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FACE À L’ISOLEMENT, ESPOIR, FOI ET COHÉSION SOCIALE SONT LES MEILLEURS REMÈDES
Actuellement en proie à la dépression, les 33 pourraient tirer profit du drame. Les explications du Dr Grazia Ceschi, chercheuse en psychologie à l’UniGe.
«Dans un premier temps, les nerfs des mineurs ont été mis à mal par la catastrophe engendrant stress et panique», explique Grazia Ceschil, docteur en psychologie. En effet, le confinement, la chaleur, l’obscurité et les privations sont tous des facteurs d’irritabilité, laquelle aurait pu menacer la cohésion du groupe en réveillant des accès de violence.
Mais visiblement l’émergence naturelle de qualités salutaires chez certains (charisme, clairvoyance et leadership) a suffi à garantir l’empathie et l’entraide. «Après la prise de contact avec les secours, de nouveaux défis déterminés par la durée de l’enfermement s’imposent aux survivants, qui sont désormais en proie à un stress chronique.
Favorisant l’épuisement, il peut conduire au désespoir, auquel des réactions sont possibles à différents niveaux: perturbations du rythme cardiaque, de la digestion, du sommeil, de l’appétit…» Pour y remédier, les mineurs devront maintenir une activité physique jusqu’à leur libération, entretenir l’espoir, leur spiritualité et leur cohésion sociale, mais aussi faire des exercices d’imagerie en visualisant des solutions à leur situation.
Et, une fois sortis, que risquent- ils? «Des symptômes post-traumatiques peuvent survenir un mois comme plusieurs années après l’événement. Le plus évident est l’évitement de la situation, raison pour laquelle l’offre de Farkas est bienvenue», estime Grazia Ceschi. Car il suffit parfois d’une odeur ou même d’une lumière qui rappelle le drame pour déclencher une crise de panique. «Ces flashbacks évoluent avec le temps vers une forme moins florissante, mais avec davantage d’éléments dépressifs qui ne sont plus remis dans le contexte du trauma», poursuit- elle.
L’avènement d’un comportement alcoolique est la conséquence la plus courante d’une telle dépression. «Mais les études montrent que seulement 20% des personnes souffrent de séquelles après une expérience traumatique», tempère la spécialiste. Dans ce cas, rien de tel qu’un esprit de corps et le partage des expériences pour surmonter le traumatisme. «Les 80% restants reprennent soit une vie normale, soit en profitent pour changer de trajectoire vers une vie meilleure si la catastrophe permet de révéler des choses positives.»
GÓMEZ, LE DOYEN GOUROU
Il n’en fallait pas plus pour qu’émerge Gómez, 63 ans, une figure héroïque. Le mot doux à sa moitié («Avec l’aide de Dieu, nous réussirons à sortir, même si cela doit prendre des mois») n’a fait qu’attiser la passion qu’il a déclenchée chez tout le peuple chilien, suspendu au sort de ses compatriotes. Père de quatre filles qui lui ont donné sept petits-enfants, Gómez est décrit par la presse chilienne comme une «pièce fondamentale sans laquelle les mineurs détenus à 700 mètres de profondeur auraient basculé dans la panique». Fort d’un demi-siècle d’expérience de la mine – il a commencé à travailler à 12 ans – il fait figure de père pour ses 32 compagnons d’infortune et aurait le don de calmer leurs angoisses en trouvant les mots justes. Sur l’ensemble du groupe, seuls cinq hommes ont montré quelques signes de dépression.
Source :
http://www.illustre.ch/Mineurs-Chili-mine-San-Jose-Copiapo_56926_.html 