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Stages de survie CEETS

Auteur Sujet: [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons  (Lu 76460 fois)

11 novembre 2011 à 18:49:54
Réponse #125

thorgaal


Samedi 16 Avril





Le matin, ce qui devait arriver arriva, je me réveille avec la toile givrée pendant à 2cm de ma figure, je dois jouer les contorsionnistes pour sortir de mon duvet et m'habiller sans faire vibrer le tarp...



Mes bouteilles d'eau, restées dehors, sont prises en bloc, il faudra attendre un peu pour boire...
Comme l'illustre ce commentaire anonyme trouvé sur le tarp, il fait vraiment froid!



Mes hôtes me diront le soir qu'ils ont eu -7 à 1000m, j'ai dormi à 1400. C'est sûr, c'est pas le pôle nord, mais à part pour le duvet, je ne suis équipé qu'en 3 saisons.

Je passe ensuite la journée à faire usage de mon exceptionnel sens de l'orientation pour rejoindre Montusclat (voir la carte), et encore, j'ai sûrement oublié des détours. Au final plus de 20km alors que je n'aurais pu en faire que 10. Perdu, moi? Non, j'ai fait du tourisme  :)

C'est très joli le plateau de Haute-Loire.



En plus, avec les moutons, on peut couper sous toutes les clôtures à vache.

J'arrive donc à Montusclat à la tombée de la nuit, j'y suis très bien accueilli.

Le 20 avril, je me fais embaucher 10j comme animateur BAFA au centre de loisir de St-Front, le village voisin.
Je laisse mes moutons à la mini-ferme du centre, au bout d'une semaine, Magnum pète un câble et se mets à charger tout ce qui bouge...
Aussitôt revenu à la ferme, je vais chercher une pince à castrer chez un voisin pour réitérer l'opération. Cela le calme tout de suite, en revanche il a toujours tendance à charger les gamins... mais en même temps, vu les cas qu'il a dû supporter pendant la colo, je le comprends, moi aussi j'avais envie de les envoyer paître  >:( Il a simplement rangé tous les humains de petite taille dans la même case  ;#

Début mai, ma brebis commence à "mettre du pis", comme on dit dans la profession. (elle a les mamelles qui gonflent, signe que la mise bas est proche).

Je repartirai de Montusclat le 9 mai. Je n'ai pas le temps de raconter la suite maintenant, ça sera pour une prochaine fois.

Je remercie mes fidèles lecteurs sans lesquels j'écrirais tout ça pour rien...Euh...Ya quelqu'un?

Si vous avez des questions, c'est ce soir ou jamais dans très très longtemps.
Tant dort le chat qu'à la fin il s'éveille.

11 novembre 2011 à 19:26:55
Réponse #126

romrom51


salut
moi j'ai tout lu et je dis respect ... :up:

profite bien de ton prochain voyage....


romain
"Le capitalisme ,c'est l'exploitation de l'homme par l'homme ;le syndicalisme c'est le contraire"  Coluche
http://omegapetit.labrute.com
http://labrute.fr/team/204019

11 novembre 2011 à 19:42:42
Réponse #127

Djeep


BJR merci de nous faire vivre cette aventure à travers ton récit  :doubleup: HN
Allumez le feu :-)
Donnez un titre honorifique à un clampin et il se sentira l'âme d'un petit chef !

11 novembre 2011 à 21:06:22
Réponse #128

Karto


Salut Thorgaal.

C'est un super voyage que tu as fait là. Et original en plus. J'ai trouvé l'idée carrément géniale, et on constate la détermination. Ce n'est pas parce qu'on ne réagit pas qu'on ne lit pas avec plaisir ! Merci pour ce partage !

Sur une petite note personnelle, je vois avec une pointe de nostalgie que tu as traversé mon village. C'est bien la preuve que le Voyage peut se trouver à deux pas de la maison, et que les terres éloignées et exotiques sont aussi des chasses aux illusions si on ne prend pas le temps de les vivre face-à-face.
« Modifié: 11 novembre 2011 à 22:12:24 par Karto »

11 novembre 2011 à 22:08:04
Réponse #129

Ghaudik


Salut Thorgaal.

Merci d'avoir pris le temps de mettre par écrit ton voyage. J'espère que nous aurons le plaisir de lire la suite de cet épisode, et de découvrir celui que tu t'apprêtes à vivre.

Bonne route.

Ghaudik.

11 novembre 2011 à 23:00:29
Réponse #130

thorgaal


Merci pour vos encouragement !

Citer
Ce n'est pas parce qu'on ne réagit pas qu'on ne lit pas avec plaisir !

