Vie Sauvage et Survie
Catégorie Générale => Feu de camp => Discussion démarrée par: Bomby le 03 avril 2012 à 23:07:33
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Bon, je me lance...
Ça fait quelques jours que le Gros Manitou a pondu ça sur son blog : http://www.davidmanise.com/la-strategie-nexiste-pas/ (http://www.davidmanise.com/la-strategie-nexiste-pas/)...
Ou, copié ici par commodité :
La stratégie n’existe pas. Elle n’est qu’une position qui permet de coordonner des tactiques. Sans une parfaite connaissance des possibilités et contraintes tactiques, et une capacité à laisser faire, le stratège n’est qu’un goulot d’étranglement inutile.
En général je n'ai rien contre la fast-food (for thought, at least) mais là, je ne pige toujours pas précisément le message...
Tu peux expliquer un peu ton idée, David ?
Je subodore que derrière ce condensé à mon avis trop lapidaire se cachent des points intéressants qui méritent d'être un peu plus développés...
Cordialement,
Bomby
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guerilla
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Je me posais la même question... Et si tout l'art du stratège (que d'autres appelleront leader et d'autres carnivore) n'était autre que justement de laisser l'autonomie au autre, mais je donner simplement une direction, un but commun (que certes ont pourrait définir démocratiquement et autre, mais c'est pas le problème).
Alors certes sur l'exemple que Manitou donnait la dernière fois aux NU là oui, le stratège ça fout la m*rde, mais c'est pas nécessairement le seul moyen de penser le rôle du stratège, rien qu'en relisant Machiavel on s'en rend vite compte...
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Comme le dit ironiquement le grand philosophe Hannibal Smith "j'adore qu'un plan se déroule sans accroc"... autrement dit ça n'arrive pas, un plan sans accroc.
Sun Tzu dans l'art de la guerre insiste sur la nécessité de comprendre plutôt que d'apprendre, d'anticiper plutôt que prévoir, et d'envisager TOUTES les éventualités.
Bref si la stratégie consiste en un plan unique d'action, elle est vouée à l'échec.
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Oui mais de là à dire qu'elle n'existe pas...
Même un des plus grands stragèges de l'histoire occidentale a bien dit "aucun plan ne résiste à la confrontation avec l'ennemi". Mais ce gars n'a jamais dit qu'il ne fallait pas de plan !
David fait une méchante faute de logique là, remarquant qu'une mauvaise stratégie est néfaste, il saute à la conclusion que la stratégie est inutile. Ou alors il voulait dire un truc trop profond qu'aucun de nous n'a compris ;D
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La stratégie est dans son sens premier « la conduite de la guerre ». Les stratèges sont en quelque sorte les penseurs de la Guerre, alors que les tacticiens sont plutôt ceux de l’action. 2 niveaux différents de conception de la politique et de la conduite de l’état ou de la guerre, ou de la paix, puisqu’il semble que par nature cette dernière ne puisse jamais être considérée comme un acquis.
Comme BOMBY je m’interroge sur le sens de cette assertion lapidaire et j’ai hâte de voir ou cela peux nous mener, ou si derrière cela ne se cache pas une idée brillante.
Ce que j’entrevoie c’est que ce serait la base, c'est-à-dire les chefs tactiques sur le terrain qui, par la somme de leurs actions, définiraient la conduite de la stratégie ?
Que le stratège tienne compte des résultats et de la situation particulière, à l’instant T et sur un point donné, pour réorienter les actions, cela est concevable au moins, souhaitable au mieux. Qu’il ne décide qu’en fonction de ses subordonnées et de leurs actions…
Un exemple parmi d’autres de la nécessité de définir une stratégie (cadre général des actions) avant de construire des tactiques (espace temps limité) :
Un des principaux facteurs de succès d’un groupe en action, c’est sa capacité à se coordonner. Les mesures de coordinations ne peuvent être toutes obtenues par consensus, il faut aussi décider c'est-à-dire renoncer et imposer. C’est le chef - entité reconnue par ses compétences et/ou légitimement- qui tranche et décide. Le chef stratégique coordonne les actions des chefs tactiques, qui eux mènent les batailles.
Au sein d’un petit groupe, il se détachera toujours un leader qui, pour sa position sociale et/ou ses compétences et capacités, sera reconnu par la majorité sans être forcément institutionnalisé. Même si le consensus peut être plus facile à obtenir, car les acteurs sont moins nombreux et la capacité à communiquer plus grande (proximité, langue, appartenance à un même cercle ethnique, culturelle, moral, religieux, familial, etc.), il n’en demeure pas moins qu’il se détachera toujours un « chef ». Ce dernier sera le décideur stratégique et coordonnera les actions tactiques de ses petits « Co-». Allez cherchez du bois pour le feu, construire un abri, chercher de l’eau et de la nourriture ; qui défend quoi et à quel moment aussi…
Je constate que là ou le chef à été absent, laissant la place à la « démocratie absolue » qui ne retient les décisions que si elles sont prise à l’unanimité, ou comme le sujet semble l’indique, là ou il y a plusieurs petits chefs sans autorité de tutelle, il y a fracture et désagrégement comme sur le naufrage de la Méduse, un exemple parmi d’autres. Inversement, là ou une autorité à su coordonner différentes actions tactiques, les chances de survies et de réussites ont été optimisé. L’œuvre de SCOTT, avec les expéditions du Discovery et Terra Nova entre autres, est très intéressante de ce point de vue. Il se tient à une stratégie générale pour définir ses choix tactiques, et cela sur la majeure partie de sa « carrière ».
Christophe.
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Oui mais de là à dire qu'elle n'existe pas...
Même un des plus grands stragèges de l'histoire occidentale a bien dit "aucun plan ne résiste à la confrontation avec l'ennemi". Mais ce gars n'a jamais dit qu'il ne fallait pas de plan !
David fait une méchante faute de logique là, remarquant qu'une mauvaise stratégie est néfaste, il saute à la conclusion que la stratégie est inutile. Ou alors il voulait dire un truc trop profond qu'aucun de nous n'a compris ;D
Il me semble que l'idée était probablement plus de dire qu'on ne pouvait être un bon stratège sans expérience concrète de la tactique, d'une part, et, d'autre part, que la bonne mise en œuvre d'une stratégie suppose de laisser une autonomie à la fois claire et suffisante au plan tactique...
Mais en effet, de là à conclure que la stratégie n'existe pas, en omettant au passage ce qu'il est désormais convenu d'appeler le niveau opératif, il y a à mon avis plus qu'un pas... Plutôt un fossé, voire un précipice...
Bon, ceci dit, l'exégèse Manisienne, c'est bien, mais si le Grand Gourou consentait à nous expliquer le fond de sa pensée, ce serait certainement mieux...
Cordialement,
Bomby
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l'exégèse Manisienne
Je me disais la même chose. On ne doit pas avoir l'air reluisants, vus par les touristes de passage.
