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Auteur Sujet: [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons  (Lu 51528 fois)

04 février 2011 à 12:48:31
Réponse #100

supernomade


Haa moi c'est pareil grand solitaire dans l'âme mais je ne suis jamais contre un peu de compagnie de temps en temps, ça fait du bien et il en faut ;)
"Les profondeurs de l'âme humaine se nourrissent de nouvelles expériences !"

19 février 2011 à 17:34:19
Réponse #101

thorgaal


Coucou,

Je cherche une alternative à mon sac à dos d4 f*rcl*z 70, qui pèse 2kg à vide, et qui est en plus trop grand : je pense qu'en rangeant bien j'aurais assez d'un 50L, mais comme j'aime bien mettre des trucs en vrac dans le sac, 60L seraient confortables. Du coup je cherchais un sac à dos léger qui fasse entre 50 et 60L, quand je suis tombé sur ça :



Le Mountainsm*th Dog Pack

Je n'ai pas de chien, par contre j'ai un jeune bélier, qui devient de plus en plus costaud en grandissant, et qui a à peu près la morphologie d'un gros chien.
Du coup je suis particulièrement intéressé par ce truc, qui annonce quand même 30L en taille L.

Je n'ai pas trouvé de retex, du coup je me demandais si quelqu'un possède le Dog Pack, l'a essayé (pas forcément sur un mouton  ;) ), et pourrait donner son avis sur la praticité du truc et la solidité à long terme.

Et si je commande ça, je pense que je prendrai en même temps un Wanderer 35 pour moi, du coup le bélier porterait 5-7kg et moi aussi (bouffe et eau comprises).
Sur le papier ça me paraît idéal, z'en pensez quoi?

19 février 2011 à 21:15:59
Réponse #102

Ghaudik


Bonsoir thorgaal.

Par curiosité, est-ce que tu as essayé de mettre en place un système similaire sur ton jeune bélier pour tester ? Je ne connais pas le caractère de ces animaux, même si le tien a l'air docile. Ça permettrait de savoir s'il supporte l'idée de porter quelque chose sur son dos.

Ghaudik.

20 février 2011 à 11:32:12
Réponse #103

thorgaal


Sur lui je n'ai jamais essayé car il était encore petit, mais au début du voyage nous avions bricolé un harnais qui permettait de faire porter la tente et un peu de nourriture aux brebis.
Le problème venait du fait que le système n'était pas très stable, et du coup les sangles, non rembourrées qui plus est, irritaient sévèrement les aisselles des bêtes (non lainées).

Du coup j'avais abandonné l'idée du bâtage jusqu'à tomber sur ce "dog pack", qui m'a quand même l'air beaucoup plus confortable et pratique qu'un système homemade.

Enfin pour répondre à ta question, je n'ai aucun doute sur le fait qu'il supporte quelque chose sur son dos, et puis 5-7kg sur un bélier qui en pèse déjà environ 40, et devrait dépasser les 70kg dans quelques mois, c'est pas le bagne quand on connaît la robustesse de l'ossature de ces bestioles...

En fait mes interrogations porte plus sur la robustesse de ce sac qui va subir en permanence des frottements avec la végétation.

21 février 2011 à 10:35:48
Réponse #104

douyazen


Sur lui je n'ai jamais essayé car il était encore petit, mais au début du voyage nous avions bricolé un harnais qui permettait de faire porter la tente et un peu de nourriture aux brebis.
Le problème venait du fait que le système n'était pas très stable, et du coup les sangles, non rembourrées qui plus est, irritaient sévèrement les aisselles des bêtes (non lainées).

Du coup j'avais abandonné l'idée du bâtage jusqu'à tomber sur ce "dog pack", qui m'a quand même l'air beaucoup plus confortable et pratique qu'un système homemade.

Enfin pour répondre à ta question, je n'ai aucun doute sur le fait qu'il supporte quelque chose sur son dos, et puis 5-7kg sur un bélier qui en pèse déjà environ 40, et devrait dépasser les 70kg dans quelques mois, c'est pas le bagne quand on connaît la robustesse de l'ossature de ces bestioles...

En fait mes interrogations porte plus sur la robustesse de ce sac qui va subir en permanence des frottements avec la végétation.

Et en leur mettant une couverture de bât , ça donnerait quoi ?
Je me dis aussi que ça peut devenir très chaud dessous, même si ça évite les frottements , je sais pas .
Je dis ça comme ça , c'est juste une idée .
Le terrain donne le ton .
Un monde meilleur
Un jour tôt ou tard on est que des os ...

23 février 2011 à 08:43:43
Réponse #105

thorgaal


Peut-être, mais pour tout avouer, j'ai plus vraiment la motivation pour essayer des bricolages, le temps qu'on a perdu avec Madudu pour fabriquer ce harnais qui ne marchait pas m'a quelque peu découragé... Alors si je peux avoir un truc qui marche pour 60€, ça me va.  :-[

05 mai 2011 à 16:29:42
Réponse #106

thorgaal


Coucou,

J'ai pas le temps de mettre à jour le fil maintenant, juste pour signaler que je suis à Montusclat en Haute-Loire, et que j'en repars Lundi en direction de Thiers via GR40 puis GR3 (200km environ).
Si la balade vous intéresse vous avez 48h pour m'envoyer CV et lettre de motivation, et que ça saute!
(en fait un rapide MP suffira  ;))

Je signale que ça sera un rythme très lent car ma brebis est en fin de gestation, donc 10-15km/jour grand max, et sieste obligatoire aux heures chaudes.
Avec un peu de chance on aura même droit à la mise bas pendant le trajet...

Tchao
« Modifié: 06 mai 2011 à 11:11:44 par thorgaal »

05 mai 2011 à 20:56:48
Réponse #107

Robin C


Citer
ma brebis est en fin de gestation
Sérieux!? Héhé, bientôt du lait dans tes fourmis le matin alors!!  :lol:
Bonne route!
ADAPTABILITÉ

05 mai 2011 à 22:05:05
Réponse #108

Ghaudik


j'en repars Lundi en direction de Thiers via GR40 puis GR3 (200km environ).

Hello.
Tu vas à la capitale de la coutellerie faire des achats?   ;)
Je suis heureux que tu fasses un passage par notre belle région d'Auvergne. Je ne pourrai pas t'accompagner pendant toute la balade mais si je peux te rejoindre sur une journée quand tu seras dans les environs de Thiers, ce sera avec plaisir.
Tiens nous au courant.
Ghaudik.

06 mai 2011 à 11:15:21
Réponse #109

thorgaal


En fait je passe pas par Thiers même, je vais contourner la ville en restant sur le GR3, puis je pense traverser l'Allier à Maringues pour filer droit chez mes parents dans la plaine (Varennes sur Morge).

