Si elle a l'avantage d'être largement interprétable et de s'adapter aux capacités de gestion de chacun, cette phrase me paraît autant démago que tirée par les cheveux... En aucun cas ça ne peut être une doctrine pour le déclenchement des secours !
Point de démago mais une mise en garde claire contre les mauvaises décisions biaisées par l'expérience, ce dont tu parles précisément juste après:
Y'a des éléments non-rationels dans ce genre de prise de décision. J'y avais jamais trop réfléchi avant honnêtement. J'ai toujours géré mes problèmes ou ceux de mes compagnons, dans la mesure où je m'en sentais toujours capable, en voyant se déployer devant moi un arbre de scenarios possibles, dans certains desquels éventuellement je déclencherais les secours.
Mais on sait que ça cause de la "pollution par l'expérience" et que l'expérience tord les schémas mentaux. S'ajoute la personnalité des belligérents, tous les deux trop fiers pour confier à d'autres ce qu'on sait faire nous-mêmes.
C'est précisément le problème, et qu'avec l'expérience de situations toujours plus critiques dont on s'est sortis, on a très facilement tendance à mésestimer le danger réel et objectif.
Bref, c'est utile pour moi de me poser des questions sur les critères de déclenchement d'un appel au 112.
Clairement...
En attendant, durant cet épisode, je gardais l'option dans un coin de ma tête hein. Sauf que l'état de ma copine ne m'a pas amené à juger l'aide extérieure nécessaire.
Comme le donne à réfléchir la phrase que je cite plus haut, tu t'en es sortit... cette fois ci! Mais la prochaine?
Je vais citer un exemple qui m'a marqué parce que connais la plupart des protagonistes de cette affaire: un instructeur montagne militaire, plus de 20 ans d'expérience pro (sans compter l'expérience perso plus ancienne), 200 jours par an en montagne, plus de 110000m de dénivelée annuellement... et toutes les qualifs qui vont bien. J'ai eu l'occasion de sortir en montagne avec lui, un gars très bien.
Et un jour, sortie en détachement, les conditions se dégradent ainsi que l'état des stagiaires... mais sur son expérience, il n'a pas jugé bon de faire demi-tour ni de prévenir la vallée.
Au bilan: deux morts (dont un ami) et une quinzaine de blessés dont certains critiques au moment de la récupération.
Il n'y a pas de faute de sa part, mais une erreur d'appréciation qui l'a conduit à commettre une imprudence aux conséquences dramatiques.
Tu dois avoir aussi bien que moi qu'en montagne, tout peut aller très vite et qu'aucune sortie n'est anodine, alors la phrase que je cite prend toute son importance: lorsqu'on commence à avoir un doute, surtout avec l'expérience, c'est que ça pue vraiment... donc on assure la sécurité.
C'est d'ailleurs l'esprit de David: la survie, c'est d'abord ne pas se mettre en danger.