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Auteur Sujet: Confession d'un randonneur débutant  (Lu 9042 fois)

12 mai 2010 à 12:12:19
Lu 9042 fois

Karto


Trois jeunes cons partent en rando

C'était l'heure des éboueurs. J'avais le torse en sueur et les reins au froid, et la barre en métal froid vicieusement cachée au fond de ce vieux canapé trop mou me rentrait dans les côtes sans que je n'y oppose plus de résistance. J'avais essayé de trouver une position un peu moins inconfortable que les autres tout au long de cette nuit sans repos, mais j'étais excité et inhabitué aux bruits qui rythment la nuit d'un centre ville touristique en vacances. Les fêtards les plus noctambules étaient rentrés à leurs campings, après quoi quelques casanovas en mobylette avaient fait pétarader les rues de Die -- ce qui avait le mérite de couvrir les cris des ivrognes qui restaient.

Lorsque le dernier échappement libre a expiré, les éboueurs sont passés. Après les éboueurs ce furent les livreurs, le gars qui nettoie les trottoirs, les rideaux métalliques qui se lèvent, le marché qui se monte, les commerçants qui s'apostrophent avant de commencer leur journée.

Je me suis levé avec la bouche pâteuse et dans les yeux le même sable que la veille au soir, et suis descendu dans la cuisine. C'était une maison de centre-ville ridiculement étroite, chaque étage logeait seulement une petite pièce. Les étages s'appelaient ainsi cuisine, séjour et chambre. Elle avait appartenu à l'arrière-grand mère de mon ami Julien. Lui, il venait juste d'entasser son sac de couchage près de l'évier et il me regardait avec ses yeux cernés et le teint gris :

" - Toi non plus ?
- put**n moi non plus..."

On s'est assis face à face autour de la petite table, chacun le nez planté dans un grand bol de café, et on s'est écouté mâcher lentement des krisprolls. Julien c'était mon pote. On s'était rencontrés au lycée, entre nous le courant passait simplement, on se comprenait sans parler -- dans les soirées on se disputait les mêmes filles. On avait juste dix-huit ans et on partait conquérir le Vercors. Sauf qu'on n'avait pas encore mis un pied devant l'autre que déjà ce matin-là m'enseignait une leçon maintes fois répétées depuis : quand on a un truc grandiose à faire, les conditions ne sont jamais idéales.

Puis quelqu'un a déboulé dans l'escalier, et le troisième larron nous a terrassés avec son énergie habituelle :

" - Ca va vous êtes prêts ? Bon on déjeune vite puis on fait les sacs et on y va, on a une grosse journée devant nous !
- Attends, t'as dormi toi ?
- Bin ouais j'ai super bien dormi, pourquoi ?"

Il avait dormi dans la chambre, lui, quoi que ça ne devait pas être bien plus calme. A l'époque Jérémie avait ce don pour ne pas comprendre la souffrance des autres, mais on l'aimait bien quand-même. Il était intelligent, rigolo, musicien, sportif, bouillonnant d'idées intéressantes et jamais fatigué. Il randonnait souvent en famille et son expérience faisait de lui notre leader naturel pour cette ballade. Lui, Julien et moi avions planifié cette randonnée pour les vacances d'été en rêvant notre parcours sur des cartes en relief un soir au coin d'un feu de cheminée. Ma première rando. Christophe Colomb décidant de partir à l'ouest ne pouvait pas être plus enthousiaste que nous ce soir là.

On s'était un peu préparés dans la semaine suivante. J'avais acheté une paire de godasses exprès, au surplus militaire du coin, des rangers. Elles étaient massives, tout en cuir, et si c'était militaire ça ne pouvait pas être mauvais. Je les avais un peu portées, il paraît que les rangers il faut les "faire". Je les avais balladées un jour ou deux en ville, et une heure ou deux dans les champs. Ca devait bien suffire. Je n'avais pas réalisé qu'elles étaient un poil trop petites -- ou trop grandes, je n'en sais rien en fait.

Nous avons bouclé nos sacs et sommes sortis. Je portais mes rangers, un jean, une chemise manche-courtes à carreaux, et un énorme sac-à-dos qui me donnait l'impression d'être un semi-remorque à pattes. Je l'avais emprunté à mon père, ce sac de 60 litres qui s'était rempli à bloc sans que je sache bien comment. J'avais dû accrocher à l'extérieur le tapis-mousse, le sac de couchage et la toile extérieur de cette lourd tente 4 places. Jérémie portait les arceaux et les piquets, et Julien avait la tente intérieure. On se sentait forts -- avec du recul je réalise que c'était en partie dû à l'inertie de nos sacs à dos. J'étais convaincu de faire forte impression aux touristes hollandais en tongs qui trimballaient un crocodile gonflable. On est passés par le marché, j'y ai complété mon attirail par un chapeau à large bords tout mou en coton, puis on est allés frapper la route de nos semelles.

Nous avons quitté Die vers le sud, sur les bas côtés et sur le goudron, avons bifurqué et longé les routes jusqu'à l'abbaye de Val-Croissant. Sept kilomètres.
Arriver jusque là après une nuit sans sommeil, tout déshydraté, avec un sac à dos qui me labourait les épaules (personne n'avait eu l'idée de m'expliquer comment porter sur la ceinture ?) ça aurait pu être une belle petite trotte revigorante au soleil. Mais ce n'était que le tout début de notre ballade.
La suite était une montée sous couvert forestier.






La rando ça fait mal

"- C'est là qu'on va jouir !"

