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Stages de survie CEETS

Auteur Sujet: [Photos gores] Les graves dangers des explosifs (IMG)  (Lu 62301 fois)

09 mars 2008 à 12:35:03
Réponse #25

François


Pour protéger les tympans de l'effet de souffle, il faut non seulement ouvrir la bouche mais aussi les trompes d'Eustache. Ce sont des canaux qui relient le nez (ou la bouche ?) au conduit auditif. On peut les ouvrir, plus ou moins facilement, en baillant par exemple.

Si on peut prévoir le moment de l'explosion, le plus malin c'est incontestablement de s'éloigner ou de se protéger du souffle et des projections derrière quelque chose de solide et stable.
Si on se couche à terre, le faire perpendiculairement à la direction de l'explosion, les effets internes sont un peu moins destructifs. Protéger en priorité le tronc et la tête.
Dans tous les cas, quelqu'un qui a subi un "blast" un peu important doit être examiné par un médecin, même s'il ne présente aucun symptôme bizarre ni blessure visible. Certaines lésions internes ne se manifestent que plusieurs heures après, et elles peuvent être mortelles, contrairement à un tympan éclaté.
Espérer le meilleur, prévoir le pire.

09 mars 2008 à 14:17:22
Réponse #26

guillaume


Moi je dis, wiki :doubleup:.

Vous parlez tous du blast et de ses effets mais c'est quoi au juste? Un souffle? Comment ça marche?

a+

09 mars 2008 à 14:42:11
Réponse #27

Pics (Vincent.D)


Salut Guillaume on parle de patient "blasté" pour qualifier un patient qui a subit les effets d'une explosion.
En simplifiant bcp,
Une explosion (détonation où déflagration(différence de vitesse) s'accompagne de plusieurs effets dévastateurs sur le corps.
Un "mur" de surpression qui avance très vite et va au contact du corps lui transmettre une augmentation très brutale de pression.(c'est un peu comme si on te plongeais dans les fonds abyssaux en 1/1000em de sec..
Si c'est un blast aérien(explosion dans l'air) l'augmentation de pression va se communiquer en premier sur les organes qui contiennent de l'air,ex oreille avec rupture de tympan,Syst digestif,poumons avec avec éclatement relatif d'alvéoles(bon,là c'est très simplifié)
Si c'est un blast liquidien(explosion dans l'eau) c'est aux organes remplis de liquide que cette sur pression va se communiquer en premier.(ex rate)

C'est un des effets du blast.
Après tu as les brulures(déplacement d'un front de flamme)
Les trauma par effet missile. Tout les objets entre le centre de l'explosion et le futur patient vont voler plus où moins fort vers lui et le heurter(un partie en tout cas)
Et le 2em effet missile,si l'explosion est assez forte c'est le patient qui va se transformer en"missile" et la bein c'est gros trauma à l'atterrissage en plus.

Pour les photos de traumatisme des mains,c'est plus proche d'un résultat d'une explosion en milieu confiné(qui fait céder le contenant...ici la main)
Bon hein,c'est du vite fait,de mémoire,et très simplifié
@++
« Modifié: 09 mars 2008 à 19:01:36 par pics »
KISS

09 mars 2008 à 18:56:30
Réponse #28

Ghjallone


Moi je dis merci pour les photos ...

Si on m'avait montré cela pour commencer, j'aurais peut-être moins fait l'idiot par la suite.

Alors, expérience perso (à 16 ans) :  essai de fabrication d'un explosif détonant - je ne connais plus la recette, fournie par un copain calé en chimie mais "interdit" d'expérience chez lui. Il s'agissait d' envoyer le gaz d'une lampe à carbure dans je ne sais plus quelles solution, récupérer le précipité, faire sècher .... Et bien quand le précipité en question a commencé à sècher, étalé sur du papier journal, il a fait des grains. Et moi, avec le doigt, j'ai voulu écraser gentiment, pour accélérer le séchage. Toute la poudre a explosé aussi sec. Je dis bien explosé! Sans choc ni source de chaleur préalables. Je n'ai rien vu, j'ai été étourdi et brûlé à la main - sans gravité. Mais j'avais peur d'ouvrir les yeux ... Ce n'était ma première connerie, mais c'est la première qui m'a fait peur, celle que j'ai immédiatement regrettée ...

