C'est incroyable de constater que régulièrement les fils sur les couteaux déclenchent des polémiques...
D'un coté on a les tenants du "modernisme" (maladroitement qualifiés de geek) de l'autre les tenants de la "tradition" (sommant souvent les autres de "prouver", un peu comme ce bon Bernard Guy). C'est aussi la guerre des INOX vs. les nonINOX. Essayons de faire le point :
1. Le meilleur couteau de survie c'est celui que j'ai en situation de survie.

2. Moi, je trouve que le fait qu'un acier soit inoxydable c'est très pratique et hygiénique, particulièrement sur les pliants. Il y aura bien quelqu'un qui va me répondre "il suffit de"...et là je vais lui répondre : c'est vrai "on peut AUSSI traire une vache en la soulevant". Moi je préfère faire simple.
3. C'est clair que les premiers couteaux INOX coupaient mal (1960) et s'aiguisaient encore plus mal. Tout simplement parce qu'ils avaient de gros carbures agrégés par très durs. Mais c'était il y a 50 ans. A la même époque les voitures qui dépassaient les 100000km faisaient l'objet d'un culte.
4. C'est clair que les premiers couteaux inox avaient souvent un TT tellement mauvais par rapport à ce que l'on savait faire sur de "l'acier carbone" qu'ils étaient cassants. Mais
déjà dans les années 80 avec du simple 440C Ardennlame certifiait que ses couteaux pouvaient prendre 100kg de charge alors que la lame était coincée dans un étau. Ceci dit, mon Troncay II est bien épais, il ne prenait pas un grand risque le père Tanazacq.
5. La métallurgie des poudres date des années 40, c'est pas tout jeune. Les allemands confrontés à un manque de tungstène, molybdène, nickel...ont mis au point un procédé permettant d'obtenir des aciers plus résistants, à composition identique, que des aciers qui ne sont pas élaborés par la métallurgie des "poudres". Ils pouvaient aussi substituer des aciers "standard/poudre" à des aciers plus élaborés mais nécessitant des additifs rares pour les allemands du fait du blocus (problème général des allemands, voir le moteur Junker Jumo 004B).
Par exemple le 154CM (à l'origine un acier servant pour les aubes des turbines des réacteurs) est moins résilient ( TT identique) que son équivalent obtenu par la métallurgie des poudres (CPM 154).
6. Les gens qui sont pour les aciers "carbones de tradition" ne réalisent pas toujours que le simple "XC75" (ancienne dénomination) est DEJA une merveille de la technologie. La pureté de nos aciers est fantastique (le souffre, le phospore par exemple sont quasiment absents). Il est donc vain d'invoquer les "mânes des ancêtres forgerons" qui eux partaient d'infâmes blougiboulga issus des bas fourneaux ou des hauts fourneaux primitifs.
7. Régulièrement on lit : "un couteau en XC 75 peut s'aiguiser avec une simple pierre trouvée sur le terrain" alors qu'il faut du matériel spécialisé pour les aciers inox . Outre le fait qu'il n'y a pas des "pierres" partout : qui a RÉELLEMENT essayé ?

Sérieusement : si j'ai une pierre de Coticule Belge ou une Arkansas, je peux tout autant avoir une céramique...et tout les aciers inox ne sont pas difficiles à aiguiser (au contraire) de même tout les aciers "noninox" ne sont pas faciles à aiguiser

8. On lit aussi : les aciers modernes ne sont pas nécessaires. C'est vrai. Mais c'est comme les vestes polaires VS. les pulls en laine, on peut s'en passer mais dans certaines situations c'est mieux. Il existe aussi des situations dans lesquels les aciers "noninox" sont mieux (je pense à l'allumage silex, pour arrêter un saignement de nez ou pour contenir un hématome).
9. Dans certaines situations les aciers inox sont plus que nécessaires (milieux marins). Ils gardent un fil plus tranchant que les aciers noninox en présence d'oxydation.
10. Qui peut affirmer, sérieusement affirmer, que de nos jours un acier inox ou "à poudre" est plus fragile qu'un acier "noninox"? Certes un acier à ressort (55s7) sera plus résilient qu'un acier à outil issu de la métallurgie des poudres (à forme égale). Mais un acier "spécialement résilient" moderne (Calmax) ou un "à poudre" sera tout aussi résilient, peut être plus.
Au final, je me demande si deux facteurs, l'un avouable et l'autre moins, ne sont pas en causes :
* Le fait est que le TT des aciers inox et de ceux à poudre est complexe. Ce n'est quasiment pas accessible au Hobbyiste. Comme il y a parfois recouvrement entre "hobbyiste/survivor" les "inox" ont mauvaise presse. Le "do it yourself" impose cela, sauf que le hobbyiste oublie qu'il part d'aciers, certes "simples" mais extrêmement sophistiqués dans leur élaboration.
Le vrai "do it yourself" du survivor c'est de ramasser de l'oxyde de fer, d'opérer une réduction et à partir de la loupe de forger une lame. Pas beaucoup d'amateurs pour ce laborieux et délicat travail. Une autre alternative c'est ceux qui travaillent en "récup"...sauf que les clous de charpentiers à écrouir seront plus courants que les limes si on en est réduit là, AMHA.
* Après, excusez-moi d'avance, j'ai parfois l'impression que l'exposé par l'un ou l'autre de lames "ultra modernes" donc souvent très onéreuses semble déchainer l'ire chez certain. Une petite pointe de jalousie peut être ?