06 novembre 2011 à 18:54:12
Réponse #110

thorgaal


Je m’apprête à ressortir mon petit carnet de voyage tout écorné pour vous raconter, comme promis, mon périple du printemps dernier. Je m'excuse de pas avoir trouvé le temps de le faire plus tôt, mais bon, vous savez ce que c'est, quand on peut le faire demain...

Seulement, comme je repars pour de nouvelles aventures en fin de semaine, il devient urgent de faire le récit de l'épisode précédent, qui, je pense, en vaut la peine. Je m'excuse d'avance auprès des lecteurs qui n'ont pas le haut-débit : le récit va être copieusement illustré.

J'en profite pour passer une annonce pour ceux qui souhaiteraient m'accompagner sur tout ou partie d'un périple Alès->Clermont-Ferrand via St-Flour, uniquement par des GR, avec ascension du Mt Lozère, du Plomb du Cantal et peut-être du Puy de Sancy (faut voir les condition qu'on aura là-bas fin novembre).
Je n'aurai qu'un seul mouton (le mâle) et j'espère faire 25km par jour, pour un peu moins de trois semaines au total.
Merci de m'envoyer un MP au plus vite, j’envisage de partir dès la fin de cette semaine ou en début de semaine prochaine.


Lundi 21 mars 2011

Ca y est c'est le printemps! cela fait un mois que je suis hébergé, via le réseau WWOOF, chez un couple de maraîcher de Montmeyran (26). Je viens d'avoir 21 ans et me suis fait offrir le Wanderer 35 d'Arklight et le Mountainsmith Dog Pack, que j'évoquais précédemment.
A première vue, mes deux compagnons se portent à merveille, mais auraient bien besoin d'un petit rafraichissement capillaire...





Aussitôt dit, euh... laborieusement fait, avec pour seul outil une paire de ciseaux...




Et enfin, 6 heures (et quelques ampoules aux mains) plus tard, voilà mes deux bestiaux bien MULisés (les XULs ont-ils déjà pensé à s'épiler pour gagner quelques grammes?  :glare:)



Avec le beau temps de ce début de printemps s'en fut donc la toison hivernale de mes moutons, en même temps que revinrent mes envies de voyage.
Ma présence étant attendue à une fête familiale mi-juin chez mes parents, je me suis assez vite décidé pour y aller à pied, tranquillement, avec éventuellement quelques étapes en WWOOF.

Il s'agissait donc de rejoindre Clermont-Ferrand, avec un passage obligé au Mont Mézenc (décision arbitraire de mon ego qui ne peut pas s'empêcher de monter sur tout ce qui dépasse un tant soit peu du sol pour se sentir plus grand  :down: . Notez que ce curieux comportement est partagé par les moutons...).

Voici donc approximativement l'itinéraire envisagé :



« Modifié: 07 novembre 2011 à 00:10:09 par thorgaal »

06 novembre 2011 à 20:16:39
Réponse #111

thorgaal


Mercredi 23 Mars


Bonne surprise sur ma boîte mail :

Salut Thorgaal!
J'ai pour projet de faire du wwoof pendant quelques temps
en me déplaçant à pied pour me rendre chez les différents hôtes.
Cela pourrait être l'occasion de faire un bout de route ensemble si ça te dis?
De ton côté, dans quel secteur te situes-tu en ce moment?
As-tu déjà repris la route ou restes-tu chez un hôte pour l'instant?
Merci.
Peut-être à bientôt.

Les détails techniques sont très vite réglés, Bambo m'accompagnera donc une quinzaine de jours.
En cas d'embrouille, chacun a bien entendu tout le nécessaire pour être autonome.

06 novembre 2011 à 21:42:55
Réponse #112

Ghaudik


Bonsoir Thorgaal.

Heureux de lire la suite de ton récit de voyage! Je craignais que tu ne le fasses jamais.
Bon, j'ai déjà fini les deux nouveaux posts... Je me mets en attente.   ;)

Ghaudik.

06 novembre 2011 à 23:56:53
Réponse #113

thorgaal


Mardi 29 Mars

Ca y est, c'est le grand redépart!

La première étape s'annonce pénible : pour rejoindre la tranquillité de l'Ardèche, il va inévitablement falloir traverser la vallée du Rhône. J'avais préalablement fait quelques repérages en vélo pour trouver un passage satisfaisant.

Voici donc l'étape du jour :




Nous partons d'assez bon matin afin d'avaler avant la nuit les 23km de bitume qui nous séparent des premières collines ardéchoises, car il n'y a aucun endroit satisfaisant pour bivouaquer avant.
Le ciel est couvert, mais il ne pleut pas.

Je ne vous apprendrai rien en disant que faire de la route à pied, c'est chiant, et d'autant plus chiant quand elle est fréquentée, et encore plus chiant avec des compagnons à quatre pattes qui lorgnent sur l'herbe grasse du bas-côté... bref c'est très chiant ;#

A cela s'ajoute quelques problèmes pour le réglage du bât, que je n'avais essayé que très rapidement quelques jours avant le départ. Je me suis en particulier cassé la tête toute la journée pour positionner au mieux le Ridgerest sur le dessus du bât, j'avais équilibré les deux sacoches (environ 2kg de chaque côté), mais pas moyen de placer le tapis de sol au milieu du dos (600g avec la machette roulée dedans), j'ai bien essayé diverses positions : parallèle à l'échine, perpendiculaire, en biais, mais immanquablement il finissait par se déplacer d'un côté ou de l'autre, en butant contre le cou ou simplement contre les vertèbres un peu saillant, déséquilibrant du même coup tout le bât. Ce n'est qu'en arrivant à la Voulte que nous trouverons la solution au problème : déplacer l'élastique du bât de manière à ce qu'il ne soit pas tendu d'une sacoche à l'autre comme à l'origine, mais de la poignée centrale à la sacoche droite et donc prendre en compte le Ridgerest+machette dans l'équilibrage de la sacoche droite puisqu'il sera maintenant décentré.
Après coup c'est évident, pour équilibrer un bât, il ne faut rien mettre au centre!

Pour ce qui est de la journée, partis de Montmeyran, au Sud de Valence, nous arrivons vers midi à Etoile-sur-Rhône à 7km, c'est-à-dire un peu en retard au regard de la distance restante, mais en ayant déjà récolté au bord d'une petite route un sac d'ortie, ainsi que quelques panais, aulx et poireaux sauvages, permettant par la même occasion aux moutons de se repaître. Nous cassons la croûte sur une petite aire de repos à côté du rond-point qui précède le village, pas vraiment l'endroit rêvé, mais comme on a de la brioche et du bon saucisson, on oublie vit le reste...

Nous repartons, traversons le village d'Etoile aussi discrètement qu'il est possible de le faire avec une telle escorte, puis rejoignons un petit tunnel qui nous permet de passer d'un coup la N7 et l'A7, une bonne chose de faite!

Lentement mais sûrement, nous longeons ensuite le Rhône vers le sud jusqu'à La Voulte, où le pont tant attendu se profile vers 17h.