Jérémie annonçait le programme. Il est parti bon train. Nous avons suivi. J'avais soif, j'avais chaud, le sac était lourd sur les épaules, j'avais envie de faire des pauses, mais Jérémie me prodiguait de bons conseils :  "Bois pas trop, ça coupe les jambes !". J'avais confiance en son expérience. J'acceptais volontiers l'eau qu'il me tendait, confiant ainsi de ne pas gaspiller ma charge d'eau à moi, juste au cas où. Je crois bien que je transportais une bouteille d'eau d'un litre et demi, rien de plus.

Notre file s'étirait de plus en plus, Jérémie en tête, Julien au milieu. Moi, derrière, je voyais Julien, son sac trop petit et trop chargé, ses bras agrippés aux bretelles, ses mollets qui descendaient dans une paire de Doc Martens.  Quand je trouvais qu'ils étaient trop loin devant je coupais les lacets en montant tout droit pour regagner quelques mètres. Jérémie faisait quelques pauses pour ne pas perdre le groupe, mais il repartait dès que j'approchais. C'est ainsi celui qui avait le plus besoin de pauses qui en faisait le moins. Mais mon pote m'assurait que si je cassais mon rythme ce serait pire.

Comment aurait-ce pu être pire ? J'avais mal à mes mollets, j'avais un tendon inflammé à une aine, mes pieds me brûlaient et je savais que j'allais bientôt avoir des ampoules aux chevilles et à tous les orteils, sous la belle coquille noire des rangers. Mais je ne disais rien, évidemment, les ampoules ça fait partie de toute rando, non ? J'ai donc simplement dit d'arrêter de m'attendre, qu'on n'avait qu'à se retrouver quelque part pour une vraie pause.

"- Non, on sépare pas le groupe ! T'inquiète pas ça ira, c'est pas si dur.
- Oui mais je vais marcher plus doucement quand-même. J'ai mal à l'aine, et j'ai mal aux pieds.
- Oh tu vas quand-même pas attrapper une ampoule hein !
- Bin on verra bien..."

La montée se prolongeait, puis finalement il y eut une courte descente dans la forêt. On venait de passer le col du Ménil. Après ce col nous avons débouché sur un terrain plus ouvert à flanc de montagne. Malgré l'assurance que les prochains kilomètres seraient à plat, j'avais de plus en plus de mal à tenir la distance, mes deux potes étaient hors de vue la plupart du temps. A un moment je les ai retrouvés alors qu'ils se ravitaillaient en eau dans un torrent qui croisait le sentier. Une petite maladresse a envoyé un gobelet rebondir loin dans les roches en contrebas, et le temps que Jérémie a mis pour descendre le chercher puis regrimper était ma première vraie pause depuis l'abbaye. J'ai passé ce moment debout sur un rebord un peu étroit, avec les mains aggripées à une roche pour garder l'équilibre. Puis nous avons continué.

Nous nous sommes arrêtés quelque part sur un des tronçons un peu escarpés des balcons du Glandasse. C'était un large sentier nivelé au dessus d'un précipice et sous les falaises du plateau, avec une vue qui me paraissait alors unique au monde. On a fait une vraie pause, une où on pouvait s'assoir longtemps en toute bonne conscience. J'ai posé mon sac, me suis assis en travers du chemin, face au précipice. J'ai douloureusement ramené mes jambes vers moi et délacé mes chaussures. J'en ai retiré une. Quand j'ai essayé de retirer l'autre, ma cuisse a été prise d'une crampe incontrollable, ma jambe s'est brutalement dépliée et ma chaussure serait partie voler dans le précipice si elle n'avait pas été miraculeusement capturée par un tout petit buis juste devant moi. On en a rigolé. On a partagé le saucisson. Je n'ai pas enlevé mes chaussettes (en coton, évidemment), pour ne pas voir l'état de mes pieds. On a causé de tout et de rien. Julien et moi avons un peu tancé Jérémie parce qu'il marchait trop vite. On prétextait qu'à ce rythme il ne pouvait même pas voir le paysage, à quoi il répondit évidemment "bin si, là tiens, je le regarde le paysage là par exemple !".
Après ça, pour mon confort moral et mon honneur d'homme, j'ai réussi à convaincre les autres de repartir à leur rythme et qu'on se retrouverait pour les pauses.

Ils ont vite disparu loin devant, et je commençais à marcher d'un pas plus lent sur mes pieds délabrés, mon aine douloureuse et mes jambes pleines de crampes. Un peu plus loin pourtant mes deux compères m'attendaient de nouveau, à un endroit où le sentier s'était fraîchement éboulé. Il fallait traverser une dalle nue sur quelques mètres. Julien l'a retraversée dans l'autre sens pour prendre mon sac à dos puis m'a tendu une main pour m'aider à me rétablir sur le sentier. Deux petits gestes de rien du tout qui dix ans après me vont encore droit au coeur.
Puis nos allures différentes nous ont séparés de nouveau.

Je me traînais. Je m'asseyais de temps en temps, mais le chemin n'en paraissait que plus interminable. Les buissons ont fait place à une forêt. A une bifurcation j'ai hésité. J'avais une carte, celle prévue pour le lendemain... j'étais encore au sud du bord sud de ma carte, c'était Jérémie qui avait la carte du jour. J'étais assez groggy pour ne pas remarquer tout de suite que par-terre dans les feuilles des bâtons formaient une flèche et un "M" distincts. J'ai grogné un remerciement à mes amis et j'ai continué sur le sentier indiqué par la flèche.

