Vie Sauvage et Survie
Catégorie Générale => Feu de camp => Discussion démarrée par: Jco le 28 octobre 2014 à 14:42:52
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Je viens de lire un article très intéressant, en anglais malheureusement (et assez long et compliqué): http://www.psmag.com/navigation/health-and-behavior/confident-idiots-92793/
Cet article explique que:
- Il nous est très difficile d'évaluer notre incompétence. Reconnaitre notre inaptitude à quelque chose implique d'avoir une compétence qui nous fait défaut.
- Les personnes qui disposent d'une formation/éducation sont plus susceptibles de soutenir des affirmations fausses, que des personnes n'ayant pas cette formation/éducation (peur d'avouer son ignorance, ou pire, sentiment de savoir alors que ce que l'on sait n'est pas correct).
- L'ignorance n'est pas l'absence de connaissance, mais la mé-connaissance
- Nous avons un trait "naturel" à attribuer des intentions / des buts à des organismes/concepts (qui n'en ont pas). Lorsqu'on est sous pression, cette tendance prends le pas et nous pousse à soutenir des affirmations faisant intervenir ce principe (Ex: "La couche d'ozone existe pour protéger la terre des UV").
- On a tendance a appliquer des connaissances qui sont correctes dans certains contextes à d'autres contextes ou elles ne le sont pas
- La formation et l'éducation ne sont parfois pas la réponse à l'ignorance: cela peut générer une confiance qui n'existait pas auparavent, sans pour autant nous permettre de voir "qu'on ne sait pas".
L'un des exemples donné concerne les cours de conduite : Apprendre à des conducteurs des manoeuvres d'urgence peut les amener à penser qu'ils sont experts d'une situation, alors que leurs compétences se degradent au fur et à mesure du temps. Le risque ici est que le conducteur adopte un mauvais comportement qui n'est pas en lien avec sa maitrise réelle.
L'article cherche aussi des pistes sur "comment identifier que l'on est ignorant", ou comment lutter contre des fausses-croyances. Quelques pistes:
- Remplacer une mauvaise croyance par une autre (vraie), plutot que simplement réaffirmer que la croyance est fausse (L'exemple donné est de dire "Obama a été baptisé en 1988" plutôt que de dire "Obama n'est pas musulman").
- Au sein d'un groupe, désigner un "avocat du diable" qui aura pour role de faire se questionner le groupe sur son comportement ou ses croyances
- A titre personnel, être son propre "avocat du diable", en essayant de "penser au contraire" (ou encore la fameuse question "que ferais-je si j'étais moins con").
- Demander son avis à d'autres personnes, qui n'ont pas les mêmes croyances sous-jacentes.
Quelques citations de l'article (certaines étant des citations elle-mêmes):
"Someone who knows nothing is closer to the truth than he whose mind is filled with falsehoods and errors"
"Wisdom may not involve facts and formulas so much as the ability to recognize when a limit has been reached"
"Being educated means being able to differentiate between what you know and what you don’t"
"An ignorant mind is precisely not a spotless, empty vessel, but one that’s filled with the clutter of irrelevant or misleading life experiences, theories, facts, intuitions, strategies, algorithms, heuristics, metaphors, and hunches that regrettably have the look and feel of useful and accurate knowledge"
"We are unbridled pattern recognizers and profligate theorizers. Often, our theories are good enough to get us through the day, or at least to an age when we can procreate. But our genius for creative storytelling, combined with our inability to detect our own ignorance, can sometimes lead to situations that are embarrassing, unfortunate, or downright dangerous—especially in a technologically advanced, complex democratic society that occasionally invests mistaken popular beliefs with immense destructive power (See: crisis, financial; war, Iraq)."
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J'ai commencé à répondre "évidemment, c'est l'effet Dunning-Kruger", et puis j'ai vu que l'article est écrit par Dunning lui-même !
Phénomène déjà mentionné ici:
Pédagogie et survie : l'approche manisienne à discuter... (http://www.davidmanise.com/forum/index.php?topic=63812.0)
Enabling, Responsibility, Hunger and Insecurity - Rory Miller (http://www.davidmanise.com/forum/index.php?topic=38988.0)
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Yo,
- L'ignorance n'est pas l'absence de connaissance, mais la mé-connaissance
Attention, il y a une différence fondamentale entre la connaissance et le savoir. Le savoir est une donnée brute qu'on apprend (par exemple "Charlemagne était roi des Francs"). La connaissance est issue de l'expérience (exemple: la sensation d'être mouillé).
- Remplacer une mauvaise croyance par une autre (vraie), plutot que simplement réaffirmer que la croyance est fausse (L'exemple donné est de dire "Obama a été baptisé en 1988" plutôt que de dire "Obama n'est pas musulman").
Alors, je suis complètement en adéquation avec ça! Une croyance, est une croyance. Penser qu'elle soit vrai, c'est ce mettre dans une situation où plus aucune progression n'est possible! Progresser, avancer, c'est accepter de remettre en cause tout, tout le temps. Du coup, la notion de "vrai", c'est juste un truc de feignasse pour éviter de ce bouger les fesses ;) C'est cette fameuse phrase "C'était impossible. Tout le monde le savait. Un idiot est arrivé, il l'ignorait et l'a fait".
