Et il faut parfois aller chercher cet ennemi sur un terrain difficile... ce n'est pas une nouveauté, l'histoire militaire est pleine de ces situations.
Mieux vaut être "mal" alimenté que pas alimenté du tout... je te rappelle quand même que, même encore maintenant, certaines armées basent leur logistique sur les ressources présentes en territoire conquis.
Question là encore naïve: quelles sont les armées modernes (pas forcément au sens de technologiquement sophistiquées) qui raisonnent encore ainsi ?
Sauf erreur c'est doublement voire triplement coin:
- ça suppose une guerre de conquête (c'est pas gentil)
- c'est très aléatoire (et expose au risque qu'en face l'ennemi utilise la technique de la "terre brûlée")
- piller est un moyen assez sûr de se faire détester et donc de susciter des mouvements de résistance etc (cf le premier point: si on veut une conquête durable mieux vaut être accepté)
Exemple: de mémoire, pendant la guerre du Viet-Nam les troupes communistes (pourtant affamées etc) ne pillaient pas les stocks des paysans, ce qui contribuait à les rendre acceptables.
Je pense aussi à des exemples relatés dans la presse: même en Ukraine les russes ont évité de faire n'importe quoi ... quand il y avait sur le terrain des officiers qui pensaient avec autre chose que leur deuxième cerveau (et sinon ils ont commis des atrocités).
C'est une analyse purement civile qui veut que chaque objet utilisé doit correspondre parfaitement au besoin.
De ce point de vue je pense que civils et militaires raisonnent pareil: quand on a le choix, on préfère utiliser un matériel adapté. Si on a le temps et les moyens, on fabrique ou achète ce matériel.
Mais sinon on fait avec ce qu'on a.
La différence civil vs militaire c'est peut-être plus le fait que pour les militaires la mission est impérative, et que d'autre part tout cela se fait en dehors du cadre légal/normatif normal.
Il me semble que ça rejoint la différence entre la démarche professionnelle/industrielles et le bricolage : une définition possible du bricolage est qu'on fait au mieux avec ce qu'on a sous la main. Mais autant je peux bricoler chez moi à mes risques et périls, autant je n'accepterais pas que l'électricien ou l'installateur de gaz "bricole" (et lui non plus) : s'il n'a pas la pièce qui va bien, il la commande et il revient plus tard.
Si je m'électrocute avec une installation qui n'est pas au normes, mon électricien sera vraiment dans la mouise (alors que s'il ne fait pas l'installation il risque juste que je gueule). Si une opération militaire laisse trop de gars sur le carreau... c'est pas clair, de ce que je sais (le procès lié à Uzbin me semble, de ce point de vue, un intéressant précédent. En bien ou en mal je ne saurais pas le dire).
C'est presque devenu un fonctionnement permanent pour l'armée française: on peut le déplorer, mais c'est aussi ce qui fait sa force, n'ayant pas pour habitude de s'assoir sur le bord de la piste en pleurant si elle n'a pas le matériel adapté, j'en suis le témoin (voire l'acteur) quotidien.
Une armée moderne ne sert à rien si elle n'est capable d'aucune rusticité ou capacité d'adaptation!
Là encore, point de vue extérieur et naïf : l'armée française est l'armée d'un pays développé. Qui recrute dans une population donnée (urbaine, sédentaire etc). Donc (selon moi) notre "avantage comparatif" peut difficilement être la rusticité: sur ce critère (sauf exceptions individuelles) on ne peut pas facilement rivaliser avec le montagnard afghan, pas plus qu'avec le niakoué vietnamien (et sans doute pas avec le moujik russe).
Jusqu'à récemment il me semble que notre avantage c'était (i) la technologie et (ii) la formation.
Je mets ça au passé parce que :
- sur le plan technologique, il y a eu un grand rattrapage entre le reste du monde et l'occident.
Cf le niveau atteint par l'armée chinoise, j'espère qu'on ne verra pas ce que ça donne en pratique et qu'alors j'aurai tort, mais sur le papier ils nous ont dépassé (les français) sur le plan qualitatif, dans bien des domaines (aviation, marine de surface etc). Pour le quantitatif, il n'y a pas photo.
Regardons juste en Ukraine: la Russie déploie une armada de drones, des moyens de guerre électronique etc, dont nous ne disposons pas encore (sauf erreur de ma part).
- en général les (rares) tankistes ou pilotes français ne bénéficient même pas du minum d'heures d'entrainement selon les normes OTAN (dece que je sais).
Ce n'est pas 2000 mais plus de 5000 militaires (logisticiens compris) qui, en un mois, ont été déployés à 5000km de la France pour effectuer un raid offensif de 1800km en grande partie dans le désert, en devant compter sur leurs seules capacités logistiques, comptées, pour aller déloger de leur grotte des groupes armés qui y étaient installés depuis plusieurs années.
Pour obtenir le même résultat, une armée comme l'armée américaine, qui n'a pas la capacité d'adaptation et qui sait difficilement fonctionner en mode dégradé comme sait le faire l'armée française, aurait nécessité quatre à cinq fois plus de troupe et un temps de déploiement multiplié par 2 ou 3... laissant ainsi à l'adversaire le temps d'organiser sa résistance.
L'armée française a fait le choix de se placer en "déséquilibre avant" pour prendre son adversaire de vitesse... quitte à puiser dans les capacités physiologique des soldats: c'est un choix tactique que la RICR a permis!
Merci pour ces explications.
Je comprends bien que la capacité à "frapper le premier" sans attendre que tout soit prêt (pendant que l'ennemi est sensé attendre poliment) soit une qualité précieuse.
Mais je persiste à trouver anormal que, des mois après cette offensive, notre armée n'ait pas pu nourrir (et loger, laver, etc) correctement les militaires, où qu'ils soient. Les sociétés minières ou pétrolières y arrivent, partout, pratiquement dans n'importe quelles conditions, du sud Algérien à l'Alaska en passant par la mer du Nord.
Que la ration "de combat" soit utilisée au combat, c'est logique, mais de ce point de vue il semble qu'elle était perfectible puisqu'on lance la ration "force au contact"... le contact c'est pas le combat, justement ?
Autre question: quand on voit la variété des terrains sur lesquels nos soldats (vous) sont envoyés, est-ce que le concept d'une ration standard est pertinent ? D'autant que les déploiements
dans nos colonies en Afrique sont fréquents.
On ne vous envoie pas en camouflage centre-europe dans le désert.
Donc pourquoi ne pas avoir prévu, aussi, des rations adaptées en fonction du contexte ?
Quitte à conserver en stock (métropole) un truc "par défaut" qui sera le moins mauvais compromis tant qu'on ne sait pas où ça va pêter.
PS: j'espère je ne dis rien d'offensant, c'est pour moi une occasion d'apprendre puisqu'en effet je vois ça en peks. Et si c'est trop HS que les divinités tutélaires du forum se sentent libre de déchaîner leurs foudres.