Cela dit, c'est toi qui as commencé ;)
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La stratégie n’existe pas. Elle n’est qu’une position qui permet de coordonner des tactiques. Sans une parfaite connaissance des possibilités et contraintes tactiques, et une capacité à laisser faire, le stratège n’est qu’un goulot d’étranglement inutile.
Personnellement (et à l'heure ou j'écris ces lignes pour être conforme au non-A) j'y vois seulement une affirmation allant dans le sens du décentralisme par rapport au centralisme. L'idée générale étant de penser que ceux "qui sont sur le terrain" ayant une vue plus exacte du problème sont plus à même de le résoudre...
C'est discutable.
Mais ce courant de pensée est actuellement majoritaire depuis le 2GM que ce soit dans la pensée militaire ou dans la pensée managériale. On trouve même de fort argument chez Herbert Simon qui dans sa théorie de la prise de décision met l'accent sur la rationalité limitée.
Simon suggests that economic agents employ the use of heuristics to make decisions rather than a strict rigid rule of optimization. They do this because of the complexity of the situation, and their inability to process and compute the expected utility of every alternative action. Deliberation costs might be high and there are often other concurrent economic activities also requiring decisions.
L'idée étant que du fait de la phase initiale d'intelligence de la prise de décision, "intelligence gathering" :
(http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/1a/Simons_3_stages_in_Decision_Making.gif)
La décentralisation permettrait aux acteurs une prise de décision plus efficace car collant aux "réalités du terrain".
Mais l'exégèse étant un exercice difficile.... :D
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Pour ajouter mon grain de sel
Tel que posé, la stratégie et la tactique sembleraient être en concurrence. C'est paradoxal.
La complémentarité des deux a été mise en avant dans les arguments développés ci-dessus.
Mon point de vue*:
Ce qui me semble important c'est d'introduire le facteur temps dans la boucle ODDA
Sur le terrain, le temps se compte en secondes, en minutes.
Par contre dans la dimension stratégique, la prise en compte des effets à court terme doit être doublée par une vision des conséquences à long terme. (jour, semaine, mois et plus.)
Idéalement les décisions prises par les échelons stratégiques devraient être de validation, de type go no-go à court terme.
Et d'orientation quand le temps le permet.
La communication entre autre est un facteur clé.
*(basé sur l'observation de plusieurs centaines de simulations de travail en équipe avec des configurations de coopération entre équipes terrain, équipe support à distance, supervision opérationnelle des deux + un boss qui coiffe le tout. Ceci en 3 ou 4 étapes successives sur plusieurs jours, avec échanges des rôles, afin de faire émerger par les debriefings les bonnes pratiques. )
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La communication entre autre est un facteur clé.
Tu fais allusion à la Théorie des couts de transaction de Williamson? : http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_des_co%C3%BBts_de_transaction
Car la communication à un "cout" qu'il convient d'optimiser. C'est d'ailleurs un des moteurs des "l'externalisation" des fonctions dans les systèmes humaines, mais aussi de la décentralisation de la prise de décision.
;)
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Merci du lien, je découvre.
Je fais allusion à la capacité à communiquer clairement, rapidement, et en hiérarchisant les priorités et en maîtrisant les couches physiques (utilisation du matériel, fréquences selon zones) qui sont autant de contraintes à prendre en compte.
Un mot de plus sur le contexte physique: plusieurs salles avec retour son et video et un simulateur à 3 degrés de liberté.
Des missions préparées en 2h , déroulées en +/- 1h, débriefées en 3H, des équipes de 5+5+2+1.
Un régisseur et 3 observateur.
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Un mot de plus sur le contexte physique: plusieurs salles avec retour son et video et un simulateur à 3 degrés de liberté.
Des missions préparées en 2h , déroulées en +/- 1h, débriefées en 3H, des équipes de 5+5+2+1.
Je rere-renvoi sur les articles de Th. Picq (désolé pour ceux qui ont déjà parcouru ces références lors de mes interventions précédentes).
Article initial : http://www.reims-ms.fr/agrh/docs/actes-agrh/pdf-des-actes/2008hervouet-melkonian-picq.pdf
Ce que tu dis fait allusion au slide final de la communication : http://www.google.fr/search?q=thieery+picq+force+sp%C3%A9ciale&ie=utf-8&oe=utf-8&aq=t&rls=org.mozilla:fr:official&client=firefox-a
On lira avec profit :
Vashdi, D., Bamberger, P., Erez, M. et A. Weiss-Meilik (2007), Briefing-Debriefing: Using a
Reflexive Organizational Learning Model from the Military to Enhance the Performance of
Surgical Teams, Human Resource Management 46 : 1, 115-142.
Ron, N., Lipshitz, R. et M. Popper (2006), How Organizations Learn: Post-flight Reviews in
an F-16 Squadron, Organization Studies 27 : 8, 1069-1089.
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;#
J'avais hâte que quelqu'un soulève ce truc. J'avoue que je commençais un peu à désespérer. Merci Bomby :)
Ce que je tentais de faire passer, c'est un glissement de paradigme. Un changement de modèle mental.
La stratégie n'a de sens et d'utilité que parce qu'elle permet de coordonner largement les actions de gens sur le terrain, pour que globalement la masse active, qui est au contact du réel, soit plus efficiente / efficace. La stratégie, en fait, n'a de sens que dans un modèle hiérarchique pyramidal, où la base applique la volonté d'une tête, en gros.
Dans le modèle centralisé traditionnel, où la stratégie est centrale, où elle est valorisée, toute action de terrain doit être commandée par le centre. Et toute initiative d'en bas doit être validée par la tête. Ce modèle est super efficace tant que tout va bien, tant que les infos qui remontent vers le centre ne sont pas trop denses et trop nombreuses. Puis, arrivé à un certain niveau de saturation, toute la machine se bloque parce que la tête met trop de temps à prendre et émettre ses décisions.
C'est l'effet "goulot d'étranglement".
Et face au moindre imprévu, c'est pratiquement toujours ce qui se passe. Et les "exécutants" se retrouvent forcés de subir un fort paradoxe : agir de leur propre initiative (au risque de se faire sanctionner ensuite), ou attendre bêtement les ordres ou les infos manquantes (ce qui aura des conséquences tactiques et donc stratégiques, forcément)...
Arrivé à ce moment de saturation, le centre doit déléguer son pouvoir de décision. Il doit réellement faire confiance. Il doit, en fait, changer de modèle organisationnel instantanément, et autoriser la tactique à prendre le pas sur la stratégie, pendant une sorte de parenthèse qu'on pourrait appeler "le contact avec le monde réel" :)
Bref, dans les faits, et sauf si tout va comme prévu (ce qui est exceptionnel), il y a toujours un moment où soit tout foire, soit les tacticiens règlent les problèmes causés par le manque de capacité de traitement d'infos des stratèges.
Est-ce un reproche ?
