Les questions que tu poses peuvent gêner un certain nombre d'entre nous. On pourrait y voir là une sorte de fascination morbide. Je me sens une responsabilité en tant que modérateur, surtout vis-à-vis des plus jeunes, à ne pas les laisser sans réponse.
Néanmoins, cela n'est que ma réponse.
I. Que feriez-vous s'il vous restait une semaine à vivre?Il me semble que la réponse que l'on peut faire dépend de notre âge et de notre maturité. Ceux d'entre nous dont les tempes grisonnent ont sans doute plus de choses sérieuses (préparer ses proches, et notamment ses enfants, mettre en ordre ses affaires, gérer sa succession,...) à faire en un semaine si ce doit être la dernière que l'un de nos jeunes et fringants lecteurs lycéens.
Sans tomber dans la stérile énumération de ce que l'on pourrait vouloir faire, on peut simplement se demander s'il ne faut pas vivre pleinement pour ne rien regretter quand viendra notre dernière semaine à vivre.
Autrement dit, il me semble que la sagesse nous dicte de vivre chaque jour pour être satisfait de ce que nous avons fait. Ainsi, quand viendra notre dernière semaine, nous n'aurons rien à faire car nous aurons fait avant ce que nous souhaitions. Et ce que nous n'aurons pu faire pendant le cours de notre vie, nous le regarderons comme quelque chose d'accessoire.
Cela permet aussi de relativiser les contraintes du quotidien. Si cela doit être mes derniers instants, dois-je garder comme souvenir celui du patron avec qui je ne m'entends pas, celui de l'automobiliste avec qui je me suis engueulé,...?
Bref, ne doit-on pas agir positivement chaque jour pour que le bilan que l'on fera à la fin de notre vie, la dernière semaine, nous permette d'en profiter sereinement? De notre vie comme de la dernière semaine.
II. Pour vivre pleinement, faut-il être prêt à mourir?La seconde question est liée à la première. Dans le film "les Poètes disparus", la formule Carpe Diem était remise au goût du jour. Il fallait "cueillir le jour", profiter d'aujourd'hui pleinement parce que demain il ne sera plus. Cela peut se traduire par l'envie de vivre toute chose à l'extrême. De là, existe un risque de dérive: n'apprécier que les moments où l'on ressent des sensations fortes.
On trouvera ce comportement, notamment me semble-t-il, chez l'adolescent qui cherche ses limites et n'hésitera pas à se mettre en danger (on parle, je crois, de "conduites à risque"). Un certain plaisir consiste à constater que l'on a pu "dépasser ses limites". Et notre société pousse à ce "toujours plus".
A prendre des risques, on peut évidemment perdre la vie. C'est là que se glisse l'aspect pervers de ces situations. Face au fait de l'avoir "échappé belle", certains peuvent éprouver une fascination pour le fait de "frôler la mort". Et de là, rechercher ces sensations sans autre but que de les ressentir.
On trouve cette recherche aussi bien dans la "Fureur de vivre" (film mythique des années 50 avec James Dean, où le héros défie un chef de bande dans un course de voiture où le plus courageux doit sauter le dernier d'une voiture lancée à pleine vitesse vers un précipice) que dans un défi que se lançaient les élèves pilotes de l'école de l'Air de Salon de Provence (le dernier qui freine avec sa voiture sur la piste d'envol) ou le jeu "du foulard" ou "de la tomate" (consistant à subir un étranglement jusqu'à la perte de connaissance) (1).
La recherche de la sensation forte devient la priorité et pousse à un comportement risqué. C'est la sensation, et non plus l'intérêt de l'activité pratiquée, qui motive celui qui se lance ainsi dans une pratique à risque.
Alors, la question pourrait s'analyser de la façon suivante: Faut-il défier la mort pour donner un sens à sa vie?
Posée comme cela, la question fait apparaître le côté futiile et stupide de ce comportement. C'est le fait, amha, d'individus désoeuvrés.
Donc, on peut admettre que pour trouver leurs limites et leur identité, certains jeunes prennent des risques. Ce qui leur est facilité par leur physique maléable et performant. C'est aussi une réponse à l'ennui que certains ressentent. Mais l'intérêt limité de la prise de risque pour le risque apparaît rapidement et beaucoup se raisonnent.
En revanche, il me semble que l'adulte doit avoir pris du recul par rapport à sa propre existence et l'avoir mise en perspective. Ce que facilite le fait d'avoir des enfants, notamment. "Construire sa vie", c'est accepter d'aller pas à pas, jour après jour, parce que l'on ignore tout des joies du lendemain. Mais que l'on a foi en celles-ci.
Dès lors, pour vivre pleinement chaque jour, il faut avoir régulièrement des satisfactions. Celles-ci peuvent s'obtenir dès le plus jeunes âges par des victoires ou des progrès, à l'école, certes, mais surtout en sport, en musique, dans des activités ludiques ou culturelles.
Cela peut paraître idiot mais il me semble que n'importe quel jeune qui a des difficultés scolaires ou relationnelles aura forcément une autre image de lui si, toutes les semaines, il participe à un match de rugby ou un atelier théâtre qui le met en valeur au sein d'une communauté.
Donc, pour vivre pleinement sa vie, il faut lui donner un sens. Pour lui donner un sens, il faut identifier ce qui nous donne satisfaction, ce qui nous épanouit.
On pourrait, par exemple, rechercher un appui à notre réflexion dans la Parabole des talents et l'analyse qui en est faite: nous avons la possibilité de faire ce que nous voulons de notre existence. Nous sommes libres, conscients et responsables. Nous avons tous reçu des dons. Il nous appartient de les développer et de les faire fructifier. Les satisfactions que nous en retirerons viendront nourrir notre existence et lui donner un sens.
Voilà. Cette réponse est forcément très personnelle. Chacun, sur un tel sujet, a la sienne.
Pour finir ce qui peut s'apparenter à une copie de philo

, je terminerai comme il se doit en rouvrant le débat par une question.
Finalement, pour apprécier sa vie, ne faudrait-il pas prendre chaque jour avec le même émerveillement que si c'était le premier?
A+
PS: bravo à ceux qui auront tout lu

. Ils flattent mon ego...

. J'irai lire leur réponse.
(1) Ces "jeux" ont tous fait des morts qui ne sont plus là pour apprécier leur vie.