Je suppose que l'ensemble n'étais pas encore assez sec ... et puis c'était bien étalé, c'est cela qui a du réduire les effets de l'explosion, mais c'était autre chose que l'explosion d'un gros pétard du commerce! Impossible de chiffrer la masse, et encore moins la masse "sèche" du produit en devenir.


Oui, c'est facile de fabriquer des trucs ultra dangereux!

On ne s'imagine pas ... l'équivalent de quelques cuillers à café de poudre humide, étalée sur la un journal ...

Malheureusement, je n'ai jamais vu un prof de chimie donner un avertissement sérieux aux élèves, du genre à celui qui est fourni dans ce post.

Maximil, merci ... pour mes petits-enfants, qui seront ados avant qu'on ait eu le temps de s'en rendre compte! Je ne voudrais pas qu'ils soient trop "sages", mais seulement mieux avertis.
pas mieux... a 15 ans on m'a expliqué comment faire de la nitro... sans me dire qu'il fallait refroidir la réaction en permanence. heureusement que j'ai eu l'idée de bosser dans des récipients souples, je m'en suis tiré avec juste un tres gros bleu sur la poitrine :-[
sinon, pas mal de gens font du peroxyde d'acétone, seulement tres peu savent que quand on l'a fait, on ne peu plus rien en faire... c'est tellement instable que le simple fait de le bouger le fait partir...
en fait les explosifs sont tres simples a fabriquer, mais tres difficiles a mettre en oeuvre: de nombreuses personnes font des pipe bombs, avec de simples mélanges de chlorate, découvrent qu'en ajoutant un produit(que je ne nommerai pas) on augmente la puissance de l'explosion, mais ne savent pas que ce truc les rend plus instable... et la grenade qu'ils viennent de fabriquer leur saute entre les mains quand ils la ferment...
moralité: les explosifs,ben vaut mieux les laisser aux gars dont c'est le métier.
j'ai toujours pardonné a ceux qui m'ont offensé.
mais j'ai la liste.

09 mars 2008 à 19:18:32
Réponse #29

Maximil


Concernant les explosifs maison:

pas mieux... a 15 ans on m'a expliqué comment faire de la nitro... sans me dire qu'il fallait refroidir la réaction en permanence. heureusement que j'ai eu l'idée de bosser dans des récipients souples, je m'en suis tiré avec juste un tres gros bleu sur la poitrine :-[
Si c'est que ça, ca va encore ;)

Citer
sinon, pas mal de gens font du peroxyde d'acétone, seulement tres peu savent que quand on l'a fait, on ne peu plus rien en faire... c'est tellement instable que le simple fait de le bouger le fait partir...
houla faut pas exagerer quand même ;) cela dépend de la pureté des mélanges et contenant et du mode de préparation. Ensuite, certains mélanges le sensibilisent. Maisc'est vrai que cela reste un explosif primaire qui peut exploser parcequ'on le regarde de travers. Pour le conserver de façon plus sécuritaire, si on lit un peu, on remarque qu'un taux d'hygrométrie superieur à 35% le rend moins sensible. Mais de toutes façons, quel interêt d'en fabriquer suffisament pour le conserver ?

Citer
en fait les explosifs sont tres simples a fabriquer, mais tres difficiles a mettre en oeuvre
encore une fois je modère un chouia ces propos si tu me le permets. Un explosif est assez simple à fabriquer (très, quand même pas). La mise en oeuvre est simple mais contraignante si on veut rester dans le domaine de la sécurité.
La simple idée de faire un pipe bombs, est déjà une connerie en soi.
Ma moralité: on peut faire ce que l'on veut (et qui reste légal, est-il nécessaire de le rappeler ?), du moment que l'on sait ce que l'on fait et avec les sécurités qui sont necessaires (c'est là que le bat blesse). Cela sous-entend que la fabrication de grandes quantités, pipe-bomb, etc. est à mon avis totalement proscrite (à ne pas faire).

Pour ceux que cela interesse, plutôt que les youtube, dailymotion et autres sites "à la c*n", allez plutôt faire un tour dans les bibliothèques des universités de chimie, les cr d'experience de labo etc. et confrontez toujours vos sources, cela vous donnera de précieuses indications sur les véritables risques, les quantités travaillés, les mesures de sécurité etc. Et ne jamais oublier que les entreprises Nobel (inventeur de la dynamite, pour les plus jeunes qui ne le savent pas) ont réussi à se faire sauter la gu..le plusieurs fois, avec des morts à chaque fois.