Certes, mais je ne peux pas en être sûr, d'autant que selon l'état d'esprit dans lequel j'écris, j'ai parfois l'impression de faire de la m*rde illisible ou rébarbative (ce qui est sans doute vrai par moment, non?)

Citer
J'espère que nous aurons le plaisir de lire la suite de cet épisode, et de découvrir celui que tu t'apprêtes à vivre.

Je promets que je le ferai tôt ou tard si j'en reviens vivant ; dans le cas contraire, je ne m'engage à rien  ;#

Pour les projets à long terme, j'ai un tour d'Europe (et au-delà?) qui me trotte dans un coin de la tête, toujours avec Magnum.
Et après ça j'envisage éventuellement d'écrire un bouquin, mais pas un bête récit de voyage comme ceux que je peux faire sur le forum, c'est trop banal pour être vendable. En fait je verrais bien une pseudo-autobiographie de Magnum, ce qui me ferais donc immanquablement revenir sur mes aventures mais avec Magnum comme narrateur omniscient, ça pourrait donner lieu à de truculantes réflexions moutonnesques... (j'ai déjà plein d'idées :love:)

Ça pourrait être un peu inspiré du bouquin de Matthieu Monceau : http://tourdumondeenbent.free.fr/livre_cadres.html
Si vous ne connaissez pas je vous le conseille : l'auteur donne la réplique à son vélo couché, baptisé Eole. C'est drôle et très bien écrit.  :up:

Z'en pensez quoi?
« Modifié: 11 novembre 2011 à 23:33:11 par thorgaal »
Tant dort le chat qu'à la fin il s'éveille.

11 novembre 2011 à 23:22:12
Réponse #131

VieuxMora


J'ai attendu que tu aies fini ton récit pour ne pas l'interrompre par des  :doubleup: trop tôt.
Tu m'as vraiment fait voyager dans ces contrées magnifiques.
La ballade avec tes bêtes ajoute un sacré plus et la présentation texte +photos + carte + graphique rend le tout très agréable à lire.

Bon prochain voyage et j'attends maintenant avec impatience de connaître le point de vue de Magnum ! ;D

13 novembre 2011 à 16:40:40
Réponse #132

guillaume


Super voyage :akhbar:


Bambo perce un bouleau pour recueillir la sève : il en remplit un mug dans la soirée, mais presque rien pendant la nuit, ce qui est probablement normal?

Peut-être parce qu'il n'y a pas de photosynthèse la nuit mais respiration et donc qu'il n'y a pas de descente de sève ?

a+

14 novembre 2011 à 04:08:04
Réponse #133

gmaz87


Salut,
Moi également j'ai pris plaisir à te lire, un bon style, bien narratif, un peu d'auto dérision, attentif à tes bêtes.
Bref, que du plaisir  :)
Merci
Gérard
Quand le débutant est conscient de ses besoins, il finit par être plus intelligent que le sage distrait.»
(Lao Tseu)

L'ennui naquit un jour de l'uniformité

14 novembre 2011 à 08:01:12
Réponse #134

Leif


Citer
Je remercie mes fidèles lecteurs sans lesquels j'écrirais tout ça pour rien...Euh...Ya quelqu'un?

mais oui il y a du monde.
super style et tres tres pro dans la mise en forme, c'est un plaisir de te lire et d'avoir des nouvelles de magnum

si tu passes en Touraine, tu es le bienvenu.

a++

14 novembre 2011 à 23:08:22
Réponse #135

Berhthramm


oui y a du monde (c'est un aspect déconcertant ici : des fois on a l'impression d'écrire dans le vide mais en fait non... y a juste une écoute et une absence de bruit... pour pas troubler le signal... un peu comme quand on écoute le silence dans la nature).

:)


15 novembre 2011 à 20:55:18
Réponse #136

incube42


ça fait du bien un peu d'air frais. M E R C I

30 décembre 2011 à 01:35:56
Réponse #137

thorgaal


Bon, je m'étais promis de mettre à jour mes récits de voyage cette année, mais je crois que ça va être dur...
Ceci dit, je vais essayer de me sortir les doigts du cul et de commencer maintenant. En plus j'ai pas grand chose à faire pour l'épisode qui suit, j'avais tout bien consigné dans mon petit carnet, il n'y a plus qu'à remettre ça au propre!

Par contre il faut que je me dépêche pendant que j'ai encore en tête ma dernière aventure, puisque là en revanche, j'ai fait l'impasse sur le carnet de voyage :down:

C'est reparti donc :

Lundi 9 Mai 2011





Je repars de Montusclat vers 9h30 avec mes deux (et demi  :)) compagnons à quatre pattes, le temps est estival.