En fait un premier pont au-dessus d'un petit canal de dérivation avant un autre plus grand qui enjambe le bras principal du Rhône, entre les deux, nous longeons une aire d'accueil de gitans où une ribambelle de bambins derrière des grilles de 2m50 ouvrent de grand yeux sur notre étrange cortège, ils nous demandent de nous approcher. Troublante scène que celle de ces enfants parqués qui caressent à travers le grillage des animaux libres...

Nous montons dans les ruelles de la Voulte lorsque nous croisons trois commères qui discutent sur le pas de leur porte, très avenantes, elles tiennent à donner à boire à nos moutons, même si je leur soutiens qu'ils n'ont pas soif. Après avoir constaté par elle-même qu'un mouton qui mange de l'herbe fraîche n'a pas besoin de boire, l'une d'entre elles nous apportent finalement un énorme sac de pain sec, que cette fois-ci nos compagnons ne refusent pas...
Mais les moutons n'ayant pas plus besoin de manger du pain que les cochons de la confiture, il déjà évident pour nous qu'à peine tourné le coin de la rue, il n'en verront plus une miette... Et comme nous avons encore beaucoup de réserves de nourriture, nous ne prenons qu'une partie de l'énorme sac qu'on nous propose, afin de ne pas trop nous alourdir.

Encore quelques centaines de mètres et nous débouchons sur un chemin de terre au-dessus du village.



Il ne reste plus qu'à trouver un lieu de bivouac ; tout en cherchant, nous passons devant un élevage canin qui nous oblige à faire quelques centaines de mètres supplémentaires afin d'avoir la paix.
Nous montons finalement nos deux tarps en bordure d'un bois, suffisamment cachés pour faire du feu sans attirer l'attention.
La soupe ortie-poireau-ail-panais n'est pas fameuse, mais finit par passer avec un peu de pain sec grillé, on fera mieux la prochaine fois...
La nuit est tombé, nous sommes épuisés, le sommeil ne tarde pas.  :closedeyes:

A priori, la pire journée est passée.
« Modifié: 07 novembre 2011 à 00:17:31 par thorgaal »

07 novembre 2011 à 12:25:14
Réponse #114

thorgaal


Mercredi 30 Mars

Il a plu un peu pendant la nuit, mais le matin le soleil est au rendez-vous.




Nous redescendons sur la vallée de l'Eyrieux, de l'autre côté de la ligne de crête escaladée la veille au soir. La pente est raide, suffisamment en tout cas pour comprendre que le Dog Pack ne tient pas en descente (pas de sangle à l'arrière), à plusieurs reprises je me retourne et vois que mon mouton peine à suivre, avançant courageusement avec les sacoches au niveau du cou et toutes les sangles emmêlées dans les antérieurs. Heureusement il ne m'en tient pas rancune et me laisse tranquillement réajuster sa charge.
Cette fois-ci, je n'ai réglé le problème qu'un mois plus tard, en comprenant l'utilité des sangles de compression des sacoches. En fait, en comprimant les sacoches, on évite qu'elle tombe plus bas que le poitrail de l'animal, ce qui permet de serrer convenablement les sangles sous le poitrail.
C'était alors indispensable car mon mouton était encore un peu petit pour remplir les sacoches à leur contenance maximale (15L).

A l'heure où j'écris ces lignes, il a suffisamment grandi et grossi pour que ce problème ne se pose plus.

Bref, nous arrivons sur le GR427 qui longe l'Eyrieux par une voie ferrée désaffectée.
Pensant que le mâle a dû un peu souffrir de la descente, et pour ne pas le traumatiser, j'essaie de transférer le bât sur la femelle :



Pour le coup, l'expérience semble réellement la traumatiser : elle commence par refuser de bouger, puis, comme nous faisons mine de l'abandonner, elle nous rattrape au triple galop avant de se planter à nouveau, oreilles rabattues en arrière comme si elle avait vu le loup...

Je lui enlève donc le bât immédiatement, et je ne retenterai même pas l'expérience tant Magnum (le mâle), semble porter avec fierté son sac à dos comme si c'était un article de mode!

Dans les bois humide et frais que nous traversons le matin, nous trouvons de véritables champs de magnifiques poireaux sauvages, une petite récolte s'impose.

Nous tentons ensuite une sieste sur la berge rocheuse de l'Eyrieux, mais une alternance incessante entre pluie, soleil, et vent nous oblige à constamment rentrer et sortir notre matériel humide.

Nous continuons ensuite jusqu'à St-Fortunat-sur-Eyrieux où nous nous ravitaillons en eau, avant de chercher un lieu de bivouac, ce qui ne fut pas une mince affaire en raison des fortes pentes et des nombreuses propriétés privées.

Au final, la nuit tombant, nous nous contenteront d'un petit replat en bord de route, sous une forêt de châtaigners, attention où on pose les fesses...

Magicien à ses heures, Bambo allume le feu d'un claquement de doigt  ;#



Au menu : châtaignes à la braise et soupe lampsane-violette-pimprenelle un peu fade, mais en assaisonnant avec une soupe en sachet, ça s'est révélé délicieux (sauf qu'à priori il n'y avait plus que le goût de la soupe en sachet...)
« Modifié: 08 novembre 2011 à 10:58:18 par thorgaal »

07 novembre 2011 à 14:29:38
Réponse #115

thorgaal


Jeudi 31 Mars

On rallume rapidement le feu le matin pour faire griller le reste de pain sec, et en route!





En suivant la route, on arrive vers 9h à St-Vincent de Durfort, une camionnette s'arrête à notre hauteur, c'est un couple de babacools qui nous accueillerait volontiers chez eux, à quelques kilomètres de là, mais malheureusement ils doivent s'absenter plusieurs jours et nous souhaitons avancer.
Quoi qu'il en soit, ce genre de rencontre fait du bien au moral, voilà l'Ardèche dont on rêvait  :)

A partir de Saint-Vincent, nous suivons des sentiers communaux sympathiques et très bien balisés. Avec la carte routière de Bambo, cela nous permet d'avancer vite.

Alors que nous nous arrêtons dans une petite friche pour casser la croute, il se met à pleuvoir dru.
Nous montons les tarps.
Après l'averse, nous décidons de nous faire cuire un repas chaud (nous avons encore de la semoule et des pâtes en réserve). Les moutons semblent particulièrement pressés de repartir...



Bambo met au point un trépied high-tech pendant que je remplis ma Nalgene de fourmis rousses pour agrémenter la semoule... Ca donne un petit goût acidulé pas désagréable, mais sans plus. En revanche la Nalgène sentira l'acide formique pendant des semaines  :down:.



