Mon pote a une fracture ouverte du fémur. On est à 2 jours de marche du toubib le plus proche.
Justement je serais curieux de savoir ce que répondrait un Doc du 112 dans une telle configuration... [oublions l'absence de l'hélico et du portable] ;
Qu'est-ce qu'on fait quand on ne sait pas quoi faire ?
On cherche de l'aide, non ?
En tout cas, rester à côté de l'accidenté quand on ne sait pas quoi faire, je ne vois pas l'intérêt...
Si on n'est pas perdu en forêt profonde au nord du Canada ou dans quelque désert chaud ou glacé, on a quand même une bonne chance de trouver de l'aide pas trop loin, non ?
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En fait, je ne sais pas si je comprends très bien ce que tu essaies de dire ; alors je vais essayer de reformuler ce que j'ai compris de ton propos :
En gros, il faut essayer d'apprendre consciemment à appliquer certaines stratégies adaptées aux situations critiques pour éviter de se retrouver totalement désemparé au moment important de prendre une décision...
On résout le problème de la conscience une fois pour toutes de manière à libérer les capacités de décision et d'action au moment critique.
On opère un dressage neuronal ; on se prépare consciemment à affronter ces situations pour pouvoir réagir en ayant déjà mis au point différentes réponses adaptées (au moins pire...) et ensuite on emmagazine du savoir, on apprend des bases de secourisme, des gestes, etc. en croisant les doigts pour ne jamais avoir à les utiliser...
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après, pour les cas de conscience, ce sont toujours des problèmes indécidables, je pense pour ma part qu'il faut faire confiance à son intuition et agir de manière non-réflexive, c'est-à-dire s'autoriser à avoir une réaction non-consciente.
J'avais déjà vaguement abordé ce sujet dans un de mes premiers posts sur ce forum ;
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H.S.Cela me fait penser aux dilemmes moraux utilisés par les nouveaux philosophes de la morale (
Judith Jarvis Thomson par exemple - je ne suis pas fan je précise...)...
Par exemple, le dilemme du levier : un train se dirige vers 4 personnes qui seront tuées s'il poursuit sa route. L'unique façon de les sauver est de tirer un levier qui déviera le train sur d'autres rails, mais qui tuera alors une personne se trouvant sur sa route...
Dans cette situation, que choisiriez-vous de faire ?
Autre dilemme type : le dilemme du pont : même scénario que précédemment mais cette fois-ci vous vous trouvez sur un pont situé au dessus du passage du train à mi-chemin entre le train qui se rapproche et les 4 personnes qu'il menace de tuer. A côté de vous, sur le pont, il y a une autre personne. Dans ce dilemme, la seule façon de sauver les 4 vies est de pousser l'autre personne du pont sur les rails vingt mètres plus bas. elle mourra si vous le faites, mais son corps arrêtera le train avant qu'il n'écrase les 4 personnes. Pousseriez-vous cette personne innocente vers une mort certaine pour sauver les autres ?
quand on lit ça on se dit qu'il faut être sacrément tordu pour s'imaginer de tels scénarii...
Le dilemme du levier est qualifié d'impersonnel (on agit sur un objet) tandis que celui du pont est dit personnel (on agit sur une personne) ; ils ont beau être équivalents au niveau du résultat de l'action du protagoniste, une majorité de gens trouve moralement acceptable de sacrifier une vie pour en sauver cinq dans le dilemme du levier, mais pas dans celui du pont.
Le meurtre d'une personne dans le dilemme du pont est perçu comme plus immoral que dans celui du levier parce qu'il engendre plus d'émotions aversives, désagréables chez la personne qui s'imagine dans cette situation sans qu'elle soit capable de s'expliquer pourquoi...
La différence entre les deux types de dilemmes moraux résiderait dans un engagement différent des émotions. Pousser une personne dans le vide est plus chargé en émotion que tirer un levier qui, pourtant, produirait les mêmes conséquences... Rien de vraiment bien étonnant me direz-vous...
Ainsi, la morale reposerait plus sur la capacité à éprouver des émotions que sur le raisonnement et la cognition...
Pour finir, chez les nouveaux philosophes de la morale, les émotions dites "morales", comme le sentiment de culpabilité par exemple, conduiraient à adopter des actions réparatrices du tort causé. Leur évitement serait un des principaux régulateurs du comportement social : en gros, un individu fidèle le serait non par vertu, mais par anticipation du "prix affectif" à payer pour son écart de conduite... Cela peut sembler un peu tarabiscoté comme raisonnement mais ces hypothèses ont récemment reçu l'appui de travaux scientifiques de neuro-imagerie.
Et pour rebondir sur ce que disait David, ces dilemmes ont servi de base à des travaux de neuro-imagerie qui tendent à démontrer que la morale repose davantage sur la capacité à éprouver des émotions que sur la raison...
La neuro-imagerie a révélé que deux réseaux cérébraux étaient impliqués dans le jugement moral : le système limbique, siège des émotions, et le réseau de la mentalisation, grâce auquel on adopte le point de vue d'autrui...
Plus précisément concernant les travaux effectués à partir des dilemmes moraux - dont l'objectif était de déterminer dans quelle mesure les structures cérébrales émotionnelles sont activées lors du jugement moral - les observations ont montré que l'activité cérébrale était plus importante lors de l'évaluation des dilemmes dits "personnels" dans le gyrus frontal médian, le gyrus cingulaire postérieur et le gyrus angulaire : des zones connues pour être associées au traitement des émotions...
Voir aussi les études sur le cas
Phineas Gage