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Auteur Sujet: SD : Peur - Stress - théorie et pratique  (Lu 5220 fois)

03 juin 2006 à 23:54:52
Lu 5220 fois

Ancien forum



Posté par survivalfred

Salut,

Voilà donc le petit post sur la peur, le stress, la physiologie, l'explication scientifique de la réaction d'inhibition de l'action et quelques pistes pour y remédier ... y'a un peu de copier/coller de mes cours et un peu de blabla technique, donc les passages en vert peuvent être passé si vous cherchez l'essentiel  ;)

Qu'est ce que la peur ?

La peur est avant tout une réaction physiologique : de l'adrénaline est libérée dans le sang, la fréquence des battements du coeur augmente, tout comme le rythme de la respiration et le taux de sucre dans les muscles. Sur le plan psychologique, la peur est une émotion, un ressenti corporel face à quelque chose que l'on interprète comme un danger.

Quel est le rôle de la peur ?

Elle a un rôle de protection. Ce stress augmente les capacités physiques de réaction et de mémorisation du danger. Un apprentissage qui sera utile pour la prochaine fois. Mais ce système de protection fonctionne jusqu'à un certain point. Au-delà, il arrive que l'on soit débordé par la peur et l'on perd alors ses capacités. Comme lors d'une agression physique soudaine dans un endroit où le se sentait en sécurité.

Le stress est constitué de réactions neurophysiologiques et psychiques déclenchées par des événements ressentis comme menaçants.Le stress est une réponse naturelle à un stimulus extérieur ou intérieur qui agresse notre cerveau et notre corps.

Pour comprendre comment notre cerveau réagit, il faut savoir que le système endocrinien possède l’originalité propre de ne rien créer dans l’organisme, mais de moduler à l’aide d’hormones, pratiquement toutes les réactions normales de notre organisme.

C’est donc un système permettant à l’organisme de s’adapter à toutes les variations qui lui sont imposées aussi bien de l’extérieur que de l’intérieur.

1- Le stress physiologique

Le stress purement physiologique qu’il nomme « choc » est un état d’alarme de l’organisme face à une agression physique de l’environnement. C’est une réaction physiologique aspécifique qui est toujours la même quelle que soit l’agression (le stresseur). L'agression met en route rapidement la réaction d’alarme. Cette réaction met en route deux systèmes neuroendocriniens.

a) - Le système réagissant en premier dans les toutes premières secondes est le système adrénosympathique.
Système nerveux périphérique particulier, il contrôle le fonctionnement des organes internes comme le coeur les vaisseaux, les poumons, le système digestif, l’appareil urogénital. Ce système adrénosympahique est constitué d’une part par la chaîne des ganglions du système sympathique.

A ce système nerveux périphérique est couplé un centre nerveux spécifique au sein du SNC, le locus coreleus qui sécrète essentiellement de la noradrénaline dans la phase d’alarme d’un stress cela provoque les réactions suivantes :
- vasoconstriction des vaisseaux périphériques pour réserver le flux sanguin aux organes principaux (coeur, poumons, et cerveau.)
- augmentation de la tension artérielle et accélération des pulsations
- accélération de l’oxygène des organes et des muscles
- vascularisation préférentielle des muscles

Au sein du système nerveux central se manifestent ;normalement,deux phénomènes physiologiques fondamentaux : concentration de l’attention et augmentation de la vigilance. Ces phénomènes physiologiques permettent la fuite ou la lutte. Ces réactions induisent également un état d’anxiété pouvant aller jusqu’à l’angoisse, état faisant intervenir le système limbique qui gouverne l’affectivité. Cet état d’anxiété ou d’angoisse sera d’autant plus élevé si le sujet ne peut passer à l’action, s’il y a inhibition de l’action.


b) - Le système qui réagit en second dans les premières minutes est le système neuroendocrinien. C’est un système à trois étages avec des boucles de rétroaction entre les étages. La glande endocrine est la corticosurrénale (au-dessus du rein) ; elle sécrète le cortisol. Ce dernier joue un rôle majeur dans l’homéostasie du milieu intérieur en maintenant le taux de sel, le volume plasmatique et par conséquent la tension artérielle. Le cortisol permet également le maintien de l’activité musculaire et intellectuelle (l’hypocorticisme se traduit par une grande asthénie). La sécrétion de cortisol est contrôlée par l’ACTH produit par l’hypophyse antérieure. L’hypophyse constitue ainsi le second étage de ce système complexe

En d’autres termes la réaction de fuite ou de lutte est une réponse instinctive et réflexe non appris. Par contre l’inhibition de l’action est une réponse conditionnée, c’est à dire supposant un apprentissage (un animal ne va pas avoir d'inhibition de l'action).