Au final nous finissons de manger à 15h. Le camp étant déjà confortablement installé, nous ne jugeons pas nécessaire de le remonter 5 ou 6 kilomètres plus loin, et nous occupons donc le reste de l'après-midi à ramasser des châtaignes, à installer des collets merdiques et des pièges foireux dans l'espoir d'attraper des lapins dont il n'y a guère de traces, et bien sûr à fainéanter, ça fait pas de mal  8)

Le soir arrive vite, et avec lui l'appétit revient. Pendant que Bambo déchaine les flammes de l'enfer pour cuire la soupe, Magnum se gratte les c*u!lles d'une corne experte... Oui, Magnum a encore des c*u!lles, j'ai découvert pendant l'hiver que l'opération à la pince Burdizzo a clairement échoué, peut-être n'était-il pas assez mature.
Pour l'instant il ne montre aucun signe d'agressivité masculine, et je lui laisse donc un sursis.



La soupe aux châtaignes et aux poireaux sauvages est délicieuse, comme à peu près tout ce qu'on peut faire à base de châtaignes  :love:
« Modifié: 07 novembre 2011 à 15:26:50 par thorgaal »

07 novembre 2011 à 22:23:48
Réponse #116

thorgaal


Vendredi 1er Avril





Il y a des jours, en Ardèche, où l'on a l'impression de faire du sur-place, celui-ci en fait partie. 16km au sol pour moins de 5 kilomètres à vol d'oiseau, on pourrait se croire en haute-montagne...

"On monte, on redescend, on remonte" (ai-je écrit sur mon carnet de bord), et des virages en épingle à cheveux qui n'en finissent pas...

Le balisage ne suit que des routes goudronnées, mais pas un véhicule à l'horizon, les hameaux sont déserts, seuls les vieux châtaigners alignés au cordeau qui paraissent bien entretenus témoignent d'une présence humaine dans les parages.

Vu l'époque, nous ne nous gênons pas pour récolter les précieux fruits encore consommables en fouissant dans les feuilles mortes à l'aide d'un bâton, les germes naissants permettent de les repérer facilement; mais au vu des clôtures barbelées entourant la plupart des parcelles, il ne doit pas faire bon traîner dans les parages au moment de la récolte.

A 14h, la chaleur nous oblige à ménager une pause pour les moutons qui commencent à tirer la langue.



Nous en profitons pour préparer d'avance la soupe du soir : châtaigne, ail et poireau sauvages.
A chaque pause, nous grignotons aussi quelques châtaignes crues pour profiter de leur forte teneur en vitamine C, le fruit miracle vous dis-je! (les bestioles ayant cherché refuge dans nos duvets ne vous en diront pas tant...  ;#)

Nous reprenons la route d'un bon pas.



Le soir venu, les châtaigneraies clôturées se succèdent au bord de la route sans laisser envisager la moindre ouverture.
Lorsque enfin, au détour d'un virage, nous trouvons une entrée de parcelle ouverte, nous n'hésitons pas longtemps à nous y engager.
Nous montons les tarps à même le chemin qui coupe la parcelle en deux, seul endroit plat des environs.
Nous pensons être invisible depuis la route, mais le passage d'une voiture juste au-dessus de nous nous montre le contraire : en montant sur la colline, la route fait un crochet pour repasser 20m au-dessus de notre campement... Pour la discrétion c'est raté. La voiture s'arrête plusieurs secondes à notre hauteur, puis continue sa route.
A l'évidence, nous sommes repérés, et nous décidons donc prudemment d'attendre une demi-heure pour voir si le propriétaire se pointe avant d'envisager de faire un feu, car c'est à priori le seul reproche qu'on pourrait nous faire.
En attendant, le nettoyage des bogues qui tapissent nos couchettes nous occupe un certain temps.
Celles-ci ne semblent pas en revanche incommoder les moutons.



Finalement un bon moment passe sans que nous n'ayons revu âme qui vive, et nous estimons donc raisonnable de cuire notre délicieuse soupe ainsi que quelques poignées de châtaignes pour reprendre des forces.


« Modifié: 08 novembre 2011 à 22:24:19 par thorgaal »

08 novembre 2011 à 05:44:46
Réponse #117

ouroumov


Salut, juste un petit mot pour vous remercier.
Excellent récit dont je suis très heureux d'enfin lire la continuation.
Exactement ce qu'il fallait pour me donner un boost devant la journée qui s'annonce.
Bonne santé à vos douzes pattes.

08 novembre 2011 à 22:20:51
Réponse #118

thorgaal


Samedi 2 Avril






Les sentiers entre village sont toujours aussi bien balisés, nous suivons le balisage "sentier des Dragonnades" jusqu'à St-Pierreville, c'est un sentier historique! (de mémoire ça parle de répression sanglante ou un truc comme ça :really:)

Mais si, en fait, c'est très intéressant, on appelle dragonnades les répressions organisées par Louis XIV contre les fiefs protestants (merci wikipédia  8)), ce sentier correspond donc au parcours des cavaliers de Louis XIV en 1783 lors des Dragonnades en Vivarais.
Si ça vous intéresse, jetez un œil-là : http://fr.wikipedia.org/wiki/Dragonnades
Et si ça ne vous intéresse pas, je vous rassure tout de suite, ça n'est pas nécessaire pour comprendre la suite.  :huh:

Ce matin-là, nous arrivons donc à St-Etienne-de-Serre par le sentier des Dragonnades (vous ai-je déjà parlé des Dragonnades?  ^-^)

Peu après le village, nous faisons une petite pause sur une colline verdoyante. Nos téléphones captent bien, nous en profitons pour contacter une ferme WWOOF qui nous intéresse à Dornas, à environ 2 jours de marche. La fermière nous demande de rappeler plus tard, elle doit en discuter avec son mari. Nous potassons la carte, il semble que nous devions passer par Dornas de toute façon, donc peu importe pour l'instant que nous ayons où non une réponse. Pendant que nous délibérons, les moutons, qui s'en contrefichent bien qu'on passe par Dornas ou non, grignotent des jeunes pousses d'églantier.



Le sentier serpente ensuite le long de collines noircies par des écobuages; nous ne sommes qu'à 700m d'altitude, mais ces crêtes dénudées donnent une fascinante impression de hauteur.



La chaleur de midi, très excessive pour la saison, nous force à faire deux bonnes heures d'arrêt. Nous les mettons à profit pour ramasser et décortiquer des châtaignes sous l'œil attentif des moutons qui, après avoir récolté quelques pichenettes sur le museau, attendent sagement qu'on leur donnent les morceaux abîmés...



Nous arrivons à St-Pierreville en fin d'après-midi, trop tard pour y chercher une épicerie, mais tant pis, nous sommes loin de mourir de faim.
Le balisage n'est plus très clair, sur la carte il paraît possible de remonter la rivière Veyruegne, nous tentons le coup.
Un vieil homme garde une dizaines de brebis sur la berge, lorsque nous passons à proximité, les bêtes s'aperçoivent, s'interpellent, c'est la panique des deux côtés... Le bonhomme nous observe d'un air intrigué. Nous accélérons le pas, pour réaliser 100m plus loin que nous sommes dans une impasse... pas moyen de longer la rivière de ce côté.
Nous demandons au vieillard s'il est possible de continuer dans cette direction (les brebis bêlent, les chiens aboient), il nous répond avec un épouvantable accent paysan qu'il y a un petite passerelle derrière ses terres.