J'ai préalablement repéré la suite par internet (je n'ai toujours pas de carte) : à priori c'est très simple, je n'ai qu'à rejoindre le GR40 à Boussoulet, le village voisin, le suivre jusqu'à Vorey, où mes hôtes m'ont donné l'adresse d'une ferme en bord de Loire où je pourrais passer quelques jours. Puis je n'aurai qu'à suivre le GR3 vers le Nord jusqu'à Thiers, et de là il me resterait trois jours de marche en terrain à peu près connu pour rejoindre le village de mes parents dans la Limagne.

Il reste au moins une inconnue importante : la date de la mise bas de ma brebis.

En guise de réserves de nourriture, j'ai un peu moins de 2kg de farine de blé semi-complète, et je remplis déjà un sac de chénopode bon-henri sur le petit sentier qui mène à Boussoulet, vive le printemps!

Cette petite séance de cueillette ne m'a pas pris plus de quelques minutes, mais déjà le soleil chauffe fort, je ne peux pas résister à l'envie de m'alléger de mes chaussures, et d'en alourdir Magnum   ;#

Vers 11h, j'entre dans les premières forêts du Massif du Meygal, et il faut déjà faire une première pause : au soleil, la chaleur est déjà excessive, surtout pour une brebis noire et en fin de gestation, d'ailleurs ce petit répit ne déplaît pas non plus à Magnum...



Pour ma part, je lis un roman d'Arto Paasilinna récupéré par hasard quelques jours plus tôt : "le bestial serviteur du Pasteur Huuskonen", le genre de livre que je n'aurais jamais choisi en temps normal, mais quand on est seul avec un livre, les goûts et les couleurs importent peu... et puis finalement il est pas si mal ce bouquin.

Et en même temps, je regarde l'heure et je cogite : il est midi, j'ai marché une heure ce matin, à rythme de mouton ça va chercher dans les 3 kilomètres, si j'attends que la température soit agréable, ça ne sera probablement pas avant 17h30, hors il fait nuit à 19h30, donc à ce train-là ça va être dur de faire plus de 10 bornes par jour... Bon il faut avouer aussi que je ne suis pas parti à l'aube ce matin-là, il me faut trouver un meilleur rythme.

Sur ce, je décide de repartir à 13h, quitte à marcher tout doucement et à faire une petite pause toutes les heures, mais au moins j'avancerai un peu.

A 15h, j'arrive devant un refuge, au pied du mont Testavoyre : le ciel s'est couvert rapidement et l'atmosphère est lourde, je choisi de faire une pause à proximité de l'abri pour voir comment évolue la situation. J'en profite pour préparer la pâte pour les chapatis, en expérimentant une nouvelle recette : j'ai gardé un peu de pâte quelques jours auparavant pour démarrer un levain, je veux essayer de maintenir ce levain en préparant la pâte des chapatis quelques heures avant la cuisson et en conservant toujours un morceau de pâte d'une fois sur l'autre, de la même manière que pour le pain au levain, sauf que là les conditions de développement du levain sont beaucoup plus aléatoire. L'objectif étant de rendre les chapatis plus savoureux, mais aussi plus digestes, une partie de l'amidon étant prédigérée par les levures.

Finalement le temps se dégage et se rafraichit un peu, je peux partir l'assaut du Testavoyre : un énorme tas de pierres volcaniques entre lesquelles poussent des myrtilles, mais malheureusement pour moi, ça n'est pas encore la saison... elles commencent juste à fleurir. Cela dit, les fleurs de myrtilles, c'est très bon aussi, avec leur petite goutte de nectar sucré  :love:
Du sommet, la vue est belle, bien qu'elle ne porte pas très loin.



Je redescends de l'autre côté sur une intersection de GR, où je rencontre un couple de bretons en vacances qui marchent dans la même direction que moi, nous faisons donc un petit bout de chemin ensemble : l'homme, sélectionneur en poule pondeuse, est très avenant, mais sa femme à l'air franchement gênée, voire répugnée par la compagnie d'un va-nus-pieds et de deux moutons... Pendant que le bonhomme me raconte sa vie, je ris intérieurement de la situation, car il ne semble pas remarquer que ça femme tente de lui signifier plus ou moins discrètement qu'elle aimerait s'éloigner de moi... j'imagine bien la conversation qu'ils vont avoir en arrivant à leur voiture  ;D.

Je parcours encore quelques kilomètres en lisière de forêt, le coin est joli mais je ne trouve pas de bivouac vraiment satisfaisant, pour l'instant rien ne presse.



Je ne m'arrête finalement que vers 19h15 en pleine forêt mixte de sapins et de hêtres, cela me laisse juste le temps de monter le tarp et d'allumer un feu avant la nuit, comme je n'ai pas très faim, je fais simplement cuire le chénopode à l'eau et garde la pâte pour le lendemain matin.
Tant dort le chat qu'à la fin il s'éveille.