La temps s'étalait, le soleil baissait, j'étais encore très loin du but. Je m'asseyais souvent et de plus en plus longtemps, tenté de ne pas me relever, je voulais juste m'endormir là dans les feuilles tièdies par le soleil et oublier la souffrance, la rando, mes copains, juste dormir. Mais je me relevais à chaque fois. Mes jambes étaient devenues tellement crampées et douloureuses que j'avais attrappé un genou de mon jean dans chaque main et que j'aidais chaque pas avec la force d'un bras, en tirant la jambe vers le haut. Cette démarche peu élégante m'a permis de continuer. A un moment j'ai confondu le sentier qui remontait avec une la tranchée raide visiblement laissée par une coupe au câble. Peu importe, j'ai rampé dans les herbes raides en espérant retrouver le sentier plus haut. Bingo. Enfin un truc qui marche. Puis les arbres se sont clairsemés et je suis enfin arrivé sur le plateau.

Des scouts faisaient une pause au pas où mon chemin rejoignait un GR. Ils m'ont vu arriver doucement, levant misérablement mes jambes en tirant les genoux avec mes bras. Ils ne s'en sont pas formalisé. On a discuté un peu. On allait au même endroit, Pré-Peyret. Une heure de marche, qu'ils disaient. J'avais qu'à finir la route avec eux. Malgré mon aversion pour les scouts, ils étaient plutôt sympas et j'étais soulagé d'avoir la compagnie de gens qui semblaient savoir où ils allaient. On s'est remis en marche tous ensemble. J'ai fait de mon mieux pour tenir le rythme. Ils ont entonné : "Et pour Mathias hip-hip-hip, et pour Mathias hip-hip-hip, et pour Mathias hip-hip-hip hourra !". Sauf que mes muscles desséchés n'entendaient pas la chanson, et dans la première montée je me suis assis.

"- On se retrouvera un peu plus tard au refuge.
- Pas de problème. On dit à tes potes que tu arrives. A tout' ! "

J'ai continué seul la danse ridicule du gars qui tire son jean. Certaines articulations sur le dessus de mes poings commençaient à saigner. J'avais été fatigué et deshydraté toute la journée, et il ne restait qu'un ou deux décilitres au fond de ma bouteille. Mais tout cela ne me causait pas de souci, bientôt je serais au refuge ! Je n'avais qu'à suivre la trace balisée de cairns à la marque blanche et rouge. Pour faire passer le temps plus vite et oublier un peu la douleur j'ai continué mes rêvasseries en "marchant".





Où le héros se perd

Tiens... Plus de trace. Plus de cairns non-plus, où que je regarde. Juste les collines qui roulent sur le plateau et se ressemblent toutes. La seule chose que j'ai ressentie, ce fût de l'exaspération envers moi-même. Fallait vraiment que je sois capable de merder jusqu'au bout. Ca me dégoûtait de penser que des milliers de gens randonnent par là chaque année avec plaisir et sans aucun problème.

J'ai essayé de me souvenir de ce que j'avais vu sur la carte de Jérémie. Un peu plus loin au nord il devrait y avoir devant moi une vallée qui remontait vers le nord-ouest. Par contre je ne savais pas comment le sentier se positionnait par rapport à cette vallée. Le refuge était indiqué sur le bord sud de ma carte, mais la vallée pas vraiment. N'importe quelle personne sensée aurait pensé que la vallée offrirait des points de vue et une solide référence pour l'orientation ; il suffisait d'aller au nord-ouest pour la croiser et recaler la navigation. J'aurais sûrement aperçu au loin des artefacts qui figuraient au sud de ma carte. Mais mon esprit inexpérimenté décidait que les falaises qui bordent la combe pouvaient me causer des problèmes, et quelque part je pensais que le GR était à ma droite. J'ai donc décidé d'éviter la vallée et chercher des hauteurs. J'ai sorti ma boussole, un poing écorché a tiré sur une cuisse de mon jean, et c'était mon premier pas vers le nord-est.

J'ai laborieusement gravi une première colline. Ca a duré une éternité, en m'asseyant souvent. Arrivé en haut je n'ai vu que d'autres collines. L'une d'elle était cônique et présentait une éboulis face à moi. Je me souvenais que le refuge était près d'une colline cônique avec un éboulis. J'ai commencé à redescendre vers elle.

Une sensation bizarre dans un de mes talons me parvenait malgré les ampoules qui cuisaient mes pieds. J'ai regardé ma rangers. Un talon commençait à se décoller.

Le soleil est passé sous l'horizon, mais le crépuscule estival promettait de durer encore. Loin au sud je voyais un beau gros cumulo-nimbus.

J'ai gravi cette colline encore plus lentement que la précédente, dans les éboulis. Le refuge serait peut-être visible de là. Seulement, arrivé en haut j'ai réalisé qu'elle n'était pas cônique du tout. Elle formait une crête ronde cachée derrière le demi-cône. Ca ne pouvait donc pas être ma colline promise. Peu importe, la colline menait vers le nord, je l'ai longée. Mon talon était complètement décollé à présent et faisait flop-flop.

Je me suis dit que je ne pouvais pas continuer comme ça éternellement. Mais je ne me résolvais pas encore à bivouaquer tout de suite. Je n'avais jamais bivouaqué d'ailleurs. Sur le forum les premières se font dans le jardin. Moi ma première je la ferai dans une prairie au dessus d'un plateau sauvage, à 1800 mètres d'altitude, perdu, déshydraté avec une bouteille désormais complètement vide, très fatigué, avec du matériel inadéquat, une météo incertaine et les pieds explosés par des ampoules, un tendon inflammé et des crampes plein les pattes. Mais en vérité ça ne me causait pas plus de soucis que ça. J'espérais juste éviter l'orage, surtout avec les squelettes d'arbres foudroyés sur cette crête. J'ai décidé que ma journée serait terminée quand le talon de ma chaussure se détacherait complètement.

