par Richard Dimitri dans le texte cité à d'autres instructeurs de SD. Plus précisément, quand Dimitri évoque, pour finalement douter de leurs dires, des instructeurs préconisant la frappe préventive et revendiquant des centaines de bastons de rue avec un très grand nombre de KO à leur actif, il m'est difficile de ne pas penser en premier lieu à Geoff Thompson... Et il m'est a priori difficile de croire que Richard Dimitri n'ait pas eu l'idée qu'en le lisant beaucoup puissent penser spontanément à Geoff Thompson...
Je ne connais personnellement ni Richard Dimitri ni Geoff Thompson, mais pour ce que j'ai pu lire soit de leur production soit à leur propos, tous les deux m'apparaissent comme des instructeurs sensés, sérieux et crédibles...
Alors faut-il ici en effet penser à Geoff Thompson? Quelles sont ses relations -s'il en a - avec Richard Dimitri ? Merci d'avance si ici certains qui connaissent l'un ou l'autre peuvent me donner des points de repères... Sachant que mon propos n'est pas de déterrer des ragots, mais de pouvoir éviter un malentendu ou de mieux décrypter les choses pour le cas échéant les nuancer...
Le deuxième point est en fait le fond du sujet lui-même...
La question est clairement posée : "la recherche du KO est-elle votre principale stratégie de défense?".
L'article cité de R. Dimitri et celui de Darren Laur illustrent parfaitement la pertinence de la question, au regard des risques possibles induits par un KO, statistiquement moins bénin que l'on ne peut le croire, spécialement dans la rue, ou dans les bars, boites, etc, où l'on peut chuter inanimé sur des surfaces autrement plus dures que celles d'un ring et autrement plus encombrées d'objets ou meubles dangereux...
R. Dimitri va d'ailleurs un peu plus loin, et évoque les conséquences particulièrement néfastes d'une frappe dans la gorge, ayant nécessité ce qui ressemble à une trachéotomie.
Le problème est que, dans ces textes du moins, aucune alternative n'est proposée, ni au KO, ni aux frappes dans la gorge...
Or, d'une part, on peut compléter sans avoir besoin de trop d'imagination ce début de liste de frappes incapacitantes pouvant avoir de graves conséquences. Pour ne prendre qu'un autre exemple, les genoux ou les coudes sont parmi les articulations les plus difficiles à réparer...
D'autre part, si on exclut ce type d'"objectifs stratégiques" (autrement dit les actions incapacitantes qui peuvent entraîner de graves séquelles physiques), que reste-t-il comme moyen d'action incapacitant face à un ou plusieurs individus possiblement très dangereux (qui, eux, par exemple, ne s'arrêteront pas de vous shooter la tête quand vous serez à terre, voire y reviendront à plusieurs reprises même si vous convulsez déjà)?
On entend souvent le discours, en SD, selon lequel on n'a pas à trop se poser ce genre de questions : dès lors qu'on a vraiment tout fait pour éviter le contact physique, si on est obligé d'y aller, alors il faut y aller à fond...
C'est logique et légitime, mais l'interpellation adressée par ce texte de R. Dimitri n'en reste à mon avis pas moins totalement pertinente...
D'une part, il faut pouvoir, après avoir "lâché la bête", en reprendre le contrôle... D'autre part, même en "y allant", la question des moyens utilisés se pose... Par exemple, ce n'est pas parce que l'agresseur ne me laisse aucun autre choix que de me battre qu'il est pour autant légitime de lui trancher la gorge.
On retrouve ici en substance, et même dans une hypothèse de combat à mains nues, la question de la proportionnalité de la légitime défense, mais posée en des termes rendus encore plus compliqués par la distinction à faire entre les effets recherchés de la technique utilisée (l'incapacité de l'agresseur à poursuivre toute agression) et ses effets possibles non imprévisibles (des séquelles graves peuvent survenir, de façon plus ou moins aléatoire et partiellement statistique), sans même parler de la difficulté à établir le caractère préventif de la frappe.
Et au-delà des éventuelles conséquences judiciaires du geste, il demeure encore l'aspect moral, à juste titre évoqué ici par Dimitri.
Je ne crois pourtant pas qu'il existe beaucoup d'alternatives techniques à des gestes potentiellement très incapacitants.
Et je ne pense pas que l'on puisse, face à une telle problématique, donner une réponse générale de principe...
Je me demande si la réponse n'est pas plus, une fois encore, dans la personnalisation de notre arsenal technique personnel, non seulement en fonction de ce que l'on "sent", de notre morphologie, de notre expérience martiale, etc, mais aussi en fonction de nos habitudes de vie, de notre profession le cas échéant, etc, donc in fine en fonction de la nature et de la fréquence des risques d'altercation ou d'agression auxquels nous serons plus ou moins exposés...
Pour caricaturer, il me semble qu'entre la "sélection technique personnelle" d'un portier de boite de nuit et celle d'une femme de gabarit modeste vivant dans un quartier à risques, ou entre celle d'un père de famille menant une vie rangée et celle d'un étudiant habitué à sortir dans des ambiances alcoolisées, les priorités techniques ne devront logiquement pas être tout à fait les mêmes...
Ceci avancé, je continue personnellement à ne pas voir d'alternative concrète raisonnablement sûre à la recherche d'un KO ou équivalent (une frappe VRM - vision, respiration, mobilité- ne me semble pas comporter beaucoup moins de risques de séquelles), et quant à la frappe préventive, j'aimerais bien me convaincre à nouveau qu'une alternative existe (longtemps je l'ai cru), mais j'ai franchement du mal...
Merci par avance à ceux qui pourront éclairer ma lanterne...
Cordialement,
Bomby