Où vois tu du patriotisme brut. Pas de vivre la France, pas de Marseillaise.
Simplement une pensée émue pour des jeunes gens venue d'ailleurs qui ont souffert, eu peur, ont été blessés et sont parfois mort.
C'est de la reconnaissance, car eux ne faisaient pas de politique.
Le patriotisme, c'est parfois une manière d'évacuer sa peur de l'autre.
Pour beaucoup d'anciens combattants, c'est aussi une manière de trouver de la reconnaissance pour un moment de leur vie où ils en ont bavé au-delà de ce que leurs interlocuteurs peuvent imaginer.
Enfin, pour d'autres, souvent pour les plus jeunes, cela peut être une manière de se rêver ou de rêver leur vie.
Heureusement, il y a fort à parier que nous ne connaîtrons jamais une telle période. Je crois que je n'ai pas envie de savoir ce qu'est la chaleur d'un champ de blé qui brûle, l'odeur d'animaux crevés et les cris des gens affolés.
Je n'ai pas envie de savoir ce que ça fait de voir son pote se faire tuer.
Et Dieu sait que quand ça a été mon tour de porter un uniforme, j'ai assumé bien au-delà de ce qui était demandé.
Aujourd'hui, quand je vois le 6 juin, je me souviens de 2004 et le chancelier allemand présent sur les plages de Normandie pour apporter avec le président français le signe de l'apaisement et de la réconciliation aux enfants de soldats allemands et de femmes françaises.
Le monde entier et en particulier l'Europe a appris de cette boucherie. J'ai dans ma famille une femme qui, à 24 ans, a passé 6 mois dans les griffes de la Gestapo pour avoir aidé des juifs à fuir en Suisse. Elle n'en a parlé qu'à moi. En quelques phrases, elle m'a glacé le sang. Et pourtant, sa petite-fille vit à Vienne en Autriche avec un gars dont le grand-père aurait très bien pu faire partie de ses tortionnaires.
Alors, quand je vois le 6 juin, je me dis que j'ai vraiment eu du bol de ne pas avoir eu à m'élancer sur une plage du bout du monde sous le feu des mitrailleuses.
Je me dis que notre responsabilité est de faire que ça ne se reproduise jamais.
Pour ça, il nous faut transmettre à nos enfants des valeurs d'amour et de fraternité,
et les assumer. Et ça, faut être un peu couillu pour le faire de nos jours. Et je ne suis pas sûr d'y arriver tous les jours.
A+