Les situations où on a pu être en difficulté :
-après une journée de marche, ma cousine se retrouve paralysée au bord de la route par un mal de dos très aigu qui la cloue sur place. C’est la 1ère fois que ça lui arrive, elle ne sait pas ce que c’est, et moi non plus. Elle ne peut plus avancer. La nuit tombe, il faut donc qu’on dorme là. Je lui prend son sac et la laisse se reposer, toujours pliée en deux un peu en contrebas de la route. Il fait déjà noir et j’ai peur de tomber dans le ravin qui n’est sûrement pas loin puisqu’on longe le Wadi Araba. Avec la torche j’arrive tant bien que mal à descendre dans une sorte de trou où j’installe un pseudo-bivouac, en enlevant les pierres et les petits buissons épineux, en essayant d’aplanir le sol pour y dormir à deux, et en remuant toutes les pierres autour pour pas se retrouver avec des serpents et des scorpions dans le sac de couchage. Je fais un petit feu pour finir d’éloigner les bêtes, mais pas trop gros pour pas attirer l’attention, car la route est au-dessus de nous et j’ai peur que des gens descendent nous voir (police y compris, mais surtout jeunes chieurs plus ou moins dangereux). Une fois que tout est prêt ma cousine me rejoint, elle va un peu mieux, je lui fais un super massage et finalement on passe une nuit pas mauvaise du tout. Et quand on se réveille au petit matin, on a ça devant nous :
(Photo 1)
Et on réalise qu’on est qu’à deux mètres du ravin… Heureusement que je ne le savais pas car j’aurais eu peur de tomber toute la nuit.
-autre situation où on a un peu douté : en plein milieu du désert, juste une route toute droite devant nous, on croise deux bédouins (on ne sait vraiment pas d’où ils sont sortis) qui nous avertissent qu’on passe dans une zone infestée de « deub ». Je ne sais pas ce que veut dire ce mot en arabe alors je leur demande de les décrire. Ca a l’air d’êtres des très gros chiens sauvages agressifs. Ils nous disent que nous devons prendre une voiture, ils ont l’air très inquiets. D’un autre côté, ils n’ont pas l’air hyper débrouillards, on a du mal à croire à ce qu’ils disent. Finalement pour les rassurer nous leur montrons nos couteaux, et ils nous les accrochent au bout de nos bâtons en baïonnettes. Ils font du bon travail, nous sommes maintenant bien armées. Ma cousine a aussi sa bombe à poivre dans la poche (je ne sais pas trop ce que ça vaut ce truc mais c’est idéal pour rassurer les parents). Avant de reprendre la route ma cousine et moi définissons ensemble la procédure à suivre au cas où on rencontrerait ces terribles « deub », et on part. Les bédouins nous regardent, interloqués, mettre du sel dans notre eau. Ils nous supplient une dernière fois de les laisser nous conduire (gratos) et nous partons enfin. Nous n’avons pas croisé l’ombre d’un caniche, et encore moins d’un « deub ». Mais, sous un soleil de plomb, après quelques heures de marche, nous apercevons une tente de bédouins. Encore bien occidentales dans nos manières, nous n’osons pas trop nous diriger vers elle, nous avons peur de déranger, de débarquer à l’improviste. La fatigue a raison de nos hésitations et finalement on fonce droit sur elle, timidement mais sûrement. Arrivées à quelques mètres de la tente, j’aperçois le visage souriant jusqu’aux oreilles d’un jeune bédouin qui nous fait signe d’entrer. En fait, toute la famille nous attendait, ça faisait déjà un moment qu’ils nous voyaient aux jumelles, et ils avaient tout préparé pour nous accueillir. Là nous avons mangé, bu et dormi. Chose intéressante, nous étions très couvertes, les bédouins nous ont mis des couvertures énormes sur le dos pour dormir, juste à côté du feu au centre de la tente, et nous avons bu du thé brûlant au lieu d’eau fraîche, et malgré les 40°C à l’extérieur, ça allait ! Je ne pige pas… Plus il fait chaud plus ils se couvrent, c’est impressionnant, et ça marche ! Si nous avons passé presque tout notre séjour en djellaba, c’est tout simplement parce qu’il y fait bien plus frais qu’en débardeur (et aussi pour des raisons de pudeur en zone musulmane).
Très amusant d’écouter les conversations des bédouins pendant notre sommeil. J’avais les yeux fermés mais je tendais l’oreille. Le petit garçon dit : « vous avez vu : elles dorment comme nous ! », alors son grand frère réplique « ben oui bien sûr », puis l’aîné dit : « de loin je pensais que c’étaient des hommes », et sa mère lui réplique sur un ton très docte « non, elles marchent comme des femmes »… etc.
(Photo 2)
-autre moment bizarre : la nuit nous surprend dans un wadi, ma cousine, moi, un bédouin et nos chevaux ; nous rentrons donc à cheval vers le camp dans l’obscurité ; tout à coup on entend des mecs qui gueulent un peu plus loin et des bruits de moteurs ; et là je vois notre bédouin sortir de sous son tee-shirt un grand couteau et avancer d’un pas déterminé avec la lame en main ; mais bon un peu après les voix et moteurs se sont tus, il ne s’est rien passé ; même pas drôle, je sais.
-mais enfin à part ça, le dos coincé et les féroces « deub », rien du tout. Ah si, j’oubliais quand même : on s’est fait cracher dessus et balancer quelques cailloux dans une zone extrêmement hostile (on l’a découvert en la traversant) : que des femmes entièrement voilées, tout le monde nous regardait en silence, on avait l’impression d’arriver comme un cheveu sur la soupe. C’est le seul endroit de Jordanie où nous n’avons pas trouvé des gens accueillants. C’est la raison pour laquelle la police secrète est venue nous cueillir en fin de journée afin de nous interdire d’y passer la nuit.
En fait il y aurait des milliards de trucs à raconter sur ce voyage extraordinaire mais j’ai déjà été trop longue.
Je profite de ce CR pour dire à tous ceux qui auront eu le courage de le lire jusqu’ici que le peuple jordanien est un peuple exceptionnellement accueillant et généreux, plein d’humour et de joie de vivre. La police quant à elle est remarquable. Elle s’est préoccupée de nous pendant tout notre trajet, a veillé à notre sécurité en nous évitant toute lourdeur dans la mesure du possible, et toujours avec une classe et une droiture impressionnantes. Pendant un mois nous avons été logées et nourries gratuitement par la population sans que nous n’ayons rien demandé, et il s’est même trouvé des gens pour nous proposer de l’argent pour nous aider (je crois qu’ils n’avaient jamais vu des étrangers aussi piteux, ils devaient s’imaginer que nous étions très pauvres pour voyager de cette manière).