Salut

Depuis quelques temps, je constate que plein de gens découvrent subitement l'activité "survie", et que le truc apparemment est en plein "boum". Outre l'effet de mode qui ne durera qu'un temps, ce genre de phénomène de société va nécessairement entraîner une série de saloperies... à commencer par l'apparition plus ou moins spontanée de nombreux instructeurs de survie auto-proclamés qui vont monter toutes sortes de types de structure et emmener des gens toujours plus loin toujours plus bas, pour leur faire connaître les charmes virils et rugueux de stages de "survie" en tous genres.
Aussi, je me méfie GRANDEMENT... mais alors GRANDEMENT de ce qui nous attend dans les prochains mois et les prochaines années. Aussi j'aimerais, pour une fois dans ma vie, anticiper le truc un minimum... en vous proposant une simple grille d'analyse qui vous permettra de faire vous-mêmes votre choix lorsqu'il s'agit de choisir un instructeur de survie. Pour le coup, vous choisirez peut-être quelqu'un d'autre que moi, mais si vous choisissez le bon pour vous, ça sera parfait.
Alors...
D'abord, un bon instructeur, c'est quoi ? c'est d'abord un PEDAGOGUE. Et qui dit pédagogie, dit compétences dans la transmission d'informations, de savoirs, de compétences. Je connais des dizaines de personnes qui savent vraiment bien se démerder dans la nature ou ailleurs. Je connais des dizaines de bons pédagogues. Les gens qui réunissent ces deux qualités sont rares. Pour dire vrai, je les compte sur les doigts d'une main. Et je m'entends très bien avec chacun d'entre eux

Ensuite, un bon instructeur de survie, c'est quelqu'un qui a déjà testé ses connaissances en situation réelle. Ca veut donc dire quelqu'un qui a été assez débile pour essayer... mais qui en même temps sera assez intelligent pour ne pas vous faire risquer votre vie pour vous le prouver. On a là un mélange subtil de folie pure et de prudence. Il faut un bourrin sensible. Un malade intelligent. Quelqu'un qui connait, en fait, la limite et qui vous la fera entrevoir, qui pourra vous en parler de première main... sans vous faire risquer votre peau. Je fais souvent le parallèle avec le combat au couteau. On ne peut pas enseigner la survie en mettant les gens en situation de survie... pas plus qu'on ne peut enseigner le combat au couteau en laissant les élèves s'entretuer avec de vrais couteaux. Il y a donc forcément une part de "jeu" dans la chose... et une grosse marge de sécurité, faute de quoi ça deviendrait vite contre-productif. Donc, un instructeur de survie est quelqu'un qui a "testé pour vous"... qui a survécu... et qui saura vous orienter pour que vous puissiez apprendre le mieux possible sans le moindre séquelle.
Un bon instructeur de survie, est une personne qui pratique à temps plein, ou au minimum régulièrement. C'est bien beau de se prétendre instructeur de survie alors qu'on ne quitte jamais son bureau, et c'est facile d'écrire sur un CV qu'on est instructeur dans telle école du trou du cul de l'Alabama alors que personne n'y a jamais mis les pieds. Le bon instructeur, même s'il a peu d'expérience dans le domaine, aura déjà l'honnêteté de vous dire "j'ai commencé il y a six mois". Je préfère largement un jeune instructeur honnête à un mec qui a tout fait et tout vu, et qui sait tout... y compris comment vous entuber.
L'honnêteté, en matière de survie, est intimement liée à l'humilité et à la prudence. Ceux qui pratiquent mère nature d'assez près et depuis assez longtemps sont TOUS extrêmement humbles et prudents face à elle. Et les gens expérimentés qui la bravent ou la prennent de haut sont soit des cons, soit des fous... sont inexpérimentés et donc menteurs.
Un bon instructeur, saura vous dire "je ne sais pas". Il saura sortir de son plan de cours pour répondre à une question. Il saura prendre en compte vos besoins. Il sera, d'abord et avant tout, un être humain sur qui vous devrez pouvoir compter le temps d'un stage... mais aussi après, quand vous aurez des questions complémentaires ou tout simplement envie de passer boire le café chez lui. Un instructeur de survie, c'est quelqu'un qui vous donne les outils pour que vous puissiez sauvegarder l'une des choses que vous possédez qui est le plus précieux qui soit : votre propre vie. Aussi, je pense que cela implique une relation de confiance et de respect mutuel qui se conçoit difficilement sans une base saine de rapports humains normaux et simples. On doit pouvoir poser des questions, dire ce qu'on pense, ou passer boire le khawa... on doit être à l'aise et en confiance. Sinon ça ne va pas.
Je n'insisterai pas trop sur l'importance d'avoir des PETITS groupes... Sur le terrain, il est difficile de tenir vraiment compte des besoins de plus de 7 personnes à la fois. Un instructeur pour 7 est un ratio optimal pour les stagiaires comme pour l'encadrement. Un co-instructeur bien rodé peut prendre en charge 5 personnes en plus... aussi un couple instructeur/co-instructeur peut prétendre en donner vraiment pour leur argent à 12 personnes, et pas une de plus.
Un instructeur de survie est quelqu'un de qui on attend, je ne sais pas trop pourquoi, qu'il nous fasse explorer les limites de nous-mêmes, et qu'il nous confronte à des situations réellement terribles. La survie attire son lot de masochistes, et de blasés en mal de sensations fortes... et malheureusement la survie "loisir", où on tue des animaux illégalement, coupe des plantes n'importe où ou n'importe comment, etc. n'est pas loin. Or, la survie N'EST PAS UN HOBBY. Et l'instructeur de survie n'est pas là pour vous faire passer un agréable moment. Il est là pour vous transmettre des connaissances, au même titre qu'un formateur en secourisme, ou que votre prof de maths. S'il a le sens du spectacle et qu'il vous fait passer les infos dans la bonne humeur, TANT MIEUX. S'il est en mesure de vous faire vivre des sensations fortes sans vous mettre en danger, parfait. Mais sa vocation première n'est pas là. Et la survie n'est pas un loisir... ni un sport extrême.
Finalement, et sans doute plus important que tout : un bon instructeur est quelqu'un qui a les compétences réelles pour emmener un groupe sur le terrain en maîtrisant au MAXIMUM les risques. Le risque zéro n'existe pas, et il n'existera jamais... mais pour quelqu'un dont le métier est justement en très grande partie la gestion du risque en milieu naturel, la première chose à faire est déjà d'assurer la sécurité des stagiaires. Et au vu de la législation actuelle en la matière, de toute manière, l'instructeur ou l'encadrant d'un stage n'a tout simplement pas droit à l'erreur. C'est bien plus qu'une obligation de moyen qui lui est imposée. C'est une obligation de RESULTATS. Cela passe par un repérage terrain minutieux, une bonne connaissance du milieu, une excellente connaissance de la physiologie humaine, des risques divers et variées liés à l'environnement, mais liés aussi aux intéractions dans le groupe, aux scénarios choisis, et tout. Seule une analyse globale des risques divers et variés permet de réellement limiter la casse, et faire en sorte qu'elle reste le plus longtemps possible à zéro. C'est une LOURDE responsabilité... que je ne confierais pas, personnellement, à n'importe qui.
Voilà

Ciao

David