Un conseil d'un mec qui a la chance d'avoir ses deux mains entières: enfin, un détonateur (allumeur) electrique à distance est quand même vachement plus fiable/sécuritaire que la mèche à allumer au briquet.

Guillaume: le blast est le souffle, mais il est rentré dans le langage courant à la fois comme l'onde de choc et le souffle. Pour aller plus loin, tu peux aller voir ces liens
Lésions par explosions (côté technique)
Les blasts et ses lésions (côté médical)
Fabrication maison de stylo-plume , roller , bouchons de bouteilles , kubotan , koppo-stick etc... http://maximil.chez-alice.fr/index.htm
Photographies de Maximil
Patines de chaussures de Maximil

09 mars 2008 à 19:25:46
Réponse #30

Pics (Vincent.D)


Maxi,ton lien "les blasts et ses lésions" :up: :up:
Hop favoris...
Hé,Hé...Pics content,même de mémoire je dis pas trop de conneries ;D
@++
KISS

09 mars 2008 à 19:36:47
Réponse #31

Ghjallone


Concernant les explosifs maison:
 Si c'est que ça, ca va encore ;)
 houla faut pas exagerer quand même ;) cela dépend de la pureté des mélanges et contenant et du mode de préparation. Ensuite, certains mélanges le sensibilisent. Maisc'est vrai que cela reste un explosif primaire qui peut exploser parcequ'on le regarde de travers. Pour le conserver de façon plus sécuritaire, si on lit un peu, on remarque qu'un taux d'hygrométrie superieur à 35% le rend moins sensible. Mais de toutes façons, quel interêt d'en fabriquer suffisament pour le conserver ?
 encore une fois je modère un chouia ces propos si tu me le permets. Un explosif est assez simple à fabriquer (très, quand même pas). La mise en oeuvre est simple mais contraignante si on veut rester dans le domaine de la sécurité.
La simple idée de faire un pipe bombs, est déjà une connerie en soi.
Ma moralité: on peut faire ce que l'on veut (et qui reste légal, est-il nécessaire de le rappeler ?), du moment que l'on sait ce que l'on fait et avec les sécurités qui sont necessaires (c'est là que le bat blesse). Cela sous-entend que la fabrication de grandes quantités, pipe-bomb, etc. est à mon avis totalement proscrite (à ne pas faire).

Pour ceux que cela interesse, plutôt que les youtube, dailymotion et autres sites "à la c*n", allez plutôt faire un tour dans les bibliothèques des universités de chimie, les cr d'experience de labo etc. et confrontez toujours vos sources, cela vous donnera de précieuses indications sur les véritables risques, les quantités travaillés, les mesures de sécurité etc. Et ne jamais oublier que les entreprises Nobel (inventeur de la dynamite, pour les plus jeunes qui ne le savent pas) ont réussi à se faire sauter la gu..le plusieurs fois, avec des morts à chaque fois.

Un conseil d'un mec qui a la chance d'avoir ses deux mains entières: enfin, un détonateur (allumeur) electrique à distance est quand même vachement plus fiable/sécuritaire que la mèche à allumer au briquet.

Guillaume: le blast est le souffle, mais il est rentré dans le langage courant à la fois comme l'onde de choc et le souffle. Pour aller plus loin, tu peux aller voir ces liens
Lésions par explosions (côté technique)
Les blasts et ses lésions (côté médical)
mouais... j'ai un pote qui était tres bon en chimie, et qui avait un matos de fou! du coup, je te dis pas les saloperies qu'on a pu fabriquer"juste pour voir"... je me rapelle d'un bidon de 20 litres de mélange au chlorate avec un ajout de ce dont je parlais plus haut. avec le recul, je me demande pourquoi 20 litres... on l'a fait sauter a quelques centaines de metres avec un détonnateur a ampoule, ca a fait un cratere de 2 metres de profondeur... donc si deux gamins de 15 piges peuvent produire assez d'explosifs pour faire tomber un immeuble, imagine ce que peut faire un gars qui veut VRAIMENT faire du mal! c'est ce que je voulais dire en parlant de "facilité de production".
je sais, c'était tres c*n... m'enfin, le matos plus le manque d'expérience, ca donne ca...au mieux.
on a meme fabriqué du dichlore a un moment, mais ca c'est une autre histoire,et c'est encore plus c*n...
j'ai toujours pardonné a ceux qui m'ont offensé.
mais j'ai la liste.

