Bonjour,
Titre énigmatique je sais. Je vous livre ici une petite réflexion qui en fait était un email envoyé à un ami. Je l'ai remis en forme pour le forum afin de partager cette réflexion avec vous. C'est long mais ça synthétise pas mal de mes idées sur le krav et la self. C'est pas abouti non plus mais c'est déjà une première étape de réflexion. Ca n'aurai pas grand intérêt si ça ne parlait que de krav mais c'est à mon sens applicable à la plupart des système enseignés en self-defense. Voilà si avec ça je ne vous ai pas dégouté de lire
Pourquoi les gens choisissent le krav-maga ?Pourquoi moi déjà j’ai choisi le krav-maga. J’ai choisi cette discipline pour le réalisme et l’efficacité. Pour l’absence de règle, la révolution conceptuelle que ça représentait et les possibilités que ça ouvrait. Mais pas seulement. J’ai choisi le krav aussi (et j’espère seulement en petite partie) parce que c’est cool. J’entends par là qu’en pratiquant cette discipline on s’approprie une partie du prestige du FBI, du RAID et du GIGN. Peu importe que le président de la fédération n’enseigne plus depuis des années au GIGN. Ce moteur n’est pas spécifique au krav loin s’en faut. C’est le cas pour le Systema avec les Spetznaz, le Ninjustu avec les ninja. La Boxe avec les grands champions, l’aïkido avec Steven Seagal, le kung-fu avec Bruce Lee et bien sur le Free-Fight avec les champions de Pride et de l’UFC. Ce mécanisme d’appropriation est le même qui pousse à acheter une grosse BMW qui fait 15 litre au 100, à avoir des enceintes qui font mal aux oreilles avec l’ampli sur 1 et un spoiler à 1000 euros qui sert à rien. C’est également ce même mécanisme qui permet aux coutelliers américains de vendre des milliers de lames en spécifiant qu’elle sont « en dotation de
inclure ici un nom d’unité d’élite qui vous fait réver». Un événement pourtant anodin a marqué ma pratique à vie et m’a fait prendre conscience de l’ampleur de ce phénomène que jusqu’à lors je considérai comme négligeable.
Un jour est venu l’idée au professeur de faire une photo de groupe pour aigayer la page d’acceuil du site internet du club. Pendant plusieurs jours à chaque fin de cours il a avertit les élèves de la date à laquelle il comptait prendre cette photo. En cette période il était exceptionnel d’avoir plus de 20 personnes au cours. La moyenne se situant entre 8 le dimanche mantin et 18 le soir en début de semaine. Le jour de la photo nous étions plus de 35. Il y a même eu des gens que je n’ai vu me semble t’il que cette fois là.
Parmi les gens qui ont fait le choix de pratiquer cette discipline, les filles sont très peu nombreuses. Leurs motivations sont les mêmes que celle des hommes. Mais la proportion qu’occupe ces différentes motivations dans leur décision est très différente.
Pourquoi les hommes restent ? Ne restent pas ?Ca c’est une question récurrente qu’on se pose tous après un certain nombre d’années. Bien sûr l’explication est multifactorielle et chacun a ses raison de rester ou de partir mais de grands principes sont communs. J’ai tenté d’exposé ces principes sous forme de cout/bénéfice :
Quel est le coût de la pratique ?
- Le coût financier (de 150 euros à beaucoup plus par an) plus le carburant
- Le coût physique. Le coût physique est très grand. C’est la marque d’un entraînement de qualité malheureusement.
- Le coût en temps. 4 à 6 h semaines c’est énorme. Quand on est père de famille c’est du temps dont on prive les enfants.
Quel est le bénéfice ?
- Personnel/spirituel. Développement plutôt limité pour une discipline comme celle-là. Je veux dire à part pour des gens passionnés.
- Physique. Ca fait du bien de se défouler ! Mais je doute que le krav soit le meilleur moyen de le faire. Ca donne la condition ! Mais bien moins qu’un sport.
- Technique. Le sentiment (subjectif à forciori) d’être de plus en plus préparé à une agression et de progresser techniquement est gratifiant. C’est théoriquement cette progression que l’on vient rechercher
- Social. La reconnaissance est double. Tout d’abord par les pairs (regardez les gars je suis ceinture
insérez ici une couleur de l’arc en ciel ! faites profil bas). C’est typiquement le piège de l’Aïkidoka ceinture noire qui se fait plier comme une m*rde par un béotien (qui n’a donc pas à l’esprit cette valeur). Il y a ensuite la reconnaissance de l’entourage (mon mari c’est le meilleur, c’est trop un guerrier, il fait du kraj-mada !)
