Qu'est-ce qu'ils ont tous, à vouloir se lancer sur le GR20 dans les pires conditions?
- Sans grande expérience de la rando en montagne, ni de la rando en ligne sur 10 jours et plus!
- En solo
- En autonomie "complète"
- quand ce n'est pas en arrière saison ou de nuit ...
Qu’est-ce qui les attire, à se lancer ce défi pour le moins téméraire ?
Tout, tout de suite ?
Après cet exploit, on se considérera « à la hauteur » des pros ? Et on passera à autre chose?
Les pros de l’aventure sont audacieux, mais pas téméraires !
Leur savoir faire est le fruit d’une expérience bâtie au cours de nombreuses années.
Leur « prise de risque » est assumée en connaissance de cause … et ils se donnent, chaque fois que possible, une porte de sortie. Du fait de leur expérience, ils savent quand il vaut mieux ne pas persévérer dans le plan initial.
Alors, pourquoi ne pas se « construire » cette expérience, afin d’être réellement à la hauteur du défi que l’on se lance. Car il faut bien le dire : "faire" le GR 20
une fois ne veut pas dire que l'on est réellement "à la hauteur" des difficultés et des pièges du parcours …
Bon, ce sont là des considérations de sagesse, et j’ai un peu honte de les énoncer, moi qui ne suis ni sage ni jeune.
Ce qui m’attriste en réalité, c’est qu’en visant directement une difficulté majeure, on risque de passer à côté de tellement de difficultés intermédiaires, d’étapes initiatiques qui chacune apportent bien des plaisirs, des joies, des petites victoires … et qui permettent à « l’expérience » de pénétrer nos esprits. Sans parler de l'entraînement physique, bien entendu! (Le fameux "pied du montagnard"!). Il faut se bâtir un « socle » de compétences, bien large, bien solide pour réduire l'imprévu et affronter l'imprévisible!
Alors, à tous les futurs vainqueurs de l’Everest, je propose une progression , une « voie » riche de nombreuses petites victoires. (Certains sont déjà dans cette démarche …)
1. Deux cent dix kilomètres sur le Chemin de CompostelleVoir le topo de la FFRP réf # 651 (GR65)
Soit le début de l’itinéraire, entre Le Puy-en-Velay et Conques. Ce sera aussi cool ou aussi « dur » que vous le voulez. Ce sera aussi riche que vous le voulez … Il y a du dénivelé, et des problèmes d'orientation si vous vous aventurez sur les variantes non balisées en Aubrac.
Ce n’est pas glorieux … mais vous ne regretterez pas ! Déjà vous aurez endurci votre corps, éprouvé votre moral (n’espérez pas échapper aux petites misères …), affûté votre lecture de carte, testé votre matériel, et commencé à alléger votre sac …
Vous aurez certainement fait des rencontres inoubliables en chemin ou dans les gites.

Vous aurez découvert des paysages … des paysages …
(Prévoyez quelques cartes de réserves pour votre APN …)
2. Quinze jours dans les Hautes Vosges.Topo FFRP réf # 502 (GR5 & GR52)
Pour bien roder les techniques de bivouac, d'orientation (cela reste facile, par beau temps – mais vous aurez du mauvais temps, presque à coup sûr !), pour améliorer vos capacités à "avaler" du dénivelé …
Car du dénivelé, là, il y en a « tant qu’on veut ». Facile 800 m et plus à la journée …

