Merci Sieg de ce retour d'expérience (le RETEX qu'affectionnent désormais à juste titre les miloufs).
Comme tu l'auras constaté, c'est très intéressant pour beaucoup de monde.
Beaucoup de choses ont été déjà dites, j'essaye de synthétiser un tout petit peu et je rajoute mon petit grain de sel :
1°). Ton histoire met bien en évidence les deux principes salvateurs prioritaires que tu as appliqués : d'une part se fier fermement à son intuition quand elle laisse présager des ennuis, d'autre part (re)prendre de la distance dès que possible par rapport aux hostiles ou présumés hostiles, et garder cette distance.
2°). Clairement tu as été moins bon sur au moins deux aspects: d'une part le fait de te faire suivre jusqu'à une adresse identifiable (même si ce n'est pas la tienne, c'est celle de certains de tes amis), d'autre part la mauvaise idée de narguer tes poursuivants une fois à l'abri. Ce qui me paraît ici important est d'essayer d'identifier les causes de ces erreurs, aussi relatives soient-elles. A mon avis, malgré le stress et l'effet de décompensation une fois supposément à l'abri, vu la façon dont tu raisonnes, tu n'aurais sans doute pas fait l'erreur de narguer tes poursuivants (ce qui les motive pour te retrouver et leur laisse penser que, sans l'abri de la porte close, ils auraient eu l'avantage) sans l'effet de la fatigue et (crois-je avoir compris) des quelques verres d'alcool que tu avais pu boire dans la soirée. A toi d'en tirer les leçons pour l'avenir, sans bien sûr renoncer à sortir... Quant à te faire suivre jusqu'à une adresse identifiable, c'est toujours un point délicat. Mieux vaut certes privilégier le fait d'être rapidement à l'abri qu'essayer en vain de déployer des ruses de sioux et se faire rattraper, mais brouiller un peu les pistes quand on le peut est toujours préférable (personnellement, je suis très sceptique sur l'option d'aller au commissariat : les faits permettant de soupçonner une possible agression restent très ténus et il faudra bien à un moment ou à un autre repartir du commissariat).
3°) Tu as dû faire des arbitrages, certainement discutables, mais pas forcément mauvais, qui impliquent certaines conséquences possibles que tu as apparemment assumées à l'avance. Or, à mon avis, le seul fait de tenir à l'avance compte des conséquences possibles de ces choix les rend au moins relativement pertinents. Je pense ici au fait de rentrer à pied à 5H du matin, un peu "fatigué", et au fait d'avoir repéré la bouteille de champagne vide qui traînait dans la rue sans la prendre. Sur ce dernier point et par exemple, au cas où tu serais par un heureux hasard tombé sur un véhicule de police en patrouille (ce que tu pouvais sans doute à cet instant espérer et rechercher), tu aurais été certainement plus à l'aise sans avoir de bouteille à la main. Quand on cherche à éviter des hostiles qui nous suivent, autant à mon avis ne pas avoir à éviter la police! D'autres auraient pu faire un choix différent, et pas forcément mauvais pour autant pourvu qu'à l'avance on en imagine et assume les conséquences...
Par ailleurs, je voudrais revenir un peu sur un point qui me semble crucial et qui a été peu discuté...
(...)
Après les clopes et le teuch mon interlocuteur voudrait envoyer un sms avec mon portable; refus catégorique évidement faut pas me prendre pour un con non plus. Il se colle alors a moi, je le repousse en lui demandant "Qu'est ce que t'essaye de faire la?????", c'est le "pic" de tension de la rencontre, soit pas grand chose. Finalement on les laisse sur le bords d'un quai et on continu notre route vers le nord.
(...) Sieeg
En réalité, c'est évidemment à cet instant que les risques ont été les plus élevés et que beaucoup de choses se sont jouées.
Tout d'abord, je suppose que tu as conscience que tu aurais bien pu à ce moment là, et notamment juste après avoir repoussé ton interlocuteur, te prendre un coup de lame sorti de nulle part...
Il y a ici plein de facteurs qui ont pu jouer et plein d'hypothèses envisageables, mais le plus vraisemblable a priori est que le fait d'avoir repoussé ton agresseur potentiel a été suffisamment dissuasif pour qu'il s'interroge sur l'instant et n'attaque pas immédiatement, mais pas assez pour que les deux lascars n'essaient pas de vous poursuivre ensuite (avec, probablement et comme tu l'as toi-même relevé) sans doute une ou des armes dans les poches).
C'est clairement là qu'on voit tout l'intérêt de l'irremplaçable travail en scenario.
D'abord, tu t'es apparemment brièvement laissé trop approcher ("il se colle alors à moi"): là tu as eu de la chance, car s'il avait tenté quelque chose, c'était déjà trop tard pour toi.