Non.
La capacité de traitement de l'info d'un être humain, même le plus brillantissime général, est limitée.
Moralité ? La stratégie est comme l'utopie. C'est super beau, sur papier. On aime tous tendre vers ça, et ça donne uen direction générale, mais dans les faits on n'y arrive jamais, et on bricole toujours des solutions de sauvetage in extremis au niveau tactique.
C'est partout pareil. Dans toutes les organisations hiérarchiques. Alors pourquoi ne pas l'assumer, tout simplement, et juste déléguer d'entrée de jeu, en fixant des objectifs larges, une limite gauche, une limite droite, et laisser les gens bosser ?
Pourquoi conserver l'idée de stratégie puisque, concrètement, elle est toujours inexacte, à côté de la plaque, irréalisable ?
En fait il s'agit bien plus de sauvegarder le statut d'individus que d'arriver à remplir des objectifs.
Ca y est. J'ai foutu mon bon gros pavé dans la mare... ;)
A + :)
David
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J'ai l'impression que tu confonds stratégie et centralisation tactique.
Déléguer un pouvoir de décision local c'est bien (et souvent nécessaire), mais laisser chaque élément agir dans son intérêt propre va rarement dans le sens de l'intérêt général. La délégation de pouvoir devrait aussi aller de pair avec des directives évolutives sur la manière de l'utiliser ! Ce que toi tu aimes à appeler "le code génétique", qu'il faut propager ! C'est CA, la manière d'implémenter la stratégie.
Bon maintenant le Did m'a filé un super article que j'ai déjà imprimé, que je vais digérer en même temps que mon saumon poêlé, et après ça je reviendrai encore 4 fois plus malin pour désenbourber ton soit-disant pavé ;)
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J'ai l'impression que tu confonds stratégie et centralisation tactique.
Non, justement. Je dis que c'est trop souvent la même chose dans les organisations ;)
David
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A mon sens, David confond la stratégie avec le commandement par mission (mission command), où le chef donne des ordres détaillés pour la phase courante, que les subordonnés exécutent ensuite, avant de recevoir les ordres pour la phase suivante. Les limites de cette manière de faire dans un environnement chaotique sont apparues durant le premier conflit mondial. Que font les soldats lorsque leur chef est hors combat ?
Les leçons de la première guerre mondiale retiennent la méthode française "du modelage du champ de bataille", où l'on planifie tout dans le détail. Les Allemands eux se sont traditionnellement inspirés d'une approche moins stricte, dans laquelle le chef fixe les objectifs et les subordonnés se débrouillent pour l'atteindre: c'est l'Auftragstaktik, le commandament par mission (en fait par intention), au coeur de la Blitzkrieg, où l'initiative est primordiale pour aller plus vite que l'adversaire et le surprendre.
Les disputes entre les tenants des deux écoles, en particulier aux USA dans les années quatre-vingts, ont fait l'objet de nombreux articles. En substance, le choix entre les deux visions dépend surtout de la culture des armées et de celle de l'État: dans une dictature, on n'encourage généralement pas l'indépendance et l'initiative. L'Auftragstaktik n'est pas un laisser faire. Elle nécessite une profonde symbiose entre les chefs et leurs subordonnés.
Sur la stratégie maintenant: La réponse (courte) à David est une citation apocryphe de Sun Tzu: "La stratégie sans tactique est la route la plus lente vers la victoire; la tactique sans stratégie est le fracas annonciateur de la défaite".
Mes 2 centimes
Euburon
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Euburon,
Merci pour ce brillant condensé des deux écoles dominantes de la chose. J'ai rarement lu un truc aussi juste qui contienne aussi peu de mots. Respect :akhbar:
Sur la stratégie maintenant: La réponse (courte) à David est une citation apocryphe de Sun Tzu: "La stratégie sans tactique est la route la plus lente vers la victoire; la tactique sans stratégie est le fracas annonciateur de la défaite".
Pour moi, une troisième voie existe. Et il s'agit de l'intelligence collective, qui émerge de l'intéraction d'acteurs décentralisés qui peuvent être vaguement coordonnés par un objectif commun plus ou moins clair, une idéologie, une identité, un algorythme quelconque...
Certains me diront que je casse les c*u!lles avec mon leitmotiv, mais j'assume :)
L'intelligence collective, décentralisée, et anarchique est anxiogène pour nous parce qu'elle est associée à des images de délitement, de bordel, d'un truc incontrôlé. Alors qu'en fait GLOBALEMENT ça marche souvent tout aussi efficace qu'un truc bien organisé (si l'algorythme est bien conçu).
La différence majeure avec la version allemande du commandement est la distribution réelle du pouvoir, de la prise de décision, et donc de fait la possibilité de scissions, voire d'antagonismes sur un plan plus général. Mais le coût de fonctionnement est tellement réduit (voir le coût transactionnel énoncé par Did plus haut) qu'il faut une scission vraiment majeure pour que le bilan soit négatif par rapport à un commandement centralisé. Et la robustesse / résilience d'un tel système est telle qu'il continuera à fonctionner même complètement éclaté. Pourra renaître et "repousser" à partir d'une infime fraction restante, etc.
Il existe néanmoins des conditions pour que ça fonctionne un tant soi peu :
1) pas d'enjeux relationnels ou de pouvoir à maintenir ;
2) une formation des acteurs suffisamment ressemblante, d'un bout à l'autre du système, pour qu'on puisse encore trouver une parenté entre tout ça ;
3) un moyen pour que l'information circule...
etc :)
Ciao ;)
David
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Bon, il me semble qu'il faut préciser quelques points... ;D
Les leçons de la première guerre mondiale retiennent la méthode française "du modelage du champ de bataille", où l'on planifie tout dans le détail. Les Allemands eux se sont traditionnellement inspirés d'une approche moins stricte, dans laquelle le chef fixe les objectifs et les subordonnés se débrouillent pour l'atteindre: c'est l'Auftragstaktik, le commandament par mission (en fait par intention), au coeur de la Blitzkrieg, où l'initiative est primordiale pour aller plus vite que l'adversaire et le surprendre.
Le problème, c'est que dans une vision systémique on doit tenir compte de nombreux facteurs. En premier lieu la qualité de la Main d'Oeuvre disponible.
Les allemands ont été les premiers à mettre au point des écoles de guerre pour leurs officiers avec de nombreux exercices de simulation "Kriegspiel". Ils possédaient donc à l'entrée en guerre un corps d'officier bien formé capable de prendre des initiatives sur le terrain.
A cela s'ajoute, le caractère nettement décentralisé de l'Etat Allemand. L'Allemagne, en tant qu'Etat centralisé, n'existe que depuis la fin de la Guerre de 1870. Nous français avons tendance à l'oublier car nous confondons souvent allemands et "pruskos" depuis cet époque. Les allemands sont culturellement plus dans la négociation, ne disait-on pas des "querelles d'allemands" pour désigner des discussions et querelles sans fins.