Nous traversons la rivière, et nous la retraversons 5 minutes plus tard : il n'y a aucun passage de l'autre côté.

Nous retournons voir le vieillard (les animaux s'affolent une fois de plus), cette fois-ci nous allons droit au but :
- nous voulons aller à Dornas par les petites routes.
- charabia incompréhensible... puis une mot ressort nettement : Mézilhac! pour Dornas, il faut passer par Mézilhac!
... il appelle sa femme, il nous parle de la guerre d'Algérie (rapport au sac camo de Bambo il me semble).
La bonne femme arrive :
- ils veulent aller à Dornas.
- par les petites routes...
- à Dornas? Il faut passer par Mézilhac! (avec un accent tout aussi caricatural, ces gens-là n'ont pas dû quitter souvent leur village)
Bref, on se fait donc indiquer la route de Mézilhac, à l'évidence il nous indique la route à suivre en voiture, mais pour l'instant il nous faut sortir du village, on coupera plus tard.

Nous sortons donc de Saint-Pierreville par la route principale, direction Mézilhac (18km). Le temps tourne à l'orage, avec cette chaleur c'était prévisible.

La départementale est coincée entre une crête entourée de grillage à moutons et un ravin, les voitures roulent vite et la luminosité baisse dangereusement.

Après plusieurs kilomètres, nous tombons sur une porte d'enclos mal fermée, passant outre les panneaux "propriété privée" et "défense d'entrer" (en Ardèche il y en a partout), nous nous y engouffrons et nous escaladons une pente rocheuse jusqu'à un bosquet de châtaigniers sauvages, le vent violent nous oblige à soigner particulièrement le montage des tarps, même si au final il ne tombera pas une goutte.
« Modifié: 09 novembre 2011 à 00:03:43 par thorgaal »

09 novembre 2011 à 20:31:12
Réponse #119

thorgaal


Dimanche 3 Avril 2011





Le temps est toujours instable, de gros nuages noirs s'accrochent sur les montagnes qui nous font face, Eole déchaine sa fureur, mais la pluie nous épargne toujours.
Malgré tout, nous décidons de ne pas redescendre sur la route, et de tenter de suivre en hors piste la crête sur laquelle nous venons de dormir.
Choix osé mais finalement gratifiant, seules quelques étendues de genêts ras freinent notre progression, mais le paysage et grandiose, et le vent violent ne fait que renforcer l'impression de hauteur. Les clôtures à moutons auraient pu nous poser problème, mais l'éleveur a eu la bonne idée d'aménager des portes au sommet de la crête.  C'est tout de même plus agréable que de suivre une départementale, et c'est pas Magnum qui vous dira le contraire.  :)



Au point le plus haut de la crête, de gros rochers nous abritent du vent le temps d'une petite pause, j'en profite pour inspecter les moutons : Magnum est farci de tiques comme souvent... mais il faut croire qu'il les récolte toutes car nous n'en avons pas trouvé une seule sur nous, et très peu sur la brebis.
En tout cas c'est un bon détecteur : si Magnum n'a pas de tiques, c'est qu'il n'y en a pas à 10km à la ronde  :)

J'appelle l'hôte WWOOF de Dornas, cette fois-ci la réponse est claire : c'est non, pas négociable, pas assez de travail  :o
Ça ne m'était encore jamais arrivé d'être refusé ; en général, travail ou pas, il est au moins possible d'être accueilli une nuit.

Pendant ce temps, Bambo domine le monde (pas si facile avec le vent).



Nous redescendons ensuite sur un col depuis lequel nous essayons deux cul-de-sac (enfin plutôt deux chemins, on ne savait pas avant que c'était des cul-de-sac, hein, sinon on ne les aurait pas essayé... pas si bêtes :blink:), il nous faudra en fait faire 200m dans la direction opposé pour rejoindre la petite route qui descend sur Marcols-les-Eaux. Nous traversons le village.



Il n'y a pas d'épicerie dans le village (de toute façon c'est dimanche), mais on nous confirme qu'il y en a une à Dornas. Bonne nouvelle car nous n'avons plus de réserves, et nous sommes désormais trop hauts pour trouver des châtaigniers (dans les Mont d'Ardèche ils s'arrêtent vers 800m).
Après avoir traversé la Glueyre au pont de Marcols-les-Eaux, nous remontons sur un plateau de l'autre côté du village (~1000m d'altitude).

Vers 17h30, le ciel nuageux s'ouvre brutalement sur un soleil de plomb inattendu, nous sommes en nage lorsqu'à 18h nous trouvons, en haut d'une pâture, un lieu de bivouac convenable : un bois de pins et de bouleaux bien plat saturé de crottes de moutons en grande partie décomposées, pas facile d'y faire tenir des sardines tant le sol est meuble, mais au moins c'est confort 4 étoiles  :)

Bambo perce un bouleau pour recueillir la sève : il en remplit un mug dans la soirée, mais presque rien pendant la nuit, ce qui est probablement normal?

Une intuition nous réveille tous les deux en sursaut au beau milieu de la nuit : le vent s'est inversé et une bruine intense mais silencieuse s'est engouffrée sous nos tarps et a trempé les pieds de nos duvets, heureusement bien déperlants. Nous modifions en urgence le montage de nos tarps (pas très agréable de sortir à poil sous une bruine glaciale) et nous nous rendormons vite.
« Modifié: 12 décembre 2011 à 00:17:38 par thorgaal »

09 novembre 2011 à 22:39:14
Réponse #120

thorgaal


Lundi 4 Avril





Il fait très froid ce matin. Une fois n'est pas coutume, on allume un bon brasier qui, dans la semi-obscurité de l'aube, doit être visible à des kilomètres à la ronde, mais comme il n'y a personne à des kilomètres à la ronde, on s'en fout, ça réchauffe!  ;# (les enfants, ne faites pas pareil à la maison...)

Il faut préciser qu'autant nos sac de couchage sont très chaud (pour moi un ansabere 600), autant nos vêtements sont un peu limite pour rester immobile le matin (pour moi une petite veste polaire et un pull en laine).

Nous avons donc un peu de mal à nous détacher de ce bon feu, nous y grillons nos dernières châtaignes, et il est presque 10h lorsque nous nous décidons enfin à lever le camp...

Nous arrivons à Dornas par un étroit sentier mal entretenu : des arbres tombés le barrent en plusieurs endroit, contournés par de nombreuses pistes de sangliers qui semblent être les seuls à passer encore par là... il est pourtant approximativement balisé.
Il se transforme ensuite à l'approche du bourg en joli chemin empierré.



