J.Phil. qui regrette beaucoup que le SN ait été supprimé... 
Pour ma part, je regrette énormément qu'il n'ait pas été supprimé juste avant 78

. J'aurais volontiers laissé à quelqu'un qui cherchait du boulot l'exaltante gestion des vidanges et des révisions des zinzins roulants de la BCS du 1er RAMA à Montlhéry, la tenue à jour des véhicules en état de marche et le planning des perms des chauffeurs. Moi, sursitaire, j'en avais déjà un depuis trois ans, de boulot... Et pour le fonctionnement des régiments comme celui-là — soi-disant "de premier plan", histoire ancienne et prestigieuse, Division Leclerc etc. — fonctionnant avec les appelés du temps du SN, c'est à dire trop de personnels sans compétences, mal formés et mal encadrés, avec des budgets insuffisants pour tourner, je peux en raconter, du vécu perso :
Quand il y a eu une tempête de neige à l'hiver 78 sur la région parisienne, l'armée a été réquisitionnée pour dégager et aider les populations bloquées : on m'a fait chercher à 5h du mat, moi 2
e canonnier secrétaire aux garages (en l'absence de tout cadre des garages présent), pour répondre à un général au bout du fil à Paris — « Bonj...euh... mes respects mon général ! » — qui me demandait combien il y avait de GBC (les camions 6×6) opérationnels immédiatement : « Euh... un sur dix à peu près mon général... » Il ne me croyait pas, il a fallu que je lui donne des preuves en allant dans mon gourbi (un genre d'Algéco pourri rempli d'une accumulation de tout et n'importe quoi) pour lui dicter les immatriculations une par une des bahuts qui allaient sûrement démarrer et qu'on pouvait raisonnablement sortir sans craindre la panne immédiate... [De toute façon, même si l'adjudant responsable n'avait pas été bloqué chez lui, il n'aurait pas su répondre lui-même : il aurait fallu comme d'hab' que je lui écrive au fur et à mesure les réponses aux questions qu'on lui posait sur son parc : lui, il devait assurer lui-même avec un sergent tout l'entretien technique et les réparations courantes, il n'avait pas le temps d'être à jour et de loin, alors question de gérer "les papiers"...] Bon, il y a eu une inspection du régiment trois mois après, mais là aussi, il y aurait beaucoup à dire (genre la circulation de matos entre les différentes batteries au fur et à mesure qu'elles étaient inspectées, par exemple entre les armureries : les inspecteurs ont compté un paquet de fois les mêmes matériels...)
Autre anecdote : en manœuvres d'artillerie (155 automouvants...) à Canjuers, j'étais avec un pote ingénieur dans le civil, on nous avait affectés aux "sondages" : on se planquait dans le maquis avec un petit camion Marmon, le chauffeur et un radio, on gonflait à l'hélium des gros ballons, et on les lâchait : je les suivais dans des jumelles montées sur pied et le copain relevait sur les graduations du pied l'azimut et l'angle de montée toutes les 30 sec. Ensuite, quand je ne voyais plus le ballon, le copain sortait ses tables et calculait la vitesse et le direction du vent dans les différentes couches d'atmosphère. Quand il avait fini, au bout d'une bonne demi-heure, le radio le mettait en contact avec chépuqui, il dictait ses résultats et voilà. On se couchait à l'ombre pour bouquiner et on recommençait toutes les deux heures. Avec ça les lieutenants de tir pouvaient y aller tranquille
Une fois, un gégène est venu voir comment ça se passait, ces manœuvres. Les pauvres mecs étaient tellement au point sous stress devant le général qui les regardait, que sur un des trois 155 qui tiraient ensemble ils ont mis sans s'en rendre compte deux charges de poudre l'une sur l'autre et boum ! Le tube avec son engin sur chenilles s'est cabré quasi à la verticale, et on n'a jamais su où l'obus était tombé. Pas de mort cette fois-là...
Pour le reste, nous autres "intellos" sursitaires on avait les planques pour faire bien à l'abri le boulot de gestion du truc que les sous-offs de base engagés ne savaient/voulaient pas faire eux-mêmes, moyennant bien sûr un statut protégé question gardes, perms, corvées, marches etc. (on était "indispensables au service"...) Pendant ce temps-là, les gamins sans compétences étaient traités comme moins que rien par le moindre brigadier-chef, et par exemple s'occupaient à faire briller au chiffon+gazole par temps de gel des véhicules qui n'avaient même plus un verre d'huile dans le carter ou de liquide dans les batteries. Super apprentissage de la vie adulte en société (argument utilisé pour justifier le SN)...
Et je passe sur le fléau principal : l'alcoolisation à bon marché tous les soirs, à grands coups de packs de 24... L'approvisionnement en bière du foyer, c'était sans doute ce qui marchait le mieux.
Non vraiment, je ne vais pas regretter la conscription, ni pour ceux qu'on appelait, ni pour l'état de l'armée française.
jiluc. 