30 décembre 2011 à 05:02:42
Réponse #138

oliv0808


Citer
Puis je n'aurai qu'à suivre le GR3 vers le Nord jusqu'à Thiers, et de là il me resterait trois jours de marche en terrain à peu près connu pour rejoindre le village de mes parents dans la Limagne.

tu peut être plus précis sur ce village?  :love:
"si tu veux des garanties, faut acheter un grille pain" DM

30 décembre 2011 à 09:51:50
Réponse #139

VieuxMora


Suggestion à Thorgaal: Infos à donner en MP  ;)

Sinon toujours aussi sympa de te lire  :up:
« Modifié: 30 décembre 2011 à 10:11:35 par VieuxMora »

30 décembre 2011 à 10:00:11
Réponse #140

floproteus


Je lis ce fil avec ferveur depuis le début. Merci de nous faire partager tes aventure, c'est vraiment, vraiment, agréable à lire et à voir :love: !

PS : une gratouille à tes moutons de ma part :)
<<<  cliquez ici ;) !

30 décembre 2011 à 15:19:56
Réponse #141

thorgaal


Merci pour vos encouragements  :)

Mardi 10 Mai





Je me lève un peu avant l'aube pour rallumer un petit feu avec le reste du bois ramassé la veille, et je démonte le camp pendant que la braise se forme, à 6h les chapatis sont cuits et je suis prêt à partir.
L'avantage de faire un petit feu, c'est qu'il s'éteint très vite quand on arrête de l'alimenter, après la cuisson des chapatis, la vidange du matin suffit largement à achever les braises qui subsistent.

Je passe le col du Pertuis de bon matin, la présence d'une voie rapide très chargée dans un endroit en apparence aussi rural et tranquille me parait presque indécente. Comme la veille, le soleil tape durement dès 10h, et je marche maintenant dans un paysage de prairies joliment fleuries mais très peu ombragées.
Ethiopie, la brebis commence à trainer dès l'apparition du soleil, mais je la force quand même à avancer jusqu'à midi, où l'on s'arrête à l'ombre d'un gros chêne. Je suis moi-même complétement en sueur d'avoir dû la trainer par le collier pendant plus d'une heure, mais comment faire autrement? Certes je ne suis pas pressé, mais il faut bien avancer un peu, et je ne peux pas marcher de nuit car je dois me fier au balisage GR qui n'est déjà pas toujours évident en plein jour...

Il fait encore plus chaud que la veille, et nous sommes contraint de rester à l'ombre jusqu'à 17h, j'ai donc 5h à "tuer", je commence par rallonger la pâte des chapatis, puis me mets en quête d'un autre apport alimentaire... la prairie voisine est riche en grillon, mais j'abandonne vite la chasse car l'herbe est trop haute pour repérer leurs terriers ; ensuite une petite sieste, un peu de lecture et on est reparti!

A 18h, je suis sur une colline couverte de sapins quand le ciel s'assombrit brutalement, premiers coups de tonnerre quelques minutes plus tard, je m'éloigne au maximum du sommet et je trouve rapidement un emplacement plat, toujours sous des sapins mais à priori avec un risque de foudre beaucoup plus faible.

J'ai finalement largement le temps de m'installer et les chapatis finissent de cuire au moment où les premières gouttes tombent.
Quelques éclairs semblent s'abattre non loin de là et je ne suis pas franchement rassuré, mais la masse nuageuse s'éloigne très vite. Alors qu'il faisait presque nuit l'instant d'avant, à 19h le jour semble se lever!



J'en profite pour raccommoder mon short dont l'entrejambe craque de partout, mais le tissu est tellement usé que la réparation risque de ne pas tenir longtemps...

Ce soir-là, les chapatis sont presque immangeables, il ont un gout âcre, à l'évidence dû à la combustion du sapin, je saurai pour la prochaine fois que s'il n'y que du résineux à disposition, il vaut mieux éviter les chapatis cuits sur la braise...
« Modifié: 30 décembre 2011 à 16:00:42 par thorgaal »
Tant dort le chat qu'à la fin il s'éveille.

30 décembre 2011 à 16:36:14
Réponse #142

thorgaal


Mercredi 11 Mai





La journée commence mal avec 6km de bitume, le genre de truc qui me mets bien de mauvaise humeur le matin. En traversant St-Julien-du-Pinet, j'en profite quand même pour récupérer de l'eau à la fontaine du village : pourquoi les clients du café d'en face me regardent comme si j'étais un extra-terrestre? A oui, c'est vrai je suis toujours pieds-nus, et j'ai deux moutons avec moi.
Eh ben rien à foutre, aujourd'hui j'ai envie de voir personne, c'est toujours pareil après deux jours de marche, j'ai une période où je suis très bien tout seul, du coup je me fiche pas mal de mon apparence, en général ça ne dure que deux ou trois jours, après ça je fais l'effort de remettre des chaussures dans les villages et je reprends du plaisir à avoir des conversations avec des humains. (mais c'est quand même malheureux d'avoir besoin de chaussures pour discuter...)