09 mars 2008 à 19:52:45
Réponse #32

Maximil


L'avantage avec ces produits, c'est qu'il sanctionne très rapidement les "idiots" ou les malchanceux va-t-on dire.

Nota: si on pouvait rester dans le technique et éviter les souvenirs d'enfance, merci...  ::)
Fabrication maison de stylo-plume , roller , bouchons de bouteilles , kubotan , koppo-stick etc... http://maximil.chez-alice.fr/index.htm
Photographies de Maximil
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12 mars 2008 à 14:31:36
Réponse #33

Criss Kenton


Je suis overbooké en ce moment mais la tentation était trop grande  :bang:
Méchant Maxi  :wife:  ;D


Bon, je vais commencer par des définitions et autres généralités :

Combustion :

Il s’agit d’une réaction d’oxydo réduction avec l’oxygène (O2 de l’air ou O2 contenu dans la matière explosible). La réaction de combustion se propage selon un mécanisme de transfert thermique : conductibilité + rayonnement.
Elle se caractérise par la vitesse de combustion VC qui est fonction de la pression engendrée par les gaz de combustion.

Ordre de grandeur : 1cm/s < VC < 100 m/s

Il s’agit typiquement du régime de fonctionnement normal des poudres propulsives et des propergols.

Remarque : de nombreuses substances explosives peuvent se consumer sans exploser (cf definition de l’explosion).


Déflagration :

Combustion rapide générant une onde de choc dans le milieu environnant (mais pas dans la substance explosive).

La déflagration est avant tout une réaction thermique (énergie mécanique << énergie thermique). Elle se traduit principalement par un transport de masse et de chaleur : l’effet « boule de feu ».
Néanmoins, la vitesse du front de flamme VF, cad la vitesse de déplacement de la dite boule de feu est relativement « lente » (subsonique) et reste de l’ordre de la vitesse de combustion Vc (vitesse limitée par le transfert thermique).

L’onde de choc générée par la déflagration a en général une amplitude relativement faible (surpression inférieure à la pression ambiante, soit < 1 bar). Cette onde se déplace à une vitesse supersonique inférieure à 1000m/s dans le cas de la déflagration.

Remarque : /!\ les effets d’une déflagration peuvent être importants ! Une surpression de moins d’un bar ne paye pas de mine mais vous allez voir par la suite que ça peut suffire pour faire pas mal de dégâts.


Détonation :

Décomposition extrêmement rapide qui engendre une onde de choc dans la matière explosive (réaction chimique plus rapide que le transfert thermique). L’onde de choc crée dans le matériau entretien la réaction chimique (P et T élevées).

Contrairement à la déflagration, la détonation produit environ autant d’énergie mécanique que d’énergie thermique. Dans le cas de cette réaction, les phénomènes mécaniques de choc et convection agissent de concert avec les phénomènes de transfert thermique.

La vitesse du front de flamme VF est dite rapide (supersonique), elle peut atteindre l’ordre du km/s.

La surpression générée par une détonation est de 30 à 60 fois plus importante que la pression ambiante, voire plus dans le cas des explosifs condensés (masse volumique élevée). La vitesse de détonation D est généralement comprise entre 1000m/s et 10 000 m/s.

Remarque : La vitesse de détonation D est une constante de l’explosif. Elle augmente avec la masse volumique de ce dernier.

Exemples :
TNT : D = 6900m/s à densité max.
TATB : D = 7970 m/s à densité max.
Nitroglycérine : D = 7600 m/s
Hexogène : D = 8750 m/s à densité max.


Explosion :

Transformation chimique rapide d’un explosif en un produit gazeux dont le volume est supérieur au conteneur ou au volume du produit original.

En fait le mot explosion est un terme générique désignant une variation brutale de la pression et de la température conduisant à des effets de destruction.

