Salut, salut ...
Holà, on ne va pas s'énerver pour si peu

Bon, alors, pour commencer dans l'ordre qui me vient à l'esprit ...
1) Le plus important c'est d'oublier les clichés de télé : la psychiatrie même aiguë avec des patients en crise, des malades mentaux ayant commis des actes violents etc ... c'est à 85 % de la communication, de l'empathie et des relations humaines, professionnelles mais humaines.
Les 15 % qui reste sont consacré à la prévention des risques et aux trucs plus trash, j'y reviendrai plus tard.
2) Le travail d'équipe : si, comme dans mon service, ça chauffe parfois, il doit y avoir une culture d'équipe soudée, de la communication dans l'équipe et un esprit qui fait corps. Bref, on envoie pas une nouvelle au casse pipe, on se soutien, on discute des cas et on sent avec l'expérience quand ça va foirer ... bref, si ta compagne se retrouve dans un service "hard" elle sentira tout de suite un esprit d'équipe assez fort, il faudra qu'elle s'y fasse et qu'elle s'intègre dans cette équipe, une fois intégrée elle pourra vraiment compter sur cette force.
Pour s'intégrer dans l'équipe, y'a pas de recette magique :
- Humilité au début, la psy ça s'apprend surtout sur le terrain !
- Respect du cadre et des limites pour les patients : l'équipe fait un, y'a pas de méchant et de gentil, l'équipe c'est l'équipe, ce qui a été décidé en équipe doit être appliqué par tous.
Être honnête et faire confiance à l'équipe (même si on a forcément plus d'affinités avec l'un ou l'autre), si il ya un truc qui cloche il vaut mieux en parler à l'équipe - Dynamisme mais pas précipitation, on entre en douceur dans une équipe, pas comme un taureau ... on se fait reconnaître petit à petit ...
3) Les petits conseils pour être "pro" :
La distance soignants-soignés : on est pas des potes, y'a pas de secret entre membres de l'équipe : être clair avec le patient, s'il vous confie quelques choses cela sera mis en commun en équipe si nécessaire ...
Le patient n'a pas à connaître les détails de votre vie privée : avec des hystéro-psychopathe ça se retournera bien vite contre vous. Rester même vague par rapport au coin où l'on vit, etc ... la phrase qui tue : "
je ne suis pas vraiment là pour parler de moi mais plutôt pour vous venir en aide".
Une patiente se tape la tête sur la porte du bureau pour se faire remarquer, pas la peine de s'exciter, il suffit de lui dire avec un sourire : "Madame, je pense que vous avez besoin d'attention ? Voulez-vous qu'on en parle" ... ça à l'air tellement c*n mais ça désarçonne ...
Commencer régulièrement ses phrases par "je vous comprends ..." ça désarme ... expliquer au patient placé par mesure judiciaire que l'on a pas demandé à ce qu'il soit là (et lui non plus) mais que vu la situation "nous allons essayer que cela se passe le mieux possible" ... etc ...
Pour un homme agressif, l'intervention d'une infirmièr
e sera mieux perçue que l'intervention d'un infirmier mâle et donc pourra dans certains cas diminuer l'agressivité. (A prendre au cas par cas)
Après un échange assez chaud, une mise à l'isolement musclée ... un debriefing (sérieux) et un laché de soupape (moins sérieux) est nécessaire pour relâcher la pression ... j'ai quelques infirmiers qui, après une intervention musclée (isolement, TS ...) vont fumer une petite cigarette et déconnent comme des gosses pendant 10 minutes pour "souffler" et ensuite je sais qu'on va revenir au sérieux et faire le rapport etc ...
Les conseils évidents et/ou pratiques et la prévention des risques :
On entre pas seul dans une chambre d'isolement, on ne tourne pas le dos à un patient pouvant être agressif.
On adopte une attitude détendue, on est souriant mais ferme. On énonce les choses clairement en utilisant le message "JE" ou "NOUS" ... On parle calmement de façon non agressive ni hautaine.
Ta compagne peut oublier, à priori, la paire de ciseaux et la pince de Cocker qu'elle a trimbaler en poche pendant ses études : c'est trop dangereux si elle se les fait piquer ...

Elle va certainement avoir un joli trousseau de clés : ATTENTION, c'est sacré, on ne perd pas ses clés et on referme tout ce qui était fermés avant son passage ...
Dans une unité fermée aiguë la fouille des effets perso est systématique : pas d'objets tranchants, pas de trucs en verre, pas d'eau de cologne, pas de miroir, pas de parfum, pas de ceinture, parfois pas de lacets, pas de canettes en métal etc ...
Les risques/situations hards auxquels nous sommes le plus souvent confrontés (je ne déballe pas pour les voyeurs, j'explique pour que ta compagne soit moins surprise au début)
Tentatives de suicide : pendaison, veinosection, médicaments ... moi j'ai toujours un p'tit SAK Classic accroché à mes clés pour couper un lien (déjà évité 2 x une pendaison) ... j'ai toujours aussi un p'tit spyderco DragonFly dans ma poche, bien calé, mais c'est plus perso

Automutilations : brûlures de cigarette, lacérations, ingestion d'objets divers et variés ...
Hétéro-agressivité : patients entre eux ou contre membre(s) de l'équipe ... souvent ces phénomènes sont liés à des processus délirants et donc doivent être traités comme des symptômes > à nouveau réactions professionnelles et en équipe ...
Agressivité verbale, menaces, injures ... on est assez vite blindé si on a la psy dans le sang ... après ça glisse, parfois (quand on en a un peu marre et qu'on fatigue) il faut même se retenir de ne pas rire

Problèmes avec les familles et l'entourage des patients : menaces de dealers, mari alcoolisé au téléphone qui va venir dans le parking te "c*sser la g*e*le" ... pour les casses-pieds de l'extérieur ... no problemo ... allô, la police ...
Bon, maintenant, il n'y a pas que le côté négatif, lorsque certains patients s'en sortent retrouvent une vie "normale" ou presque, quand tu parvient à mettre un projet de sortie en réseau, quand tu peux avoir une discussion avec un patient et que tu vois qu'il va mieux etc ... c'est ça aussi le boulot ... je rappelle : 85% de communication !!
Voilà, voilà, pour un petit début ... bref, la psy : faut le sentir et aimer ça tout de même ...
@ suivre si nécessaire ...
Fred
PS: un truc important, surtout au début : lorsqu'on sort du boulot, on laisse le boulot au vestiaire, on se change les idées et on ne fait plus de psy ... sinon on termine cinglé, déprimé et tout seul !!