J'adore faire de petites promenades en forêt la nuit, mais je n'ai pas encore poussé l'expérience jusqu'à faire une vraie rando nocturne dans les bois...
Perso, je ressent deux "trucs" différents selon ma façon de marcher:
Marcher rapidement dans le noir est assez stressant, la vision se focalise sur ce qui se trouve devant soi pour voir le chemin et identifier les obstacles, la respiration bruyante et les pas lourds dans les feuilles prennent le dessus sur les autres bruits et m'isolent dans une espèce de "bulle". Dans ces conditions, je ne sais pas ce qui se passe autour, la forêt apparait comme une inconnue, un environnement opressant, l'ouie accaparée par mes propres bruits ne reçoit plus que des informations déformée sur ce qui se passe autour, si bien qu'un bruit naturel pourra me faire sursauter. Je ne sais pas si ce stress / angoisse provient d'une montée d'adrénaline ("peur" de trébucher, focalisation sur le sol, surprise quand à où se pose le pied) ou tout simplement d'une disposition de l'esprit qui se ferme à l'environnement et se place de fait dans une position de vulnérabilité...
Après cette espèce de "marche forcée" pour rentrer dans le bois, adopter l'attitude contraire me procure une sensation de calme que je ne ressent nulle part ailleurs. Seul avec la forêt, je m'arrête pour regarder, écouter, m'intégrer à la forêt. Dans cette optique, tous les bruits prennent un sens différent, amplifié par l'attention qui leur est portée. Une délicieuse musique qui n'a rien d'effrayant, un chant nocturne rythmé par le bruit du vent dans les branches, auquel se superpose les mouvements de quelque oiseau ou rongeur dans les fourés, et parfois le cri d'un oiseau. Seul avec la forêt, le promeneur nocturne a le privilège d'écouter une nature paraissant moins vigilante que dans la journée, d'entendre des animaux qui se font plus discrets le jour. Sans oublier le sentiment d'être véritablement seul avec la nature aussi, calme, tranquille... cette attitude impose naturellement une marche lente et détendue.
Pour ma part, le ressenti dépend surtout de la manière de se positionner par rapport à l'environnement, et de la démarche que l'on adopte vis à vis du reste du monde, ce qui est également valable dans d'autres situations. Une attitude ouverte et humble apporte un ressenti qui n'a rien de commun avec l'enfermement habituel de l'humain dans une vision volontairement réduite.