Quelle pression engendre le stress?

La pression psychique nécessaire pour engendrer le stress est une réaction psycho-physiologique devant une urgence. Trois genres de causes peuvent provoquer cette réaction d'urgence:

   1. les changements rapides, (positifs ou négatifs),
   2. les menaces ou les dangers que nous rencontrons (objectivement fondés ou non) et
   3. notre impression (justifiée ou non) d'avoir à réagir rapidement à la situation.

Lorsque nous sommes dans une situation d'urgence, notre organisme se mobilise intensément pour être capable d'y faire face adéquatement. C'est la sécrétion d'adrénaline qui permet de rendre instantanément disponibles les ressources de notre organisme. Elle augmente l'acuité de nos sens et de nos perceptions, la rapidité de nos réflexes et la force de nos muscles.

L'exemple le plus clair de cette situation d'urgence, c'est la situation où on est sur le point d'avoir un accident sur la route à cause d'une situation dangereuse qui survient à l'improviste. Mais il arrive souvent que le danger soit moins soudain et moins directement évident. C'est le cas, par exemple, lorsqu'on craint qu'une autre personne nous attaque ou nous enlève quelque chose d'important à tout moment. Parfois la pression vient de l'appréhension et de l'anticipation.

2. La réaction naturelle

La suite normale à cette violente mobilisation générale est une action vigoureuse qui utilise les ressources rendues disponibles par la décharge d'adrénaline. Selon la situation et les décisions que nous prenons sur le moment, cette action est une fuite ou un combat: on agit pour éviter le danger qui nous menace ou pour combattre l'obstacle qui se dresse devant nous.

L'action vigoureuse rétablit l'équilibre psycho-physiologique et entraîne une sensation de bien-être et de satisfaction. Subjectivement, on éprouve un plaisir lié à l'intensité de ce que nous avons vécu. La fatigue et le besoin de récupérer apparaissent naturellement ensuite pour compléter le cycle. On ressent alors ce qu'on appelle une "bonne fatigue".

Dans la mesure où ces suites naturelles peuvent avoir lieu, le stress chronique destructeur est impossible. On parle alors de stress positif ou, plus communément, d'une vie excitante! Certaines personnes deviennent même "accrochées" à l'adrénaline: ces moments de mobilisation intense accompagnée de peur et d'action vigoureuse deviennent leur principale façon de se sentir vivantes. C'est, par exemple, une dimension importante de la passion du jeu ou de la pratique des sports extrêmes.

Par contre, si le passage à l'action n'a pas lieu, les risques de souffrir de stress augmentent considérablement. C'est alors qu'on peut parler d'une gestion inadéquate de la pression. Une seule expérience ne suffit pas à engendrer un stress chronique: il faut une répétition fréquente de cette pression mal gérée.

Comme on l'a vu plus haut, la mobilisation générale de l'organisme en situation d'urgence conduit naturellement à une action de grande intensité, cette action peut amener une façon inadéquate de réagir.  L'erreur que peut faire la personne stressée, c'est d'inhiber cette action que la situation d'urgence rend nécessaire (le cas évoqué dans une autre post "je reste bloqué avec les jambes qui flageolent ...").

Pour diverses raisons (dont certaines sont bonnes), la personne se retient d'agir en atténuant l'intensité de son action ou en lui imposant des limites qui forcent l'action à demeurer incomplète. Souvent, elle va plus loin en arrêtant complètement son action, en la remplaçant par de l'immobilité. Parfois aussi, elle cherche à dissimuler ses réactions: elle s'efforce de demeurer inexpressive ou d'éliminer l'intensité de ses réactions. Les motifs pour cette inhibition volontaire sont très variables et souvent ils sont pertinents, au moins en partie. Mais quelles que soient les raisons et leur pertinence.


Comment faire face ou éviter les situation d'inhibition de l'action, de blocage de l'action en état de stress ou de peur ...

1) l'entraînement, pour ne pas dire l'expérience ... plus une situation a déjà été vécue (dans le réel ou dans une plus faible fiabilité à l'entraînement) moins les risque d'inhibition seront présents.

2) la visualisation de situation. Lorsque vous attendez le bus, que vous marchez dans la rue, vous asseyez au resto (etc...) dites vous " ET SI telle ou telle chose arrivait maintenant, que ferais-je ?" ...