La tradition française est (très) différente. Que ce soit pour des raisons historico culturelle ou pour des raisons objectives, nous avions un commandement centralisé et un fort gout pour la planification. Parce qu'il y a des avantages à la centralisation. Par exemple, les français sont les inventeurs d'une règle organisationnelle de base que l'on pense souvent, à tort, universelle ou naturelle : une seule ligne hiérarchique avec un chef unique (voir : Henri Fayol).
Si on reprend les choix français qui ont été opérés en 1940 (puisque tu parles de blitzkrieg). Ils étaient justifiés quand on fait une analyse fine. Il s'avère que dans les circonstances de l'époque, ils se sont avérés désastreux. On peut y voir les effets de "L'Auftragstaktik" (désobéissance de Guderian) ou du Sort qui, au final, décide des batailles.
Pour moi, une troisième voie existe. Et il s'agit de l'intelligence collective, qui émerge de l'intéraction d'acteurs décentralisés qui peuvent être vaguement coordonnés par un objectif commun plus ou moins clair, une idéologie, une identité, un algorythme quelconque...
C'est la tendance actuelle du management des hommes. Essentiellement pour des raisons d'efficience. Mais cela suppose de nombreuses conditions :
- Une Main d'Oeuvre de qualité bien formée. Elle doit être capable d'accomplir plusieurs tâches et être capable de prendre des décisions pertinentes.
- Une certaine homogénéité culturelle. Elle favorise la communication et surtout le partage des objectifs. Cela ne veut pas dire obligatoirement une homogénéité culturelle ou ethnique. Dans les entreprises, surtout les grandes qui doivent faire coexister différents groupes humains, on parle de "culture organisationnelle".
- Des objectifs clairs auxquelles
- L'adhésion de la MO à ces objectifs
- La motivation de la MO pour atteindre ces objectifs.
C'est seulement lorsque les individus, formés, partagent des buts communs et comprennent les objectifs fixés qu'ils peuvent s'ajuster mutuellement sans qu'il y ait besoin d'entrer dans les détails de réalisation (ce qui s'oppose totalement à l'Organisation Scientifique Travail /Taylorisme). On doit donc alors, sur un projet, surtout communiquer sur le quoi et le pourquoi plus que sur le comment. Ceci dit, il faut toujours assurer l'organisation du projet, ce qui implique le soucis de l'ordonnancement et des détails.
Dans la pratique ces conditions sont rarement réunis. ;)
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Dans la pratique, il n'y a pas de système parfait. Mais il y a beaucoup de systèmes inadaptés ;#
David
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Est-ce que l'eau qui coule des montagnes a pour stratégie d'arriver à la mer ou est-ce que chaque goutte s'adapte tactiquement aux réalités changeantes des terrains rencontrés pour y parvenir?
Oim (qui en se relisant se trouve lui-même un peu énigmatique mais bon c'est ce que ça m'a inspiré sur le moment....)
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"Faire remonter l'information" :) C'est le rêve impossible des managers incompétents. De ceux qui ne comprennent pas le job de ceux qui travaillent sur le terrain et qui n'ont pas de langage commun avec eux. Les autres, ils vont la chercher l'information.
Et ce n'est pas suffisant pour élaborer et mettre en oeuvre une stratégie. Il faut être conscient que chaque individu et chaque groupe a ses stratégies personnelles. Et que la stratégie d'un niveau de regroupement ne peut fonctionner que si elle trouve des correspondances dans les stratégies propres des entités et des individus qui le composent. Et réciproquement, un individu ou un groupe ne peut pas suivre une stratégie qui ne trouve pas sa place dans la stratégie globale.
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Juste une petite question. Y a un truc qui me chiffonne. Mais je pense que c'est juste une incompréhension de ma part.
Qu'en est il de la stratégie au niveau Tactique, tout en bas de l'échelle hiérarchique.
Suite à la réflexion en instantanée du groupe de base (les tacticiens), ils élaborent eux aussi une stratégie avant d'avancer, non ?
Webst'.
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A mon sens, David confond la stratégie avec le commandement par mission (mission command), où le chef donne des ordres détaillés pour la phase courante, que les subordonnés exécutent ensuite, avant de recevoir les ordres pour la phase suivante. Les limites de cette manière de faire dans un environnement chaotique sont apparues durant le premier conflit mondial. Que font les soldats lorsque leur chef est hors combat ?
Les leçons de la première guerre mondiale retiennent la méthode française "du modelage du champ de bataille", où l'on planifie tout dans le détail. Les Allemands eux se sont traditionnellement inspirés d'une approche moins stricte, dans laquelle le chef fixe les objectifs et les subordonnés se débrouillent pour l'atteindre: c'est l'Auftragstaktik, le commandament par mission (en fait par intention), au coeur de la Blitzkrieg, où l'initiative est primordiale pour aller plus vite que l'adversaire et le surprendre.
Les disputes entre les tenants des deux écoles, en particulier aux USA dans les années quatre-vingts, ont fait l'objet de nombreux articles. En substance, le choix entre les deux visions dépend surtout de la culture des armées et de celle de l'État: dans une dictature, on n'encourage généralement pas l'indépendance et l'initiative. L'Auftragstaktik n'est pas un laisser faire. Elle nécessite une profonde symbiose entre les chefs et leurs subordonnés.
Fait paradoxal, la situation a maintenant bien changé puisque les allemands (et les anglo-saxons en général) ont abandonné cet esprit d'initiative et, au contraire, planifient tout dans les moindres détails, avec une précision et une efficacité impressionnante, mais une capacité de réaction proche du néant. L'influence de l'OTAN dans ce domaine n'a pas aidé.
En revanche, l'armée française a largement développé l'approche "par mission" en y ajoutant une chose inconnue du monde OTANnien: l'esprit de la mission, appelé dans le vocabulaire militaire effet majeur, distinct de la mission elle-même, mais dont la réalisation est un facteur clé de la réussite de la mission.
Deux exemples, réels, que je tiens de personnes les ayants vécu:
1: les pilotes de l’école franco-allemande de pilotage du Tigre doivent de rendre du Luc-en-Provence aux camps de Champagne pour un exercice. Planification de l'itinéraire comme on sait le faire dans les forces aériennes et décollage. Sur l'itinéraire, un énorme orage que les hélicoptères ne peuvent traverser, impliquant une prise de décision. Il y a alors deux approche:
- l'allemand, considérant que la planification prévue ne peut se dérouler, estime qu'il faut faire demi-tour, se poser et repenser la chose
- le français, qui estime que la mission est d'atteindre les camps de champagne et donc prend la décision de modifier son itinéraire en conséquence pour contourner l'orage.
2: exemple plus récent: l'emploi des hélicoptères en Libye
Les résultats prouvent que l'efficacité des frappes du groupe aéromobile français a été bien supérieure à celle du groupe anglais (même rapportée au nombre de machine disponible).