Mes deux sous.
Hugo
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Attention, il y a une différence fondamentale entre la connaissance et le savoir. Le savoir est une donnée brute qu'on apprend (par exemple "Charlemagne était roi des Francs"). La connaissance est issue de l'expérience (exemple: la sensation d'être mouillé).
Sur connaissance / savoir, il s'agit d'une différence intéressante (que je ne connaissais pas ! On revient sur l'ignorance non-reconnue...). J'ai peut être aussi mal traduit le passage en question : "One should not think of the ignorant mind as uninformed but as misinformed".
Alors, je suis complètement en adéquation avec ça! Une croyance, est une croyance. Penser qu'elle soit vrai, c'est ce mettre dans une situation où plus aucune progression n'est possible! Progresser, avancer, c'est accepter de remettre en cause tout, tout le temps. Du coup, la notion de "vrai", c'est juste un truc de feignasse pour éviter de ce bouger les fesses ;) C'est cette fameuse phrase "C'était impossible. Tout le monde le savait. Un idiot est arrivé, il l'ignorait et l'a fait".
Sur la croyance (vraie ou fausse), mon point n'était pas tant d'accepter de remettre en cause ses croyances (un objectif que je partage), mais dans la "façon" de mettre fin à des croyances (fausses). L'article dit: "To successfully eradicate a misbelief requires not only removing the misbelief, but filling the void left behind. If repeating the misbelief is absolutely necessary, researchers have found it helps to provide clear and repeated warnings that the misbelief is false. I repeat, false."
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Coucou !
Je me permet d'apporter ma pierre à l'édifice par ces quelques modestes paragraphes.
- Il nous est très difficile d'évaluer notre incompétence. Reconnaitre notre inaptitude à quelque chose implique d'avoir une compétence qui nous fait défaut.
- Les personnes qui disposent d'une formation/éducation sont plus susceptibles de soutenir des affirmations fausses, que des personnes n'ayant pas cette formation/éducation (peur d'avouer son ignorance, ou pire, sentiment de savoir alors que ce que l'on sait n'est pas correct).
Je suis globalement d'accord. La remise en question est essentielle pour progresser.
Cependant, il faut aussi savoir quand ne pas se remettre en question.
Je prends l'exemple des premiers secours, puisque c'est une des facettes de la survie que je connais le mieux.
Si une personne formée récemment au PSC1 voyait deux blessés. L'un d'eux est secouru par un secouriste formée au PSE2. L'autre nécessite une intervention dans la minute qui suit pour espérer survivre. Mais si cette personne voit le secouriste faire une connerie qui pourrait coûter la vie à sa victime, que faire?
Il faudrait donc trouver "le truc" pour savoir quand on doit, ou ne doit pas douter de soi.
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La connaissance est issue de l'expérience (exemple: la sensation d'être mouillé).
En partie, mais pas que. Tu peux très bien partir d'un postulat, faire un raisonnement logique et obtenir un résultat. Tu acquières de la connaissance, mais pas par l'expérience.
Spinoza définit différents modes de connaissance : https://fr.wikipedia.org/wiki/Baruch_Spinoza#Th.C3.A9orie_de_la_connaissance
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un peu de philo, ça fait plaisir! :up:
bien vu pour Spinoza, mais je pense que l'auteur, anglo-saxon, va plutôt chercher ses définitions dans le pragmatisme, chez un William James par exemple.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pragmatisme#La_v.C3.A9rit.C3.A9_chez_William_James (http://fr.wikipedia.org/wiki/Pragmatisme#La_v.C3.A9rit.C3.A9_chez_William_James)
pour un pragmatique, la vérité et la connaissance ne viennent pas de la logique abstraite, mais de ce qui "fonctionne" concrètement. ce qui est en accord avec les faits.
Rappelons aussi que pour Karl Popper (qui reste le théoricien de la rigueur scientifique telle qu'on l'entend aujourd'hui), parler de vérité n'a pas de sens (scientifique). une assertion ne peut qu'être réfutée par l'expérience, jamais confirmée: tirer une "vérité" d'une observation répétée (induction) n'a pas de validité logique.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Karl_Popper#Philosophie_des_sciences (http://fr.wikipedia.org/wiki/Karl_Popper#Philosophie_des_sciences)
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La remise en question est essentielle pour progresser.
Cependant, il faut aussi savoir quand ne pas se remettre en question.
[...]
Il faudrait donc trouver "le truc" pour savoir quand on doit, ou ne doit pas douter de soi.
On est un peu en dehors du fil initial, mais c'est là un truc qui me touche particulièrement, alors je me permets de poursuivre dans le sens de Rezemika...
Se poser des questions en permanence, c'est bien (voire c'est indispensable), mais comment on fait lorsque la situation craint vraiment, que du coup on n'a pas toute sa tête (effet chimpanzé bien connu de vous) et qu'il faut prendre une décision et agir vite, quitte à ce que la décision ne soit pas optimale ?
