Maintenant, il y a sans doute un problème de discrimination à l'embauche pour les jeunes diplômés issus de l'immigration, mais étaient ceux là qui manifestaient ?
Bonsoir,
Je vais être un peu long....

Etant confronté dans mon boulot à ce problème complexe, je voudrais partager ici l'état de mes réflexions. Sur ce sujet, les écrits de Jean François Amadieu, Prof en Sorbonne sont une bonne introduction afin de saisir la réalité du phénomène.
Mon expérience se rapporte à des étudiants diplômés Bac+5, essentiellement en Sciences de Gestion. S'ils veulent trouver du travail, il n'y a pas de problème. Ils peuvent même trouver des emplois très bien payés. Le problème, consiste à trouver un travail convenablement payé et intéressant.
Pour un cadre dans une entreprise, la compétence est le résultat de trois facteurs : le
savoir, le
savoir faire et le
savoir être.
Le savoir : A bac+5, il est le résultat d'un diplôme. Les grandes entreprises commencent par classer les candidatures selon l'école puis les formations universitaires. C'est comme ça, et le salaire d'embauche dépendra du rating de l'école puis viennent les universités. Il est clair que puisque la nation dépense moins pour un étudiant d'université que pour un lycéen...et 2 à 3 fois moins que pour un étudiant de grande école....toute chose égale par ailleurs, il ne faut pas s'attendre à des miracles !
La sélection pour les prépas grandes écoles survalorise les acquis scolaires et le niveau de culture général. Autant dire que les études montrent que les prépas sont peuplées de "fils de profs" et de jeunes dont les parents viennent des grandes écoles. Quand ont est un jeune dont les parents ne sont pas facilement capables de déclamer du Baudelaire ou d'expliquer la leçon d'histoire à la manière de Fernand Braudel.....il est écrit que ce sera plus difficile...
Sur le plan financier. Le fait d'intégrer une grande école entraîne deux sortes de coûts. D'abord, la grande école est loin, il faudra que la famille subvienne au logement et à l'entretien du jeune hors du domicile familial (soit un coût entre le RMI et le SMIC). Puis, si c’est une école de gestion consulaire, des frais de scolarité. Le tout pour cinq ans….
Pour toutes ces raisons, un étudiant originaire du sud du sud, pas bête mais pas exceptionnel, s’orientera vers l’Université de sa ville. Alors que, celui ayant le même équipement cognitif mais bien coaché et financé, fera une prépa et intégrera une grande école. Même s’il intègre la plus petite, il sera devant le salaire de la meilleure Université. Dauphine et UTC faisant l’exception vis-à-vis des petites écoles. C’est comme ça.
Le savoir-faire : Pour un débutant, il s’agit des stages. D’abord, il faut comprendre que les écoles intègrent les stages dans les cursus en cours d’année. A l’université pas toujours, il faut prendre sur les vacances. Or, les vacances, pour beaucoup d’étudiants sont l’occasion de travailler pour financer les études….
Dasn les universités pas ou peu de bureau des stages, pas d'annuaires des anciens, pas d'assoc, pas de secrétariat assurant de façon efficace la collecte des annonces ou l'accueil des interlocuteurs. Seulement, un petit SIUOP....Le mot d'ordre est donc "demerden sie sich". Sauf si un enseignant-chercheur se trouve une vocation consistant à faire ce qui n'est pas rémunéré, ce qui n'est pas sa formation, ce qui n'est pas dans son statut et qui va à l'encontre des objectifs professionnels fixés par sa tutelle.
Ceci dit, la majorité des étudiants trouve un stage. Au niveau licence et M1, c'est le plussouvent par l’intermédiaire de leur réseau social. Après, en M2 , ils ont normalement acquis une compétence à négocier. J’observe que c’est plus facile quand le réseau social (oncles, frères, parents, amis....) est composé de cadres golfeurs que de techniciens de surfaces expérimentés. Cela, toute chose égale par ailleurs, détermine souvent la qualité du stage. Untel fera des stages « CADRE » dans une grande entreprise, l’autre trouvera des stages "cadre" dans des endroits moins prestigieux.
Ici aussi, un facteur pécuniaire intervient. Ceux qui ont les moyens peuvent accepter un stage en dehors de leur ville d’origine, les meilleurs stages sont souvent à Paris (siège des grandes entreprises). Les autres, doivent prendre les stages locaux en valorisant ceux qui sont les mieux rémunérés. Pas toujours les plus formateurs.
A la fin d’un cursus Bac+5. Un étudiant pourra avoir accumulé 3+3+4+6 mois de stages de bonnes entreprises avec de vraies missions et une bonne cohérence dans son projet professionnel. L’autre aura passé le même temps dans des entreprises qui auront bien voulu l’accepter et qu’il aura pu intégrer.
Vous avez compris que, toute chose égale par ailleurs, ce sera plus facile pour Durand que pour….
Les deux facteurs précédents sont subtilement inégalitaires. Mais en France, si on accepte de ne pas jouer pour les « big game » (les grandes écoles) il reste l’université et pour l’instant les diplômes ont officiellement valeur nationale. C’est assez vrai, sauf exception (Dauphine….). Le handicap sur les deux premiers facteurs de compétence existe, mais il peut être compensé lors de l'apprentissage au pri d'un effort supplémentaire. Le facteur suivant, le savoir être, est le plus souvent fatal.
Le savoir être :
« Ce qui compte, ce n’est pas d’être bon, mais d’être meilleurs que les autres ». . La vie c'est un peu la philosophie de Darwin : plus c'est dur, plus le moindre handicap devient insurmontable.
Au niveau cadre, le savoir être est prépondérant pour la carrière. La première question que se pose un recruteur est « est-ce que j’ai envie de bosser avec ce type ». L’être humain est ainsi fait qu’il trouve souvent bien ce qui lui ressemble. Si ce n’était pas le cas, il lui faudrait changer….
Et sur les points suivants : les codes sociaux, la culture, la politesse, la cooptation, les références communes, les expériences semblables…. « la différence » ça ne pardonne pas ! Comme la compétition est rude…. Etre un peu plus faible, c’est comme en boxe…on est OUT !
Vous l’aurez compris. Sur les critères objectifs de compétences que je viens d’énoncer…pour certains ce sera plus difficile...et pour un bon peu d'entre eux, vous les reconnaitrez de loin!
Parfois, un certain découragement peut s'exprimer.
Did,
http://cergors.univ-paris1.fr/cvcergors/CV_Amadieu.htmhttp://www.educnet.education.fr/comptes/ecole/massif/etudiants_csp.htm