Je m'arrête à midi comme la veille, mais ce jour-là l'orage arrive dès 13h, qu'à cela ne tienne! je monte le tarp au-dessus du muret où je m'étais assis, et je continue de bouquiner peinard malgré l'averse...
Une nouvelle fois, l'orage s'en va aussi vite qu'il est arrivé, et je peux repartir vers 15h avec une température un peu plus fraiche, mais pas pour longtemps...

Grosse prise de tête dans le village suivant : le GR entre dans le village par une ruelle, tourne à droite dans la rue principale, je la suis jusqu'à la sortie du village, et là, plus de balises...
Après une recherche plus attentive, je trouve une balise à 50 m sur la droite, le balisage continue tout droit sur 100m, puis tourne encore à droite dans un sentier... là j'ai déjà comme un mauvais pressentiment. (trois virages à droites coup sur coup...)
Et effectivement je retombe 200m plus loin au milieu de la ruelle par laquelle je suis arrivé dans le village... en language courant, c'est ce qu'on appelle tourner en rond!
A ma grande surprise, il y a une balise croix derrière moi alors que je suis bien arrivé là par un sentier balisé :huh:

Je commence à comprendre : l'itinéraire à du être modifié et je dois être sur une section abandonnée, je fais demi-tour en espérant trouver rapidement où passe le nouveau tracé. J'essaie d'attirer l'attention d'un vieil homme que j'aperçois dans son potager, mais il ne daigne pas m'adresser la parole. En revanche je l'entend clairement marmonner pour lui-même : "pfff! encore un qui cherche le GR", sur un ton franchement méprisant. J'en suis même venu à me demander si par hasard le GR n'aurait pas été dévié à cause de lui.
Finalement je rejoins la route, je la longe sur 100m, et c'est là que je retrouve le vrai GR, qui tourne à gauche un peu plus loin.

Pour me remonter le moral, j'ai droit en fin de journée à une succession de petits sentiers vraiment magnifiques...







Et pour finir un bivouac dans une forêt claire à l'atmosphère féérique :



Là aussi, le bois est essentiellement résineux, mais ça ne m'empêche pas de faire cuire les graines de vesce que j'ai récolté dans la journée.

« Modifié: 30 décembre 2011 à 21:16:29 par thorgaal »
Tant dort le chat qu'à la fin il s'éveille.

04 janvier 2012 à 11:11:15
Réponse #143

thorgaal


Bon je crois qu'il va falloir que je change de mise en page et que je résume un peu plus, sinon j'aurai encore une aventure de retard la prochaine fois que je partirai...
Je vais garder le style actuel actuel jusqu'à la prochaine étape, question de cohérence, et après je ferai autrement.

Jeudi 12 Mai





Je n'ai plus du tout de farine, mais normalement je devrais arriver à l'étape en milieu de journée... en tout cas j'y croyais, je me suis même payé le luxe de dormir jusqu'à ce que la pluie cesse, vers 8h.

En principe la ferme est facile à trouver, la consigne était en tout cas on ne peut plus simple : "faut longer la Loire vers l'aval depuis Vorey, tu peux pas rater!"
Le problème c'est que si je ne trouve pas, je n'ai pas leur numéro de téléphone.

La journée commence par une sacré descente pour arriver au niveau de la Loire, je progresse lentement car la pluie nocturne a rendu les pierres glissantes.



Une bonne heure plus tard, le sentier débouche sur la Loire au niveau d'un pont, que je traverse pour entrer dans Vorey.



Je reprends la première rue à droite pour arriver au bord de la Loire, il y a une petit sentier qui la longe... mais pas longtemps, ça se termine en cul de sac au milieu d'un méandre... ça commence bien!

Demi-tour, je remonte dans Vorey, je vais jusqu'à la sortie du bourg et je reprends le bord de Loire, cette fois il y a une petite route qui la longe, c'est meilleur signe

La route s'arrête au niveau d'un station d'épuration, mais elle est prolongée par un sentier que je suis sur plusieurs kilomètres...