Un troupeau de moutons épars a filé en me voyant. Le premier mouton à déguerpir était à ma droite. Il est donc logiquement parti à droite. Et du coup le reste du troupeau à fait ce truc typiquement moutonnesque, ils sont tous partis vers ma droite, même ceux qui étaient à ma gauche. J'ai donc tranquillement attendu que des moutons paniqués foncent vers moi pour me fuir. Logique de mouton. Les loups ont la vie facile, finalement. Seule l'une des boules de laine ne courait pas. J'ai regardé à dix pas devant moi ce gros bélier qui me faisait face. Il n'a pas bougé. J'ai détaillé ses cornes et surtout son énorme front laineux derrière lequel je devinais facilement le crâne blindé. Je savais que s'il me chargeait je ne pourrais rien faire du tout dans mon état, et qu'il me défoncerait sûrement plusieurs côtes d'un seul coup. La pensée m'est venu sans aucune émotion. Nous sommes restés ainsi face à face jusqu'à ce que la dernière brebis ait disparu, puis il est parti les rejoindre.

La nuit était complètement tombée. J'arrivais à la fin de la longue colline. Au loin, une lumière. Ca ne pouvait être que le refuge. Mon talon a lâché. Fin de la journée, demain j'irai facilement au refuge.





La nuit

J'ai enlevé mes chaussures et me suis posé exactement là où j'étais dans la pente herbeuse. Je n'avais aucune raison de chercher un lieu meilleur. J'ai aligné trois grosses pierres et coincé le bord d'une couverture de survie en dessous.

J'ai déroulé mon matelas mousse et j'ai déplié mon sac de couchage. Ce sac était une m*rde. Un sac synthétique estival, rectangulaire et sans capuche, plus âgé que moi. La vérité c'est qu'il datait de 1969. Il était décoré de jolies fleurs, mais c'est tout ce qu'il avait comme qualité. Mais à l'époque je n'y connaissais rien du tout en sacs de couchage, et je me disais que si mon père l'avait utilisé en 69, je pouvais bien l'utiliser moi aussi, et je ne lui trouvais alors aucun défaut.

Je me suis calé avec les pieds contre les trois grosses pierres qui m'évitaient de glisser. Puis j'ai tant bien que mal replié la couverture de survie sous mes chaussures à côté de moi, et le sac à dos juste contre mes jambes. J'ai fermé les yeux.

Quelque chose comme deux minutes plus tard, la couverture de l'espace était en lambeaux. Je l'ai remplacée par la toile de tente, en l'utilisant de la même manière : comme un couvre-lit. J'ai refermé les yeux. J'ai dormi un peu. Quand je me réveillais j'étais transi de froid et de crampes. Le vent poussait désormais une couverture de nuages, mais il n'a pas plu. J'ai passé la nuit ainsi.






Fin de la première partie :)




12 mai 2010 à 12:29:55
Réponse #1

Lily


Tu nous fais pas trop attendre pour la suite, hein, c'est vachement bien !
 :popcorn:
If you think you are too small to make a difference, try sleeping with a mosquito

12 mai 2010 à 12:31:35
Réponse #2

StormX


 
Tu nous fais pas trop attendre pour la suite, hein, c'est vachement bien !
 :popcorn:

+ 1

:love:
"La beauté de la Vie dépend de ton regard."
Keny Arkana

12 mai 2010 à 12:38:13
Réponse #3

jeanluc


très joli texte Karto,je n'ai pas arrêté de faire la navette entre chaque bouchée pour lire le chapitre suivant :up: :up:
on te suit pas à pas !!!même s'ils sont douloureux!

12 mai 2010 à 12:41:34
Réponse #4

Achille


La suite, viiiiiiiiite !  :doubleup:

 :love:

12 mai 2010 à 13:01:22
Réponse #5

Karto


Merci beaucoup :) C'est gentil !

Dans la suite faudra vous attendre à un ou deux rebondissements, et à quelques trucs vraiment marrants. Rassurez-vous, à la fin tout est bien qui finit bien.
Mais il va me falloir quelques jours pour l'écrire.


La raison pour laquelle je poste ça, c'est qu'en plus d'être une belle leçon pour moi, je pense que cette première rando peut offrir plein de petites leçons pour qui veut bien les écouter.

Merci encore :)

Ciao !

12 mai 2010 à 13:17:05
Réponse #6

Raoh


excellent le coup des rangers ca m'a rappelé moi  ;D

12 mai 2010 à 13:27:20
Réponse #7

Gros Calou


Rassurez-vous, à la fin tout est bien qui finit bien.

Merci Mathias pour ce point important, ouf ! Je m'attendais à une fin tragique  :'(

 ;)

12 mai 2010 à 13:29:19
Réponse #8

Diesel


C'est autobiographique en plus ?.  :love:

12 mai 2010 à 13:29:31
Réponse #9

Achille


excellent le coup des rangers ca m'a rappelé moi  ;D

Ça m'est arrivé pendant la course d'orientation de ma PMair en 88. Le talon droit a lâché au bout d'une demi-heure. J'ai fait toute la course en clopinant sur la pointe du pied. Heureusement, il ne pleuvait pas ce jour là...  ::)

Post à 0% de signal

12 mai 2010 à 13:36:27
Réponse #10

alaindecy


Citer
Julien l'a retraversée dans l'autre sens pour prendre mon sac à dos puis m'a tendu une main pour m'aider à me rétablir sur le sentier. Deux petits gestes de rien du tout qui dix ans après me vont encore droit au cœur.
:)


Citer
Ca me dégoûtait de penser que des milliers de gens randonnent par là chaque année avec plaisir et sans aucun problème

 :love:

Très beau, vivement la suite.
« Modifié: 12 mai 2010 à 14:43:06 par plumok »

12 mai 2010 à 13:44:38
Réponse #11

lilou6201



12 mai 2010 à 14:03:33
Réponse #12

Nathan-Brithless


merci Karto pour ce pur moment de bonheur que tu nous livre là!
ENCOREEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEE!!!!! :doubleup: :doubleup: :doubleup:
L'eau se referme derriere le poisson qui avance

12 mai 2010 à 15:10:04
Réponse #13

Lily



Dans la suite faudra vous attendre à un ou deux rebondissements, et à quelques trucs vraiment marrants. Rassurez-vous, à la fin tout est bien qui finit bien.
Mais il va me falloir quelques jours pour l'écrire.


