C'est relativement facile d'évaluer la progression. En effet, au début quand tu fais un scénario tu ne sais pas trop ou frapper, ni comment puis avec le temps tu commence a voir les ouvertures, les évaluer, tu commences a prendre de l'aisance, puis de la vivacité etc Puis a force de trainer tu te construis une petite bibliothèque de technique simple et efficace.
Les deux premiers points me semblant les plus faciles à travailler et à évaluer, les deux autres étant à mon avis compliqués...
En particulier, sur la question du développement, de la mobilisation de l'intention, je n'ai pas trop d'idées d'exercices spécifiques, encore moins d'idées d'évaluation de la pratique.
Et sur le dernier point, on peut évidemment travailler et travailler encore en scenarios et débriefer, mais je trouve difficile de trouver des repères relativement objectifs pour évaluer sa propre pratique.
Etape 2 --> pour maîtriser à 100% un outil, pour combler le chemin des 80% qui manquent, il faut du temps, et il faut limiter le nombre d'outils qu'on travaille. On choisit 1-3 techniques qu'on sait particulièrement bien, et on ne bosse que ça (cf "la grosse droite" --> merci Jeff tu m'as libéré l'esprit :)). Et là on découvre que plein de compétences dans ce 80% manquant là sont en fait transversales, et applicables à toutes les autres techniques.
Dans "facing violence: preparing for the unexpected", Rory Miller parle des anti-freeze habits, qui ont pour but de sortir du freeze plus rapidement lors de confrontation.
Rory préconise de prendre l habitude de faire des choses "unpleasant" (pénible/gênante) rapidement et sans hésitation, du genre rentrer sans l eau froide ou faire la vaisselle. Il précise qu'en plus cela sert dans la vie de tous les jours.
sur base de ma maigre expérience, j'ai personnellement un axe sur le long terme sur lequel je travail, c'est la "créativité" dans les enchainements. J'entends par là sortir de ce qu'on t'apprend, par exemple en krav, pour une situation une technique figée. Quand je dis créativité je veux dire voir les ouvertures, évaluer la vulnérabilité de cette ouverture en conséquence frapper ou non.
C'est relativement facile d'évaluer la progression. En effet, au début quand tu fais un scénario tu ne sais pas trop ou frapper, ni comment puis avec le temps tu commence a voir les ouvertures, les évaluer, tu commences a prendre de l'aisance, puis de la vivacité etc Puis a force de trainer tu te construis une petite bibliothèque de technique simple et efficace.
@Tigrou :
Tu écris :
Les exemples que tu cites (rentrer dans l'eau froide, faire la vaisselle) sont vraiment de Rory Miller ? Parce que si, oui, vu comme je rentre dans l'eau froide ou fais la vaisselle, je suis certainement immunisé contre tout risque de "freeze"...
Blague à part, autant je vois l'intérêt de prendre l'habitude de faire des choses déplaisantes rapidement et sans hésitation, autant j'ai du mal à voir l'influence que ça pourrait avoir sur nos réactione sous stress très intense, compte tenu de la nature très différente du contexte...
Cite-t-il d'autres exemples à ce sujet ? C'est effectivement un point capital mais vraiment difficile à travailler...
@David : ta vision d'une progression par cycles est notamment particulièrement intéressante. Mais l'illustration que tu en donnes, en 5 étapes, me semble plus la progression d'une vie et non celle d'un cycle. Ai-je mal compris ?
quels moyens pratiques envisages-tu pour t'assurer de tes progrès dans ton chemin sur ces fameux 80% ?
Il s'agit certes d'une progression par essence personnelle, mais comment échapper à la subjectivité voire à l'illusion ?
Dans le désordre, ce qui me vient à l'esprit :
- ce n'est pas la nécessité de travailler sur base de principes qui induit celle de limiter la pratique à quelques outils ( techniques ). C'est la constatation par l'expérimentation que, sous adrenal dump stress, sans un entrainement professionnel permanent et exhaustif sur tous les aspects, le bagage technique vole en éclats, ce qui provoque régulièrement une sidération passagère mais handicapante lors d'un conflit physique à résoudre.
- ce bagage technique restreint nécessite peu ou pas d'entrainement sous le long terme. Par contre, des rappels réguliers sont constructifs et conseillés.
- les attributs physiques qui aident à la ( sur)vie nécessitent, eux, une pratique régulière, adaptée à l'individu, taillée sur mesure pour rencontrer ses besoins ( contextuels ). Donc, des pratiques sportives et/ou martiales intelligentes, rationnelles et matûres aident à construire l'individu ( physiquement, intellectuellement, moralement et psychiquement ), à développer ses facultés, à en repousser les limites sur le long terme.
Cette pratique renforcera durablement le bagage technique restreint que l'on aura choisi de privilégier.
- le mindset sera construit par l'existence même. Et les choix de vie qui seront endossés par l'individu.
Les entrainements sous scenari, sous stress, et l'appel à des techniques comme la NLP ou l'hypnose, par exemple, ne seront que des renforts de ce que l'on aura privilégié comme modes de vie, et donc de communication avec soi-même et avec autrui ;)
Chaque expérience de vie sera susceptible d'être un renforcement supplémentaire si elle comprise, assumée, assimilée et utilisée avec discernement et raison.
Sans empathie, il n'y a pas de protection personnelle réaliste imaginable.
Les axes de progression sur le long terme seront donc, à mon sens :
- l'ouverture au monde
- la construction d'une personnalité forte
- une pratique sportive diversifiée
- l'établissement d'un cahier de charge technique rigoureux, contextuel et personnel
- la construction d'une vie équilibrée
- l'élaboration progressive, permanente et évolutive d'un game plan large, général, qui permettra d'agir au mieux, sous stress, en situations plus spécifiques et contextuelles
- le développement des capacités de communication et de compréhension
Tout cela, avec opiniâtreté, sagesse et bienveillance, pour l'autre et pour soi-même.