Au début le bénéfice est énorme et les coûts faibles. En prenant sa licence on acquiert l'image FBI la reconnaissance sociale de l’entourage et comme c’est le début on apprend très vite, les progrès sont visibles rapidement et on est très certainement rapidement beaucoup mieux préparé qu’avant à affronter une agression. Le coût temps est faible en comparaison. Le côté blessure n’est pas tout à fait un coût mais aussi un bénéfice (Regarde comme je fais trop un truc de guerrier chérie ! Et encore t’as pas vu la tête de l’autre…). Là ou ça se corse c’est à partir de ceinture verte ou faut vraiment fournir un effort pour pouvoir progresser. C’est là que ça m*rde engénéral. Les coûts deviennent très importants (les blessures s’accumulent). La progression est plus longue et les acquis sont remis en question (« ce que tu croyais savoir faire tu ne l’avais même pas compris mon ami »). C’est là ou un peu avant que 90 % des gens décrochent.
Pourquoi les filles ne restent pas?Dans ce système coût/bénéfice les filles ont comme dans les motivation du choix de la discipline une place différente de celle des hommes. Elles ont beaucoup moins besoin de dominer que les hommes (le truc de la BMW c’est un truc de gars, les tuneuses ne représentent qu'une infime partie des tuneurs). Le bénéfice social est moindre, voire devient un coût pour les filles. Pour peu qu’elles aient déjà un physique massif, avoir en plus des loisirs de camionneurs ça ne facilite pas la drague. Mieux vaut être chanteuse ou danseuse. Exactement l’inverse que pour les gars quoi où un chanteur ou un danseur sera considéré comme une fiote. Plus important encore, les filles ont plus que les mecs parfaitement conscience de leurs limites. Toutes les techniques qu’on leur enseigne (frappes poing fermé, crocher, contrôle du bras en force, dégagements sur l’élan ou le poids…) sont milles fois moins efficace dans le corps d’une fille et elles s’en rendent parfaitement compte. Leur bénéfice de ce côté là est donc bien moindre. En plus, leur progression est (subjectivement) plus faible que pour les hommes, même si un homme ne maîtrise pas la technique à 100% (exemple dégagement) en bourrinant, ça passe (sur partenaire j’entends !). Pour les filles, faut pas y compter, elles le savent. Là-dessus elles ont contrairement aux hommes (qui en rêvent la nuit) énormément de mal à se projeter dans la situation (exemple. Je me projette: un gars vient me menacer au distributeur de billets avec un couteau pour me détrousser, je dégage son couteau, lui met un coup de coude dans la gorge, lui éclate les c*u!lles et je fini en lui pétants le coude). Ca c’est à des milliers de kilomètres de la psychologie de la plupart des filles. A la fin du cours elle ont donc le sentiment d’avoir perdue du temps. Pour finir, le coût blessure pour une fille est sans commune mesure avec celui enduré par un homme. En particulier au niveau de la poitrine et des articulations (cou, coude, poignet). Sachant qu’en plus une marque au visage sera dans la majorité des cas un coût social énorme pour les femmes (à l’opposé des hommes).
Au final pour elles dans la majorité des cas les coûts sont véritablement écrasants par rapport aux bénéfices. Elles se cassent vite ou ne s’inscrivent même pas. (Combien de filles j’ai vu se présenter pour assister à un cours en vu d’une hypothétique inscription. Aucune ne s’est inscrite. Dès le départ c’était « ce truc là c’est pas pour moi »).
Ainsi, je me suis rendu compte que le comportement des garçons (surprotecteurs, bourrins ou profiteurs), auquel j’attribuai la quasi absence de femmes, n'est qu'une infime partie de l'explication du phénomène. Je n’arrive même pas à croire qu’il m’ai fallut autant d’années pour le comprendre.
Est-il judicieux de développer un cours de krav ou autre self défense spécial femmes ?Ca éloigne les mains baladeuses, les gros lourds et les bourrins mais en contre partie on perd le bénéfice de la mise en situation face au gabarit le plus probable. Ca donne aussi une espèce de ségrégation (Elles : Euh, on aurait voulut savoir pourquoi le cours est « réservé » aux femmes. Ce qu’on apprend ici est inutile aux hommes ?). Mais surtout, la vrai question qu’est ce qu’on leur réserve ?