Un vrai plan de com' à la Dan Brown ! Je te rassure, cela dit, tu écris infiniment mieux que lui :)

La raison pour laquelle je poste ça, c'est qu'en plus d'être une belle leçon pour moi, je pense que cette première rando peut offrir plein de petites leçons pour qui veut bien les écouter.

Je tire de ton (début d') aventure un enseignement assez personnel qui se résume en gros par "on est pas obligé d'en ch*er quand on fait de la rando". Je m'aperçois que toutes mes galères de randonneuses n'étaient pas (ou pas que) dues au fait que j'étais nulle mais plutôt qu'on était mal organisés. Beaucoup de garçons, en particulier à l'adolescence, comptent sur la seule force physique et se font un devoir de souffrir. C'était évidemment le cas dans mon groupe...

Malgré des années de scoutisme, un GR20 terrifiant et plus d'une balade en Afrique, ce n'est qu'ici que j'ai compris que se préparer et anticiper ne veut pas dire (loin de là) qu'on est une chochotte. Par exemple j'ai parfaitement halluciné quand, au stage d'initiation de janvier, Corin nous a distribué des chaufferettes pour les mains. Outre le fait que c'est super pour la régulation de la température, c'est aussi quelque chose qui rassure, met en bonne humeur, fait plaisir. Et le bon moral, ça participe activement à la prolongation de la vie.
Mince, si j'avais su tout ça avant...  :)
If you think you are too small to make a difference, try sleeping with a mosquito

12 mai 2010 à 16:14:30
Réponse #14

jilucorg


Un sacré coup de jeune, je viens de prendre là, merci Mathias ! Ça m'a rappelé des choses que j'avais enfouies dans la section de ma mémoire "carrément honteux, à oublier définitivement", comme par exemple le coup de soulever les jambes à chaque pas en tirant sur le jean, ou les rangeos des surplus à peine essayées « Ça devait bien suffire. »... ;#

Va falloir trouver une place d'honneur (Wiki ?) à cette jouissive short story pédagogique en forme de jeu des ××× erreurs ! :up: 
 
jiluc.

12 mai 2010 à 16:36:36
Réponse #15

Karto


 ;D

Lily, ça a été ma seule et unique rando douloureuse de bout en bout.
J'ai eu d'autres évènements outdoor douloureux, mais souvent quand je "poussais" pour voir.

Je ne conçois pas la rando autrement que comme un plaisir, et je mets un point d'honneur à ce qu'il en soit ainsi pour moi et pour les gens qui m'accompagnent. Jusque là je pense pouvoir dire que j'ai pas mal de succès en cela.
Le WE dernier encore un ami et moi avons emmené son cousin novice pour deux jours dans les highlands. Il a fallu equarrir quelques défauts de jeunesse qui dépassaient trop, mais malgré les conditions pas toujours sur faciles sur les deux jours, il a adoré.
Reste que c'était toujours mignon de le voir encore s'agiter pour rien, fouiller dans son sac, courir après des trucs qui s'envolaient, quand mon pote Gus et moi avions dressé le camp en un rien de temps et qu'on était déjà depuis un bail lui à siroter son thé, moi à engloutir un dîner chaud, en regardant son cousin brasser du vent. C'est ça qui m'a donné envie de partager mes propres débuts, pour tous les Jilucorgs qui n'osent pas ;)

Ma copine bosse jusqu'à minuit ce soir. Je m'en vais dîner sur un petit sommet rocheux de par ici, avec mon poncho et ma popotte, devant le coucher du soleil. C'est ça l'outdoor  :love:
« Modifié: 12 mai 2010 à 16:42:37 par Karto »

12 mai 2010 à 17:16:56
Réponse #16

Diesel


Ma copine bosse jusqu'à minuit ce soir. Je m'en vais dîner sur un petit sommet rocheux de par ici, avec mon poncho et ma popotte, devant le coucher du soleil. C'est ça l'outdoor  :love:
Non, c'est ça la vie.  ;D
C'est exactement ce que j'ai fait lundi soir après le boulot vu que ça faisait bien longtemps que je n'avais pas eu autre chose que de la pluie.
Un réchaud, une bouilloire, de la bouffe et hop, direction les puys pour un dîner au soleil et l'escalade d'un des puys pour en profiter jusqu'au dernier moment.  :love:

12 mai 2010 à 21:41:33
Réponse #17

DEUN


Bonsoir M'sieur Karto,

Alors en un mot signe smilou:  :up:

Maintenant et pour la suite : si tu pouvais ne poster que de nuit cela m'arrangerait, vu qu'aux heures de boulot je suis sensé bosser.
(enfin, je suppose...   :closedeyes:

 ;D ;#  ::)
@+ DEUN.
"J'adore l'hippopotame ; il est myope, il est triste, il a la peau trop longue et les dents mal plantées, il vit par couple, il sait marcher sous l'eau, il a l'air d'une grand-mère anglaise ; à quinze jours, à deux mois c'est une charmante bestiole, il dévore une prairie pour son petit déjeuner. Comme lui j'aime rêver dans les fleuves. Le découragement de l'hippopotame est une des choses les plus tristes qui soient."  (A. Vialatte)