Les sentiers sont bien balisés et pas trop difficiles.
Nombreux points de ravitaillement.
Nombreuses cabanes avec possibilité de feu.
Le bivouac est « normal » dans cette région.
Le bonheur !
Au bilan : déjà des bonnes jambes, déjà une pratique naturelle du bivouac, déjà, probablement, la rencontre avec de beaux orages, sans beaucoup de possibilité de repli …
Vous commencerez à vraiment vous poser les bonnes questions sur l’équipement vraiment nécessaire !
3. Trois semaines dans les Pyrénées.Documentation : Rando-Éditions et FFRP : GR10
La montagne. Et tenir la distance …
On peut imaginer traverser toute la chaîne de l'Atlantique à la Méditerranée (6 à 8 semaines).
Il existe – pour les montagnards confirmés – un itinéraire technique plus prestigieux que le GR20 : la HRP (« Haute Route Pyrénéenne » ).
Et il existe un itinéraire moins exigeant : le GR10.
Le GR10 n’est pas moins « dur » au niveau physique, pas moins gratifiant au niveau des paysages. Mais le sentier est balisé : peu de problème d’orientation, l’itinéraire étant quasi « évident ».
Au long du GR10, les montées et descentes, quoique bien raides et bien longues sur certains tronçons, ne sont pas vraiment « piégeuses ».
En été, la fréquentation est suffisante que pour être secouru assez rapidement en cas d’accident.
Les points de ravitaillement sont moins nombreux que dans les Vosges … mais on peut facilement imaginer un « mix » bivouac / refuges.
La météo est la météo de montagne : pluie de neige fondante ce 17 juillet 2009 au matin au refuge des Bésines, à 2.100 m d’altitude. Ciel serein et lumière éblouissante en journée
Une petite tof en passant … mais il y en aurait tant et tant …

Attention !
Après un premier séjour rando dans les Pyrénées ... vous aurez probablement plus envie de vous frotter à la HRP qu’au GR20 !
En tous cas, vous serez rôdés pour aborder – en été du moins - les randos plus difficiles.
Mais vous n’aurez pas encore « appris » de la part d’un pro de la montagne, c’est pourquoi je vous propose une quatrième étape ...
4. Stage FFME : Passeport vert « complet » Contenu du premier voletContenu du deuxième voletLa Fédération Française de l’Escalade et de la Montagne propose un système de certificats de compétence appelés « Passeports » (pour ne pas faire peur) … et organise des stages (à un prix raisonnable) pour les obtenir.
Le Passeport Vert complet atteste qu’un randonneur possède les capacités requises pour randonner en montagne « en pleine responsabilité » (en condition non enneigée).
Bref, c'est exactement le genre de compétence que l’on attend d’un randonneur qui veut se lancer, de sa propre initiative et en solo, dans une randonnée en montagne.
C’est aussi le genre de compétences que l’on attend d’un équipier, quand la rando est « difficile »
Alors, quelles que soient les connaissances et savoir-faire que vous auriez acquis au préalable, pourquoi en pas se mesurer à l’aune d’un standard quasi officiel ? Ce n’est pas obligatoire, bien sûr, mais on ne risque qu’une chose : apprendre deux ou trois trucs, découvrir une façon de voir les choses, combler une lacune, corriger une mauvaise habitude …
5. Vos premières randos difficiles, faites les avec des équipiers expérimentésSi vous avez suivi une « progression » logique dans l’art de la rando en montagne, vous avez rencontré du monde, vous avec fait des connaissances … sur les sentiers, aux refuges, en club, en stage, chez RL et bien sûr ici chez David. Trouver un ou deux bons coéquipiers ne sera plus un problème.
A deux c’est mieux …
A deux, on confronte les expériences, les appréciations …
A deux, on s’assure mieux, dans les passages difficiles …
A deux, on n’est plus tout seul en cas d’accident …
A trois ou quatre, c’est pas pire, si on se connaît assez bien.
Au-delà, il vaut mieux avoir un « chef », un chef vraiment à la hauteur, vraiment apte à conduire un groupe, à prendre les bonnes décisions dans l’intérêt du groupe, quand les circonstances l'exigent.
Alors, après quelques randos "difficiles" en groupe, et si l'envie vous taraude toujours de réaliser un exploit en solitaire, ou simplement de partir tout seul avec vous même, alors ... go!
Ne vous contentez pas alors de « faire » le GR20 … allez aussi « explorer » le GR20 dans ses variantes, dans ses moindre recoins. Et tant qu’à faire allez aussi découvrir les autres sentiers de la Corse …
Alors, vous serez à la hauteur de votre exploit, parce que vous aurez assumé en toute connaissance de cause, et vous aurez limité au maximum, les risques particuliers propres à la rando en solo.
_ _ _ _ _ _ _
Et ensuite ?
Ensuite il vous restera la rando dans la neige, la rando glaciaire, la rando tropicale, le désert, l'arctique ...
Vous n’aurez jamais fini de découvrir le monde, vous n’aurez jamais fini d’apprendre à randonner, d’apprendre faire face aux imprévus, à survivre en conditions précaires
Bison, qui apprend à survivre depuis 62 ans.