Nous trouvons effectivement une petite épicerie ouverte, nous y achetons de la farine pour faire des chapatis ainsi que deux ou trois extras (c'est Bambo qui a fait les courses, personnellement je suis contre les extras   :matrix:)
Il nous reste encore à trouver de l'eau, nous en demandons à une bonne femme pas franchement commode qui nous regardent passer à la fenêtre, elle nous envoie son mari avec deux bouteilles pleines. Celui-ci nous tape un peu la discute, il voudrait nous offrir une bouteille de rouge, mais il n'est pas sûr que sa femme soit d'accord, il nous dit d'attendre. 10 minutes plus tard il n'est pas redescendu, sa femme a du avoir le dernier mot  :down: Nous continuons.

La randonnée en Ardèche, c'est vite une routine : on monte sur une colline, on redescend dans un village pour traverser une rivière, et on remonte. Sauf que ce jour-là... c'est exactement ce qu'on a fait, mais en plus on s'est perdu dans les bois en remontant après Dornas  :lol:

Après quoi on a rejoint le GR420 dans le but de le suivre jusqu'au pied du Mont Mézenc, point culminant de l'Ardèche et de la Haute-Loire.
En fin d'après-midi, nous descendons d'une colline par un sentier qui serpentent entre des genêts, et soudain, nouveau problème : Magnum a disparu, d'une part je l'aime beaucoup, mais c'est aussi très embêtant en terme de survie car il transporte mon tarp, ma popote et mon tapis de sol...
Je l'appelle un moment en vain, puis je fais demi-tour et je remonte la colline jusqu'au dernier point ou je me rappelle l'avoir vu derrière nous, il n'y est pas.
Il faut dire que quand il est détaché, il traine souvent de ci de là pour brouter un peu, puis il nous rattrape au galop, je redescends en cherchant attentivement où il a pu se tromper : à un endroit, le sentier se divise en deux bras qui descendent presque côte à côte, il a dû prendre le mauvais, des traces de sabots dans la terre meuble confirme qu'il est passé par là, j'accélère le pas. Arrivé en bas, toujours pas de Magnum, je l'appelle : un bêlement étouffé me parvient sur la gauche, je le retrouve enfoncé de trois mètres dans un mur de genêts impénétrables. Quand je l'ai appelé d'en bas la première fois, il a bravement essayé de couper dans les genêts, mais le Dog Pack s'est coincé à mort, il n'y a plus qu'à sortir la machette pour le sortir de là...

Avec toutes ces émotions, nous n'avons pas beaucoup avancé ce jour-là!

Le GR rejoint ensuite une route, ce qui ne nous simplifie pas la tâche pour chercher dormir.

Au lieu-dit Prabus, une vieille femme étonnée nous salue.
"On a vu de tout sur ce sentier : des ânes, des chevaux, des chèvres, mais des moutons jamais!"
Elle nous mets ensuite en garde contre le froid, et s'étonne que nos moutons soient déjà tondus :
"Chez nous, on ne tond jamais avant le mois de mai!"

Nous en prenons bonne note, mais nous continuons vers notre objectif, pour l'instant...  ;)

Le village de St-Andéol-de-Fourchades se profile devant nous, mais nous trouvons un petit coin tranquille juste avant (en fait dans les bois juste derrière le cimetière).
Ce soir-là j'expérimente les chapatis aux fourmis, c'est pas fabuleux au goût mais c'est très marrant à faire :
- former un chapati épais en pressant une boule de pâte entre vos paumes
- poser le chapati sur une grande feuille (charme, hêtre, érable...)
- poser la feuille avec le chapati sur une fourmilière (la feuille évite de coller tous les matériaux de la fourmilière sur le chapati)
- si nécessaire, exciter un peu les fourmis
- maintenant, le plus drôle : à l'aide d'une brindille, enfoncer dans la pâte toutes les fourmis qui passent sur le chapati
- replier le chapati, l'aplatir et recommencer autant de fois que vous le souhaitez
- cuire sur la braise quelques minutes de chaque côté

Ah... martyriser les fourmis, ça me rappelle mon enfance tiens, mais là ça se justifie, je fais ça pour manger  ;D
« Modifié: 09 novembre 2011 à 23:47:50 par thorgaal »

09 novembre 2011 à 23:50:08
Réponse #121

thorgaal


Mardi 5 Avril





Le froid nous réveille peu avant le lever du jour, le vent s'est arrêté, tout semble figé : il gèle. Nous rallumons le feu, les moutons sont frigorifiés...



En marchant, nous faisons le point de la situation : en jeunes arrogants, nous avions presque ignorés les commentaires de la vieille femme de la veille, mais force est de constater que nous aurions dû prendre ses mises en garde un peu plus au sérieux. Il est peut-être un peu trop tôt en effet pour s'attaquer au plateau de Haute-Loire.

A la pause de 10h, nous prenons la carte et le guide WWOOF pour voir si nous ne pourrions pas faire une halte dans les environs.
Au 3ème coup de fil, nous obtenons une réponse positive d'un écolieu à Montpezat-sous-Bauzon, à 15km environ vers le Sud. Il est, de plus, facile d'y arriver via le GR7 que nous allons croiser en milieu de journée.

Nous continuons donc toute la matinée sur le GR420 en direction du Mont Gerbier de Jonc. Après une longue montée à travers bois, nous avons droit à un panorama splendide sur les Alpes (permis par une visibilité exceptionnelle ce jour-là  :love:)



Peu après, nous passons devant une montagne que nous prenons pour le Gerbier de Jonc (en réalité le Suc d'Ourseyre), nous nous prenons d'ailleurs fièrement en photo devant :



Oui je sais, ça ne ressemble absolument pas au Gerbier de Jonc, mais comme on ne l'avait jamais vu, on ne pouvait pas le savoir... hein?  :-[ On se moque pas quoi!

Nous tournons ensuite en direction du Sud sur le GR73, entre l'herbe sèche et le soleil de plomb, on croirait faire un trek en Australie, dépaysement garanti! (en fait, je dis ça, mais j'ai jamais mis les pieds en Australie...)



Les moutons sont vite assommés par ce soleil aggressif, c'est en fait la seule chose qu'un mouton ne supporte pas.



Après 8km à bon rythme, le premier ruisseau rencontré est bienvenu!



Nous bivouaquons à 5km de Montpezat\Bauzon, en bordure d'une jolie hêtraie envahie de myrtilles.
Nous mangeons des chapatis agrémentés de graines de chénopodes qui trainent dans mon fond de sac depuis l'automne, c'est très bon et ça débarrasse!
« Modifié: 10 novembre 2011 à 22:26:34 par thorgaal »

10 novembre 2011 à 18:42:46
Réponse #122

thorgaal


Mercredi 6 Avril





En théorie, l'étape du jour aurait pu être bouclée en moins d'une heure, mais comme souvent dans ces cas-là, c'est pas si simple.