- Un cours de fitness comme il y en a des milliers (typé taebo, karate dance…)?
- Un truc typé art martial on apprends des techniques spécial femme (tirage de cheuveux, tentative de viol, sac à main). Cours dramatiquement nombreux dans lequel on a des techniques développés pour des hommes dans des situations qui n’ont rien à voir et qu’on a trouvé judicieux de trasposer à la situation (aïkido defense…) ?
- Une machine à pognon ? La self est toujours à la mode. Il y a moyen d’avoir 20 ou 30 élèves régulières en enseigant la maîtrise parfaite de l’aversaire et sa soumission totale rien qu’avec l’esprit.
- Un enseignement qui leur sera vraiment utile dans leur vie de tous les jours et qui augmentera leur niveau de sécurité dans la rue ?
Si la réponse est non aux trois premières questions et oui à la dernière il faut se demander comment organiser un cours. Es-ce qu’il faut faire un cours au format normal ou est-ce qu’il faut chercher un format adapté ?
Mon opinion (qui n’est pas arrêtée) sur la question est que les filles qui sont la cible sont beaucoup plus aptes à recevoir et à assimiler des données théoriques que des hommes (c’est à l’opposé du fameux « on va faire combat après? » qu’on entends souvent dans les salles d’entraînements parce que les hommes sont vite saturés du cerveau et sont là pour en découdre). Donc on peux se permettre de leur donner beaucoup plus de théorie. Cette théorie permet en plus de les placer dans un contexte favorisant leur projection en situation et la partie pratique n’en est que meilleure (rien qui m’énerve plus qu’une fille qui rit bêtement en faisant n’importe quoi pendant un exercice. Mais faut bien reconnaître qu’en général c’est de la faute du prof qui n’a pas su lui démontrer l’utilité de ce qu’elle faisait. Et plus grave encore, en général elle a raison de rire, ce qui lui est enseigné lui est inutile).
Maintenant que j’en suis là de mon raisonement je ne peux m’arrêter en si bon chemin, et ce malgré mes œillères (celles que tout pratiquant de toute discipline se doit d’essayer d’écarter au moins un peu du bout des doigts pour pouvoir progresser).
Maintenant donc disai-je, pourquoi arrêter mon raisonnement aux femmes. L’enseignement de self qui est dispensé au krav dans sa mouture cadrée par des DVD et des passages de grades est elle la meilleure chose que l’on puisse offrir aux gens qui sont à la recherche d’un gain de sécurité pour eux, pour leur famille, pour leur proches, pour les plus faibles ?
Ma réponse après des mois de réflexion est non.
(private joke: Je viens d'en voir sourire

Non ce n'est pas une réclame pour le GHC. Que je ne vous y reprenne plus

)
Pourquoi le krav n'est pas le meilleur moyen d'augmenter sa sécurité personnelle?Le krav est une discipline militaire (mal) adaptée à un usage civil. Avec le penchak-silat il a longtemps dominé le marché de la self-défense parcequ'il présentait des techniques simples à retenir et à mettre en oeuvre et par dessus tout efficaces sur le terrain. Mais il y a eu une évolution : le concept de self-protection
La grosse différence entre la self-defense et la self-protection c'est que la deuxième s'attache à 100% de la "sécurité" des personne. Et ça fait une put**n d'énorme différence

. La self-défense représentant là-dedans 0 à 5% grand max. Pour ceux qui n'ont pas compris le private joke 5 lignes au dessus la self-protection c'est : je suis une femme, je marche dans la rue pour rentrer chez moi, il fait nuit. JE SUIS ATTENTIVE A MON ENVIRONNEMENT (qui me suis, qui me croise). JE N'AI PAS DE SPRAY A LA CON DANS LE FOND DE MON SAC (qui me donne un faux sentiment de sécurité et ne me sers strictement à rien). JE VOIS DEUX HOMMES ADOSSES A UN MUR (ils me regardent et se chuchottent un truc, ils se déplacent rapidement pour se mettre en place) JE BIFURQUE ET CHANGE DE RUE (ça ralonge mon trajet, mais cette rue est fréquentée). JE CHECKE S'ILS NE ME SUIVENT PAS (R.A.S.). Bilan: pas d'agression. Pas besoin d'affronter une situation à 1 femme contre 2 hommes à l'issue plus qu'incertaine, que même plusieurs années de krav, 40 kg de muscle en plus n'aurait pas rendue plus certaine. En effet, (dans cet exemple imaginaire) les deux individus étaient des gars de la mafia de l’Est avec couteau et pas élevés au Cécémel.
