Pour ceux qui connaissent la succession d'événements ayant conduit à la catastrophe de Tchernobyl, ça y ressemble pas mal (Extrait d'un article de
Mediapart) :
Révélant à Mediapart les premières conclusions de son enquête, Charles-Antoine Louët (de l'ASN, Autorité de Sûreté Nucléaire) explique que, contrairement à ce qu'affirme aujourd'hui l'exploitant, «
on a pu établir lors de l'inspection que le 2 juillet, cinq jours avant l'événement, l'exploitant a constaté une dégradation du bac de rétention, qui avait manifestement été heurté par un engin de chantier. Ils avaient détecté une fissuration, et en dépit de cette fissuration dans le bac de rétention, il n'a pas été procédé à la vidange de la cuve. Et il n'a pas été procédé à la réparation immédiate de cette rétention. Or, nous estimons que l'organisation doit être suffisamment robuste pour que, quand quelqu'un constate quelque chose à un moment donné, l'information arrive en temps utile aux personnes concernées. »[...]
Dans la
lettre de suite qu'elle a publiée sur son site mercredi 16 juillet, l'ASN remarque qu'«au moment de l'incident, l'équipe en poste n'était pas complète. Trois agents étaient manquants, dont le chef d'équipe. Aucune consigne n'a pu être présentée aux inspecteurs sur l'effectif minimal requis et les qualifications nécessaires pour remplacer un chef d'équipe».
[...]
Voici le déroulé des faits tel que l'ont reconstitué les enquêteurs de l'ASN. La chronologie des événements s'étale sur plus de douze heures, de 19h le lundi 7 juillet à 11h le mardi 8.
Tout commence vers le 7 juillet à 19h quand résonne l'alarme dans les ateliers de décontamination de la Socatri, où sont traités les effluents uranifères provenant du nettoyage d'équipements, avant d'être rejetés dans le canal de Donzère-Mondragon.
«Quand le niveau de la cuve devient trop élevé, une alarme se déclenche, destinée à alerter la vigilance de l'exploitant, raconte Charles-Antoine Louët. Or quand l'alarme a sonné, l'exploitant n'a pas été capable d'expliquer pourquoi il y avait un haut niveau de fluide dans la cuve, il a vu que toutes les vannes étaient fermées et s'est donc dit que l'alarme devait être défectueuse. Il a passé outre l'alarme. La cuve a continué de se remplir.»
Or, contrairement à ce que pensent les personnels sur le site à ce moment, une vanne de la cuve est défecteuse : «Cette vanne avait visiblement été mal montée. Et, quand elle était en position fermée, elle laissait quand même s'écouler du fluide», rapporte l'ASN. Et donc, sans que personne ne s'en aperçoive, la cuve continue de se remplir.
A partir de 23h, les choses s'accélèrent : à la faveur d'une ronde nocturne, des agents de la Socatri découvrent que le contenu de la cuve déborde, et s'écoule dans le bac de rétention. Mais ne sachant pas que le bac est fêlé, ils estiment le débord contenu, et donc sous contrôle. Mais vers minuit, ils se rendent compte que la fuite touche désormais le chantier attenant. C'est par le sol de ce chantier, dépourvu de revêtement, que le fluide traverse pour atteindre le cours d'eau.
Mais ce n'est que vers 4 heures du matin, mardi 8 juillet, qu'ils prennent conscience que la fuite s'écoule jusqu'au cours d'eau.
Le temps de comprendre que le bac de rétention fuit, et donc que le fluide s'écoule à terre, pénètre le sol et se rejette dans le cours d'eau, une vingtaine de mètres cubes d'effluents uranifères se sont répandus dans la nature. La longueur du laps de temps entre la découverte de la fuite et la prise de conscience de la gravité de la situation explique la quantité importante de fluides rejetée à l'extérieur de l'usine.
Les problèmes ne s'arrêtent pas là. Car une fois le rejet découvert, c'est une nouvelle chaîne de dysfonctionnements qui s'amorce : l'information des pouvoirs publics n'est pas assez rapide et sous-évalue l'ampleur de l'incident : vers 6h30, Socatri avertit les préfectures du Vaucluse et de la Drôme, et l'ASN, qu'un incident s'est produit sur son site. Mais omet de préciser que la fuite se répand dans la nature. Jugeant les faits peu préoccupants, les autorités ne prennent pas de mesure de précaution en direction des riverains. Ce n'est qu'à 11h du matin, soit quatre heures trente plus tard, qu'un nouveau fax arrive à l'ASN et à la préfecture pour leur annoncer le rejet de la fuite dans le cours d'eau.
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