Bonjour à tous,
Membre plutôt discret du forum, lecteur de l’ombre, je m’en viens aujourd’hui vous conter un petit périple entrepris l’été dernier avec deux compères. Il y a deux ans, je
m’étais fendu du compte-rendu de ma première sortie en solitaire dans ces montages, qui marqua vraiment le début de mon apprentissage dans le milieu. L’an dernier, j’avais répété l’exercice à trois, sur trois jours autour du Brec de Chambeyron, dans le massif de l’Ubaye. Une bien agréable et très fraiche balade que ce fut, que je n’avais point retranscrite
flemme par manque de temps. Si mon premier récit revêtait un caractère presque introspectif, eu égard à son caractère solitaire, celui-ci relèvera plus de la visite guidée. Parce que c’est un chouette coin qui gagne a être partagé. Surtout ici, puisque j’y puise moult conseils avisés.
Préambule affreusement long : de la préparation d’une sortie inédite par sa longueur (pour un branleur).Veuillez donc scroller très vite si ça vous saoule.Cette année, donc, l’envie m’est venue assez tôt de préparer quelque chose pour l’été. Partant d’un simple repérage sur Google Earth, je me suis progressivement embarqué dans une longue préparation, à mesure que des amis me rejoignaient dans le projet, et que l’itinéraire s’allongeait. En effet, l
’objectif s’est concentré sur un caillou dressé à 3340 mètres aux confins de l’Ubaye. Les Français l’appellent Bric de Rubren, les Italiens Mongoïa. Il est accessible en une journée depuis le hameau de Maljasset, déjà isolé, et moyennant un dénivelé de 1500m sur une longue distance. Celle-ci peut se faire en deux jours en passant la nuit au Bivacco Boerio, refuge construit au pied du sommet, sur le plateau de Mongoïa. Mais l’idée de départ, c’est que nous nous rejoignions à Ceillac en Queyras, de l’autre côté de la montagne dominant Maljasset. De faire découvrir le coin à des copains. D’où la nécessité de construire une boucle articulée autour de Ceillac et du Rubren.
L’approche est simple pour ma part : découvrir, c’est avoir le temps. Et ça tombe bien, puisque des étapes courtes et modulables permettent de composer avec les aléas techniques et météorologiques.
L’itinéraire se stabilise donc sur cinq jours, quatre nuits, 4000m en D+ sur environ 45 kilomètres. Au menu, du GR, de la trace et de la navigation à la carte.
Un aperçu de l’itinéraire :
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Les contraintes de cet itinéraire sont les suivantes : - Itinéraire inconnu pour 2/3, avec des tronçons peu à pas balisés. Il est relativement facile de s’orienter en montagne quand il fait beau. Beaucoup moins dans le brouillard. L’exercice étant de pas se retrouver dans des endroits à la con.
- Quelques passages techniques, dont l’évaluation repose uniquement sur de rares retours lus sur internet pur certains, et juste de la lecture de carte pour d’autre. De la crête, une exposition au vide modérée, un glacier rocheux à descendre, qui a l’air déjà relou vu de Google Earth.
- Terrain relativement inhospitalier : nous verrons les derniers arbres le deuxième jour, longs tronçon dans des forêts… de cailloux. Exit les feux et la ressource en nourriture, sauf à choper un chamois cru. Seule l’eau sera suffisamment abondante.
- L’isolement : l’approche et la descente du sommet sont peut ou pas fréquentés. Au plus éloigné de la rando, il faut cinq heures de marche (à un valide) pour rejoindre le hameau le plus proche, Maljasset. Ou du reste, il n’y a pas de commerce, et encore moins de service de santé. Sans y avoir mis les pieds, je sais que le téléphone à fâcheuse tendance à pas arriver dans ce coin du massif.
Il faudra donc se préparer comme si nous ne pouvions recevoir d’assistance extérieure (comme on devrait toujours faire, en fait). J’ai par ailleurs transmis l’itinéraire à un guide du coin, qui l’a validé. J’dois avouer que ça m’a bien rassuré.
Le glacier rocheux, avec ses plis caractéristiques, menant au vallon du Loup
S’en suivent de longues interrogations sur les contraintes techniques, de transport sur site (nous venons tous d’endroits différents et lointains). Et puis faire converger les conditions physiques hypothétiques à la difficulté d’un itinéraire évaluée sur une carte IGN, c’est un exercice hasardeux, quoi. C’est important d’être prêt à en chier si les conditions l’imposent, mais l’idée c’est quand même, et surtout, de s’amuser.