- Les anglais décollaient avec une mission bien précise, un objectif et des cibles clairement désignées, via des reconnaissance du niveau stratégique et l'autorisation d'ouverture du feu ne leur est accordé que pour ces cibles. Le problème, c'est que les cibles des hélicoptères sont très mobiles, et que leur emplacement n'est évidement pas fixe. Donc, si la cible n'est pas à l'emplacement prévu, les hélicoptères n'ont pas d'autre choix que de rentrer sans effectuer de tir.
- les français décollent avec un zone d'opération et un "kill box" bien définie, sont précédés de leurs propres éléments de renseignement, sont accompagnés d'un élément de commandement volant et, élément primordial, ils ont reçu la délégation de décision d'ouverture du feu. Il leur a donc été possible d'une part, de s'assurer de la position des cibles initialement désignée (par les reconnaissances), évitant les dommages collatéraux, et d'autre part de repérer dans la zone d'opération, des cibles (attitude agressive avérée) qui n'avaient pas été identifiée initialement.
Il est à noter que les résultats du groupe aéromobile français, malgré la vieillesse de la plupart des appareils, ont été observés par de nombreuses armées étrangères qui viennent maintenant voir comment fonctionne le "french system"!
La conclusion, c'est que la capacité à prendre des décisions et des initiatives dans les plus bas échelons nécessite de connaître parfaitement l'esprit de la stratégie du chef, qui, au lieu de ne donner qu'un axe unique à suivre, doit impliquer ses subordonnés en leur donnant un cadre d'action dans lequel ils auront toute latitude pour évoluer.
Cela demande un travail accru de l'échelon supérieur qui devra bien réfléchir au cadre qu'il veut donner à sa stratégie, mais comporte deux avantages majeurs:
- plus grande souplesse et réactivité du subordonné face à l'imprévu, lequel pourra prévoir à son niveau plusieurs éventualités d'action et de réaction respectant le cadre qu'on lui a fixé;
- implication du subordonné qui, au lieu d'exécuter de façon disciplinée, mettra sa propre intelligence au service de la mission qu'il a reçue, obtenant parfois des résultats au dessus des attentes de son chef
La grande tentation du chef de tout vouloir diriger, maitriser, jusque dans les plus bas échelon (ce qu'on appelle "mricomanagement") doit donc être combattue car elle implique une manque de réactivité et une surcharge de travail pour le niveau stratégique qui n'a alors plus le temps de prendre du recul.
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La conclusion, c'est que la capacité à prendre des décisions et des initiatives dans les plus bas échelons nécessite de connaître parfaitement l'esprit de la stratégie du chef, qui, au lieu de ne donner qu'un axe unique à suivre, doit impliquer ses subordonnés en leur donnant un cadre d'action dans lequel ils auront toute latitude pour évoluer.
Cela demande un travail accru de l'échelon supérieur qui devra bien réfléchir au cadre qu'il veut donner à sa stratégie, mais comporte deux avantages majeurs:
- plus grande souplesse et réactivité du subordonné face à l'imprévu, lequel pourra prévoir à son niveau plusieurs éventualités d'action et de réaction respectant le cadre qu'on lui a fixé;
- implication du subordonné qui, au lieu d'exécuter de façon disciplinée, mettra sa propre intelligence au service de la mission qu'il a reçue, obtenant parfois des résultats au dessus des attentes de son chef
La grande tentation du chef de tout vouloir diriger, maitriser, jusque dans les plus bas échelon (ce qu'on appelle "mricomanagement") doit donc être combattue car elle implique une manque de réactivité et une surcharge de travail pour le niveau stratégique qui n'a alors plus le temps de prendre du recul.
Une excellente description de la maladie Otanasienne, ça marche contre des adversaires totalement inférieurs en technique et organisation, ça risque de faire très très mal contre un vrai adversaire.
La maladie Powerpoint poussé à l'extrême.
Quand les stratèges commences a faire de la tactique rien de bon peut en sortir.
Mais comme le dit Azur...
La formation des chefs aux petits échelons est l'élément clefs pour avoir une bonne tactique et appliquer une stratégie. Essayer de transformer les chefs en robots c'est nier l'essence même du combat qui est fluide et imprévisible et c'est sélectionner des imbéciles qui le jours venu ou il faudra réfléchir ne seront pas comment faire.
Un chef évolue au niveau de la donnée d'ordre habituelle: MMAPT et à partir de ce cadre il prend les décisions
Mission (à caractère offensif, défensif, protection);
Milieu (terrain, météo, population civile, médias)
Adversaire (emplacement, force, intention, habitudes, armement, distance, visibilité)
Propre troupe (effectif, niveau d'entraînement et moral);
Temps (temps à disposition).
Dans ce cadre et fonction de ce qui se passe il prend des décision tactiques à son échelon.
Ce que je constate c'est effectivement ce mode conduite à été totalement négligé ces dernières dizaines d'années et de facto on a plus formé de vrai chefs. Un exemple récent était pour le moins éclairant pour moi...
La raison d'une part la volonté du zéro failure, donc on reporte la décision et la capacité de faire une erreur toujours plus haut, compréhensible quand on voit l'ouragan médiatique déclenché en Afgh par la décision d'un "Major? de la BW" de bombarder un camion citerne volé par les talibans.
D'autre part le type de conflit ou en règle général, soit l'adversaire surprend totalement soit il est complètement inférieur en capacité, technique et conduite.
Juste comme Kriegspiel, l'OTAN essaye d'attaquer le Hezbollah, à mon avis la manière actuelle de procéder va mener droit au désastre.
Ça va être difficile de remonter la pente.... On s'y emploie...
Moléson
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Qu'en est il de la stratégie au niveau Tactique, tout en bas de l'échelle hiérarchique.
Suite à la réflexion en instantanée du groupe de base (les tacticiens), ils élaborent eux aussi une stratégie avant d'avancer, non ?
Webst'.
La limite entre tactique et stratégie est assez floue. Dans cet exemple, l'objet de la réflexion est limité dans le temps et dans l'espace et cela n'est pas à proprement parler de la stratégie. Je crois :-\
Pour moi, la stratégie du groupe, ou de l'individu, ce serai plutôt de savoir s'il est par principe plutôt attentiste ou plutôt doué d'initiative, ou plutôt prudent ou bien plutôt risque-tout, par exemple. Pas que cela, mais à ce niveau de réflexion.
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David veut introduire du constructivisme à outrance (la stratégie n'existe pas, c'est un construit). Comme en économie ou l'intérêt de chacun finit par faire le "bonheur" de tous. Sauf que c'est pas le cas.
Après y'a plusieurs manières de voir, comme de faire de la recherche. Je pense que la chose fondamentale à prendre en compte ici c'est le contexte. Du contexte dépendra ou non la stratégie, mais de fait, comment penser le contexte sans penseur ? C'est une impasse logique.