Des philosophies morales, religieuses, spirituelles et/ou politiques peuvent aider à tout cela, mais ne sont pas incontournables.
Tout est dans tout.
(...)
En acceptant de prendre des risques.
La vraie question est : est-ce que c'est important de savoir ou pas ? Le risque de blesser ou d'être blessé est un coût élevé pour savoir un truc aussi peu important...
(...)
Un jour il y a longtemps Patrick me disait qu'il se rendait compte à quel point le "jutsu", si on le travaillait sérieusement dans un but d'efficacité, finissait par rejoindre le "do". Et qu'un "do" qui commençait par enseigner le "do" là lui semblait être un peu creux.
Je suis TELLEMENT d'accord avec ça... Au début où je faisais du karaté, je singeais le respect, je faisais le perroquet et imitais les comportements empreints de compréhension fine du monde. Je saluais un peu trop bas et un peu trop solennellement pour montrer que moi le respect je le comprenais mieux que les autres ;# -- et au final c'est via la self, a baston simple et brutale avec un cahier des charges ultra réaliste que j'ai pu travailler les aspects "do" en comprenant ce que je faisais. Enfin un peu moins mal...
Dès qu'on creuse réellement un sujet, on se rend compte que tout se rejoint et se fusionne... et disparaît un peu. Perd cette importance piquante du début pour conserver seulement ce petit recul humoristique...
Pas assez de stopping power par-rapport aux aspects néfastes de la pratique poing fermé sur mon ossature, en vieillissant.
Le problème, c'est que pour répondre finement à ta question, il faudrait détailler des aspects personnels de vie, des choix individuels de stratégie et de tactique, de technique.
Un exemple :
je viens des techniques de poing et de mains ouvertes. Massivement, de 1977 à 1996, j'ai pratiqué sportivement et martialement poings fermés. Mais, depuis 1974, en SP pure, c'est toujours main ouverte.
Depuis +/- 1996, ce n'est plus que main ouverte.
Pourquoi ?
Pas assez de stopping power par-rapport aux aspects néfastes de la pratique poing fermé sur mon ossature, en vieillissant.
Un autre exemple :
je pratique la visualisation, l'ancrage, le switch on/off. J'ai du revoir complètement ceci, à la baisse.
Parce que cela gênait la perception d'un conflit, sur le moment, du fait de la prédominance de ce que Grannon a nommé le ' supra state ', sur l'Ooda loop.
Etc ... etc ....
Donc, cela devient très individuel et excessivement contextuel comme réponse. Pas sûr que cela apportera de l'eau à ton moulin.
En plus de devoir s'étaler sur la toile pour ce faire. Et du risque de voir rappliquer tous les héros du ' moi je, mon kung fu ' ( et nous en possédons malheureusement quelques exemplaires, j'en ai peur ).
Sur ce point précis :
Une des raisons incitant à évoluer et à changer c'est précisément la prise de conscience de limitations physiques, du moins dans mon cas. Ces limitations peuvent venir du fait de l'âge, du corps, d'un port de prothèse (ex : lunettes), d'une blessure d'entrainement, des conséquences d'un accident ou d'un entrainement mal géré sur la longueur. Je pourrais mettre un exemple précis sur chacun de ces épisodes, mais ce n'est pas le lieu.
En revanche, cela pose une piste de réflexion par rapport à ta question : quel est l'intérêt pour la SD d'un conditionnement reposant sur des qualités par nature éphémères, non fiables et/ou évanescentes ?
C'est un point qui m'importe depuis longtemps (et de plus en plus ;# ). Il n'est pas facile à aborder surtout si on évite les réponses de "chibani" (bis repetita...) du type : "pratiquer wai cha jeune et nei cha vieux".
:)
NB : un point supplémentaire que je trouve important. Quasiment à chaque fois où je pratique un peu, je me commémore les premiers conseils donnés il y a plus de 40 ans. Comme quoi la progression est lente, du moins pour les types quelconques comme moi. (PAVC : trop de "je, me, moi").
Mais en lisant ça, j'ai l'impression qu'il n'y a pas de réelles perspectives de progression à long terme en SD, simplement la perspective plus générale d'une progression dans la vie, et particulièrement dans la vie sociale (ce qui est déjà beaucoup par ailleurs)...
En fait, je me demande si je n'ai pas mal posé ma question de départ et si l'équivoque sur la notion de SD/SP (self-defense/self-protection) ne la fausse pas à la base... Je pense qu'au départ je pose plus la question en terme de progression dans un art martial réduit à son strict essentiel (une sorte de "jutsu" minimaliste et universel à la fois) , alors que la réponse que tu proposes, avec Serge, relève plus de la philosophie de vie (du "do"?)...
Et justement, ma question de départ, c'est quand même celle-là : une fois qu'on est parvenu à ce stade-là : "et au final c'est via la self, a baston simple et brutale avec un cahier des charges ultra réaliste que j'ai pu travailler les aspects "do" en comprenant ce que je faisais. Enfin un peu moins mal...", comment fait-on pratiquement pour avancer ?
Ce serait sans doute hasardeux d'en tirer des grandes généralités mais toi, par exemple, une fois que tu as fait ce constat-là, qu'as-tu changé concrètement dans ton entraînement ?
Au passage, merci beaucoup pour les réponses déjà apportées, il y a déjà plein de bonnes choses, hein... Mais là je continue à m'accrocher un peu parce que j'ai l'impression qu'il y a encore un peu de "bon signal" à aller chercher...