A propos d'anticipation et de désescalade...
Un exemple concret ?
Il y a un peu plus d'un an, un mois à peu près avant ce partir pour un voyage qui me faisait rêver depuis trop longtemps et que je ne pouvais
pas rater.
Un type, dans le métro, me regarde avec insistance.
Plongé dans mon bouquin, je le remarque du coin de l'oeil, mais ne réagis pas. Ou plutôt, je réagis à mon bouquin ("Un Anthropologue en Déroute", de Nigel Barley, très dôle, très bien écrit, à lire.) Mais je note que ce type est louche, agité, et qu'il m'a jeté un regard particulièrement mauvais qui n'augure pas grand chose de bon.
Il faut bien vivre, et dans le métro, ça suppose d'oublier ses semblables - ou au moins de faire comme si...
Malheureusement, le type, totalement paranoïaque et passablement énervé, interprète mon sourire adressé au néant (enfin, à mon bouquin) comme un foutage de gueule en règle.
A ma station, il me suit et réussit à me bloquer dans l'escalier (personne d'autre que nous, évidemment, j'avais oublié sa présence depuis 2 ou 3 stations :S et me suis avisé de sa présence plutôt pesante qu'au moment de prendre la sortie) et me saisi par le col : "dis, tu te moques ?! Je vais te tuer ! Je te suis depuis X stations, je vais te tuer !".
Et là, deux solutions :
1. agripper son bras et le/nous jeter dans l'escalier (Le lascar, très manifestement sous crack, avait une poigne très supérieure à la mienne, m'étranglait et clairement avait sur l'instant le dessus physiquement, d'autant que mon dernier cours de SD remonte à il y a 10 ans... et que le crack, ça le boostait). Bobo assuré, probablement grave.
Réagir, sur l'instant, pour moi, c'était me jeter dans l'escalier avec lui pour tapis de sol - dans le meilleur des cas. Voir pire, vu mon manque d'entrainement, ma frayeur et l'enjeu (10m d'escalier de métro, une expé de rêve, ma vie... tout se mélange très vite dans ce cas-là).
2. ou m'écraser comme une m*rde. Et voir venir.
Je félicite encore ma cervelle de piaf d'avoir choisi la seconde solution à ma place. Le type, totalement surexcité, a fini par être "rassuré" par mes dénégations farouches, ma démonstration de soumission sur le mode "mais non, vraiment je t'avais pas vu, je te connais même pas, pourquoi j'irais me moquer de qqun que je connais pas, vraiment etc".
Il a fini par me lâcher, en haut de l'escalier, plein de tics nerveux, me disant que bon, ok, mais la prochaine fois bref.
Vu mon physique (de trentenaire pas grand ni impressionnant) et mes capacités basées principalement sur un "mindset" dangereusement jusque-boutiste - par manque de moyen - je suis heureux, rétrospectivement, de m'être comporté comme une m*rde avec cet enfoiré sous crack.
J'avais vu, puis oublié le danger ; confronté à celui-ci (une fraction de seconde avant qu'il ne m'agrippe dans l'escalier) j'ai "choisi" une attitude qui me hante encore aujourd'hui (il méritait de se faire casser la gueule, certes, et c'est encore ce que pense ma part "obscure", mais ça ne lui aurait servi à rien) pour préserver une intégrité physique capitale (ce put**n de voyage au Ladakh que je ne pouvais pas rater, la cible de mes nuits depuis des mois).
Défense préventive ? Changer de wagon au moins 5 stations avant, là où il y avait du monde, quand j'ai détecté le nuisible. Super, merci la parano à vie...
Anticipation ? Pareil.
Désecalade ? Ouaip. Heureusement que la perspective proche d'un put**n de voyage de rêve m'a mis en mode larve... Et si l'adrénaline avait pris le dessus, y aurait-il eu deux morts dans l'escalier, un drogué et un nerveux ?
Et si j'avais encore eu dans les neurones les drills de ju-jutsu/SD pratiqués pendant plus de 10 ans, sans inhibition, aurais-je passé les mois/années en taule pour "défense préventive/anticipation" ?
Bref, pas simple tout ça, quand c'est confronté à une situation de la vraie vie...
(Au final, le type, je l'ai jamais revu, il a du crever d'une overdose ou alors réussir à se faire soigner, il a peut-être encore ses vertèbres, en tout cas moi j'ai les miennes ; j'ai fait mon voyage, rhâââârhg.. mais il après plus d'un an, j'ai encore besoin de me rassurer, et de me dire que j'ai (enfin, ma cervelle a) fait le bon choix de ne pas nous précipiter dans l'escalier... t'ain, pas évident à gérer !
Tiens, ça fait du bien d'en parler, ça permet d'analyser et de rationaliser le truc

)
Bien évidemment je suis preneur de tout conseil des spécialistes en SD pour gérer l'avant, le pendant et surtout l'après, selon les situations (guerre psy "gagnée"/"perdue" et à quel prix, dignité incluse ; guerre physique "gagnée" sans bobo grave pour l'agresseur... ou perdue - pour l'un, l'autre ou les deux - suite à un "bersek" inapproprié)