Dans la série je m'amuse d'un rien, voici Cynry avec son tracker en lauze.

Pour répondre à la question "comment ont-ils survécu par 4 degrés bien humides et venteux sans sac de couchage?": en préparant des lits de végétaux, en se roulant dans leur poncho et en faisant du feu.
(vous noterez les gouttes de pluie, en haut, à gauche sur la photo, et, vue la taille, vous comprendrez qu'elles n'étaient pas poids-coq) 
Faire du feu n'a pas été évident au départ car je me suis évertué à jouer les super-héros-des-temps-modernes-urbains-fiers,-conquérants-et-sûrs-de-lui. Bravant la pluie qui était tombée sur ce sous-bois, j'ai donc ramassé du petit bois (1 ou 2 mm) et du plus gros (5mm). J'ai entassé cela savamment au-dessus d'un généreux morceau de coton vaseline. J'y ai mis le feu. Et là, ça a fait pschiiiit (même avec le savon liquide - à l'alcool - que David avait généreusement versé dessus)

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Il ne faut pas se précipiter, même quand on est mouillé et fatigué. J'ai dû me résoudre à en passer par l'incontournable séance d'épluchage du bois pour gratter l'écorce sur les brindilles. Sur les morceaux plus gros, j'ai, non seulement dû l'enlever, mais aussi faire un hérisson. A ce moment-là, David, regardant le sol humide, le bois humide et le ciel pluvieux, m'a dit: "tu n'y arriveras pas sans beaucoup de bois gras". Mon choix s'est porté sur un sapin cassé qui tendait fièrement son corps mutilé vers le ciel. J'y ai prélevé plusieurs moignons de branches qui avaient été cassées en pleine force de l'âge (donc pleines de sèves).
J'ai glissé mes 3 ou 4 morceaux de branches de sapin regorgeant de bois gras sous mes brindilles. Chaque morceau faisant 1cm de diamètre et 5 à 10 cm de long. J'ai mis une boule de coton vaseliné dessous. J'y ai mis le feu. Et là, ça a pris.
L'homme blanc avait réussi. Car, tout fier de mon exploit, j'ai donc ajouté du bois. Et du bois. Et du bois. Il y avait des chênes morts debout. Formidable. Et du bois. Et du bois. Il faisait froid et humide. Et du bois. Et du bois. J'avais réussi un truc essentiel et utile à la collectivité. Et du bois. Et du bois. Ca y est, ça prenait forme et on commençait à avoir bien chaud dans ce maudit sous-bois. Alors, David m'a dit: "homme blanc faire grand feu et s'asseoir loin; indien faire petit feu et s'asseoir tout près"

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C'est vrai que j'étais parti pour sécher l'humidité de la forêt mais on se refait pas: y me faut mon p'tit confort moderne.
Ceux qui voulaient se sont donc essayé à faire du feu sous la pluie.

Je me sentais un peu imprudent avec mon feu de joie au milieu des bois. Surtout quand, en pleine nuit, on voyait qu'il devait illuminer jusqu'aux nuages. Mais bon, veille d'élections, un week-end de pont, David était serein sur la possibilité que quelqu'un vienne déranger notre rave party. Et puis, on s'est couché. C'est alors que le feu est devenu radiateur. Et là, étant entendu qu'il ne faut pas le faire en temps normal, en cas de nécessité, la preuve était faite que l'on peut passer une nuit non loin d'un feu et avoir chaud.
Comme je me suis retrouvé au milieu de la nuit à me les geler sous mon poncho, je me suis rapproché du feu. Là, ça a réveillé David et Cynry. D'un seul coup, allongé devant le feu, je faisait barrière et leur retirai la douce chaleur qui les berçait. A partir de là, toutes les heures et demi, on était réveillé par la baisse du feu et, chacun son tour, nous l'avons alimenté. Au point d'avoir une vraie chaudière au moment du lever du jour, instant où la température baisse, que nous n'avons pas ressenti.
Alors, pour faire un feu de cuisine, David a entassé des branches par séries de 4, chaque étage perpendiculaire à l'autre. En moins de deux, l'étagère permettait de poser des gamelles sur un véritable braséro.

Pour faire chauffer de l'eau et y faire infuser le thé, les bouillons cube ou autres sachets de café que nous avions dans nos kits, Cynry avait une gamelle à manche repliable de l'armée française très utile et très solide. De mon côté, la force du feu a, à chaque fois fait des trous dans mes quarts en feuille de papier alu que je me confectionnait. Il faudra regarder du côté des papiers alu type nid d'abeille.
Néanmoins, malgré la fuite, j'ai réussi à me faire 2 bouillons cube en guise de dîner et cela m'a largement suffi pour réchauffer le corps et le moral. J'ai aussi grignoté deux barres de céréales. Aucune sensation de faim.
Au petit matin, un sachet de thé dans un litre d'eau porté à ébullition fera notre petit déjeuner à tous. La Nalgène dans laquelle nous avions versé ce thé léger a circulé de mains en mains et, à ce moment-là, ça suffisait à notre bonheur. Comme quoi, une petite nuit courte dehors et les ardeurs sont calmées

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Bref, en conclusion, certaines choses bien connues se sont rappelées à nous comme une évidence:
- le briquet Bic, ça marche très bien sous la pluie et ça t'évite de t'énerver (c'est en partie pour ça que j'ai pu passer une demi-heure à faire mon feu sans tout balancer).
- les amadous ou allume-feu sont essentiels mais sur le bois mouillé, tu n'échappes pas à la nécessité d'enlever l'écorce et faire des entailles pour réaliser un hérisson. Il faut aussi fendre les bûches pour révéler le coeur plus sec.
- un feu irradie suffisamment pour réchauffer plusieurs personnes. Fait plus près (à 1 mètre du couchage), il aurait pu être plus petit.
- une gamelle ou un quart, des feuilles de papier d'alu au pire, sont indispensables.
- thé, sucre, café lyophylisé et bouillon cube ne prennent pas de place dans un kit de survie. Le bouillon cube qui apporte graisse et sel et à mettre en premier.
- couché à un mètre du feu, je n'ai plus eu du tout froid, malgré le vent du nord.
- une couche de végétaux de 30 cm d'épaisseur est nécessaire pour pouvoir dormir sur un sol froid.
A+