Bon ben moi j'ai eu froid aux fesses et au genoux( pas ailleurs) dans le hamac, je me suis démerdé comme un mancheavec mon pare-soleil de bagnole. Du coup, j'ai mis le bonhoome par terre sur le poncho et sur le pare-soleil. J'avais un peu l'os de la hanche qui "pointait, alors j'ai bien plié le shemag pour faire un petit boudin protecteur à cet endroit là. Puis j'ai dormi comme un bébé.
Y'a aussi un truc qui m'a frappé, le mélange ! Nous venons tous d'horizon différents, avec des ages différentes, des " cultures" différentes, cependant, à divers degrés certes, nous sommes animés du même élan.
Je me remémore ( un "m" ou deux ?) cette leçon de pêche avec Gmaz87...
Il a le sourcil touffu Gmaz, et l'oeil espiègle, et le visage doit être sévère en d'autres occasions. Ses doigts sont habiles à manipuler ces petits objets piquants que sont les hameçons et ces fils fins comme des cheveux que l'on perd si facilement, qui se dénouent à leur aise.
L'enfant est blond les incisives en "belles palettes", il a quoi 12 ans à peine ?
Ils sont assis par terre, l'enfant respectueux écoute, pose les questions, est attentif. L'homme explique, non pas du haut de sa maturité et de son expérience, mais cherche à ce que l'enfant comprenne.. pour qu'il réussisse, pour qu'il aime la pêche. L'homme se courbe, je n'entends que des bribes : " Vois-tu.... Comme ça ? Oui presque, tire un petit peu là..." L'enfant répète le geste, son visage est concentré, il est à ce qu'il fait, ancré dans le présent, le reste autour n'existe plus. L'homme surveille du coin de l'oeil, occupé ( ou faisant semblant) à autre chose, penché sur un bas de ligne. L'enfant se redresse et montre son ouvrage, il sourit, il est content et s'en va monter sa ligne. L'homme est à genou et s'est redressé, les mains posées sur les cuisses, il le regarde s'éloigner, ses lèvres esquissent un petit sourire satisfait, son regard s'est éclairé un peu plus, il est fier. ça n'a duré qu'un instant, le temps d'un regard.
Cet homme et cet enfant quelques instants auparavant ne se connaissaient pas, pourtant, un étranger à quelques pas aurait pu reconnaitre un ( jeune) grand-père et son petit fils.
Il est revenu un peu plus tard le gamin, le cheveu en bataille, fier comme Artaban, pour nous montrer sa pêche et s'en est allé pour apprendre à vider un poisson et comment le faire cuire, puis après quelque temps, il est revenu nous le faire gouter.
Moi, le poisson, je ne cours pas après, je suis plutot un carnivore.
Mais quand le petit bout de chair cuit et encore chaud s'est libèré dans ma bouche, j'ai senti son arôme délicat et j'ai été conquis. J'ai été conquis par tout : le regard du gamin tout fier, son sourire, la tendresse bourrue du pêcheur d'expérience et surtout par ce moment qu'il ont réussi à partager et dont j'ai pu être le spectateur et un peu moi aussi le bénéficiaire.
Voilà, c'est sans doute un truc dont je me souviendrais longtemps avec un grand plaisir.