C'est très joli, mais, certains d'entre vous doivent s'en douter rien qu'en voyant la photo, ça grouille de tiques  >:(

Pour finir, le sentier disparaît au milieu d'un pré, que je traverse, je suis pris en entonnoir entre la Loire à droite et la voie ferrée à gauche jusqu'à arriver à un étroit taillis qui sépare les deux, j'emprunte une coulée de sanglier, et je débouche d'un coup sur un petit potager au bord de la voie ferrée, ou un gros bonhomme aux allures de Jean-Pierre Coffe est en train de buter des patates...

Comme il ne m'a pas vu arriver et que ma présence ici avec deux moutons est plus qu'improbable, je m'éclipse aussi discrètement que possible pour lui éviter l'infarctus.

Il faut donc que je revienne en arrière jusqu'à un passage sous la voie ferrée, heureusement il y en avait un pas très loin, mais je n'ai pas d'autre choix ensuite que de longer une grosse départementale, ou je retrouve d'ailleurs le GR.

Au bout de quelques centaines de mètres franchement dangereux, le GR monte sur la gauche vers le plateau, vu qu'il est déjà presque 18h, je passe au plan B : j'abandonne l'étape, je suis le GR, et je monte le bivouac sur le plateau. Pas moyen de se cacher, alors je m'installe au bord du chemin.



J'ai tout juste fini de monter le tarp quand une 205 passe par là, c'est deux paysans plutôt sympa qui font le tour de leurs terres, on discute un peu, mais ils ne m'invitent pas. Tant pis, c'est pas mon genre de m'imposer, même si j'ai rien à bouffer. En plus, si j'avais été plus malin et moins sûr de moi, j'aurais pu acheter à manger à Vorey...

Heureusement il me reste encore une carte à jouer, il y a une ferme WWOOF à Retournac, où je peux arriver le lendemain, je l'appelle immédiatement, et c'est ok !

Pour ce soir, je profite des derniers rayons de soleil pour chasser des grillons et des criquets dans le pré voisin, j'en attrape laborieusement trois petites brochettes.
« Modifié: 04 janvier 2012 à 11:22:19 par thorgaal »
Tant dort le chat qu'à la fin il s'éveille.

04 janvier 2012 à 11:21:50
Réponse #144

thorgaal


Vendredi 13 Mai





Le paysage matinal est magnifique, et me confirme que j'ai bien fait de sortir des gorges de la Loire avant de monter le bivouac...



Mauvaise surprise au bout d'une heure de marche environ, je tombe sur un panneau "Retournac 14", alors que je pensais avoir moins de 10km à faire, d'autant plus que la ferme n'est pas à Retournac même, mais quelques kilomètres plus loin. Même sans trop trainer, il va me falloir de la chance pour arriver avant la nuit, d'autant plus que c'est encore une très chaude journée qui s'annonce. En plus on est vendredi 13, mais je ne suis pas superstitieux, ça porte malheur  ;).

A Roche-en-Régnier, je passe devant la ferme des gars avec qui j'ai discuté la veille, j'en profite pour leur demander de l'eau, et comme c'est l'heure de la traite et que j'ai faim, je leur achète un litre de lait frais... mauvaise idée! Je vais vite m'apercevoir que le lait de vache cru quand on est à jeun, c'est pas franchement digeste...  :bheurk:

Bon j'ai pas vomi, mais j'ai été ballonné toute la journée, et j'ai eu une sacré ch***** après... je ne retenterai pas l'expérience  ;#

Mais pour l'instant, je fais une petite pause pour siroter tranquillement ma bouteille de lait en compagnie d'une petite troupe de génisse...



Vu la chaleur, je suis obligé de faire une deuxième pause à l'ombre vers 12h, en redescendant vers la Loire, mais alors une petite pause, je n'enlève même pas les sacoches de Magnum.



Un peu plus tard, je traverse la Loire au niveau de Chamalières.



Il est 14h, et il faut déjà faire une nouvelle pause...



Franchement, il sont pas mignons?  :love: Ca donne pas envie de les réveiller pour repartir, j'en profite pour faire une orgie de délicieuses fleurs d’acacia.

Un peu plus loin, le sentier passe sous une arbre assez impressionnant que je n'ai pas pu identifier car il n'avait pas de feuilles visibles (peut-être en avait-il plus haut que les frondaisons des autres arbres).



J'arrive finalement à l'entrée de Retournac vers 16h, nouveau pont sur la Loire, et il y a la deux estafettes de la gendarmerie nationale en train de faire des contrôles  :o

Je passe comme si de rien était devant une bonne douzaine de gendarmes hilares, mais il ne me demande rien, ce qui m'arrange bien d'ailleurs car même si je n'ai rien à me reprocher, j'ai quand même un Mora à la ceinture, et une machette, certes assez bien cachée sur le mouton, mais qui pourrait peut-être quand même m'attirer des ennuis...