Cet état d'esprit et ses 2 méthodes vous garderont en mode orange et le moment venu vous réagirez à l'instinct selon les automatismes appris et les "scénarios" envisagés.

La respiration, la notion du "Banzaï" rien à perdre ... et l'idée que lors d'une agression physique on va de toutes façons avoir mal, donc autant avoir mal en se défendant et en rendant la monnaie etque cela limitera peut-être la casse .... ces notions peuvent également aider pas mal.

Bon, je crois que j'ai assez écrit, à vous maintenant, je suis certainsque les membres du Clan vont pouvoir éclairer notre lanternes aussi ...

@ Suivre,

Fred




04 juin 2006 à 00:29:17
Réponse #1

Ancien forum



Posté par DavidManise

Merci Fred :)  Super topo

Tafdak quand tu dis que l'inhibition est un comportement appris.

Depuis tout petit, on nous dit "tapes pas c'est pas gentil" et en même temps on nous traite de trouillard si on se sauve.  Pas évident de gérer la contradiction, sauf en restant immobile et en tendant l'autre joue (ou l'autre carotide ? ::))...

On n'est plus des gamins.  C'est plus pour rire.  Fuir, c'est un privilège que possède le citoyen lambda qui n'est pas obligé, de par sa profession, de faire face au danger alors que tout son corps lui dicte qu'il faut se barrer de là.  Faut profiter de ce privilège, je pense, tant qu'on peut.

Ensuite, ben si on n'a plus d'autre choix...  on n'a pas le droit de se laisser trucider sans rien faire.  Taper, griffer, mordre, piquer, couper, arracher, tout est bon.

Bon, merci encore Fred ;)

David

04 juin 2006 à 01:08:34
Réponse #2

Ancien forum



Posté par Maximil

N'est-ce pas en situation de stress intense que toutes les fonctions non "importantes" sont instantanément arrêtées, comme la digestion par exemple ?
Je ne sais pas si cela vous le fait, mais quand je suis en situation limite (en gros à quelques secondes d'un début de baston ou très très énervé comme dans une mise en situation), je salive pas mal avec une (très) grosse envie de mordre. Bon certes j'ai des canines bien acérés :) (par l'usure  :() mais y'a des fois ca m'en fait mal à la machoire: problème perso ou retour à des reflexes reptilien ? Ca vous le fait ?

La gestion de la noradrénaline peut s'apprendre en se mettant volontairement dans des situations qui en génèrent et en apprenant à la contrôler. L'idéal pour moi est soit le VTT un poil plus rapide que sa vitesse maximum de sécurité, ou se laisser aller à la peur grâce à son imagination... Là on peut vite se retrouver avec les jambes qui flagollent, les mains qui tremblent etc... et donc apprendre à respirer correctement pour évacuer le plus rapidement possible, à penser autrement, à faire des mouvements particuliers etc... Pour moi, ca marche bien.

A une époque, j'étais capable très régulièrement de "lacher" de la noradrénaline consciemment et volontairement. Impossible de vous dire comment cela se faisait techniquement, mais il suffisait que je pense à une scène bien spéciale et je sentais un frisson qui partait du coccys et remontait jusqu'à la nuque, provoquant la chair de poule et juste après une décharge. Un jour, discutant avec un médecin des urgences qui ne croyait pas cela possible, m'a mis à l'essai avec un electrocardio. Il a été plus que surpris  ;D Avec le temps (et le manque d'exercice ?), j'ai perdu cette faculté: j'arrive de temps en temps encore à provoquer la chair de poule mais rien de plus.

Merci Fred !

04 juin 2006 à 11:32:10
Réponse #3

Ancien forum



Posté par humpfrey

Merci Fred !
Le truc qui serait chouette c'est de savoir comment gérer cette peur au moment d'un évènement stressant (en particulier une agression...). Reste que l'entraînement est sans doute utile mais perso, il ne me permet pas de mieux contrôler ce phénomène (sauf lorsque je faisait un p'tit peu de boxe, c'est pour cela que je pense commencer l'anglaise l'année prochaine...). Est-ce que que l'entrainement est vraiment utile dans ces cas là : oui  pour savoir quoi faire une fois que l'on contrôle sa peur et non car si on ne contrôle pas ce phénomène avant de réagir, toutes les techniques apprises ne serviront à rien...
Et comme l'a dit David dans un ancien poste, c'est aussi lorsque l'on est souvent confronter à des situations stressantes que l'on arrive progressivement à bien mieux gérer sa peur... Le citoyen lambda, qui vit tranquilement dans un coin sans soucis et dont le boulot est hyper calme, si un jour il se fait agresser par un "prédateur urbain", je pense pas qu'il puisse faire grands choses, même après qqs années de pratique d'un art martial x ou y...

