Salut

Hier soir, la nature ma remis à ma place.
Hier soir, l'effet chimpanzé, j'ai testé.
Hier soir, ça aurait pu très mal finir...sans vos conseils.

Pour résumer rapidement, cela faisait longtemps que j'attendais un week de libre pour aller me sortir le pif à la lumière de la pleine lune. Enthousiaste à souhait, je prépare mon matos, et le parcourt (au sens large, pas de chemin vraiment obligatoire).
Ma liste de matos dans
ce post, rajoutez y un sac de couchage S0.
Sur moi j'avais :
- 1 Tshirt synthétique
- 1 chemise épaisse en coton (style bûcheron canadien)
- 1 polaire D4
- 1 veste Hunter Hydratic Fjallraven
- 1 boxer coton
- 1 pantalon Hunter Hydratic Fjallraven
Arrivée prévue sur mon lieu de bivouac (connu, à 1330 m d'altitude, en pleine forêt de sapin pas entretenue) aux environ de 18h.
La météo annonce des températures entre 10 et 5°C durant la journée. Et chuterons autours de 0 la nuit tombée. Pas de pluie de prévue mais un petit brouillard devrait couvrir les crêt (150 m au dessus du bivouac). Néanmoins, cela fait 4 jours qu'il pleut, tout est
détrempé.
Le départ se fait a 1000 m. Je m'élance gaîment dans cette univers brumeux et mystérieux qu'est ce coté du Pilat. De veille forêt d'épicéa et de sapin (un sapin "Géant" a été planté sous le règne de Louis XIV se trouve au coeur de la forêt). La visibilité est bonne, aucun souci.
Première étape, il est 16h30, je suis au col de la République, à 1200 m. Je suis dans le brouillard. Visibilité moyenne, 100 m environ.
J'attaque la dernière partie de la journée, je presse le pas. Plus je monte plus le brouillard s'intensifie. J'adore. J'adore le brouillard, je me sens vraiment seul et les forêts deviennent soudain très différentes. La navigation à la carte + boussole devient plus compliquée, mais rien d'impossible, c'est pas ma première expérience.
Il est 18h tout pile, j'arrive sur mon lieu de bivouac comme prévu. Pour l'instant, je suis vraiment content, tout s'est passé comme prévu et de la plus belle manière. Le pied. J'enfile mon mp3 et me prépare à préparer le camp.
Je connais le lieu pour y avoir déjà bivouaqué l'année passée. Je cherche un chirat à flanc de colline m'ouvrant la vue pleine Est. J'aimerait installer le camp en haut pour pouvoir profiter du lever de soleil le lendemain matin au réveil. Je met 10 m a le trouver et à décider de l’emplacement du bivouac.
N'étans plus coupé du vent par les arbres, j'installe la space blanket en
leant to (le toit me protégeant du vent, et l'ouverture face à la pente donc

) et entour le tout de branches de sapin pour me créer un cocon coupé du vent. Il fait déja plus chaud sous l'abri. Il ne pleut pas, mais régulièrement je me prend de la flotte des branches des arbres qui s'envolent à la moindre bourasque.
Il est 18h30, le camp est installé, les affaires sont au sec. Je vais préparer le bois pour le feux. Je trouve un sapin mort sur pied, facile a débiter et rempli de bois gras. Je passe 30 min a me construire ma réserve pour la nuit.
19h et des bananes, je suis fatigué de la journée, du débitage, je commence à avoir froid et être bien trempé, je commence à perdre ma dextérité fine, il fait nuit et le brouillard c'est intensifié sans vraiment que je m'en rende compte. La visibilité ne devait pas atteindre les 5 à 10 m. La frontale n'arrange rien, cela m'éblouie plus qu'autre chose. La pleine lune, cachée par les nuages ne me sert à rien non plus. Sans lumière, c'est une nuit noire. J'essaye de joindre ma mère qui est mon ICE, histoire de la mettre au courant de la situation. Pas de réseau...bon j'irais trouver un lieu avec du réseau après le feu parti...
Vous le sentez qui arrive, hein ? La c*u!lle...
Je suis fin prêt à faire partir le feu. J'en ai vraiment besoin, mon corps le réclame, mes doigts aussi. Et zou...la liste des erreurs du à la précipitation commencent.
Je creuse un trou histoire d'essayer de protéger le feu du vent, puis a la place de créer un tapi sec en bâtonnant une branche en deux, je met toutes mes ptites branches directement dans le trou. J'allume un bout de chambre à air...elle brule...complètement...pas les branches. Je recommence avec une deuxième. Même résultat. Je décide d'utiliser mon oeuf de manise... il brule...pendant peut être 4 ou 5 minutes...les branches font de la braise mais aucune flamme. Rien ne prend. Je décide de prendre toute mes chambre à air (6 morceaux) et de tout faire cramer...chiotte mon briquet marche plus ! Il a du prendre l'eau.
Je commence vraiment à flipper. L'humidité dans mes vêtement, le vent, le froid, n'arrange rien. Début d'hypothermie peut être. L'effet chimpansé est en route sinon bien installé.
J'ouvre mon kit étanche contenant une bougie et un mini bic...put**n c'est quoi cette m*rde...il est vide !!!