Nos indications étaient pourtant claires :

1- aller jusqu'au lieu-dit "le Pal"
2- continuer tout droit jusqu'au panneau "Forêt de la Fontaulière" (vu de dos)
3- tourner à droite au niveau du panneau et tracer tout droit jusqu'au lieu-dit "Chambis"


Après avoir levé le camp, nous suivons donc la direction "le Pal" (balisée), au bout de quelques centaines de mètres, nous croisons un panneau "Forêt de la Fontaulière", vu de face.
Bambo a un doute, ça pourrait être là. J'argue qu'il y a sûrement un panneau à chaque extrémité de la forêt, impossible de savoir si c'est le bon.

Nous continuons donc 4km jusqu'au lieu-dit "le Pal", mais il n'est pas évident de voir par où on est sensé continuer tout droit.
C'est à ce moment-là que nous croisons un couple de marcheurs qui comptent rejoindre les sources de la Loire pour descendre le fleuve en canoë jusqu'à l'embouchure, ce sont les premiers randonneurs que nous croisons depuis le départ de Montmeyran  :o

Malheureusement il ne peuvent pas nous aider, mais nous comprenons vite que le chemin par lequel nous aurions du continuer tout droit en arrivant par la route est en fait celui par lequel nous sommes arrivés, et le panneau était donc le bon : retour à la case départ! 8km pour rien...
En descendant sur le mas de Chambis, nous profitons d'une vue imprenable sur les Mont-d'Ardèche, nous arrivons sans plus de retard en début d'après-midi.



Nous passons ensemble une semaine à Chambis, Bambo ayant ensuite des obligations, je repars seul le 14 avril, bien décidé cette fois à attaquer le Mont Mézenc.
« Modifié: 11 novembre 2011 à 23:39:16 par thorgaal »

10 novembre 2011 à 19:46:15
Réponse #123

thorgaal


Rappel : je pars ce lundi de Vézénobres (Gard, près d'Alès), à destination de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) via Saint-Flour (Cantal), un peu moins de 500km au total, soit trois semaines environ au rythme de 25km par jour (je n'emmène que Magnum).
Je suivrai uniquement des GR (ya pas un chat en cette saison).
Ça s'annonce froid mais très sympa : grandes étendues sauvages et beaux panoramas, si ça vous dit d'en être, vous avez jusqu'à demain soir pour m'envoyer un MP.


Je me rend compte que je ne vous ai pas parlé de ma liste de matos depuis un bout de temps, c'est un tort. En fait elle a tellement bien fonctionné que je n'ai même pas eu besoin d'en parler pendant le récit... Je me rattrape donc ici :

Presque toujours sur moi :
- pantalon treillis : 500g
- t-shirt coton : 200g
- caleçon : 50g
- chaussettes rando D4 (100g)
- pull en laine (tricoté par maman) : 700g
- opinel n°7


Contenant 1 : sacoche banane Eastp*k :
    - appareil photo
    - téléphone
    - portefeuille
    - mini-trousse de secours (pince, petits ciseaux, antiseptique, sparadrap, fil et aiguille)
    - boite d'allumette dans un ziplock
    - Mora 2000 sur la ceinture

Total : environ 1kg

Contenant 2 : sac à dos Arklight Design Wanderer 35 : ~350g (malheureusement trop fragile, je l'ai bousillé cet été)
    -duvet Ansabere 600 (1kg)
    - sac à viande D4 (300g)
    - 1 T-shirt de rechange (200g)
    - 1 short de rechange (300g)
    - 1 pull polaire D4 (400g)
    - 3 paires de chaussettes de rechange (3x100g)
    - 2 caleçons de rechange (2x50g)
    - 2 bouteilles de soda 1.5L (2x50g) : costaud, plus léger et moins cher que des gourdes)
    - 1 cagoule polaire (100g)
    - 1 paire de gants polaires légers (100g)
    - 1 mini-serviette en micro-fibres avec gant (100g)
    - savon d'Alep (200g)
    - guide WWOOF + carnet de bord (500g)
    - bloc magnésium + firesteel (20g)
    - 3 petits sacs en coton pendus sur les bretelles pour récoltes diverses (3x50g) : sac à soupe, sac à châtaigne, sac à allume-feu

Malgré l'étanchéité du sac, tout est rangé dans 3 sacs poubelles par sécurité et pour des raisons pratiques.

Total : minimum ~4 kg, maximum ~9kg (avec 3L d'eau, 1kg de farine et 1kg de récoltes)
-> le pied  :)



Contenant 3 : Mounta*nsmith Dog Pack L : 800g (sur Magnum)
    *sacoche droite :
    - marmite 2L inox fond cuivré avec couvercle (300g)
    - 1 torchon (200g)
    - sel et épices dans des ziplocks + quelques ziplocks vides (300g)
    - Nalgène 1L (200g)

    ss-total : 1kg (+ très souvent 500g de pâte à chapatis fermentée dans la gamelle, 1 ziplock de farine, et/ou + ou - 1L d'eau pour l'équilibrage) -> 3kg max

    sacoche gauche :
    - D4 raincut (200g)
    - D4 surpantalon imper (200g)
    - Arklight Design X-Tarp avec 40m de cordelette nylon 100kg, 5 sardines alu et 2 sardines titane  (total : 600g)
    - chargeurs d'appareil photo et téléphone dans un ziplock doublé (300g)
    - 2 feuille de Polycree 1.5x2.5m (200g)
    - Ridgerest recoupé au niveau des genoux (je mets mon pull en laine sous mes pieds) : 300g
    - coupe-coupe léger (400g) : roulé dans le ridgerest
    ss-total : 1.8kg si j'ai la combi imper sur moi -> sinon 2.2kg, jusqu'à 3kg avec tarp mouillé ou un ziplock de farine.

    total : 4 à 6kg, pas de quoi gêner un mouton qui pesait alors environ 40kg (60 à l'heure actuelle, et il grandi encore)

    Poids total du matériel : à peine plus de 10kg en comptant les vêtements que j'ai sur moi.

    Remarque : comme le bât du mouton n'est que légèrement déperlant, je n'y range que du matériel qui ne craint pas l'eau.


Mercredi 13 Avril


Je passe un coup de fil pour un WWOOF chez des maraîchers à Montusclat, en Haute-Loire, juste derrière le Mézenc : réponse positive.


Jeudi 14 Avril



[/list]

Je pars de Chambis vers 9h, il est tombé quelques flocons dans la nuit, mais vraiment trois fois rien.
Après longue montée qui me ramène sur le plateau, au niveau du fameux panneau "Forêt de la Fontaulière", je fais une petite pause : je vais m'assoir sur un tronc en limite des arbres, pendant que les moutons mangent dans un pré de l'autre côté du chemin.

