Il y a eu un rôle de chef, un moment donné dans ma vie, où j'ai été purement et totalement incompétent. Catapulté trop haut trop vite dans une hiérarchie où PLUSIEURS visaient mon poste, je suis arrivé en pensant avoir devant moi une équipe unie et prête à bosser, et le soutien des big boss. Fallait vraiment être con pour imaginer ça

Où ça a merdé ?
- voyant ma naïveté, plusieurs se sont mis à bosser pour me pourrir l'existence et remonter des gens contre moi... et en plus j'ai loupé deux ou trois trucs importants (un peu aidé, mais j'ai ma part de responsabilités en ne voyant pas le mur arriver assez vite), ce qui a donné du grain à moudre, et donc ça a très très vite été le gros bordel...
- ca a désolidarisé toute l'équipe ;
- j'ai tenté de resolidariser tout le monde par la méthode douce, et là je me suis fait tomber dessus par les big boss qui attendaient des résultats rapides ;
- pris en sandwich entre des petits requins d'un côté et des gros requins de l'autre, je n'ai pas réussi à devenir un requin moi-même... j'aurais dû sacrifier une ou deux personnes dans la structure pour rétablir mon pouvoir. Je n'ai pas souhaité le faire. Et à la restructuration d'après, on m'a éjecté.
Ca fait un peu mal à l'égo de savoir que dans cette boîte, là-bas au Québec, on garde un souvenir pitoyable de moi. L'égo en prend un coup, mais en fait je n'étais pas fait pour ce monde. J'avais trop envie de passer du temps à la maison, trop d'idéaux à défendre, et pas assez d'envie de m'élever socialement pour accepter de bouffer les tripes de mes concurrents...
Bref, là où ça a merdé c'est que j'ai tenté d'être un chef de type "coopératif" au sein d'une structure qui avait besoin d'un tyran pour remettre de l'ordre et démolir deux ou trois enfoirés qui minaient la structure de l'intérieur. J'ai voulu être le coordinateur de bonnes volontés d'une structure où les bonnes volontés n'existaient pas vraiment à la base. Et je n'avais pas le pouvoir de faire changer la structure ni les gens : j'aurais d'abord dû voir clair, puis agir vite et fort. Je n'ai rien vu, je n'ai pas agi. J'ai été un très mauvais chef pour cette boîte là.
J'en retire quelques enseignements :
1) l'amitié n'est possible qu'à l'horizontale dans les structures hiérarchiques... pas de potes en haut, pas de potes en bas. Sauf exception.
2) le chef doit s'adapter au type de leadership que ses ouailles lui imposent (rapport de force ouvert, rapport de défoncage de cul en douce, ça c'est la norme, ou rapport de coopération réel, ca c'est rare) avant de pouvoir espérer orienter les choses progressivement...
3) le chef doit avoir le droit à l'erreur, et doit pouvoir compter sur ses collaborateurs pour l'informer qu'il se plante. Si ces derniers profitent de ses faiblesses pour lui bouffer les c*u!lles, il doit réagir de manière aussi violente que possible : exclure ce collaborateur le plus vite et le plus férocement possible, par tous les moyens. Ce faisant, c'est autant un mode de collaboration qu'il défend que son statut.
4) le chef doit pouvoir laisser le leadership à la personne compétente quand c'est plus pratique. Il doit pouvoir décréter que "machin est le spécialiste de ce genre de missions, c'est lui qui gère tel aspect de l'organisation tant que la mission X est en cours". Une fois cela terminé, il doit pouvoir retrouver son statut de chef de manière naturelle.
5) le chef doit pouvoir compter sur son équipe... mais son équipe doit aussi pouvoir compter sur lui. Comme dit si bien Anke, le chef c'est le premier à mouiller la chemise et le dernier à la sécher. Et concrètement le chef se tape plus de sale boulot, de basses besognes et de merdes que tout le monde. Il a plus de devoirs et de responsabilités que les autres. Et pas particulièrement de privilège. Bref le chef doit avoir le rôle le plus ingrat de tous. Sinon c'est pas un bon chef.
6) le chef doit pouvoir déléguer, puis vérifier et orienter/corriger au besoin. Pour déléguer sainement, il doit déléguer AUSSI des trucs intéressants, et donc garder le sale boulot pour lui...
7) les gens imitent, ils n'obéissent pas. Ils feront comme le chef, et non pas comme le chef dit. Faites ce que je dis mais faites pas ce que je fais, ça ne marche qu'un temps.
8 ) le chef doit valoriser son équipe et redistribuer tout le mérite en temps réel, mais aussi prendre tout dans la gueule quand son équipe m*rde... il est responsable des échecs, mais pas des réussites.
9) le chef doit savoir fermer sa gueule et laisser pisser, parfois, aussi...
10) le chef doit être sympa, mais pas con non plus...
11) le chef doit pouvoir communiquer clairement ses intentions, les orientations qu'on prend, les objectifs, et ce qu'il attend de tout le monde... et pour ça à a base il doit le savoir lui-même !
12) le chef doit aimer bouffer le coeur de ses ennemis

Y'aurait encore plein d'autres choses à dire, mais bon. Le plus important, c'est que le chef doit mettre en place un mode de collaboration qui soit vivable pour tous. Ca veut dire que chacun doit trouver sa place et son utilité, et se sentir respecté pour qui il est et pour ce qu'il fait. Il doit sentir quand ça n'est pas le cas, et savoir imposer et entretenir cela.
Ciao

David