Dans le domaine des explosifs on s’en sert le plus souvent pour décrire les effets d’une déflagration ou d’une détonation, soit onde de choc + « boule de feu ». En effet, les mots déflagration et détonation concernent des réactions qui ont lieu dans la substance explosive. Le mot explosion concerne généralement les conséquences de l’une de ces deux réactions, cad les effets dans le milieu environnant.

Allez, une petite photo pour vous récompenser de votre patience :



Onde de choc :

Surface à travers laquelle les caractéristiques physiques du milieu (P, pression ; T, température et ρ, masse volumique) présentent une discontinuité : généralement P pour les matières explosives.

Par rapport au milieu dans lequel elle se propage, l'onde de choc est caractérisée par une vitesse supersonique et une surpression.

En tant qu’onde de pression, son mode de déplacement est similaire à celui des ondes sonores : réfraction par les ouvertures et réflexion sur les surfaces solides.

Les ondes de choc les plus puissantes sont le plus souvent générées par une réaction de détonation.
En effet, lors d’une détonation, la réaction chimique est extrêmement rapide, si bien que l’on peut considérer que la matière explosive s’est transformée instantanément en gaz de détonation à très (très) hautes pressions et températures. On observe alors une mise en vitesse brutale de l’atmosphère environnante opérée par une onde de pression aérienne qui se propage dans le milieu extérieur.
Pour faire simple, si on s’attache uniquement à l’étude de la pression, la détonation peut s’apparenter à une explosion de réservoir sous pression (toute proportion gardée).

Remarque : l’eau est un milieu incompressible, de densité supérieure à celle de l’air. Une onde de choc s’y déplace donc plus rapidement et plus longtemps. Il est admis que le rayon mortel de l’onde de choc y est 3 fois plus grand que dans l’air.





Onde de pression aérienne ou onde de souffle :

Une onde de pression aérienne, également appelée onde de souffle, correspond au déplacement d’une surpression dans l’air. La propagation d’une telle onde dans l’environnement se traduit par des variations plus ou moins brusques et de plus ou moins grandes amplitudes de la pression en tout point de l’espace.

En un point donné, les variations de pression sont notamment caractérisées par :

-   une phase de surpression, d’amplitude max Ps0, de durée t0 et d’impulsion iS *

-   une phase de dépression, d’amplitude min Ps0-, de durée t0- et d’impulsion iS-

Une image vaut mieux qu’un long discours (notez la maîtrise de mspaint) :


Profil d’une onde de pression aérienne

* L’impulsion correspond à la surface sous la courbe de pression. Dans le cas de l’étude d’une onde de souffle, elle caractérise la durée des pics de surpression, cad la durée de la contrainte.


Caractéristiques d’une onde de pression aérienne :

Je vais vous donner une abaque qui vous permettra de calculer les caractéristiques d’une onde de pression aérienne (pic de surpression, impulsion, etc.) en fonction de la masse de la charge explosive et de la distance au centre de l’ « explosion ». Vous n’obtiendrez pas une super précision, mais ça vous donnera un ordre de grandeur très correct.

Ces abaques sont tirés du TM5-1300, un recueil/banque de données sur les explosifs créée par l’US Army (1968, réactualisé en 1984 et 1990). Ce recueil repose sur une quantité phénoménale d’expérimentations et reste une référence dans le monde de la pyrotechnie depuis maintenant 40 ans.

J’ai volontairement choisi le cas d’une explosion dite « en surface » car il s’agit du cas le plus fréquent : munition, charge explosive posées à même le sol ou à proximité du sol (max hauteur d’homme).

Onde de choc aérienne en surface

Dans le cas d’une telle explosion, l’énergie se disperse dans une demi-sphère d’air. Ceci vient du fait qu’une explosion en surface dissipe peu de son énergie dans le sol.

Voici l’abaque :


Avec :

Ps0 = pic de pression incidente
PR = pic de pression réfléchie (absolue)
Iso = impulsion incidente
Ie = impulsion réfléchie
Ta = temps d’arrivée de la surpression
t0 = durée de la surpression positive
v = vitesse du front d’onde
Lw = longueur d’onde
W = masse de la charge
R = distance au centre de la charge


Bon, les unités de mesure sont les unités anglosaxonnes, il faudra faire quelques conversions :

1 lbf/ft = 47,8803 Pa      1 ft = 0,3048006 m
1 psi = 6894,76 Pa         1 lb = 0,4533924 kg

De plus les abaques sont données pour une charge de TNT, il faudra donc convertir la charge en utilisant l’équivalent TNT.
La charge équivalente TNT est la charge de TNT qui donne la même onde de pression que la charge utilisée. On la calcule à l’aide de l’équivalent TNT k exprimé en kg de TNT/kg de produit. Pour calculer la charge équivalente de TNT, il vous suffit donc de multiplier la masse de votre produit par k.