12 mai 2010 à 22:33:38
Réponse #18

sandrine booth


Merci Mathias pour ce superbe récit :love: A lire la mésaventure de ce jeune innocent, j'en avais presque des douleurs dans les jambes, et la gorge sèche... J'attends la suite avec impatience! C'est clair que ça n'est pas la randonnée telle qu'on la rêve, mais la souffrance fait aussi parfois partie de la sortie... Il faut dire que pour une première rando, vous n'y êtes pas allés de main morte: partir à l'assaut du Glandasse au départ de Die, chargés comme des mules, sans habitude de la marche, c'est presque suicidaire :o Le coup de laisser les autres partir devant, ça n'est jamais une bonne idée: souvent celui qui reste à la traîne est le plus fatigué, le moins expérimenté, et donc celui qui a le plus de chance de rencontrer des soucis. Ton récit nous montre cela, et bien d'autres choses, et c'est beaucoup plus fort et efficace que toutes les leçons de morales qu'on pourrait faire...
Merci :)
Sandrine

17 mai 2010 à 13:05:12
Réponse #19

Karto


J'ai dormi par intermittence jusqu'à ce le ciel se colore à l'est.
Ce matin là, pour la première fois j'ai connu l'extase du premier rayon solaire après les incertitudes de la nuit. Le jour était une seconde chance, et je pouvais reprendre les commandes.

Mes crampes avaient empiré et je n'avais plus d'eau du tout depuis la veille au soir. Sans même y penser j'ai arraché quelques touffes d'herbe et en ai sucé la rosée. Ca n'apaisait pas la soif, mais au moins j'avais la bouche un peu moins sèche. J'ai remis mes affaires en vrac dans le sac à dos, y compris le talon arraché, et par dessus tout le reste j'ai fourré dans le sac les lambeaux de couverture de survie. J'ai enfilé mes chaussures tant bien que mal par dessus les pieds écorchés.

J'ai sorti la carte et la boussole et identifié des sommets évidents dans les environs, dont le Grand-Veymont, me permettant de trianguler ma position. J'ai alors découvert avec ma bonheur que j'étais "arrivé sur ma carte". J'avais dévié de quelques kilomètres de la route prévue et j'étais allé trop au nord, et j'ai pu me rendre compte que la lumière que j'ai aperçue la veille n'était en rien le refuge convoité mais juste une bergerie paumée au milieu de nulle-part.

La suite était évidente. Il fallait couper à travers les collines jusqu'à un sentier bien clair, puis le suivre jusqu'au refuge. J'ai recommencé à mettre un pied devant l'autre, lentement, tellement lentement que ça aurait pu être drôle.

Le terrain était valloné de collines et de petites buttes. Je réalisais alors combien les sentiers facilitaient la vie en suivant des chemins de moindre résistance. Chaque butte était un effort de trop.

A un moment, alors que j'étais au fond d'une petite vallée, j'ai aperçu au loin une silhouette humaine qui se tenait sur une crête. Paumé ici, ça ne pouvait être qu'un berger. J'ai appelé, gesticulé, et avec ma couverture de survie qui scintillait sur mon sac à dos il ne pouvait pas me manquer. J'avais l'espoir d'obtenir un peu d'eau et un ou deux bons conseils. J'ai commencé à "marcher" vers lui. Je sentais venir la fin du calvaire. Puis au bout de quelques minutes il a disparu. Comment avait-il pu m'ignorer de façon aussi éhontée ? J'éprouvais un ressentiment réel à son encontre, et reprenais mon chemin en direction du sentier.

J'ai sucé encore quelques touffes d'herbe avant que la rosée ne soit toute évaporée, j'ai parcouru encore quelques buttes de trop, puis j'ai croisé le sentier. Je l'ai suivi. Il était long. Je n'avais plus aucune notion des distances. A la vitesse à laquelle je marchais, les distances et les temps avaient peu de sens de toutes façons. Je n'étais plus sûr que ce soit le bon. J'ai alors croisé de vieux randonneurs qui remontaient. En craignant leur réponse, j'ai demandé :

"- Pré-Peyret, c'est par là ?
- Oui c'est par là, vingt minutes et vous y êtes."

J'imaginais naïvement qu'ils s'étaient rendus compte de mon état de détresse, et que les vingt minutes tenaient compte de ça. J'ai continué. Puis j'ai vu sur la carte que je pouvais couper un peu pour raccourcir le trajet. Plus malin que les sentiers, j'ai recommencé à tracer à la boussole à travers des bosses qui se ressemblaient toutes. Evidemment il n'a pas fallu longtemps avant que je recommence à m'insulter moi-même de tout ce qui pouvait me passer par la tête. N'étais-je pas capable d'apprendre ma leçon ?

J'ai gravi une petite colline dans l'espoir de faire un point. Et là, un truc incroyable s'est produit. J'ai posé mon regard sur ce petit toit en tôle rouillée à moins d'un kilomètre, à porté de main. Mon coeur s'est vaporisé de plaisir. Ma poitrine a doublé de volume. Je ne sentais ni mes pieds ni la soif.

J'ai marché à vue, le refuge s'approchant à chaque pas. Je pensais au repos, je pensais à la source qui coulait à proximité, je recommençais aussi à penser à mes deux potes. D'ailleurs je les ai aperçus alors qu'ils partaient en direction opposée, du côté où j'aurais dû arriver si je ne m'était pas perdu. Je me suis époumonné à les appeler, jusqu'à ce qu'ils se retournent. On s'est fait des grands signes, ils ont marché vers moi. Qu'est-ce qu'ils marchaient vite !

" - enc**éééééééé !"

C'est le premier mot que Jérémie m'a hurlé quand il est arrivé à portée de voix. Dix ans après il résonne encore dans ma tête et me fait toujours autant rire.