Ce que disait David c'est qu'il faut faire confiance au gens dans la détermination de ce qui doit être fait à un moment donné selon eux. Et de fait aussi il y a un soucis de contexte. Je me rappelle de l'article sur le mec qui a passé un an pendant la guerre serbo-croate. C'est chacun qui a déterminé son propre chemin y'avait pas un penseur dans la ville y'avait qu'une organisation ancestrale de différents groupes, principalement liés à la famille et c'est tout. Est-ce que c'était la solution la plus optimale ? A posteriori je pense pas, mais le fait est là.
Est-ce que l'on revient dans ce cas à la famille + la ferme familiale qui permet de vivre heureux au détriment du modèle actuel de développement ?
Dans le cadre de la rupture paradigmatique que suggère david, on quitte les apports des lumières pour aller sur la théorie des conventions et autres (voir les travaux de Gomez http://www.em-lyon.com/france/professeurs/gomez/index.aspx) ? Dans le cadre de ma thèse j'essaye de bosser sur des formes "émergentes" de "stratégie" ou on inclut directement le "client" dans la création d'un bien / service... Mais c'est pas pour autant que je suis en rupture avec le modèle d'avant, c'est surtout une grosse évolution (ça parlera plus à certains si j'voque (mais c'est différent) les notions de crowdsourcing, de co-création et autre. Bref, y'a une vision mais elle est enrichit, modifiée, améliorée en permanence, et peut être que c'est ça la clef pour "limiter" le goulot d'étranglement (place de la délégation aussi comme il a été soulevé)
Plusieurs personnes (Weick et autres) on bossé sur la notion de sens, et comment on donne sens on fait sens quand ça part en vrille et c'est ce qui me parait intéressant au fond. La stratégie n'agit pas quand ça part en vrille, éventuellement on se fixe alors une mission, et on s'engage. Une collègue bosse la dessus sur la "crise" lié à la canicule (http://basepub.dauphine.fr/publications?value=Adrot%2C+Anouck&type=author) c'est vraiment marrant à lire et effectivement on voit la stratégie se désagréger au fur et à mesure, parce que le contexte est différent, et en fait chacun le perçoit. C'est là que c'est important.
C'est ce qui fait notre perception qui fait la compréhension du contexte. En revanche la cognition fera qu'on ne le comprendra pas de la même manière sur certains points (déjà été dit avant d'ailleurs, culture proche = compréhension proche en gros). Je pense que c'est un problème à prendre à la renverse et de se poser finalement la question est-ce que l'action organisée d'un groupe vers un but existe ?
Et là, la réponse me paraît évidente, oui. Alors tout dépend de ce qu'on entend pas Stratégie. Mais Est-ce que c'est cette action organisée d'un groupe vers un but, ou est-ce que c'est l'action organisée d'individus ? Qu'est qui fait l'identité groupale ? En bref, vu que le Manitou et d'autres aiment bien certains penseur c'est un problème complexe (vraiment, au sens de Morin) on pourra pas faire de systémique et autre, et la conclusion c'est qu'on ne peut trouver de réponse que complexe, peut-être pourrions-nous construire un principe, mais j'en suis même pas sur. (et je suis maintenant complètement perdu...)
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Bonjour,
Comme je l’annonçais dans mon post de présentation, j’ouvre à nouveau le fil dédié à la réflexion un tantinet provocante de David Manise au sujet de la stratégie. Je propose un angle d’approche qui s’éloigne de la réflexion théorique et privilégie l’étude d’un cas historique. Je vais faire en sorte de ne pas être trop long.
Quelques membres ont évoqué à juste titre la défaite de mai/juin 40 : c’est un exemple d’effondrement particulièrement spectaculaire de l’Historie contemporaine. Son étude est à mes yeux légitime sur un site de survie, au même titre que la chute de L’URSS, de la faillite de l’Argentine, ou pourquoi pas la fin de l’Algérie française et l’exode des Pieds Noirs. Ce fut un effondrement à la fois militaire, politique, morale et économique (in fine) dans lequel le rapport à la stratégie sur un plan national/collectif fut précisément déterminant (et fatal pour l’indépendance de la France). Si j’apprécie la citation de Sun Tzu dont s’est servi judicieusement Euburon laquelle résume en grande partie mon propos, j’espère aussi en nuancer la portée normative dans les esprits (les aphorismes : c’est bien mais faut pas en abuser, ce qui n’est pas le cas d’Euburon faut-il le préciser ;)).
C’est bien une renonciation à la pensée stratégique qui a perdu le pays. Et c’est le fruit d’une faillite intellectuelle d’une partie de l’Etat Major des Armées qui se fait jour dès les premiers mois de la Grande Guerre à la suite de l’échec du Plan 17. L’arrogance née de la Victoire et le conformisme intellectuel alimenté par la longévité aux commandes de ses concepteurs vont amplifier les effets d’une doctrine néfaste pour la sécurité nationale au cours des années 20 et 30. La conséquence la plus visible pour le grand public – et les générations postérieures – se concrétise par la construction de la Ligne Maginot, si révélatrice de l’état d’esprit dominant. ^-^ ^-^
Ce courant de pensée, quel est-il ? Ni plus ni moins l’affirmation que la stratégie doit céder la place à la tactique, elle même tributaire de la maîtrise technique des forces armées, dont les concepts clés sont mobilisation de masse, front continu, ouvrages fortifiés, bataille méthodique, frontière du Nord-Est… C’est un certain Philippe Pétain élevé au rang de Maréchal de France après l’Armistice qui fut le maître à penser de cette école qui nous entraîna dans la catastrophe la plus terrible de notre histoire. :o
Mais l’histoire diplomatique est complexe et pétrie de retournements sur lesquels je ne m’étendrai guère et me contenterai de schématiser. Il y a un impératif stratégique qui s’impose en France au moment du Traité de Versailles : c’est la neutralisation durable (sinon définitive) de l’Allemagne. Comment y arriver ? Foch qui représente l’école des stratèges d’avant guerre et qui fut l’incarnation avec Clémenceau de la volonté de vaincre au cours du conflit, notamment en mars1918 lors de la grande offensive allemande où il déploya énergie et clairvoyance, préconise (outre le désarmement de la Reichwehr dont on se doute bien qu’il ne durera pas éternellement) de reconstituer une alliance à revers (les Russes devenus bolcheviques sont nos ennemis) en organisant avec Berthelot, secrétaire général aux Affaires Etrangères, la Petite Entente qui regroupe divers pays issus du démembrement de l’Empire Austro-hongrois : Pologne, Roumanie, Yougoslavie, Tchécoslovaquie.
