Salugh
Une petite histoire pleine d'enseignements.
Ce jeudi 16 novembre, à 9h45 retentit dans mon lycée la sonnerie d'alerte incendie. Confortablement installé dans la salle des profs je terminais une heure de "trou" en lisant un bon livre."Tiens, me dis-je en mon for intérieur, un exercice!" Mon collègue CPE (surveillant général post moderne) en face de moi lache son mégot de roulée et se précipite aux infos, fort préciptamment (bizzare, aurais-je dû me dire car il aurait été au courant, mais bon, ce roman est fort attirant, anocre quelques pages, je rejoindrai la troupe plus tard).
Retour précipité dudit CPE qui s'empare de son téléphone de service:"Sors, c'est une vraie!" Oulalala; allons-y. Dehors, nos chers élèves sortent en bon ordre et tranquillement pour se regrouper, en bon désordre, à leur point de regroupement.
Sans charge d'âme je cherche à me rendre utile en traquant le resquilleur dans les recoins.
Autre CPE:"C'est une alerte à la bombe!" Et nous voilà tous repartis pour une seconde évacuation vers le parc voisin. probléme, la porte est trop petite pour faire correctement transiter 650 élèves et une centaine d'adultes (ça en fait du monde).
Donc une partie du flot humain passe par la grande sortie qui est aussi la voie pompier, et qui impose de passer par la rue en bas, pas glop pas glop la sécurité, pas de jalonnement latéral ni de serre-fil. Bon tout se passe bien.
Les autorités prévenues réquisitionnent les personnels ATOSS pour la fouille (tous les policiers d'Epernay s'y collent), le maire le sous-préfet sont là, les rues sont bloquées. Passons sur les deux heures d'attente, les cours ratés (qui a dit chouette?), la cantine qui ne fonctionnent pas, les problèmes de transmission des infos et des consignes, les élèves qui sont sortis SANS RIEN SUR LE DOS (c'est la consigne), les questions du genre:" C'est quand qu'on recommence? J'ai faim m'sieu. Qu'est-ce qu'on fait des élèves?..."
Bilan: une mauvaise blague: rappel ce genre de c.nn.ries en France peut coûter jusqu'à 1 an de prison et 30 000 euros d'amendes. Et le coupable pas malin s'est fait chopper.
L'évacuation HORS du lycée n'était pas prévue (mais s'est bien passée). Il aurait fallu faire sortir tout le monde avec leurs affaires (ben oui, il a fallu fouiller tous les sacs

)). Un potache s'est finalement discipliné, ils se sont tous très bien comportés (mais c'est un lycée plutôt tranquille, je n'ose pas imaginer la même manip' dans un collège "chaud").
Conséquences: une révision complète des procédures d'alerte (incendie, évacuation, confinement), un prof qui sourit car cela fait des années qu'il répète que les procédures réglementaires sont inopérantes (personne en sait utiliser un extincteur, réagir face à un colis douteux (un jour on en a trouvé un qui contenait un Bleuet, une popotte et de la poudre de champignons hallucinogènes).
Quand je disais que la première chose que je fais quand je rentre qqs part c'est de regarder comment sortir, on souriait courtoisement.
Bon l'histoire n'est pas unique (200 alertes de ce genre par an dans les collèges et lycées de France), mais le proviseur quand elle a reçu le coup de téléphone menaçant, elle a d'abord appelé le Rectorat; il n'y a aucune consigne officielle sur ce point en France, et il lui a été dit d'appeler la Sous-Préfecture, pas la police et il lui a été CONSEILLE d'évacuer. Là je n'ai pas bien compris.
NB:au moins pendant l'attente j'ai appris que les profs de maths prennent des cours de Krav, ce qui nous a permis d'échanger qqs bidouilles; bientôt le GHC en option au lycée....