Là-dessus j'aime énormément l'approche de David dans ces stages et que l'on retrouve notamment dans le très utile Check list manifesto : donner des moyens pour "penser simple" quand il faut aller vite ou que l'on est pris par la peur, le froid et autre. Les acronymes (CCMVD, RECC et consorts), règle de trois, et tout ces petits trucs nous apprennent justement à ne pas nous poser de questions et à simplement appliquer "bêtement" des listes de trucs à vérifier lorsque la situation est trop complexe pour la penser ou nien que l'on est pas en l'état pour le faire.
De la même manière la formation PSC1 (de ce que j'en ai compris) se base sur des protocoles assez stricts : si vous êtes dans telle situation, vous faites ça. Limite il faut apprendre par cœur. Du coup, le jour venu, on n'a pas à se poser de question pour savoir ce qu'il faut dire au 112 (ni se demander quel numéro appeler), la PLS se fait les yeux fermés, etc.
Je me dis que ces "règles" ont été réfléchies en amont, à l'entraînement, en debriefing de tas de cas que nous n'aurons jamais à traiter et que, du coup, on peut se permettre de les appliquer (presque) sans réfléchir.
Il me semble (je crois que cet article le montre également) que l'on a besoin de certitude, c'est une sorte de besoin naturel. Ca nous permet de nous rassurer face à l'hostilité du monde (ou du moins à notre difficulté à le comprendre...). Alors on peut essayer de lutter contre cette tendance et se remettre en question en permanence, quitte à sombrer dans la folie, parce que ça fatigue à la longue.
On peut aussi jouer de ce besoin naturel à être rassuré par des connaissances, de cette tendance et se laisser inculquer des trucs qui sont utiles, des connaissances qui ne nous enferment pas : une règle très stricte (du genre check list), mais qui soit tout de même ouverte et laisse un peu de place pour agir...
Tout cela me rappelle une réflexion dans je ne sais plus quel fil où il était question de faire nettement la différence entre l'"entraînement" et la "vie réelle". Dans un cas il faut essayer, s'appliquer des contraintes inutiles... et dans l'autre il faut arrêter de réfléchir et agir (toujours tricher, toujours gagner).
Bref il faut trouver une équilibre entre ces périodes de réflexions, de remise en question et ces autres où justement on arrête de couper les cheveux en 4 et on fonce.
Je ne sais pas si tout cela est bien clair, mais c'était mes réflexions du jeudi matin.
CB.
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Le temps de l'action: Checklists et compagnie
Le temps de la réflexion: Debriefing, Retex et modification des Checklists s'il y a lieu.
Vouloir faire les deux en même temps est à la fois dangereux et improductif.
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Le temps de l'action: Checklists et compagnie
Il semble aussi que la "mémoire musculaire" soit un atout précieu lorsqu'il faut agir. C'est pour cela que le CEETS donne beaucoup de place à la pratique si je ne m'abuse, parce que ce qu'on fait à l'entrainement, on a plus de chance de le reproduire le moment venu (le "drill").
Mais pour revenir au risque de l'ignorance non-reconnue, comment cela peut il s'appliquer sur ce forum ?
Dans l'article, ils démontrent que même un rapide briefing sur un sujet complexe (nanotechnologies) fait augmenter le taux de certitude, y compris pour des affirmations fausses.
Donc dans le cas présent, on pourrait imaginer que quelqu'un qui lit ce forum et qui a eu un "briefing" sur le sujet (Règle des trois, CCVMD, etc) pourrait être dans le faux sur des questions (fondamentales) de survie, tout en étant persuadé qu'il est dans le vrai.
Je cherche des affirmations "tricky" mais j'en ai pas qui viennent en tête.
Ex: "En situation de survie, il faut rationner son eau".
J'avais lu quelque part que la meilleure gourde c'est son estomac, et que donc ca sert à rien de rationner son eau. Pourtant je pense que ce serait un reflexe de ma part que de rationner mon eau.
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Yo,
L'on peu rajouter à cela que la façon dont on appréhende une situation, va avant tout dépendre de la façon dont on la perçoit.
"Le monde est mental, l'univers est spirituel", cette vieille citation Hermétique parle en parti de cela: lorsque je parle du monde, je parle de la façon dont moi, je le perçois, d'une facette. Du coup, face à une situation donnée, nous aurons tous une réaction différente, avant tout car la façon dont nous percevons la situation est complètement différente. De ce fait, ce qui est vrai ou faux pour moi, ne le sera pas forcément pour vous; simplement parce que mon monde n'est pas le votre et réciproquement.
"Connait toi toi même et tu connaîtra la Nature et les Dieux", la fameuse assertion d'Aristote gravée sur le temple de Delphes unifie la con-naissance à l'Etre, l'Etre à toute chose. Ainsi toute chose et Je ne sont qu'une seule et même chose, puisque toute chose dépend de la façon dont JE, est, car selon la façon dont JE, est, JE perçois le monde différemment ;#
Time to sleep ;#
Tcho
Hugo