Bonjour,
c'est rare, c'est bougrement rare
!
Je pense d'ailleurs que c'est inhérent à toute activité de recherche...
Que cherches-tu à dire, je ne comprends pas ?
Bon, on va parler d'une manière générale ... parce que, bien sûr il y a des exceptions.
Tu prends une classe de terminale, avec des futurs universitaires intelligents.
Il y a - très schématiquement - des littéraires et des matheux.
- Les littéraires sont plus ou moins poêtes, plus ou moins philosophes. En général, ils s'expriment avec plus de nuance, plus de finesse que les matheux. Mais ils ont de grandes difficultés à appréhender des notions où le language de tous les jours est "dévoyé". Ça leur donne des boutons d'entendre parler d'espaces à n dimensions et autres terminologies que les enseignants "matheux" ne prennent pas la peine de "mettre à plat" ... Souvent, les littéraires se posent des questions sans réponses et sont de ce fait plus ou moins mal dans leur peau.
- Les matheux sont à l'aise avec la manipulation de symboles opératoires précis. i² = -1, cela ne leur donne pas de boutons. Ils acceptent les nouvelles règles du jeu sans se poser de questions inutiles. En général, les matheux n'ont pas vraiment d'intérêt pour les questions irrésolues des philosophes, pour les agencements poétiques qui échappent à la logique. Leur manière de s'exprimer est moins fine que celle des littéraires.
Ce sont là des caricatures, mais elles ont un fond de réalité.
Toujours "en général", les matheux vont se diriger vers des études scientifiques. Bien que doués en math, ils vont en baver ... parce que on va leurs bourrer le crâne d'un maximum de notions très complexes, avec des significations très précises. Ils n'auront pas le temps de se poser des questions "de fond", on ne leur posera pas de question de fond ... On ne leur demandera pas de "philosopher" sur le bien fondé de tel ou tel postulat, ou de réfléchir à certains paradoxes ... Il faudra qu'ils assimilent rapidement, qu'ils s'approprient pendant des années les théories - des modèles de la réalité - construites par leurs prédécesseurs au cours des siècles. Et s'il veulent réussir leur examens, il faudra qu'ils puissent utiliser ces modèles sans réfléchir. "Sortir" la bonne formule, cela devient un réflexe conditionné ...
On va voir la théorie de la relativité restreinte en une leçon, ou deux

... Pas le temps de réfléchir, il faudra surtout mémoriser et appliquer les formules mathématiques. Appliquer, utiliser, combiner des formules mathématiques ... les matheux font cela avec beaucoup d'aisance, d'une manière quasi automatique. Mais, à ce stade, celui qui s'arrête pour réfléchir, il est cuit.
Après 5 ans d'études scientifiques poussées, pendant lesquelles on ne s'exprime pas vraiment en français, mais bien à l'aide de formules mathématiques éventuellement très denses ... peut-on encore "penser"? Peut-être, mais on a perdu pas mal de capacité à le faire!
Les plus "intéressés" de nos scientifiques vont se lancer dans la recherche. Ils vont, ce faisant tenter de préciser tel ou tel point particulier d'une théorie ... ils vont tenter de modéliser la réalité avec plus de précision, et même, très rarement, ils vont remettre le modèle en cause ... pour le remplacer par un un autre, meilleur. De temps en temps aussi, ils vont inventer des trucs de toutes pièces, juste pour masquer leur ignorance ... Cfr la fameuse théorie de l' "éther", ce mileu impalpable qui aurait pourtant servi de support mystérieux à la propagation des ondes électro-magnétiques.
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Il y a bien longtemps, en secondaire, deux de mes professeurs de type "littéraire/philosophique" ont abordé, chacun de leur côté, chacun à sa manière, la question de la création, de la vie, de son sens ... C'est évidemment un question "récurrente".
Ces professeurs étaient des "pointures", vraiment!
L'un nous a dit très humblement et avec une sincérité totale : "Devant la complexité infinie du monde et de la vie, devant cette complexité qui nous dépasse, qui dépasse toute idée de hasard, je ne peux que reconnaître la main d'un créateur qui me dépasse."
Et l'autre, dans un autre cours, nous a dit comme en réponse "N'est-ce point trop facile?" Je le revois encore dessiner un grand point d'interrogation au tableau.
Superbes questionnements ...
Hors, j'ai assité tout récemment à une conférence conduite par un pannel de scientifiques de haut niveau, concernant le concept de l' "intelligent design" que certains américains auraient bien aimé voire inclure dans les cours de sciences (afin de donner une crédibilité scientifique à leur dogme créationniste). La conférence avait pour objectif évidemment de démolir créationnisme et créationnistes ...
Et bien, ces beaux messieurs ont fait preuve d'un manque total de finesse, pire, d'un manque total d'analyse et d'esprit critique. Une charge frontale, certes, mais tellement mal argumentée ... Des réponses, en fait, "à côté de la plaque". Si j'avais été créationniste, ils ne m'auraient pas convaincu. En fait, au vu des questions posées par les étudiants, ils n'avaient rien réussi à démontrer.
Car aucun d'eux n'a posé le problème correctement. Ils avaient tous perdu de vue le questionnement fondamental. Imbus de leurs connaissances et de leurs certitudes, ils avaient oublié cette "angoisse" humaine devant le mystère de notre existencence.
Mais s'étaient-ils seulement questionnés, quand ils étaient ados?
Ils n'ont même pas cité Ilya Prigogine un (Le?) prix Nobel issu de leur propre université, qui apporte pourtant des éléments de réponse concrets. Des prix Nobel, en Belgique, on n'en a pas des masses, pourtant!
Seulement, voilà, Prigogine, c'est un philosophe qui a viré scientifique. Et comme je le disais, ceux là sont bougrememnt rares!
Bison,
Littéraire moyen, matheux encore plus moyen!