Bon

La vérité surtout c'est que moi pendant la semaine précédent ce délire j'ai quasi pas dormi (entre mes gamins malades, un feu de cheminée et ma bronchite à moi). Je suis arrivé là vendredi soir en grelottant dans la bagnole de karto, déjà en piteux état (pas la bagnole hein, moi

). Pendant la nuit de vendredi à samedi, je me suis réfugié dans la grange histoire de laisser mes potes dormir un peu : je me caillais, je remuais, je toussais et je ne dormais pas du tout. Bref la semaine de déficit de sommeil important a été suivie par une nuit quasi blanche où j'ai eu vraiment froid (parce que duvet trop léger, etc.), ce qui n'a vraiment rien arrangé à mon état général.
Le résultat, c'est qu'au début de l'exercice j'étais déjà pas loin du bout du rouleau physiquement. De la fièvre, une fatigue intense, l'envie de gerber, et les bronches complètement prises avec l'impression de respirer à travers des pailles.
Pour couronner le tout, pendant les 15 premières minutes de cavale j'ai glissé sur un bloc de granit enneigé et je me explosé le genou (ça a tapé assez fort pour fendre la peau sous l'impact à travers le pantalon, qui lui n'a pas été déchiré). Heureusement j'avais mon arnica dans la poche... mais lundi matin je pouvais plus plier la jambe.
Bon bref du coup j'ai joué le jeu comme j'ai pu pendant la matinée. On a réussi tout de même à faire grosso modo 17 bornes dans un sens, encouragé en georgien par Muyo et surtout, il faut le dire, par la patience des potes qui ont passé pas mal de temps à m'attendre malgré la Burle et les georgiens qu'on avait au cul.
Dans l'après midi, c'était de pire en pire. J'étais toujours à la traîne et je me demandais vraiment ce que je foutais là. Mais bon je continuais histoire de pas complètement me ridiculiser.
Je tiens à dire deux trucs :
1) tous les autres étaient en pleine forme même après 17 bornes sans bouffer grand chose et malgré la petite nuit que je leur avais fait subir. Tous sans exception auraient pu facilement atteindre l'objectif, et même en faire plus ou le faire plus vite.
2) malgré cela, tous ont accepté de changer le programme parce qu'ils voyaient bien que je ne m'amusais pas et que j'en chiais trop pour un weekend loisir. Bref ils ont accepté de sacrifier l'objectif et de faire demi-tour juste pour moi... et sans rouspéter en plus. De bon coeur. Ça, j'ai trouvé ça vraiment sympa. Ceux qui ont des femmes qui se foutent de leur gueule devraient bien comprendre que leurs mecs ont renoncé pour m'éviter à moi de trop en chier, mais qu'eux ils pouvaient le faire sans problème. Hein Hélène

Donc voilà. En gros on s'est fait re-capturer à cause du boulet québécois 17 bornes après le départ. Et retour à pied par le même chemin. Bref en gros plus de 30 bornes et 6 heures de marche quand-même, si je compte bien. Puis bivouac le soir.
Perso j'ai tiré plusieurs leçons de la ballade.
1) Il faut très peu de matos... être le plus léger possible. Vraiment.
2) Bcp d'eau et de bouffe à manger en route pour tenir le rythme...
3) Comme disait Corin : L'importance de la condition physique... Heureusement que je m'étais entraîné avant et que j'avais arrêté de fumer, parce qu'avec mon état de santé général, si j'avais été en mauvaise condition physique en plus, ça aurait été complètement impossible de bouger sur plus de 2-3km.
À ce niveau là malgré tout j'ai encore du boulot. Manu, avec la même bronchite et le même manque de sommeil, il aurait encore pu tenir mon rythme de quand je ne suis pas malade, je pense. Bref, la préparation physique, encore et toujours.
Mais notre état de santé et de fatigue a bel et bien une influence réelle sur ma/notre capacité à bouger vite et longtemps, et aussi sur notre capacité à nous motiver. À un certain point, dans l'après midi, alors que j'étais sans arrêt à la traîne et que je voyais toujours les mecs de dos, loin devant, j'avais juste envie de m'allonger au bord de la route et de DORMIR. Chaque pas coûtait cher, et j'avais l'impression de payer trop cher pour ce que ça valait. Je voyais pas l'intérêt d'en chier alors qu'en fait on n'avait personne au cul et que de toute manière ceci, et qu'après tout cela. Bref j'avais en tête toutes les bonnes raisons de me coucher et de dormir qui me revenaient, et j'avançais vraiment en dépit du bon sens, et en martyrisant mon corps et ma volonté. C'est bizarre ce sentiment d'avancer et de tenir malgré le sentiment qu'on a la volonté farouche de faire exactement le contraire.
Bref l'envie et la motivation sont aussi liées au physique et à l'état général. C'est un bon test pour le mental aussi, au final. Et je me répète : faut vraiment une bonne raison pour avancer. C'est toujours pareil.
4) L'importance d'avoir toujours une idée générale de la topographie d'où on est... regarder les cartes, sentir où on est, etc.
5) L'importance de pouvoir bouger vite sans prendre de risques, donc savoir quand speeder, quand ralentir, bien voir où on met les pieds, et respecter son rythme même si c'est dans l'urgence. Après 15 minutes à essayer de suivre le groupe à un rythme vraiment trop élevé pour ma condition du moment, j'ai commencé à être assez essouflé et à bout pour me prendre les pieds partout, trébucher, m'accrocher sans arrêt aux ronces, ma lacérer sans faire gaffe. La coordination foutait le camp même si la volonté poussait le corps pour qu'il avance. Et à partir de là sur du terrain technique ça devient vite craignos... et mon genou me le rappelle à chaque pas encore aujourd'hui.
Bon voilà

Pour moi, même si on s'est fait capturer à cause de moi, c'était extrêmement enrichissant. Muyo était vraiment parfait dans son rôle. C'était génial et dépaysant de se faire gueuler dessus en Georgien <rire>. Vraiment cool
Merci à tous pour votre indulgence et votre patience

David