Je visite souvent des clubs de SD de toutes écoles. Je suis souvent très surpris d'entendre certains enseignants ériger l'agressivité en principe à ateindre. J'en ai même vu certains beugler AGREEEEEESSSSSSIIIIIIVVVVIIIIIIIIIIIITTTTTTTTTTTTTTTEEEEEEEEEEEEEEEEEEEE, en passant dans les ateliers façon sergent instructeur des US Marines.
De fait, sous les hurlements des encadrants, ils parviennent presque à un État Modifié de Conscience. Le problème c'est qu'ils quittent aussi le cours dans un état de grenade dégoupillée, se sentant fort et prêt à en découdre. Je doute que dans cet état là, il soient disposés à l'évitement, la désescalade ou le repli. Certains pourraient même se sentir en état d'esprit revanchard et serait tenter d'aller causer au trou du cul qui les faisait chier (je le sais pour m'être trouvé dans cet état d'esprit).
A l'agressivité, d'autres opposent la combativité. La différence peut paraître subtile mais elle est essentielle. La combativité, à l'inverse de l'agressivité ne survient que quand toutes les autres pistes d'évitement, de désescalade, de repli s'avèrent infructueuse et qu'on a su identifier que le seul moyen de s'en tirer le moins mal possible est de rentrer dedans pour faire cesser la menace.
De plus l'agressif véhicule un langage non verbal de défi permanent susceptible d'attiser la violence de stigmatisation et territorialité. A l'inverse, le combatif véhicule le message : "je ne te cherche pas, je ne menace pas ton statut au sein de ton groupe, mais si tu insistes, ce ne sera pas simple".
En fait quand je vois mes potes de l'ACDS et d'autres réelllement combatifs, je vois des gens ouverts, souriants, mais que bizzarement on a pas envie d'aller chercher.
Bonjour Patrick,
est-ce que tu pourrais développer un peu plus la distinction que tu fais, dans les méthodes d'entraînement, entre agressivité et combativité ?
Je trouve très intéressante cette distinction mais en te lisant j'ai un peu l'impression que tu soulèves une différence pédagogique importante mais en la définissant plus par son résultat que par son procédé.
Or, me semble-t-il, c'est le procédé pédagogique qui est important.
Il me semble aussi qu'un certain travail sur l'agressivité est parfois utile. Comme tu l'avais dit en substance et excellemment (à mon humble avis) dans un autre post, tout l'art consiste à lâcher la bête qui sommeille en nous, juste comme il faut et quand il faut, pas plus (désolé, je paraphrase de mémoire, certainement en moins bien)... La question me semble donc plus celle du contrôle et de la canalisation de l'agressivité.
La notion de combativité me semble par ailleurs peut être moins appropriée au plan sémantique. A mon avis, elle renvoie plus à une notion de réactivité dans la durée. Or, en SD, compte tenu de l'importance de la frappe préventive et de la brièveté de l'engagement, je ne sais pas si la notion de combativité est très parlante en terme d'entraînement. Je pense qu'elle est relativement appropriée quand tu évoques l'attitude naturellement dissuasive dégagée par certains, mais pour ce qui est de l'entraînement, disons "technique", j'aurais donc une préférence personnelle pour la notion de contrôle d'agressivité
En ce sens, me semble-t-il, avant de contrôler l'agressivité, il faut donc déjà (pour certains en tout cas) apprendre à la libérer.
Sans tomber forcément dans la caricature de l'instructeur de Marines de cinéma ou dans celle du méchant et mauvais professeur de Karaté Kid, n'est-il pas parfois utile de provoquer, par des procédés divers, le cas échéant par la voix, la libération de l'agressivité ? Il me semble que pour les "cogneurs instinctifs", ça n'est sans doute guère nécessaire mais que pour nombre de gens polissés par leur éducation qui viennent apprendre à se défendre, ça peut être bénéfique.
Reste la difficulté, que tu évoques, de contrôler ceci, et de ne donc pas se comporter comme une grenade dégoupillée en permanence.
Pour moi, cette difficulté se retrouve à deux stades : celui du démarrage (pourquoi dégainer quand on peut s'éloigner et/ou "désescalader" ?), mais aussi celui, sans doute plus difficile, de l'achèvement : pourrais-je reprendre le contrôle pour m'arrêter à temps avant de faire trop de dégâts, et à l'inverse n'arrêterais-je pas trop tôt?
On connaît sans doute tous des exemples de personnes qui se sont arrêtées soit trop tard (blessant inutilement leur adversaire) ou à l'inverse trop tôt (le coup classique, par exemple, du "méchant" laissé supposément KO mais qui a encore suffisamment de ressource pour sortir une lame et s'en servir).
Alors, si Patrick ou d'autres ont des exercices d'entraînement spécifiques sur ces points (libérer l'agressivité tout en la contrôlant, prendre le recul pour apprécier la situation tout en "envoyant"), je suis preneur.
Parce que terminer les séquences d'entraînement par du défoulement aux paos ou autres puis par une "redescente" (stretching, relaxation ou autre...), c'est déjà très bien et ça répond en partie au premier point (un état d'agressivité excitée qui peut conduire à des démarrages intempestifs) mais ça ne répond pas me semble-t-il à cette seconde problématique (reprendre le contrôle de la bête quand on l'a libérée)...
On va peut-être dire que je cherche encore à pomper tous les secrets de l'ACDS, mais bon, je l'assume, faute d'avoir pu encore tester en live la formation ACDS, c'est exactement ça, sauf que même si ça ne vient pas de l'ACDS, je suis preneur aussi...
Cordialement,
Bomby