Bonjour,
Par manque d'informations et fuyant le coté sensationnel exploité par la presse et les journalistes, je me garderais d'émettre une opinion sur leur aventures mais on peut déjà en tirer des enseignements.
La préparation du raid :
- On part avec plus de vivres qu’il n’en faut et bien préparé. On ne sous estime pas la forêt et on ne surestime pas son expérience. Face à la jungle on apprend la modestie …
_ On part avec l’indispensable, pas de superflu. Le poids est l’ennemi numéro un et mieux vaut avoir de la bouffe que des choses inutiles.
- On marque sa progression de manière efficace pour retrouver le chemin si on est contraints à faire demi-tour ou pour favoriser les recherches en cas de problèmes ce qui semble ne pas avoir été le cas, sinon ils auraient été retrouvés rapidement.
- En forêt, en layonnant, on peu avancer de 6 à 8 km par jour selon le type de terrain.
L'orientation est difficile mais pas impossible, les cartes sont difficiles à suivre car il m'est arrivé de compter 5 collines à escalader là ou la carte n'en comptait que deux... et autant de marais infâmes à traverser, non indiqués sur les cartes... Pour s’y retrouver donc une seule méthode fiable, le topofil et boussole, le GPS étant bien mais en cas de panne tu es mal ... et ce genre de matériel tombe vite en panne. Si on prend un GPS, on en prend un chacun, étanche, antichoc, avec piles rechargeables et chargeur solaires pour la charge des piles.
- Le doute et la panique sont les pires ennemis du broussard. Les amis se déchirent et cela arrive plus vite que l'on pense. On part donc préparé au pire avec un équipier fiable sur qui on peut réellement compter et jamais seul.
C'est un miracle qu’ils s’en soient sortis et j'espère qu'il ne feront pas d'émule car la forêt et avant tout un milieu difficile dans laquelle la survie est problématique. Au moindre incident, ça tourne au cauchemar.
C'est à cause de ce genre d'incidents répétés et suite à la disparition de Maufrais qu'a été créé la zone interdite, trop de gens se perdaient, c'était trop coûteux d'aller les chercher, alors on interdit !
La majorité des ''Broussards'' se contentent d'aller dans des zones ''balisées'' comme suivre des fleuves ou rivières, en zone semi-habitées, suivre des pistes ou d'anciennes pistes et limitent ainsi considérablement les risques.
Partir en ''hors piste'' dans des zones inhabitées et ou aucun secours n'est à attendre ne s'improvise pas. Face à la forêt, il faut de l'humilité et de réelles connaissances pour s'en sortir sans bobos.
Au moins 15 à 20 fois par an, des apprentis broussards plus ou moins expérimentés m'écrivent pour avoir des conseils pour partir faire des ''exploits'', le dernier en date veut traverser la jungle sur 1000 Km à pied, ... Chaque fois ils ont très peu d'expériences et veulent faire des choses que même un indien ou un Bonis expérimenté et dépositaire d'un grand savoir et d'une bonne expérience ne ferait pas ... Je les décourage mais ils n'écoutent pas ...
Avant de partir faire le con 10 ans en forêt, je me suis tapé 15 mois d'armée à Loubère, fait 2 expéditions d'exploration puis vécu avec des Indiens longuement pour acquérir les bases ! Malgré cela, j'ai failli mourir des dizaines de fois et en forêt rien n'est jamais acquis et chaque jour amène son lot d'aventures.
J'ai connu des bonshommes qui ne payaient pas de mine, calmes discrets, ils pouvaient vivre des mois en forêt seul avec une poignée de cartouche et un sac de couac... prospecteurs miniers, forestiers, c’étaient des personnes qui avaient acquis leur expérience sur des années auprès d’anciens bagnards, indiens et autre broussards, pas en quelques randonnées …
Saluons l'exploit qu’a été leur survie et tremblons que d’autres ne se lancent pas avec autant de légèreté dans l’aventure car les chances d’en revenir sont minces…