Bon, devant la pression populaire... la suite...
Après la nuit passé dans notre cabane, autour des Bachseen...

On remet notre kilt et direction le Schwarzhorn...

Nous marchons autour des 2000m pendant deux heures, et les nuages nous laissent parfois entrevoir l'horizon magnifique...

Successivement, de grands noms de l'alpinisme alpin se dévoilent: Wetterhorn, Schreckhorn, Eiger, Jungfrau...

En ce qui nous concerne, on entreprend le dénivelé vers le sommet du Schwarhorn, avec une certitude, la météo connue la veille nous rattrape dès les premiers mètres de montée...

Nous sommes cette fois en plein sur la piste de la marmotte, mais trop peu de soleil pour les voir quitter leur usine souterraine de chocolat et se dorer au soleil...

Le sentier est raisonnablement balisé, mais ça commence à devenir un poil technique, en raison des conditions surtout...


Dernière photo de l'ascension, parce qu'à partir de là, c'est casque, baudrier et longe, sac à dos sanglé et les mains sur la roche...

Face à nous, la première difficulté: début de la progression sur l'arrête (dans le brouillard à gauche sur la photo, ça tombe à pic...) et face à nous, perdus dans le brouillard, 60m d'échelles verticales (la photo ne rend pas l'échelle... c'est un poil plus haut qu'il n'y parait...

)

Une heure de progression, on vient de passer la partie la plus verticale, René en tête se débrouille très bien (plusieurs années d'escalade derrière lui), et le brouillard aide finalement à "oublier" le vide dans quelques passages techniques...
...quand je vois soudain mon René qui se pose sur une pierre. Je le rejoins et lui demande si tout est ok.
Et là, René me dit "Non, ch'ais pas ce que j'ai, je suis comme inquiet et mes jambes ont du mal à se bouger..."

Grande qualité parmi d'autres de René, il sait dire quand ça va pas, et en même temps c'est pas souvent, alors quand ça vient, c'est que c'est à prendre très au sérieux...
Deuxième difficulté de la journée, parce que inattendue...
"Bon, pas de soucis, on sait ou on est, on sait ou on va, on s'y tient et je passe devant"
Petite pause pour discuter, boire et s'alimenter un peu pour remettre René en selle, mais ça a pas l'air d'aller fort, dans la tête surtout.
Faut bouger, et on monte, parce que je vois pas comment redescendre les échelles qu'on a passé il y a quelques minutes, à l'envers et dans ces conditions...
René prend sur lui, sur mes talons, et j'essaie d'être rassurant dans mon train et mes choix, pour ne pas laisser place au doute, d'autant qu'on gravit à présent de la pente enneigée...
Lors des premiers mètres de montée, nous avions aperçu un couple de marcheurs suisses, équipés des pieds à la tête en matos high-tech (North Face, Mammut and co...)...
J'avais argumenté là dessus en disant à René, "T'inquiète pas, y'a du monde devant et ils connaissent le coin...

"
Neige et brouillard, le sommet doit être proche mais le balisage n'est plus depuis un bout de temps, et je marche "au terrain" et avec ma Vector...
Deux silhouettes dans le foehn...
"Regarde René, on n'est plus tout seul"
Mais nos deux amoureux suisses sont paumés, tout équipés qu'ils sont, pas de carte, pas de boussole...

Je taquine un peu pour ne pas laisser les esprits s'affoler encore une fois, et on pause pas, j'emmène ce petit groupe au sommet...
Je suis le seul conscient qu'on y est, et vu l'ambiance, pas le courage de sortir l'appareil...

Petit point topo rapide pour trouver le chemin de la descente, et en route!
Le pierrier qui nous fait descendre est raide mais les esprits sont déjà revenus au beau fixe, malgré la fatigue, d'autant que le soleil réapparait dès qu'on repasse sour les 2500m...

Quelques leçons de cette ascension:
-savoir s'entourer de personnes qui sauront vous dire quand ça va pas, avant que ça n'aille vraiment plus...
-gérer la condition psycho et physique de ses potes, tout autant/et plus que la sienne...
-ne pas partir en montagne sans carte, boussole et connaissance topo, même si ça parait évident...
-la prise de décisions réfléchie, rapide et franche est garante de la cohésion du groupe et des esprits...
La descente vers la Grosse Scheidegg nous trouve assez silencieux...

A suivre...