Dans cet exemple 0% de self mais une vie sauvée grâce à un enseignement simple et pragmatique.
A quoi servent des cours de self dans tout ça ci la self-defense ne représente que 0 à 5% de la solution?
A deux choses à mon avis:
- Ca sert d'assise au reste. Conaître ses limites, la réalité des techniques, avoir un backgroud physique contribue à l'assurance de la personne et à la conaissance générale de la problématique
- Evidement, quand faut y aller, faut y aller. Autant mettre le maximum de chances de son côté.
Ma vérité sur les pratiquants de krav :Les pratiquants de krav que j’ai rencontré ne sont pas formés par cette discipline à la self-protection. Ce qui bien sûr n’empèche pas que pleins de pratiquants y sont des experts mais c’est un biais du à la cible (police, agents de sécurité, gardes du corps…)
Là encore il a fallut un événement annodin pour crystaliser cette idée dans mon esprit. Un soir à la fin de l’entraînement, pendant la scéance d’étirements un de mes camarades pratiquant depuis des années apostrophe le groupe :
« Ce dimanche j’étais dans le carré, je me baladais avec ma copine quand j’ai vu un gars qui se faisait agressé par 3 autres gars. Visisblement ils voulaient le détrousser. »
« Qu’es que t’as fait ? »
« Rien, qu’es que tu voulais que je fasse ? J’étais avec ma copine »
De façon tout à fait dramatique la discution en est restée là. On peut facilement imaginer que certains pensaient « moi j’y serai allé tapette » et d’autres « Pas né de la dernière pluie celui-là »). Mais personne sur le moment strictement personne, pas même moi, n’a dit :
« Ben, tu prends ton téléphone, t’appelle le numéro d’urgence police, tu prends une photo de la scène avec ton gsm sans te faire remarquer, tu suis le groupe à distance et t’attend que la police se pointe !? »
Il m’a fallut un moment de réflexion avant de savoir quoi lui dire, et quand je lui ai dit, sa réflexion a été
« Ah, ouai c’est vrai… (genre, t’as raison, comment se fait-il que je n’ai même pas eu l’idée?)»
Pire encore, non seulement les cours de krav tel qu’ils sont dispensés n’apportent rien niveau self protection mais diminuent j’en suis persuadé le niveau de sécurité de ses pratiquants. Je vois deux phénomènes :
- Le conditionnement par le discours : Combien de DVD de krav de plusieurs profs montrent comment neutraliser un adversaire qui en veut à notre porte feuille en rentrant sur l’agresseur après un effet de surprise ? Combien de démonstrations sur vol de sac à main ? Combien de techniques anti carjacking ? Combien de fois ai-je entendu un professeur ou un élève tenir un discours du type « à moi on ne me la fait pas ! Va falloir qu’ils le mérite mon argent »
- Le conditionnement technique et psychologique : Le conditionnement technique à voir une lame et rentrer (dans l’attaque j’entends), à voir un calibre et rentrer favorise une seule réponse à la situation. Une réponse qui n’est pas forcément la meilleure. Plus grave une réponse qui peut être LA PIRE. Enfin, conditionnement psychologique. J’investit x heures de mon temps toutes les semaines depuis des années. J’ai répété 7000 fois le mouvement de désarme sur pistolet. J’y arrive les yeux fermé (exercice existant). Si un jours j’ai la CHANCE de justifier tout ce temps investi, faut pas que je la laisse passer.
Le krav à la poubelle alors?Certainement pas. Le krav est à mon sens toujours parmi les quelques disciplines technique les plus à même de former quequ’un à la self-defense. Il est juste important de savoir ce que le krav est ou n’est pas.
Bien sûr, toutes ces opinions n'ont que valeur d'opinion et ne sont en aucun cas le jugement d'aucune discipline citée plus haut ni de ses pratiquants. Le but n'étant pas de faire une critique mais de contribuer modestement à l'évolution des choses.
Merci d'avoir lu,
Bonne journée