Ils m'ont rejoint. Je ne sais plus bien ce qu'on s'est dit. Jérémie croyait que j'avais simplement abandonné. Il avait fait la veille tout le chemin à l'envers jusqu'au dernier endroit où ils m'avaient vus, pour me ramener au refuge. La nuit était tombée et il ne me trouvait pas, et s'est décidé à rentrer bredouille. Ce matin ils repartaient ensemble avec des sacs légers pour continuer les recherches dans la même zone. Moi je m'étais égaré à plusieurs kilomètres de là, ils n'avaient aucune chance de me trouver.

Ils m'ont donné de l'eau. J'ai bu toute la gourde de Jérémie sans reprendre mon souffle. Une fois les évènements clarifiés, on a marché tous les trois vers le refuge. Mes deux amis sains qui m'encadraient m'ont fait réaliser à quel point un jour et demi de déshydratation m'avaient délabré. Julien a pris mon sac à dos en plus du sien, et m'a tenu par l'épaule. Pendant ce temps Jérémie continuait de sa voix joviale :

"- Bon allez maintenant on se dépèche, on peut encore faire le Grand-Veymont aujourd'hui et on campera en bas.
- Attends... Tu vois pas qu'il va mal ?
- Quoi Mathias, c'est bon non ? Tu vas te reposer dix minutes, prendre un bon petit-déjeuner puis on ira sur le Grand-Veymont."

Je me marrais un peu. Non. J'irai au refuge, et je m'y reposerai toute la journée au moins. Et puis mes pieds étaient trop douloureux pour que la rando continue. La seule marche à laquelle je me forcerai encore durant ces vacances serait celle du retour.

Assis autour de la table, pendant que je buvais encore et encore et que je mangeais un peu de muesli, les deux autres me racontaient la veille :

"- Y'a les scouts qui t'ont vu là. La nuit ils ont réveillé tout le monde avec leurs lampes en hurlant Le fantôme de Mathias revient, le fantôme de Mathias revient !
- Puis y'avait des espèces de rastas camés aussi. Ils ont fait une infusion avec leur résine. Ils m'ont demandé un peu de lait concentré pour rajouter dedans, mais ces enc**és ont pressé tout mon tube avant que je m'en rende compte ! (le lait concentré, c'était la petite faiblesse de Jérémie)
- Y'avait deux filles aussi. Une super mignonne qui disait pas un mot, j'essayais de m'assoir près d'elle mais y'avait sa copine super moche qui parlait tout le temps et me collait partout où j'allais !"

On riait. J'avais enlevé mes chaussettes et vu mes pieds pour la première fois. Ils étaient littéralement sanguinolants. Des ampoules éclatées recouvraient tous les orteils et les chevilles.

"- Bon allez on y va !
- Vous y allez. Moi je reste là.
- Allez t'en fais pas, on ira doucement, on est venu passer les vacances ensemble, et tu verras quand tu seras en haut tu seras content.
- Sérieusement non, je reste là."

Ils ont pris la tente. J'ai prêté mon sac à dos à Julien. Puis ils sont partis.

J'ai dormi un peu sur les couchettes du refuge. Des mecs sont passés prendre le casse-croûte. Il y avait un chasseur alpin, il a rigolé quand on a parlé des rangers. J'ai passé la fin d'après-midi dehors dans l'herbe, une bouteille d'eau pleine à portée de main.

Dans la soirée je suis allé satisfaire un besoin entre deux buttes. Alors que j'étais en pleine méditation, à ce moment critique où on ne peut ni renfiler son pantalon ni même faire un pas de côté, des gens avec des ânes sont passés à cent mètres de là. Et m*rde...
Je suis revenu au refuge une fois ma mission accomplie. Les ânes étaient encore sellés, mais ils broutaient déjà. Deux familles randonnaient avec des ânes loués. Une maman m'a souri et a lâché laconiquement :

"-Ah c'était vous qu'on a vu."


On a tous bien dormi dans le refuge. Le lendemain j'ai passé la journée seul, marchant doucement dans l'herbe avec mes pieds nus. Je ne me suis pas ennuyé un instant. Dans la soirée deux filles se sont arrêtées à la source. La lumière était orange et rasante, nous étions tous les trois assis autour de la source. L'une d'elle rayonnait de douceur et de force tranquille, et un sourire éclairait un de ces visages dans lesquels on a envie de se plonger.  Je suis tombé instantanément amoureux. Elle a simplement dit avec une voix de velours et un ton posé :

"- C'est toi Mathias ? Je suis vraiment contente de te voir. On t'a signalé à tous les gens qu'on a vus. J'espérais bien qu'on te trouverait avant de partir."

L'autre a parlé et parlé encore, mais je n'ai rien entendu. Puis elles sont disparu dans le pierrier.

Tard dans la nuit mes amis sont revenus. Julien était hors-service. Jérémie l'avait achevé. Le lendemain Jérémie est parti se promener seul. Julien et moi avons passé la journée à discuter assis au sommet de la petite butte devant Pré-Peyret. Alors que le temps se levait il a enfilé un coupe-vent. Je découvrais l'expression, et réalisais que ce genre de vêtement avait l'air utile ! Le brouillard est tombé. On a ouvertement espéré que Jérémie se perdrait, pour avoir pour nous une journée de repos en plus. Mais se perdre n'était pas dans les habitudes de Jérémie, et il est rentré avec son grand sourire habituel, en sifflottant comme toujours.


Nous sommes redescendus le lendemain. Mes pieds étaient à vif, mais je l'ignorais assez facilement en sentant venir l'écurie. Quelque part sur une route nous avons trouvé des marginaux qui piquaient un peu de bois, et en échange d'un coupe de main ils nous ont conduits jusqu'à Die.