En traversant Retournac, la malchance du vendredi 13 vient à ma rencontre, sous la forme d'un journaliste   >:(
Et pas des meilleurs, reporter pour le journal à potins locaux "La G*zette de la Haute-Loire", malheureusement j'ai eu la mauvaise idée d'accepter qu'il fasse un petit article sur moi avant de lui demander où il travaillait... A priori je suis donc dans La G*zette du 19 mai, avis aux abonnés (même si je doute fort qu'il y en ait ici), je serais quand même curieux de savoir ce qui y est raconté.

Après ça, nouvelle pause à l'ombre, puis nouvelle traversée de la Loire, cette fois sur un petit pont submersible (la 4ème traversée en deux jours  :ohmy:, et il faudra encore que je repasse de l'autre côté pour reprendre le GR la semaine suivante...

Encore quelques kilomètres au bord de la Loire et j'arriverai finalement bien à destination juste avant la nuit, pour dévorer une bonne plâtrée de nouilles, bios et faites maison en plus  :love:

Je resterai là une semaine en espérant qu'Ethiopie mette bas, mais finalement son état reste stable et je choisis donc de repartir le samedi suivant, en espérant que ça tienne encore deux semaine de plus.


« Modifié: 04 janvier 2012 à 12:51:45 par thorgaal »
Tant dort le chat qu'à la fin il s'éveille.

04 janvier 2012 à 15:56:53
Réponse #145

Baden


tout bonnement géniale ! Ce n'est pas la première fois que je commente tes aventures et c'est réellement toujours un plaisir de te lire.

Né en moins une question, tu es à la carte, mais tu achètes tes cartes au fur et à mesure ? si oui quelle échelle ?

Continue comme ça !
"c'est très facile de s'arrêter et de dire trop c'est trop, continuer c'est tout ce qui fait la différence!"

05 janvier 2012 à 13:19:46
Réponse #146

thorgaal


Citer
Né en moins une question, tu es à la carte, mais tu achètes tes cartes au fur et à mesure ? si oui quelle échelle ?

En fait jusque là je n'achetais pas de carte du tout : je repére les points de passage et les sentiers balisés via géoportail à chaque étape, si nécessaire je fais un croquis sur un bout de papier, à quelques occasions j'ai pu imprimé un morceau de carte au 25 000 pour les passages délicats, mais rien de plus.

Sur des distances pareilles, si à un moment on passe pas exactement là où c'était prévu, en général c'est pas très grave, on finit toujours par retomber sur ses pieds un peu plus loin.

Néanmoins, pour être moins dépendant d'un accès régulier à internet, j'ai fait l'acquisition lors de mon séjour à Retournac de la carte IGN "Itinéraires de Grandes Randonnées en France", au 1:1 000 000 .

Comme généralement le balisage des GR est assez clair pour pouvoir se passer de carte précise (avec une certaine habitude quand même  :bang:), je trouve cette carte au million largement suffisante pour la grande randonnée en France, désormais je n'utilise plus que ça.

Il est maintenant temps de vous raconter la suite et fin de cette aventure : six jours de marche à travers le massif du Forez, un heureux évènement, et un pépin compromettant...





Pendant ces six jours, j'ai en particulier eu plaisir à marcher dans des forêts mixtes parmi les plus belles et les plus vastes qu'il m'ait été donné de traverser jusqu'à maintenant, et aussi l'occasion de quelques extraordinaires rencontres animalières.

D'ailleurs à ce propos, je viens de lire sur wikipédia que le rut du chevreuil se situe entre le 15 juillet et le 15 aout, hors pendant cette marche du 21 au 26 mai, j'ai entendu d’innombrables aboiements de chevreuil (vous savez, ces fameux aboiements semblables à ceux d'un chien enragé qui terrorisent le randonneur ignorant  :lol:) , et j'ai même pu observé deux affrontements entre mâles. Quelqu'un aurait une explication? méprise de ma part ou erreur de wikipédia?

La première rencontre marquante a eu lieu cinq minute après le départ, un lapin lièvre un peu cinglé a jailli d'un pré pile entre moi et les moutons, et il est resté là tétanisé, j'aurais pu l'avoir d'un coup de bâton (si j'avais eu un bâton), les moutons ont eu peur et sont passés derrière moi, puis le lapin lièvre et reparti très lentement, comme s'il voulait être discret  :huh: (photos prises au grand angle !!)



J'ai ensuite fait mine de le suivre, il a retraversé et s'est arrêté en bordure du pré, croyant sûrement être caché...



