Ce topic est très intéressant. Je me joins aux autres personnes ayant insisté sur les dimensions « pluie » et « vent » des orages en montagne. À moins d'être sur une crête exposée, une pointe isolée, ou porteur d'un piolet non isolé, le principal danger viendra surtout des trombes d'eau et des vents violents associés à l'orage, notamment parce que l'épreuve subie sera longue et soutenue !
Je ne sais pas si mes développements seront très utiles au petit suisse, mais au moins il y aura une trace écrite

Pour rappel, le rôle (passif, certes) fondamental de l'orage, quelles que soient son altitude et ses coordonnées, est d'injecter des charges négatives dans la terre solide pour maintenir l'équilibre entre l'atmosphère ionisée et la Terre chargée. Les conditions du transfert sont mises en place à la suite de phénomène météorologiques dits convectifs, avec établissement de cumulo-nimbus. Le transfert électrique se réalise essentiellement localement, via la foudre, selon des canaux ionisés qui suivent le fécond principe de moindre action : le trajet le plus simple est le meilleur. C'est souvent le plus court, mais dans le cas des phénomènes électriques intenses, ce seront surtout les points offrant une
différence de potentiel (ddp) la plus élevée localement qui vont jouer. Pour des raisons géométriques, les pointes sont propices à l'établissement de ces ddp, c'est pourquoi il faut éviter de se trouver sur un relief en pointe, ou de ressembler soi-même à une pointe en terrain découvert et plat (par sa forme et/ou par les objets qu'on transporte, surtout s'ils sont métalliques, comme les piolets).
De façon moins formelle, pour ce qui est du bivouac… une tente n'est pas une
cage de Faraday et n'offre aucune protection digne de ce nom contre la foudre ^^ Les arceaux sont en général en aluminium, très conducteur, mais n'englobent pas l'intérieur de la tente en formant une maille fine : grosso modo, pour la foudre, ce ne sera tout au plus qu'un agréable vecteur de transport jusqu'au sol et au randonneur qui dort/angoisse ! Par contre, une tente fermée offre une protection (temporaire, selon la qualité de la tente et la férocité de l'orage) contre la pluie, la grêle et le vent, donc le froid. C'est plus délicat avec un tarp ouvert ! Les températures peuvent également être très froides au passage du front orageux (il peut geler au sol) et après. Reste à savoir si une tente attire la foudre ou non : difficile à savoir. Isolée au milieu d'un terrain plat ou sur une crête, c'est possible. Noyée au milieu d'une masse d'objets en reliefs (champs de rochers, forêt…) ça ne devrait pas représenter une masse décisive ni initier un effet de pointe notable. Certains isolent leurs arceaux, mais il faut porter la charge supplémentaire !
La plupart des tentes actuelles, aux normes européennes s'entend, peuvent encaisser une (très) grosse quantité de pluie fine, mais les orages de montagne sont souvent accompagnés de pluies torrentielles et de grêle, percutant l'abri avec une force d'impact assez impressionnante : une déchirure et l'inondation qui s'en suit ne sont pas impossibles. Les vents peuvent atteindre une centaine de km/h, surtout si le camp a été installé en bas d'une pente raide (écoulement catabatique — le long des pentes — préférentiel de l'air froid au passage du front, notablement renforcé si présence d'un
arcus bien formé s'écrasant sur le relief, ce qui n'est pas rare en montagne du fait que les pentes ont tendance à propulser l'air chaud à l'avant des cols, derrière lesquels se trouvent en général… les campements) ou derrière un col (
effet venturi).
Donc, que faire en cas d'orage en montagne ?
Mis à part le fait qu'on aurait pu s'éviter les ennuis en n'y mettant pas les pieds, on ne fait pas toujours comme on veut mais souvent comme on peut. On peut être parti pour plusieurs (dizaines de) jours, la météo peut avoir été truquée, etc. Le mieux est encore d'être attentif aux montées orageuses, en observant régulièrement les nuages plutôt que ses pieds. La température n'est pas un critère efficace. Un orage en développement peut réchauffer l'air proche du sol pendant les heures qui précèdent la formation rapide des cumulo-nimbus. Les nuages restent le seul bon critère, car ils signent vraiment le phénomène, mais on n'a pas toujours le temps ou la possibilité de les observer (développement rapide, ligne de crêtes, etc.)
Si les signes sont mauvais, alors il faut tâcher de rejoindre un endroit de basse altitude (la plus basse possible, sans se précipiter dans le vide pour autant), protégé des vents (plus que de la pluie, car c'est le vent qui refroidit le plus pendant l'épisode orageux et il y a de grandes chances de se retrouver — plus ou moins — mouillé de toute façon, quel que soit l'abri), en évitant toute cuvette ou ravine et la proximité immédiate des cours d'eau, qui risquent de déborder. Une légère bosse de terrain est toujours préférable à une pente. Si on ne dispose pas de tente, qui est quand même une bonne protection, il faut tâcher de s'abriter de la pluie avec ses vêtements en priorité, avec le terrain en second : trop souvent, des gens ont été foudroyés en t-shirt parce qu'ils s'étaient mis au bord d'une grotte de fortune ou sous un groupe de sapins isolés pour éviter tant bien que mal les gouttes, en attendant que ça passe.
Il faut éviter de s'allonger, d'abord parce que ça donne froid, ensuite parce que ça augmente les chances d'être foudroyé « à la terre », surtout si on est trempé. La position boule avec les mains réchauffées par l'entre-cuisse, façon spéléo, est un bon compromis. Pour ce qui est de l'isolation électrique, se poster assis sur son sac est recommandé, mais attention à ne pas noyer son équipement, ses vêtements en particulier ! Il ne faut surtout pas rester contre une paroi, pour toute les raisons possibles : arcs électriques, ruissellement, chute de pierres, etc.
Si une forêt digne de ce nom est proche, alors il peut-être intéressant de s'abriter sous le couvert des arbres les moins haut et à mi-pente, pas sur les orées ni sous des regroupements touffus de grands arbres. Il faut éviter de se trouver au débouché des ravines et des pierriers, car la foudre peut percuter les crêtes au-dessus du camp et précipiter une quantité non négligeable de débris dans la pente. Un caillou en mouvement, même de petite taille, peut tuer net — et les cailloux ne sont pas toujours petits, un éclair peut détacher plusieurs milliers de tonnes d'une face à la fois !