Ainsi obligerait-on l’Allemagne à lutter une fois de plus sur deux fronts dans une logique de guerre longue qui venait de la mettre à genoux. Le problème c’est que pour mener à bien cette stratégie il faut assumer une adaptation et une transformation en profondeur de notre outil de défense. Il s’agit de penser globalement dans un système d’assurance mutuel et d’être prêt à épauler nos alliés en cas d’agression : il faut donc être capable de projeter nos armées à l’extérieur. Exit la guerre défensive et la bataille méthodique dans un espace étriqué saturé de troupes : place à la guerre de mouvement fondé sur la combinaison des forces mécaniques et de l’aviation comme l’exposait le commandant De Gaulle. Bref, subordonner la tactique à la stratégie… :doubleup: :doubleup:
Or, vous l’aurez compris, cette politique volontariste, susceptible d’engager des actions extérieures de grande envergure que les Ligues fascistes dénonceront comme une politique belliciste dans les années 30, se heurte au dogmatisme du tout tactique né des convictions qui s’étaient ancrées à Verdun, la Somme et sur d’autres champs de bataille hexagonaux du 1er conflit mondial.
Un général bien en cour auprès de Pétain écrit en 1938 alors que la Tchécoslovaquie, pièce maîtresse des alliances françaises en Europe Centrale est sur le point d’être sacrifiée aux appétits de Hitler que « [nul] ne pourra plus imposer sa volonté à l’une de ces nations privilégiées auxquelles le front continu est accessible parce que cette nation sera bien trop sûre de son invulnérabilité pour se laisser influencer par une pression diplomatique. »
L’éloge de l’isolement diplomatique fondé sur une théorie militaire érigée en vérité intangible (dont effectivement la réalisation fut purement théorique et donc illusoire, le front continu exigeant la mise en œuvre de moyens titanesques pour avoir une chance d’être efficace – il faut que les défenses soient de valeur et de densité équivalentes partout – ce qui ne fut jamais le cas et de ce point de vue la percée de Sedan en donna une preuve dramatique) impliquait que les possibilités techniques commanderaient le choix des alliances et la politique extérieure du pays. En clair, on ferait ce que l’Allemagne nazie attendait qu’on fît. Un tel état de désintégration morale (j’utilise à dessein l’expression du général André Beauffre), de régression intellectuelle, est le signe que l’ennemi, certainement bon stratège, a déjà gagné avant même d’engager la bataille. :blink:
Maintenant il est temps de retourner la problématique : si les français renoncent à la stratégie fondée sur l’action diplomatique et les traités d’alliance et se complaisent dans des théories fumeuses qui introduisent une irrémédiable discordance entre politique extérieure et politique de défense ; que se passe-t-il en Allemagne ?
Tout l’effort de la nation allemande placée depuis 1933 sous l’emprise du régime totalitaire hitlérien est tendu vers la réalisation des objectifs stratégiques du chef qui est hanté par la revanche militaire à prendre sur la France (c’est clairement exprimé dans Mein Kampf), son idéologie raciale, et sa soif d’espace « vital » à l’Est. La guerre d’agression est donc au centre du projet de Hitler qui d’ailleurs a réussi la (re)-militarisation de la société allemande. Celui-ci en accord avec les stratèges allemands de l’après-guerre a compris qu’il devait préparer une guerre courte sur un seul front.
Avec beaucoup de maestria il démolit méthodiquement, par « actions successives », par la recherche de « l’exploitation des lignes de moindre résistance », le réseau d’alliances des Français en Europe Centrale et s’arrange avec un art consommé de la séduction pour qu’une part influente de l’opinion en France (milieux d’affaires, Ligues, une partie des hauts cadres de l’armée et du monde politique) consente ou pousse au sabotage des traités (Tchécoslovaquie, URSS). Simultanément, on met sur pieds une armée mécanisée (partiellement), une aviation puissante et on expérimente en Espagne les tactiques qui permettront la rupture du front le moment venu. Il finit par écraser la France en un laps de temps ridicule. Ceci est largement connu, ce n’est point la peine de développer plus longuement. J'ai limité volontairement l’analyse aux seuls rapports franco-allemands.
Ce qui est moins connu c’est que le plan initial de Hitler (Mein Kampf toujours) postulait le découplage précoce de l’Angleterre, alliée de la France, au profit de l’Allemagne. C’était la condition fixée à l’hégémonie continentale allemande. Or, ni Hitler ni son fondé de pouvoir Von Ribbentrop ne purent entamer sérieusement l’entente franco-britannique. En 1935, Hitler est contraint de choisir l’alliance continentale avec l’Italie (lors de l’affaire d’Ethiopie) : c’est la naissance de l’Axe. En 1936 Edward VIII, souverain anglais pro-nazi, abdique. De 1938 à 1940, malgré les manœuvres de Lord Halifax et de Chamberlain, toujours prompts au compromis avec les Nazis, c’est finalement le camp de Churchill qui l’emporte. L’Angleterre devient alors l’ennemi implacable du régime nazi et au terme d'une lutte sans merci finit par le vaincre (avec l’aide américaine et russe ;)).
Si la stratégie de Hitler (Wehrpolitik) lui permit de grandes réussites elle contenait en germe les causes de l’échec final. L’incapacité à rallier la Grande Bretagne à ses vues aurait dû inciter le Fürher et son Etat major à plus de retenue et de souplesse dans l’exécution de leurs plans. Au demeurant le rapprochement avec l’Angleterre avait quelque chose de profondément irréaliste : en dehors de quelques illuminés (dont Edward VIII), la perspective du militarisme, de l’antisémitisme comme religion d’Etat et de son corollaire le culte de la race des seigneurs, enfin de la dictature ne séduisait guère les foules britanniques… Or c’était la raison d’être du régime nazi qui ne pouvait se réformer pour plaire aux Anglais… Pourtant les Allemands ont appliqué leur stratégie comme s’ils avaient été exemptés de chercher une solution au problème posé par l’Angleterre.
Les stratèges ne devraient jamais fantasmer le monde car ils risquent de s’enfermer dans le monde comme si, celui du déni… Parfois pour le plus grand bonheur de tous. ::)
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J'apporte un peu d'eau au moulin sur le terrain que je connais (ou je suis total à coté de la plaque ;# )
Amha, il s'agit du modèle organisationnel utilisé dans l'open source ( dans la pensée de david).
Ce modèle pourrait très bien est appliqué à un groupe d'individu, alors oui, ça fonctionne car il y a les moyens de communications nécessaire pour rapidement partager. Quel que soit la théorie elle dépend totalement des moyens de communication.
Mais je pense que quelque soit la théorie, l'organisation dépend avant tout des moyens de communication disponibles.
Dans le cas d'un mode dégradé, le seul moyen restant sera à mon avis le QRP: http://qrpfr.free.fr
Des liens pour comprendre la philosophie:
http://gesd.free.fr/forayz.pdf
http://adonnart.free.fr/doc/catbazar.htm
http://www.tice.ac-versailles.fr/logicielslibres/spip.php?article102
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Mais je pense que quelque soit la théorie, l'organisation dépend avant tout des moyens de communication disponibles.