Ensuite, tu as réagi en le repoussant, sans nul doute rapidement.
Tu aurais pu tenter à cette distance une frappe préventive, mais dans le contexte que tu décris, dans lequel aucune hostilité n'était clairement déclarée, ça semblait un peu délicat de "démarrer" aussi agressivement, et par ailleurs, il fallait tenir compte de la possible réaction de son acolyte vis-à-vis du tien. L'option ici de repousser sans vraiment frapper n'était donc à mon humble avis pas forcément la plus mauvaise.
Mais encore faut-il le faire de façon appropriée : si tu repousses de façon trop agressive et humiliante ou vexatoire, ça part en général aussitôt, sauf que généralement tu subis alors l'initiative au lieu de la prendre; si tu repousses à l'inverse de façon trop mollassonne, tu envoies un signal de faiblesse qui est un feu vert pour le mauvais garçon, et en plus tu lui as malgré tout donné le prétexte qu'il cherchait; si tu le fais de façon très ferme, physiquement dissuasive, mais courtoise ou plutôt non vexatoire (là, ça devient assez compliqué, mais c'est quand même apparemment ce que tu as fait), tu peux créer un flottement en face et surtout te donner une occasion de reprendre de la distance et de ne plus la laisser se réduire. Mais il faut alors être extrêmement vigilant sur une possible riposte immédiate et tout de suite se redonner de la marge en reprenant de la distance, de préférence en adressant un message là encore ferme mais non vexatoire (sur le mode "je ne veux pas d'embrouilles, laisse-moi tranquille, bonne fin de soirée") permettant à l'autre de ne pas avoir besoin de sauver la face en attaquant (surtout que, dans ton hypothèse, ils sont plusieurs, donc pour l'intéressé ne pas perdre la face devant son petit camarade lascar est un point important).
Il faut ensuite se demander pourquoi, après avoir manifestement hésité, les deux loulous ont finalement décidé de vous suivre et entrepris de vous rattraper. Plusieurs choses ont pu jouer, j'émets ici plusieurs hypothèses, parmi bien d'autres possibles :
- d'abord, pour reprendre ce que j'ai écrit juste ci-dessus, peut-être que ta "sortie" n'a pas suffisamment permis au loulou concerné de sauver la face devant son camarade lascar : après avoir flotté, il se sera repris en décidant de jouer les durs devant son petit camarade, le tout dans un état de conscience amoindri par la fatigue et l'alcool plus sans doute d'autres produits peu recommandés;
-ensuite, mais tu l'as apparemment bien identifié, la phase de discussion pour tenter de faire "ami-ami" a pu être interprétée comme un signal de faiblesse;
-enfin, le fait de le repousser physiquement l'a apparemment déstabilisé sur l'instant mais ton action n'a peut-être pas été suffisamment dissuasive (ni par l'action physique, ni par le ton et le contenu de ce que tu lui as dit) pour le convaincre de ne pas retenter le coup.
Vu la relative ténacité de leur poursuite, je pense cependant qu'il y avait pas mal d'égo dans la motivation de ton principal poursuivant et que la perspective d'avoir été physiquement repoussé par un "bourgeois gringalet" devant un de ses pairs et sans se venger lui était insupportable. J'insiste (peut-être à tort), mais il me semble qu'il est vraiment important, sans pour autant envoyer de signal de faiblesse, de permettre à l'agresseur potentiel de ne pas perdre la face (surtout devant d'autres). On aura donc intérêt à être très dissuasif dans le ton, mais en restant "valorisant" dans la forme : on permet à l'autre de laisser croire à son public privilégié qu'on le craint - ce qui est d'ailleurs vrai, après tout!-, on rajoute éventuellement une formule de courtoisie (même si ça semble naturellement déplacé), le tout en mouvement.
Bon, il y a certainement d'autres options possibles, dans le même registre ou dans d'autres, mais voilà ce qui me vient à l'esprit en lisant ton récit.
Et donc, j'y reviens, avec cette grille de lecture, on mesure l'importance du travail en scenario, et ce qui manque au seul travail technique généralement accompli en AM ou SC classique.
Bonne chance pour te trouver l'entraînement qui te conviendra (à Lyon, tu devrais avoir un certain choix). En attendant, travaille quand même (ne serait-ce qu'avec des copains et sur des paos achetés chez Decathlon, ou quelque chose comme ça) au moins une frappe que tu sentes suffisamment bien pour pouvoir l'appliquer en situation. On a toujours un ton naturellement plus dissuasif quand on a un peu de répondant possible au cas où ça dégénère, et on peut me semble-t-il tous mettre assez rapidement au point au moins un type de frappe qui puisse être à peu près efficace au cas où...
Cordialement,
Bomby