/!\ L’équivalent TNT est différent pour le pic de pression et l’impulsion.

Equivalents TNT :

   
Explosifs          Equivalent TNT: pic de pression  /  impulsion   
      
Hexocire 91/9   1,09  /  1,07
Hexolite 60 / 39 à 1% de cire   1,10  /  1,06
Hexogane 70, Tolite 30   1,14  /  1,09
Picrate d’ammonium   0,85  /  0,81

Hexogène 40, Tolite 38, Al 17, CireD 5 + CaCl 0,5%   1,21  /  121

Hexogène 31, Tolite 29, Al 35; Cire D 5 + CaC1 0,5%   1,16  /  1,25

Hexogène 45, Tolite 30, Al 20, Cire D 5 + Ca Cl  0,5%   1,27  /  1,38

NO NH 40, Tolite 40, Al 20   1,19  /  1,17

Pentolite    1,17  /  1,15
Picrate d’amonium 50, Tolite 48   0,90  /  0,93
Tolite   1  /  1

2, 2, 2, Trinitroéthyl. 4, 4, 4, Trinitrobutyrate      1,13  /  0,96
Hexogène 42; Tolite 40, Al 18,  Cire 0,7 %, CA. Cl 0,5 %      1,24  /  1,20
Tolite 80, Al 20         1,07  /  1,11

Equivalent TNT des poudres propulsives:

épictète 1350 A   1  /  0,6
épictète 1232 A   1  /  0,6
épictète 1903-2 A   1,2  /  0,7
poudre B   0,6  /  0,6
 "    "      0,004  /  0,04   
isolane - isolite   1,4  /  1,4

Remarque 1 : la liste des équivalents est loin d’être exhaustive, mais il est possible de les trouver dans la littérature scientifique. J’essayerais de fouiller dans le TM5-1300 pour trouver des substances plus courantes.

Remarque 2 : Malheureusement, il est très difficile voir impossible de connaître l’équivalent TNT d’un explosif artisanal. Ce coefficient étant dépendant entre autre de la composition et de la masse volumique de la substance explosive, on comprend aisément que dans le cas des explos artisanaux cela relèverait du cas par cas.

Remarque 3 : Si je ne dis pas de bêtises, les abaques sont donnés pour des explosifs condensés donc les résultats trouvés pour les poudres ne correspondront pas exactement avec la réalité. Néanmoins, je pense que l’ordre de grandeur sera bon. De toute façon, le relevé sur ces abaques ne sera pas un modèle de précision.

Un petit exemple pour la route :

Pour l’Hexogène 45, l’équivalent TNT vaut 1,27 pour le pic de surpression et 1,38 pour l’impulsion. Ce qui fait que notre charge de 5 kg d’Hexogène produit une onde de souffle ayant un pic équivalent à celui produit par une charge de 6,35 kg de TNT et une impulsion équivalente à celle générée par 6,9 kg de TNT.

Quelle surpression je me prends dans la tronche si je me place à 2 m ?

R = 2 m ≈ 6,562 ft
W = 1,27 x 5 = 6,35 kg ≈ 14 lb
Z = R/Q1/3 ≈ 2,7

Je reporte sur mon abaque (utiliser un « logiciel de dessin » et zoomer pour plus de précision) et je trouve une surpression d’environ 200 psi soit environ 13,8 bar.

Si je suis à 2 m je me mange donc une surpression de 13,8 bar dans la tronche !


Effets/Dégâts :

Lorsque l’onde va rencontrer une structure (bâtiment, véhicule, etc..), cette dernière va tout d’abord subir l’effet de souffle engendré par le pic de surpression. Ce phénomène est extrêmement violent. Si la structure n’a pas été détruite lors du passage de la surpression, elle en ressort très fragilisée. Vient ensuite la phase de dépression, qui va créer une aspiration opposée à l’effet de souffle précèdent. Bien souvent, les structures, déjà fortement endommagées, ne résistent pas à cette sollicitation. Ce qui explique pourquoi, suite à une explosion, il est fréquent de voir des murs ou des arbres  tomber dans le sens opposé à celui de l’onde de souffle.


