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Stages de survie CEETS

Auteur Sujet: Une fin d'après-midi en novembre  (Lu 2968 fois)

26 novembre 2007 à 15:52:02
Lu 2968 fois

lunar


Il est bientôt trois heures de l'après midi en ce dimanche où tout semble tourner au ralenti. Les nuages bas font comme une chappe grise et froide sur les contreforts des falaises massives du Saint-Eynard. Paul vient de se reveiller de sa sieste. Il pète de forme, saute sur le lit, veut des guilis. Adèle en bas entame son quarante cinquième coloriage du weekend. Faut qu'on sorte prendre l'air.

Direction le Manival, à deux ou trois kilomètres de là, notre arrière cours, là où on va quand il est trop tard pour aller ailleurs. Deux ou trois voitures sont stationnées sur le minuscule parking. Les quelques rares détonations qui résonnent dans l'immense ravin nous renseigne sur l'identité des propriétaires des véhicules. Casquette rose acidulé pour Adèle, bob orange fluorescent pour Paul, gilet de signalisation pour ma pomme et gros pull flashy pour ma chère et tendre.
Dans l'immensité terne des couleurs de novembre, on ne risque pas d'être confondu avec une bande de sangliers en maraude.

Le chemin est maculé de feuilles de chêne detrempées. Dessous, la caillasse glissante nous tend ses pièges, et malgre de nombreuses glissades plus ou moins bien contrôlées, Paul et Adèle ont déjà les poches bourrées de glands, de mousses et de lichens, trois bâtons dans chaque main. Chaque enfant nous rappelle les dizaines de milliers d'années que l'homme a passé en tant que chasseurs cueilleurs. Ce besoin de collecter, d'avoir un bâton dans la main, est-ce une partie de notre inconscient collectif qui se transmet de génération en génération ? Ou ce comportement est-il gravé dans notre patrimoine génétique ? Finalement, ne sommes-nous toujours pas des chasseurs cueilleurs que la civilisation a domestiquée ?

Le chemin débouche dans une belle clairière de hautes herbes jaunies par le gel. A quelques endroits, la terre est complètement retournée par des sangliers en quête de pitance. Un motoculteur ne ferait pas mieux. Sur le chemin, une douille de métal. J'envie celui qui va se remplir la panse. Je plains le pauvre animal qui a croisé la trajectoire de la balle. Je mets la douille dans ma poche, en souvenir. La brume s'accroche sur les frondaisons tarabiscotées des chênes vermoulus. Autour de la clairière, le sous bois assombri par les verts du houx et du buis n'est pas engageant. Paul s'étale de tout son long  dans une flaque de boue épaisse. On dirait une bauge. Adèle eclate de rite. Il pleure, vexé, la poursuit avec son bâton qui fait trois fois sa taille. Un petit rappel à l'ordre et la petite troupe quitte la clairière.

Un peu plus loin, un panneau rouge pompier informe le promeneur "ATTENTION, DANGER, RISQUE D'EBOULEMENT". Le ravin du Manival, aux dimensions colossales ne cesse de s'agrandir, grignotant patiemment les contreforts orientaux de la Chartreuse. Un peu plus loin, la "Table des Géants" comme l'ont surnommé les enfants. Il s'agit de gros blocs de roches qui se sont detachés du Château Nardent, sept cent mètre plus hauts et que les gens de l'ONF, probablement, ont agencés en une table et tabourets géants. A chaque fois, Adèle scrute la chênaie pour voir si les géants ne seraient pas dans le coin. Puis vient la sempiternelle et inévitable escalade de la dite table et le saut de tabouret en tabouret. Autour, l'héllebore fétide,l'herbe des fous,  pousse en grandes brassées. C'est une jolie plante, qui fait de drôles de fleurs vertes en plein hiver mais cela fait longtemps que les enfants savent que celle là, il faut la laisser tranquille. Sur des feuilles de curieux champignons sphériques ressemblant beaucoup à des fraises des bois attirent les convoitises. Pas touche ! Paul me regarde, pas très convaincu que cet appétissant boule rouge soit pas mangeable. Encore moins convaincu que cela soit un champignon et pas une fraise. Le chemin continue dans une petite combe particulièrement humide et sauvage. La brume, les lichens barbus tombant en rideau depuis les branches tortueuses, les pierres moussus... nous sommes à Fangorn !

