Feu de camp, on peut se laisser aller, j'en profite un peu, puisqu'on ne se connait pas et peut -etre jamais ...
J'ai du mal et de la misère les gars...
Mon pote Mimile(ce n'est pas son vrai nom, frère d'arme et témoin de mon mariage) est en train de crever de son cancer et j'ai beau le gaver de morphine il a mal. 1.95, il doit peser 50 kg, mon age 50 ans. A chaque passage, il me demande d'en finir: " Finis moi ti'Anke, finis moi", j'ai ce qu'il faut dans la voiture, mais je suis baisé, le docteur qui s'en occupe est un enfoiré de m*rde et à part tricher un peu sur les doses, je ne peux pas faire grand-chose d'autre sinon etre là ...
Robert ( on l'appelera comme ça) a perdu son fils adolescent l'an passé, réunion des copains pour le soutenir, celui qui ne pouvait que s'en occuper dans la période aigue c'etait moi( tous d'un accord commun), puisque j'ai vécu la même chose et étais le plus à même à tenter de l'aider( j'ai revécu ma propre histoire dans la semaine qui suivait, pourtant je croyais l'avoir bien enfouie et recouvert de plein de trucs par-dessus, mais je m'attendais au "retour de kick"). Au téléphone : " Comment vas Robert ? tu sais mon Anke, je survie, c'est tout..."
Alors , impuissant devant tout ça, j'ai sorti la guitare et les accords sont revenus, mes vieux trucs , Crosby Stills Nash:" Another sleep song", la gorge nouée, le coeur au bord des lèvres, et puis mon gars Matthias s'est joint à moi, égrénant le picking. Assis sur un parpaing dans le jardin, nos accords se sont entremèlés, et nos voix enlacées ( dans un bien mauvais anglais mais qu'importe) se sont envolées, dérisoires devant des pans entiers de ma vie qui s'écroulent. A la fin de la chanson, le silence ayant pris la place de la dernière note comme un regret. " Je sais P'pa, j'ai compris..."
Toute cette peine et ce bonheur là mêlés m'ont submergé.
J'ai un peu de mal à rester à la surface les gars, un peu trop de mal...