Ok, la ça y est...je flipe vraiment.
Alors qu'enfaite...il y avait rien d'alarmant. J'aurais trés bien pu passer une nuit sans feu. Mais ça je m'en suis rendu compte qu'une fois en sécurité...

Il me restait dans mon sac :
- 1 collant woolpower 200 gr en laine
- 1 sous vêtement woolpower 200 gr en laine
- 1 paire de chaussette en laine épaisse
- 1 paire de mitaine en laine
- 1 bonnet en laine
- 1 sac de couchage S0 (confort 0°C)
Oui mais voila...allez savoir pourquoi mais j'avais l’impression que j'allais y rester si je restais sur ce crêt, et j'ai l'habitude de dire qu'il faut toujours écouter sa première impression. La décision est tout de même longue à prendre. Tout est flou et en même temps tout se passe trés vite. Cela fait mal à mon ego de se dire qu'Elle est plus forte et le restera. Mais je fini par l'accepter.
Il est 19h40 et des patates et j'enfile mon sous vêtement woolpower 200 gr par dessus le polaire. Met mon sac à dos sur le dos. Je viens de passer 10 min a plier le site de bivouac. Je retourne dans mon lit !

Au début je cherche à retrouver le chemin qui m'a amené ici. Je n'utilise pas ma boussole "je connais ce lieu, je suis venu de là, si je vais tout droit par là, je retrouverais le chemin". Je marche 25 min, surement à tourner en rond comme un con. Cela m'aura au moins réchauffé. Je commence à retrouver mes esprits et reprendre confiance en moi.
C'est à ce moment là que j'ai la brillante idée de sortir ma carte (dans ma poche cargo de mon pantalon) et ma boussole (accroché à ma ceinture)

. Je dois me faire violence pour accepter que je suis pommé. Je dois encore plus me faire violence pour croire ma boussole lorsqu'elle m'indique que le nord c'est derrière moi, alors que j'étais persuadé que c'était droit devant...tain'...il s'accroche le primate !

J'arrive enfin à agir plus comme un con, je trace tout droit, plein nord, à travers la forêt. Je sais que quelques centaines de mètre en bas je croiserait obligatoirement une piste forestière.
On peut remettre en question cette décision, avec une faible visibilité, la nuit, dans une forêt pas entretenue et donc jonchée de plein de branches bien glissantes à cause de l'humidité, c'est vrai que c'est pas optimale comme situation. Néanmoins, j'ai jugé que ça passerait.
Et c'est passé, aprés la piste forestière, j'ai continué à descendre tout droit, connaissant maintenant ma position exacte (150, 200m près). La prochaine étape : tomber sur une départementale, puis un hameau, en espérant y trouver de la vie pour passer un coup de fil car le portable passe toujours pas.
Quelques pas plus tard, j'y suis. Je vois une maison seulement (sur les 4) avec de la lumière. Il est 21h30. Je toc, le papi paysan à la retraite m'ouvre la porte, pas vraiment surpris. Un coup de fil plus tard ma secouriste professionnel arrivera dans 30 min.
On tape la discute, ses voisins, venu de la ville ne m'aurait jamais ouvert...

. Il me raconte que ça lui arrive régulièrement de récupérer des touristes pommés comme moi. Qu'il était bûcheron, que de son temps, (1960) quand il allait tirer les bois avec les boeufs, et qu'il dormait sur place... avec eux... au final, on fait nos malins avec notre matos, mais face à ces anciens, on a encore plein de choses à apprendre.
A 22h30, j'arrivais chez moi.

Cette soirée ne se sera pas terminée comme prévue, mais elle aura été bien plus riche en apprentissage ! Pour moi, ce qui ma sauvé, c'est vous, et ce forum. Une discussion avec Diesel également, qui me méttais en garde face au danger de l'hypothermie. Ces précédentes prise de consciences m'ont peut être fait un peu psycothé, mais au final, je suis en vie et c'est le principal ! J'aurais d'autre occasion de dormir dehors
Ce que je retiens :
- avoir installé son camp avant la nuit, c'est mieux
- campé là où le téléphone passe, c'est mieux
- avoir 2 voir 3 oeuf de manise est indispensable
- un back up de chaleur immédiate est indispensable (pastille alcool, réchaud etc)
- avoir 2 ou 3 bic qui fonctionnes (
) est indispensable
- la chambre à air c'est chiant à faire partir, même avec un bic quand y a du vent. Et cela ne brule pas assez longtemps pour faire sécher et faire bruler du bois détrempé.
- un back up en vêtement chaud est indispensable
- chercher à trouver des repère dans un brouillard aussi épais, de nuit, c'est impossible et c'est très bête.
- quand on est un singe, on est sacrément con...et on s'en rend même pas compte !Je sais pas si cette expérience en intéressera certains. En tous cas pour moi, la partager et la retranscrire par écrit ma permit d'y réfléchir en détails et de comprendre mes erreurs.
Merci d'avoir lu jusqu'au bout

Bonnes balades !