Préparation technique :5 jours en autonomie, ça commence à faire, et surtout faire un tas de bouffe. Donc déjà, penser à rogner au maximum sur la matos pour faire de la place. Je me dis, dans des moments d’euphorie, que je partirai avec 12 kilos bouffe comprise. J’avais pas mal de matos à renouveler, et heureusement cette année un peu de sous. J’ai donc chopé une tente, diverses fringues pas chères et légères, des Meindl Engadin, mes premières vraies pompes de randonnées. J’ai pris soin de faire de la borne avec pour les casser, mais ça s’est révélé insuffisant sur mon plat pays. On s’en fout, mais l’à-peu-près liste est
ici…
L’éternelle interrogation, c’est toujours les écarts de températures qu’on va rencontrer : sous les nuages, le vent, la nuit… Y’a deux ans, je pouvais presque dormir en caleçon sans duvet à 2500m, l’an dernier, c’était glaçons dans les gourdes au réveil et un petit vent délicieusement mordant le soir… Autrement dit, « Dois-je rajouter ce p*tain de gilet en laine que j’étais bien content d’avoir l’été dernier, mais qui pèse un âne mort ? » Enfin un petit âne, quoi.
Au final, évidemment, mes rêves de liberté légère se verront brisés par la réalité de la gravité : le sac pèse effectivement douze kilos, mais juste avec le matos. A rajouter, 3-4 kilos de bouffe, deux litres de flotte… Mon APN de 900g… Quand je serai grand, je serai MUL, bordel !
La bouffe, donc :Alors là, on a fait ça bien, pour une fois. C’est qu’à approximer sur 10 repas, on peut, au choix, crever la dalle ou se lester de kilos superflus. Question diversité, on était bien aussi. Pour le matin, pain, miel, crème d’amende (800 kcal aux 100g, qui dit mieux ?

), café lyo, muesli, lait en poudre. Pour le midi : boîtes de poisson et morues, fromage et pain. Le soir, pâtes fines, céréales préparées, semoules, protéines de soja, soupes lyo. Et pour agrémenter tout ça ainsi que le cours des journées, condiments, fruits sec, chocolat noir, barres de céréales et sauciflard. Nous trouvons le tout équilibré, suffisamment abondant et énergétique sans être énergivore, et pour un poids raisonnable, environ 3,5 kg par bonhomme. Et d’un coût raisonnable, aussi : 50€ chacun. Pour la flotte, pas souci. On prévoit 2L par tête, qu’on rechargera entre sources, cours d’eau et lacs, armés de Micropur® pour lever les doutes le cas échéant.
‘Tain, c’est pénible de parler matos, hein ? Pénible d’y penser, et d’y repenser aussi. Pénible d’être incertain sur la participation de chacun à divers moment. C’est pénible, parce qu’on prépare notre unique chance de pratiquer la Montagne dans l’année, et qu’il suffit de si peu pour tout remettre en cause. Genre une météo exécrable sur l’étroit créneau imposé par les contraintes de chacun.
Bien, l’été arrive en fin, mon avion aussi, on est prêts. L’équipage recomposé compte donc Chuck Norris, petit gabarit, Steven Seagal, homme grand et fin qui fait autant de pas que toi, mais couvre deux fois plus de distance, et moi, le p’tit gros, dixit Chuck, affichant autant de kilogrammes que d’unités au dessus du mètre. Les noms ont été changés pour les besoin du récit. C’est également ceux que nous avons laissés dans le livre d’or du refuge.
Nous nous rejoignons sur site la veille du départ, le 29 juillet. La météo nous annonce du beau pour les deux premiers jours, à négocier ensuite. Après un copieux repas au village et un tour au bar, nous allons pioncer au bois noir, lieu du retour où nous laisserons la bagnole. Cette première nuit m’apprends déjà plusieurs choses : le duvet D4 5°, que j’ai finalement choisi à la place du 0, est en fin de carrière. Nous sommes à 2000m, il doit faire 10° dehors, mais je caille comme il faut. D’autant que ma tente, que j’inaugure à l’occasion, s’avère très bien aérée, la brise passant sous le double toit… Nuit de m*rde, donc, d’autant que le terrain n’était pas top. C’est souvent ce qu’il advient quand on rejoint un lieu de bivouac de nuit, hein.