04 juin 2006 à 13:35:52
Réponse #4

Ancien forum



Posté par Demo

   est ce que le stress ne serait pas aussi un stimulant dans une certaine mesure?

   Ca m'est arrivé souvent de me retrouver en exams et alors que je filppe pour le sujet, je finis par donner vraiment le maximum de mes capacités, tout me revient en mémoire, j'ai les facultés intellectuelles décuplées et je me tape souvent des notes très bonnes... :)

04 juin 2006 à 13:58:44
Réponse #5

Ancien forum



Posté par humpfrey

oui cela arrive également, c'est le stress positif !  :)
Mais je ne sais pas si en cas d'agression, le stress positif se ressent de la même manière... La menace n'étant pas la même, je pense que la gestion est différente (néanmoins, un mec qui sait bien gérer son stress lors d'un conflit est potentiellement plus fort et plus résistant que d'habitude...)
Je me souviens qu'une fois, lors d'une agression, j'ai vu le mec me filer une bonne droite et j'avais l'impression que tout fonctionnait au ralenti (ce qui m'a permis d'éviter le coup en rentrant au contact...) : c'est assez bizarre comme sensation... Je me souviens également que la réaction qui a suivi était bien plus désordonnée que ce que j'avais imaginé (on se bat alors comme un animal et on envoit des coups de manière beaucoup moins efficace...)
Je pense que l'entrainement est surtout efficace à long terme, lorsque les mouvements appris sont devenus des réflexes et qu'ils "sortent" automatiquement lorsque le cerveau est "déconnecté de la réalité"... MAlheureusement pour moi, c'est encore loin d'être le cas me concernant... ;D

04 juin 2006 à 15:32:57
Réponse #6

Ancien forum



Posté par CBT

salut,
un livre sympa sur le stress: les énergies du stress de xavier Maniguet (auteur de survivre en milieu hostile)
peut être qu'il y a déjà un post qui en parle mais dans le doute..
A+

04 juin 2006 à 19:00:47
Réponse #7

Ancien forum



Posté par survivalfred

Quelques notions qui ont été relevées et peuvent aider en cas de situation de stress intense :

La respiration : quelques longues expirations suivies de d'inspirations de même intensité permettent d'évacuer une partie du stress et de remettre la machine un peu plus dans son état normal ... facile à dire derrière son clavier et on en a pas toujours le temps en situtation critique.

Le renforcement positif : super important, le fait d'avoir été déjà soumis au même stress, à la même catégorie de situation et de s'en âtre +/- bien sorti, permet d'avoir un renforcement positif de ses actions par rapport à l'agent stresseur et donc de l'aborder de façon plus "cool"

Attention, l'effet inverse est vrai aussi, si tu t'es déjà pris une bonne raclée dans une situation précise, la même situation va te bloquer encore plus rapidement si tu n'as pas effectué un travail sur la situation : debriefing, évaluation de lacunes, remédiation de ce qui a merdé ...

Ce qui amène a la troisième façon de se préparer à une action correcte en cas de stress :

L'étude de cas : étude et évaluation critique de cas raconter, de coupure de presse, de vidéo ... et élaboration de mode de réponse adaptés à ces situations  ... et quatrième points :

L'entraînement : mise en pratique de situations et répétition de celles-ci pour que la réponse en devienne quasi automatique. On passe alors du stress à la réaction immédiate sans le stade conscient et la "peur".

Je voulais aussi mettre en évidence la notion de "cadre" et de "lieu", par exemple : dans mon boulot, une personne va crier et m'insulter, elle aura droit a une réaction très "cool" et professionnelle, je risque même d'en rire parfois si ça ne peut porter préjudice à la relation thérapeutique. Par contre si dans le rue un mec se pointe avec le même comportement cela va immédiatement me mette en "code rouge" ... au boulot c'est un événement "normal" dans la rue ce n'est pas un cadre où je considère le fait comme banal et donc un même stimuli engendre une réponse différente !

Quant au "stress positif" c'est plus de l'excitation, de la stimulation face à un défi que réellement un stress ... le mot stress est alors un poil détourné de son sens propre ...

@ suivre,

Fred

 


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Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
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