Commentaires

Contrairement à ce que le texte pourrait laisser croire, à dix-huit ans j'étais au sommet de ma condition physique. Mon véhicule était le vélo, et vivant à la campagne j'avais l'habitude de faire 40 kilomètres dans la soirée pour aller voir un pote sans m'en formaliser ni considérer ça comme du sport. L'échec de cette rando est plus à mettre sur le dos de l'inexpérience et de trop de confiance dans quelqu'un qui fonctionnait différemment. Ne pas boire de peur de "couper les jambes" ? Ne pas faire de pauses ? Et le sac surchargé et mal réglé, les chaussures mal ajustées...

D'autre part je n'avais certes pas d'expérience du bivouac, mais j'avais campé des dizaines de fois avec mon père dès mon enfance, un peu partout en Europe, souvent sauvagement (quoi que toujours respectueusement). Et il m'était arrivé quelques fois de m'endormir accidentellement dans le jardin en regardant les étoiles filantes en été, entre deux couvertures en laine.

Cette rando, quoi qu'on puisse croire, m'a transformé en junkie de l'outdoor. Après avoir marché pieds-nus pendant deux semaines pour laisser cicatriserl, j'ai acheté une paire de chaussures correctes, des Lowa qui ont fait leur dernière sortie sept ans plus tard sur un glacier des Ecrins, et j'ai passé absolument tout mon temps libre dans les montagnes dans les mois et années qui ont suivi. Six mois après j'emmenais mon premier groupe de 5 copains en hiver au sommet du Grand-Veymont et autour pendant 4 jours.

Jérémie est jusqu'à ce jour un ami enraciné prondément dans mon coeur. Passée cette rando qui souffrait de défauts de jeunesse, on a fait les choses les plus débiles ensemble pendant les années qui ont suivi, un peu partout dans les Alpes, en Espagne et en Afrique du Nord, sous des soleils de plomb ou en pelletant la neige. On fonctionne bien ensemble, et si on me posait la question "avec qui survivre" je tirerais à pile ou face entre lui et David ;D Julien et moi avons malheureusement perdu le contact.



J'espère que l'histoire était divertissante, mais je la vois surtout riche d'enseignements :)

Ciao !

Le fantôme de Mathias
« Modifié: 16 avril 2013 à 22:07:38 par Karto »

17 mai 2010 à 13:19:57
Réponse #20

jeanluc


 :up: :up:je te renouvelle mes felicitations pour ce recit,aussi bien pour ton talent de conteur,que pour tous les enseignements que nous pouvons en tirer :les inexperimentes,pourront apprendre ce qu'il ne faut pas faire
                        les experimentes ,ce qu'il ne faut pas faire aussi,vis à vis de moins experimentes que l'on veut convertir
 et pour tout le monde un petit rappel comme quoi il faut rester humble et modeste dans la nature

17 mai 2010 à 14:07:52
Réponse #21

Diesel


C'est marrant comme ça me rappel des trucs. :)
Même âge à peu près (un peu plus jeune), sauf que c'était Jéremy et Franck Puis il y a eu Fabien avec qui j'ai pas mal bourlingué mais ça c'est plus tard.

Ma 1ère vrai rando a failli être une catastrophe. On était parti faire le Sancy, un a failli passé par dessus bord lord d'un passage à flan de colline, on a pas dormi de la 1ère nuit à vouloir jouer les cadors en ne sortant pas les sac de couchage et en prenant que les sursac 100% étanche bien sûr.
Les sacs trop lourds, les pieds pas franchement préparés à marcher autant, la navigation hasardeuse, un état de zombification avancé après 2 nuits sans presque dormir  ...... ::)

ça c'est fini dans un camping à attendre les parents, un mec les jambes en sang suite à une chute dans des ronciers (le fameux passage délicat,), l'autre avec plus d'ampoules aux pieds que d'orteils. En fait le seul qui ait pris du plaisir dans cette rando, ça avait été moi.  ;D

Ce que je retiens aussi, c'est qu'on avait un juke box et qu'en attendant les parents, entre 2 tournées de limonade, on écoutait "on the road again" de bernard Lavilliers.
Je ne suis plus reparti avec eux, j'ai parfois l'impression que ça a cassé notre vielle amitié d'enfance. En fait, ça a servi de révélateur. J'aimai la rando, eux, je ne sais pas trop. Plutôt l'image de la rando qu'il s'en faisait.
Tant qu'on s'en était tenu à de petit truc à la journée ou sur 2 jours à la rambo, ça allait. Plus, le choc a été dur.

J'ai recroisé Franck quelques années plus tard. Il était devenu un vrai con. Comme quoi ......  ;D

17 mai 2010 à 14:44:11
Réponse #22

saul31


Merci d'avoir pris la peine de poster ça, je pense que c'est important pour les nouveaux de se rappeler que "même les nains ont commencé petits".

Le commentaire final à propos de la condition physique est, lui aussi, très intéressant.

17 mai 2010 à 14:49:12
Réponse #23

dysoner



17 mai 2010 à 19:59:46
Réponse #24

guillaume


Lily, ça a été ma seule et unique rando douloureuse de bout en bout.
J'ai eu d'autres évènements outdoor douloureux, mais souvent quand je "poussais" pour voir.

C'est là que ce forum est merveilleux ! Par ce genre de récit, les trucs et astuces, les conseils, ce forum permet aux nouveaux d'éviter le pire.

C'est bien simple, la première fois où j'ai eu réellement mal aux pieds, c'était avec toi :lol:. Une semaine à marcher pieds nus à cause de l'inflamation de mon talon d'achille gauche et je n'ai jamais remis les pieds dans ces Asolo ;D.
Et purtant comme c'est bizzare, j'ai encore certaines de tes paroles en tête :)...

a+

 


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