Puis il est parti en courant sur le chemin, et s'est arrêté dans un autre pré un peu plus loin.
Bref, ce lapin lièvre m'a bien fait rire, mais je ne donne pas cher de sa peau en période de chasse  ;#

Un soir, quatre jours plus tard, alors que je venais d'installer le bivouac en pleine forêt, deux chevreuils mâles en plein combat son arrivés droit sur moi en courant tête contre tête, j'étais assis en tailleur devant mon feu de camp, et ils arrivaient d'en face, de telle sorte qu'il y avait le feu entre eux et moi.
Malgré cela, il a fallut que je crie au dernier moment pour qu'il me remarque, il se sont arrêtés nets à moins de 2m du feu, côte à côte, nous nous sommes tous observés pendant quelques longues secondes, puis l'un deux est reparti en sens inverse en courant et en aboyant, et l'autre s'est élancé immédiatement à sa poursuite, malgré la petite frayeur initiale, j'ai adoré cette rencontre  :doubleup:


Les 21, 22 et 23 mai ont été encore très chaud et orageux le soir, effet soporifique sur les moutons garanti, ce qui m'a à nouveau contraint à faire de nombreuses pauses en milieu de journée...



...et parfois à m'arrêter de bonne heure en raison des quelques orages parfois assez violents qui ont croisé mon chemin.




Sur ce sentier, j'ai croisé quelques pèlerins en route pour Compostelle, en moyenne 2 ou 3 par jour, entre autres un couple de Hollandais partis d'Amsterdam 40 jours plus tôt !!! Ce fut l'occasion pour moi aussi de visiter quelques lieux de pèlerinage, ici l'église de Montarcher...



« Modifié: 05 janvier 2012 à 18:59:38 par thorgaal »
Tant dort le chat qu'à la fin il s'éveille.

05 janvier 2012 à 13:46:07
Réponse #147

buchbass


Super Récit.
J'ai hâte de savoir comment c'est passé l'accouchement et de voir le petit agneau  :love:
Le plus dur c'est pas la chute, c'est l’atterrissage.
Pour l'instant tout va bien. Pour l'instant tout va bien...

05 janvier 2012 à 14:07:07
Réponse #148

thorgaal


Et voici maintenant venu le moment que vous attendez tous   :)

Le matin du mardi 24 mai, Ethiopie traine plus qu'à l'accoutumée, mais elle n'a plus faim dès 8h, alors qu'elle mange habituellement jusqu'aux environs de 9h.
8h25 : on distingue nettement les premières contractions, la brebis freine des 4 fers et voudrait se coucher là où elle est, sauf que l'endroit n'est pas très adapté : nous sommes sur une route forestière au milieu d'une forêt d'épicéas très dense où il n'y a pas moyen d'installer un campement, je l'encourage donc à continuer une centaine de mètres jusqu'à une petite clairière, où elle peut s'allonger tranquillement à l'écart du chemin.



Elle se relève de nombreuses fois, mange un peu, se recouche dans un sens, dans l'autre... il faudra patienter plus d'une heure pour arriver aux choses sérieuses.

9h50 : Ça y est, on voit les pattes !!



Déjà une bonne nouvelle, il est dans le bon sens : les pattes antérieures d'abord, suivies de près par la tête.
A partir de là, je me suis dit que c'était plus sympa de poser l'appareil photo et de lui donner un coup de main...

Deux petites minutes, et voilà le travail :



Un bel agneau, mais malheureusement pour lui, c'est un garçon. Je l'ai quand même baptisé... Kebab  :lol:
La jeune maman s'empresse de le nettoyer.



A peine une demi-heure plus tard, il tient déjà sur ses pattes!



Et aidé par sa mère, il trouve très vite le bon endroit...



Magnum, qui était parti brouter un peu plus loin, est très intrigué par ce nouveau venu tombé du ciel et qui n'est vraisemblablement pas de lui ;D



Pour se remettre de toutes ces émotions, une journée de repos s'impose.



J'en profite pour mettre au point un système de transport adapté, et le mieux que j'aie trouvé, c'est de le porter en écharpe dans ma veste polaire.



Le soir je monte le bivouac à proximité, l'agneau est déjà bien dégourdi, mais il ne s'éloigne pas encore à plus d'un ou deux mètres de sa mère.







Tant dort le chat qu'à la fin il s'éveille.

05 janvier 2012 à 14:13:00
Réponse #149

philippe12


bonjour a toutes et a tous


 :doubleup: merci thorgall

tres sympa tes photos de naissance , un bel exemple  de vie minimaliste



bonne chance pour cette année

amicalement
la joie est dans vos valeurs, ..contenez vous , soyez contents et conscients .. c'est cela la joie

 


Keep in mind

Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
avec bienveillance, curiosité et un appétit pour le dialogue et la réflexion que l'interlocuteur peut susciter. »


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