Je reste immobile quelques minutes. Soudain, un chevreuil sort du bois à une dizaine de mètres de moi, il s'approche tranquillement des moutons, viens renifler la brebis. Les moutons sont intrigués mais ne bouge pas. Sans bouger d'un sourcil, j'observe émerveillé la scène qui se passe à 5 m de moi, tout en me maudissant intérieurement : j'ai posé la sacoche contenant mon appareil photo à 3 mètres de moi, de l'autre côté du chemin.  >:(
Comme le chevreuil s'éloigne tout doucement, j'essaie de récupérer mon appareil discrètement, mais il me voit et disparaît vite derrière des buissons, voici donc une photo de la scène, mais sans le chevreuil, ce qui est beaucoup moins extraordinaire  :(



Notez que Magnum fixe l'endroit où l'animal vient de disparaître.

Météorologiquement, la journée ressemble à toutes celles que j'aurai presque jusqu'à la fin du périple : grand soleil, très froid le matin, très chaud en milieu de journée, et frais le soir...

Je refais donc en sens inverse tout le chemin jusqu'au pied du prétendu Gerbier/ suc d'Ourseyre, et j'arrive au pied du Gerbier de Jonc, le vrai, vers 17h.



En approchant, je ne sais toujours pas si je vais le gravir ou non, il n'est pas vraiment trop tard (les journées ont beaucoup rallongé depuis le départ quinze jours plus tôt). Je n'aurai pas à hésiter longtemps : je passe devant le Gerbier au même moment que le débarquement d'un car de touriste 3ème âge...
Trop tard, je suis repéré, je suis bon pour raconter ce que je fais là, séance photos avec les uns et les autres, et même, malgré mes protestations, un tour de chapeau spontané pour soutenir mon voyage, bilan 5€  :lol:

Dépité, j'achète un "Rocher du Gerbier" (meringue chocolat-amandes) à la pâtisserie-boutique-souvenir-billeterie.
Oui, vous avez bien lu "billeterie", la montée au fameux Gerbier de Jonc est payante  :o
Je n'ai même pas regardé le prix, rien que d'y penser ça me donne envie de gerbier.

Bien remonté, je fuis cette machine touristique et continue sur plusieurs kilomètres en direction du Mont Mézenc.

Au crépuscule, je finis par m'arrêter dans une forêt. Sans le vouloir, j'ai sacrément bien avancé ce jour-là : près de 25km.

Voici mon bivouac du jour, avec, comme vous pouvez le voir, un feu très discret (bois résineux humide  :glare:).



Au menu, soupe campanule-épilobe-violette-ortie-feuilles de hêtre : (avant cuisson)


« Modifié: 11 novembre 2011 à 23:45:36 par thorgaal »

11 novembre 2011 à 10:53:45
Réponse #124

thorgaal


Vendredi 15 Avril






En bougeant pendant la nuit, j'ai fait un accroc à mon duvet  >:(
J'y mets aussitôt un bout de sparadrap, puis je recouds par-dessus, c'était assez expérimental mais au final cette réparation viens de résister à un passage en machine à laver.

Ensuite, je plis bagage rapidement et je repars, ce n'est qu'en sortant de la forêt de sapins où je m'étais réfugié pour la nuit que je me rends compte qu'il fait froid : le GR traverse ensuite un pré silloné par de petits filets d'eau qui sont entièrement gelés. D'ailleurs, peut-être trop occupé à contempler les reflets de l'aurore sur la glace, je perds le sentier...

Qu'à cela ne tiennent, je monte jusqu'en haut de la bosse pour prendre de la hauteur, le Gerbier de Jonc dépassé la veille au soir est déjà loin derrière, ça fait plaisir.



Mais surtout, le Mont-Mézenc est droit devant (tout au fond sur la photo), GR ou pas, difficile de se perdre!



Je retrouve de toute façon le GR en redescendant de l'autre côté de la bosse, j'ai en fait coupé dans le pré alors qu'apparemment le GR faisait le tour. Soit j'étais mal réveillé, soit c'était mal balisé, mais passons.

En montant vers le Mézenc, ma priorité est maintenant de trouver de l'eau potable, je n'en ai presque plus, et les ruisseaux qui coulent des prés à vache ne m'inspire pas entièrement confiance (et je suis encore loin de souffrir de la soif).

Je passe devant un refuge-buvette autour duquel broutent quelques chèvres d'une race étrange que je n'ai pas pu identifié (je n'ai pas pris de photos non plus car j'étais occupé à me débarrasser d'un cheval, pas vraiment méchant, mais particulièrement gros et collant, qui menaçait d'écraser mes compagnons par excès de curiosité). Malgré la présence de tous ces animaux et de 2 patous (heureusement attachés), il n'y avais personne sur les lieux, et aucun robinet en vue.

Je fais une pause au col de la croix de Boutières, au pied du Mont Mézenc, pour aérer mon couchage et manger les quelques chapatis que j'avais conservé de la veille.



Une voiture s'arrête au parking, je demande de l'eau mais l'homme n'en a pas avec lui, en revanche il me conseille de passer par l'autre versant pour monter, le sentier est plus joli, de plus il croise une source.

Je l'écoute et contourne donc la montagne par l'Ouest, remplissant mes bouteilles au passage, avant de commencer l'ascension.
Pris d'une illumination stupide, je complique la chose en décidant de monter pieds-nus, chaussures à la ceinture. J'adore marcher pieds nus, mais sur un sol boueux, froid, et même encore gelé par endroit, c'est pas ce qu'il y a de plus agréable.
Mais bon, quand je décide de faire volontairement un truc stupide, ya pas grand chose qui peut me raisonner. Donc j'ai eu froid aux pieds, mais je l'ai fait.
Arrivé au sommet (1753m), je suis déçu, l'horizon est très brumeux, et en plus il y a un vent glacial.
Je jette un œil au deux tables d'orientations (très jolies d'ailleurs), mais je ne m'attarde pas plus.



Redescente, en chaussures cette fois. 200m plus loin, je perds à nouveau le GR, mais je ne m'affole pas, j'ai déjà randonné sur le plateau de Haute-Loire, et je pense m'y repérer facilement (c'est sans compter sur mon sans de l'orientation déplorable).

Après avoir fait quelques kilomètres sur des sentiers de plus en plus petits en suivant mon intuition, je me retrouve le soir à faire du hors piste dans des prés et des bois humides, voire marécageux. Epuisé, je profite de la première bosse pour installer le tarp, malheureusement il n'y a que des genêts, ce qui ne me permet pas une installation très confortable, mais comme il ne risque pas de pleuvoir, je ne m'en formalise pas.



Cela devrait suffire à parer la rosée.


« Modifié: 11 novembre 2011 à 23:55:02 par thorgaal »

 


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Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
avec bienveillance, curiosité et un appétit pour le dialogue et la réflexion que l'interlocuteur peut susciter. »


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