Cela pourrait être lugubre et pourtant, non. Simplement beau, mystérieux et sauvage... La lumière décroit, il va nous falloir regagner la chaleur de notre foyer.
Une simple balade d'une petite heure qui donne le rose aux joues, la sérenité à l'esprit et une sacré collection de glands !

lunar

« Modifié: 26 novembre 2007 à 16:51:53 par lunar »

26 novembre 2007 à 16:48:38
Réponse #1

bloodyfrog


Merci pour la balade, Lunar! :)
J'avais mis mon pull rouge moi aussi...

Je me suis permis d'éditer ton texte pour un peu plus de lisibilité.

Manu.

26 novembre 2007 à 16:53:28
Réponse #2

lunar


Oui, tu as  bien eu raison cela faisait gros pavé... J'ai réédité derrière toi pour tronçonner ce petit texte en plusieurs paragraphes mais à ma convenance  ;D

26 novembre 2007 à 16:53:45
Réponse #3

kartoffel


 :love: Merci lunar :) Ca met du baume au coeur, c'est de la poésie en action !

Le ravin de Manival, c'est le super effondrement sous le Bec Charvet, c'est ça ?

26 novembre 2007 à 17:12:16
Réponse #4

Diesel


Bravo pour la plume mais il manque :

Les photos, les photos !.  ;D

C'est un crime de se balader dans un coin superbe et de ne pas en faire profiter le forum. :fouet:

26 novembre 2007 à 20:20:56
Réponse #5

lunar


Merci pour vos commentaires. Le partage est tellement meilleur ainsi... :) Oui Kartoffel, le Manival est bien le ravin qui est au pied du Bec Charvet. Un coin etonnamment sauvage aux vues de sa proximité avec l'agglomération. Il suffit de s'ecarter un tant soit peu des principaux sentiers pour avoir cette sensation d'isolement et de sauvagerie qui me tient tant à coeur. Ainsi, lorsqu'on poursuit vers le fond du ravin après la baraque forestière portée sur la carte, on peut être quasi assuré d'une solitude exemplaire, même par un dimanche d'été radieux. Comme Rad, toute la zone qui va des Combes de Saint-Ismier, sous le Pas de la Branche, jusqu'au Château Nardent en passant par les Grands Crêts, le Bec Charvet et le ravin du Manival est un de mes coins de balade favoris. Le tout à une quinzaine de minutes en vélo... Je mesure avec sobriété la chance que j'ai :)
Pour les photos Diesel, désolé, mais on n'avait pas pris l'appareil, comme souvent. Par contre, je dois certainement avoir quelques part sur mon ordinateur quelques photos qui trainent de mes inombrables virées dans les parages. Je regarde, fais le tri et en poste quelques unes plus tard !

lunar

27 novembre 2007 à 21:34:12
Réponse #6

lunar


A la demande de Diesel, voilà quelques photos du ravin du Manival en diverses saisons et les jolies rencontres que l'on peut y faire !

Tout d'abord une vue d'en haut depuis le Bec Charvet. Le torrent que l'on voit en contrebas est la plupart du temps quasiment à sec. Lors de gros orages, il se gonfle incroyablement jusqu'à déplacer des blocs de plusieurs tonnes. :o




On y fait des rencontres végétales comme ce hêtre magnifique dans les pentes sous le Col de Baure.





Ainsi que de vibrantes rencontres animales  :love: J'ai déjà posté cette photo mais je l'adore  :)





lunar










27 novembre 2007 à 21:38:19
Réponse #7

Diesel



27 novembre 2007 à 21:46:24
Réponse #8

lunar


Et puis une petite vidéo (de très mauvaise qualité hélàs :-[) pour donner l'ambiance au fond du ravin au petit matin... Casque conseillé !

« Modifié: 27 novembre 2007 à 22:01:18 par lunar »

28 novembre 2007 à 09:36:19
Réponse #9

kartoffel


Et ce qu'on réalise mal sur la photo de Lunar, c'est la profondeur de la vue plongeante qu'on a en haut ! Il y a combien de dénivelé entre le bec et la vallée en dessous ? Au moins 1200 mètres non ? En tous cas c'est grandiose cet endroit.

28 novembre 2007 à 10:34:12
Réponse #10

lunar


Effectivement, y'a du gaz au sommet du Bec Charvet  :)  Il culmine à 1738m et des brouettes et le fond du ravin est aux alentours de 800m... Une belle face de rocheuse de presque 1000m ! Ambiance complètement differente cependant entre les crêtes et le fond du Manival. Autant en haut, c'est l'ouverture aux vents, l'immensité des Alpes, l'invitation vers l'ailleurs, autant en bas, c'est un Bout du Monde infranchissable, une retraite sauvage. Tiens, je m'en vas posé une demi journée de RTT, ça me donne envie d'y aller rien que  d'en causer  ;D

lunar

 


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