Cela fait un petit moment que j’espérais rencontrer ISHI. Mais son entreprise, sa famille qui s’agrandit bientôt et sa meute de chien font qu’il est bien occupé. Finalement, il me propose une sortie de deux jours dans le massif de la Margeride. Nous calons les emplois du temps et c’est parti. Vu la difficulté avec laquelle nous avons trouvé ce chreno, la météo était un facteur secondaire, on peut dire qu’on a été gâté.

(Il parait qu’il y avait une alerte tempête sur certains coin de France ? )
Il faut savoir deux trois choses sur le massif de la Margeride pour bien comprendre. Je cite wikipedia :
Le climat est froid mais relativement sec ; les monts du Cantal et de l'Aubrac arrêtent les précipitations venant de l'ouest et permettent à la Margeride de bénéficier d'une position relativement abritée. En hiver, les températures n'ont rien à envier à celles que l'on relève dans le Jura : on a ainsi frisé les -30 °C lors de l'hiver 2005-2006 à Saugues à seulement 900 m d'altitude. Par ailleurs, le sud du massif reçoit à intervalles réguliers de fortes précipitations venant de Méditerranée en particulier lors des épisodes cévenols. Le sud de l'Aubrac subit d'ailleurs le même phénomène. Si cet événement a lieu en hiver, il tombe alors des quantités énormes de neige (comme en 1978 dans la région de Langogne où l'on releva une hauteur de 2 mètres). Cependant, les quantités d'eau ou de neige recueillies sont généralement moins importantes que dans les Cévennes, qui sont concernées au premier chef lors d'évènements de ce type.
On a éstimé la neige à environ 1m20 (bien plus par endroit

).

La Margeride est aussi une terre d’Histoire. Ses interminables forêts de sapin ont été le théâtre de la mise à mort de la soi disant bête du Gévaudan. Et nous sommes tout proches du mont Mouchet, haut lieu de la résistance dans le massif central.
J'en reviens à notre sortie. Comme nous sommes tous les deux passionné de chiens, et qu’ISHI est musher il nous parait tout naturel d’emmener nos fauves. Ishi sera donc accompagné de Népal (Palou) et moi de Taïga. Népal est le chien de tête de l’attelage d’ISHI, c’est aussi le dominant de la meute. En cas d’altercation entre les deux chiens il ne fait pas de doute que Palou aurait le dessus. Nous parviendrons à éviter la confrontation malgré toute l’énergie que Taïga mettra à le provoquer…

Népal, dit "Palou"

mon emmerdeuse
Népal aura aussi la difficile et essentiel mission de transporter une grosse partie du matériel. Bien que ce ne soit pas un chiot de l’année, il le fera avec entrain (voir impatience quand ces idiots d’humains s'arrêtent !).


Le trio de choc : ISHI, Népal et pulka
Pour aller jusqu’à notre départ nous avons pris la voiture d’ISHI, il fallait bien son defender pour se garer sur le « parking » tracé au chasse neige
L’indispensable photo de groupe. Prise à la fin du périple.

De droite à gauche ISHI, Népal, moi et taïga en admiration devant son maitre (soit elle a soif, soit elle a faim)…
Notre premier jour de marche a été brumeux (ou plutôt brouillardeux

), avec le vent dans le dos. Heureusement, ISHI connait parfaitement la zone car le brouillard ne permet pas d’erreur.

Un des rares moments où l'on voit clair.
Un ami à lui est passé avec son attelage et son traineau la semaine précédente, mais le vent et les chutes de neige ont rendu sa trace à peine visible, voir pas visible du tout ! Rapidement je dois passer devant pour tasser un peu la neige pour permettre à Népal de marcher sans trop s’enfoncer, ISHI se charge de l’aider à tirer dans les moments difficiles.

La poudreuse augmente l'effort a fournir.
Il nous faut environ trois heures pour rejoindre le point de bivouac. Tout près d’un petit lac, largement camouflé par la neige. D’ailleurs ISHI a fait l’expérience d’un bain hivernal dans ses eaux

, il a pu me confirmer que c’est une véritable situation de survie si l’on a pas un bivouac déjà en place comme cela avait été le cas pour lui.

Le petit lac
La première tache à effectuer lors de l’arrêt est d’hydrater les chiens. Pour cela Ishi fait tiédir de l’eau avec deux bouillons cubes. Cette soupe est rapidement ingurgité par les deux chiens.

Il nous faut maintenant monter le bivouac. Le temps est le pire que nous puissions craindre. Du vent, du brouillard (humide) et une température à peine positive qui fait fondre la neige au sol et dans les arbres. Rapidement nous sommes trempés.
Pour la nuit nous aplatissons une zone que nous espérons plus protégée.

Une certaine pelle suisse en action.
C’est la dernière photo du soir, le froid et l’humidité auront raison de ma dextérité fine et la peau d’un de mes doigts « éclatera » maculant de sang tout ce que je touche

(cf sous mon nez sur la photo de groupe

).
Comble de la malchance, le bois est détrempé, même fendu et refendu nous ne parviendrons pas l’allumer (vent et humidité ne nous aident pas). Pourtant nous utiliserons plusieurs allume feu. Une bougie chauffe plat, un allume barbecue, un œuf Manise et du bois gras ! Petit coup au moral, vite passé, nous nous rabattrons pour le diner sur un assortiment de charcuterie (jambon cru, saucisse sèche) et fromage (cantal, Saler, Saint Nectaire et fourme d’Ambert), des tripoux (merci le réchaud) et du vin, c’est plus que rassasié que nous gagnerons nos sac de couchage.
A propos des outils qui nous ont permis de travailler le bois nous avons fait le même choix (sans concertation). Hachette, petite scie et couteau moyen. Pour ma part les deux premiers sont des Fiskar et le couteau un Mora.
Pour la nuit nous serons abrités par un tarp qu’a pris Ishi, il vous en dira plus je n’ai pas vraiment regardé le détail. Le montage s’avérera délicat avec le vent. Nous le renforçons avec un tronc posé sur deux tréteaux fait sur place. Malgré une fixation béton les rafales de vents finiront par arracher une des suspentes de parapente qui tendent le montage et soulever le bas du tarp pourtant amarré par des kilos de neiges.
Quant au sac de couchage, ISHI utilise un sac grand froid et moi mon habituel sandwich (sursac, tapis de sol, sac 15° et sac 0°). Pour la première fois de nos vie, nous décidons d’utiliser des chauferrette pour nous réchauffer tant nous sommes trempés. Dans la nuit Ishi aura les fesses dans l’eau, sans doute son tapis de sol qui a fait baignoire, il n’aura pas trop froid pour autant. Moi je serai plutôt bien malgré la flotte qui ne cessera de tomber des arbres (vive le sursac).
Au petit matin les températures chutent (-10° au thermomètre)et nous nous levons sous le grésil (quand je vous disais qu’on a eu un temps de m*rde !).
Ishi de m’expliquer :
- Le froid ca n’existe que dans ta tête, si tu te répètes « j’ai chaud, j’ai chaud… »
- Et ca marche ?
- Non.