Dans le cas d'un mode dégradé, le seul moyen restant sera à mon avis le QRP: http://qrpfr.free.fr
Dans l'armée, on considère qu'il y a 3 fonctions essentielles à toute action:
- le commandement (un chef, une hiérarchie et surtout, surtout les moyens de communication indispensables du haut en bas de la chaine)
- le renseignement (appelée "connaissance et anticipation" au niveau stratégique)
- la logistique (les moyens d'accomplir l'action)
Sans ces trois fonctions, toute action est impossible, et je pense que c'est également valable pour n'importe quelle projet, qu'il soit civil ou militaire...
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Pour moi, une troisième voie existe. Et il s'agit de l'intelligence collective, qui émerge de l'intéraction d'acteurs décentralisés qui peuvent être vaguement coordonnés par un objectif commun plus ou moins clair, une idéologie, une identité, un algorythme quelconque...
ça marche même assez bien , Al Qaïda fonctionne comme ça, une idée sous licence en quelque sorte, après chacun adhère et s'organise comme il veut, quand il veut, dans des actes isolés qui bout à bout font des constructions collectives,
souvent cette stratégie absente ou très peu marquée se retrouve dans des réalisations en dehors ou contre le système occidental classique dominant
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ça marche même assez bien , Al Qaïda fonctionne comme ça, une idée sous licence en quelque sorte, après chacun adhère et s'organise comme il veut, quand il veut, dans des actes isolés qui bout à bout font des constructions collectives,
souvent cette stratégie absente ou très peu marquée se retrouve dans des réalisations en dehors ou contre le système occidental classique dominant
Ce système fonctionne si tout le monde adhère à une idée commune et s'attache à la servir avec intelligence... ce qui n'est pas applicable à une nation où, de fait, tout les avis ne convergent pas et où la loi remplace l'idéologie!
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ce qui n'est pas applicable à une nation où, de fait, tout les avis ne convergent pas et où la loi remplace l'idéologie!
Les deux mandats prestés par George W. Bush tendent à infirmer cette proposition.
Une nation, où l'on a fait converger ( momentanément ) les avis et où l'idéologie a forgé la loi et l'esprit de la loi.
intelligence collective, qui émerge de l'interaction d'acteurs décentralisés qui peuvent être vaguement coordonnés par un objectif commun plus ou moins clair, une idéologie, une identité, un algorythme quelconque...
Nous retrouvons complètement ce qui a prédominé sous ces mandats, avec l'émergence radicale des think tanks et l'agressivité du lobbying.
Ceci pour nous rappeler à tou(te)s que non, non, même un samedi soir, nous ne pouvons déroger à la règle : pas de politique ;)
Donc, recentrons-nous tou(te)s sur le sujet initial. Merci d'avance. Et Mea Culpa, comme disait l'autre.
(http://i45.servimg.com/u/f45/12/15/99/03/concie10.jpg)
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Lokmikael, ton rappel historique est extrêmement intéressant et particulièrement instructif. C'est un condensé lumineux pour mettre en parallèle stratégie et tactique sur un sujet bien concret.
Ne t'arrête surtout pas à 2 messages ;)
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Je te remercie JeanJacques pour cette appréciation élogieuse. J'ai moi-même adoré un certain compte-rendu de HRP particulièrement jubilatoire dont tu es il me semble l'un des co-auteurs. Mais c'était sur un autre forum... 8)
Je te rassure : je m'efforcerai d'intervenir encore sur le forum de David Manise dès que les topics s'y prêtreront.
Les derniers développements du fil abordaient des aspects politiques. Je sais que c'est toujours délicat d'introduire la question politique sur un forum : on a toutes les chances que cela parte en eau de boudin. Toutefois, on ne peut dissocier la question stratégique d'un projet politique lequel soulève également la question morale, celle de la fin et des moyens. Dans les années 30 la plupart des hommes politiques français en vue (je ne cite aucun nom pour ne pas incommoder le concierge ;)) n'avaient aucune ambition politique en dehors des combinaisons qui leur permettaient d'accéder ou de se maintenir au pouvoir à la Chambre, ambiance typiquement Troisième République. On avait plutôt tendance par commodité et paresse intellectuelle à réduire la vie de la nation (et de l'Empire colonial) à une addition d'intérêts particuliers - antagonistes ou proprement opposés à l'intérêt général - que l'on servait, surtout les plus gros... Impossible dans ce cas d'avoir une vision politique d'ensemble digne de ce nom et d'élaborer une stratégie pour la faire aboutir.
Je peux conseiller quelques ouvrages pour ceux qui voudraient approfondir ces questions :
Introduction à la stratégie du Général André Beauffre (un must constamment réédité à 3 francs 6 sous ; Beauffre était l'un des plus jeunes officiers du GQG, en 1939 il participa à la mission de négociation avec les Russes qui comme chacun sait s'est soldé par un échec cuisant et mérité)
L'étrange défaite de Marc Bloch (idem, observations et réflexions à chaud d'un des meilleurs historiens français du 20ème siècle - en fait un médiéviste fondateur de l'école des Annales - sur l'effondrement de Mai 40)
Les fossoyeurs de Pertinax (pseudonyme d'André Géraud, directeur du service étranger de l'écho de Paris, plus difficile à trouver : éditions d'époque 1943)
@+ donc :D
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Alors, finalement, existe t elle ou n'est elle qu'un construit ?
Peut importe finalement.
Imaginons nous 30 000 ans en arrière et une troupe de sapiens sapiens en manque de bouffe, ne peut on pas raisonnablement penser que, en voyant certains détails des peintures rupestres y'avait pas une once de stratégie (pour caricaturer fin) dans les chasses ou n'était-ce que de la tactique (pour caricaturer moyen) ?
Désolé, mais je doute que la stratégie soit un construit, l'être humain de part se conscience et sa faiblesse relative (sans moyen) a de très longue date du
1 se regrouper
2 se démerder ensemble pour boire / se chauffer / bouffer
Bref, la stratégie à, amha, toujours existée, mais elle fut si proche de la tactique (manger = tuer de la bête en rentrant vivant = si je trouve qu'un troupeaux d'aurochs, bah on bouffera de l'oiseau...) que je ne pense pas qu'on puisse réellement la "séparer". Sauf peut être dans l'idée que toute la troupe est d'accord sur la stratégie, mais le chef mènera la tactique, peut importe les désaccords ?
En bref, une stratégie commune et admise par tous = faut qu'on trouve à bouffer. Et les moyens de décisions et tactiques totalement dédiés à cette mission sont autonomes.
Mais ça c'était avant, l'histoire magistralement résumée par LOKMIKAEL a donné quelques exemples sympa.
Mais pour finir, je pense qu'on peut dire que, au sens de cette histoire imaginaire, la stratégie existe et elle doit nécessairement dépendre du contexte et être autonome (localement inscrite et capable) pour rendre la tactique efficace...