Pour beaucoup de personnes, la puissance destructrice d’une onde de choc aérienne dépend uniquement de l’amplitude du pic de surpression. Or, bien que l’amplitude de la dépression semble ridiculement petite par rapport à celle de la surpression, ses effets sont loin d’être négligeables.

La durée des phases de surpression et dépression, ainsi que leurs impulsions jouent également un rôle considérable dans l’étude des effets d’une onde de souffle. Effectivement, plus l’application d’une contrainte est étendue dans le temps, plus cette contrainte aura de l’effet.

C’est bien beau tout ça me dirais vous, mais ça n’avance pas à grand-chose si on n’a pas d’ordres de grandeur pour apprécier la corrélation entre les caractéristiques de l’onde et les dégâts causés…

Et bien vous avez raison !

Voici le « Guide technique relatif aux valeurs de référence de seuils d’effets des phénomènes accidentels des installations classées » mis à disposition par le ministère de l’écologie :

http://www.drire.gouv.fr/ile-de-france/environnement/guides/Risque/Guide_technique_valeurs_de_ref_des_seuils_effets.pdf

Vous trouverez :
Page 11, les valeurs relatives aux seuils d’effets de surpression
Page 19, les valeurs relatives aux seuils d’effets thermiques


BLAST :

Tout a été très bien dis dans les posts précédents, je me permet juste de rajouter un lien et deux abaques tirées du TM5-1300 :

Effets du BLAST, analyse et statistiques :

http://www.sfar.org/sfar_actu/ca97/html/ca97_046/97_46.htm





SOURCES:


- Bibliothèque personnelle
- TM5-1300
- Explosive Shocks in air - Kinney G.F. & Graham K.J.
- Shock waves and explosions - Sachpev P.L.


Sinon, excellent post Maximil :up:

Juste un petit truc: tu dis que la proportion de munitions chimiques est de 1 sur 3 soit environ 30%
Ca peut être vrai si on compte les projectiles au phosphore et les projectiles éclairants (à vérifier).
La proportion de munitions chimiques toxiques (phosgène, ypérite, etc.) est inférieure à 1 sur 10, soit 10%.

Le pourcentage de munitions toxiques ramassées par le service du déminage est en moyenne de 5% (vérifié chaque année).
Le pourcentage de munitions toxiques consommées par les allemands entre 1915 et 1918 représente moins de 10 % de leur consommation totale en munitions et ils ont été de loin les plus gros utilisateurs...
Je vais essayer de remettre la main sur les tonnages de toxiques et la consommation de munitions.


PS: j'ai bientôt fini de trier mes dossiers, tout devrait tenir sur un DVD-Rom. Maximil, dès que c'est fait je t'envoie un mail et je te le poste. Triptop je t'en ferais un aussi, ça pourrait te servir dans ton boulot ;)

Criss Kenton, qui curieusement n'a jamais éprouvé le besoin de bricoler des explosifs depuis 1983

12 mars 2008 à 14:34:03
Réponse #34

triptop


"Honi soit qui mal y pense !"

12 mars 2008 à 14:58:18
Réponse #35

Maximil


Merci pour ces précisions techniques. Je suis preneur pour ce DVD. Nota, l'onde de choc et cet effet de souffle (surpression, dépression) sont très clairement visibles dans une vidéo sur l'explosion d'un obus atomique (oui, un obus !, vidéo des années 1960), trouvables sur le net.

Si certains veulent d'autres infos ou des détails sur des points particuliers, c'est faisable.
Ceux qui ne se rendent pas compte de la puissance que peut representer 5 ou 7kg de TNT, vous pouvez allez voir une de mes vidéos qui montre simplement 0,10gr d'explosif. Ca vous fera une idée. Sinon, le net regorge de vidéo en tout genre.


Fabrication maison de stylo-plume , roller , bouchons de bouteilles , kubotan , koppo-stick etc... http://maximil.chez-alice.fr/index.htm
Photographies de Maximil
Patines de chaussures de Maximil

12 mars 2008 à 15:20:31
Réponse #36

Maximil


Quelques liens au passage:

- le TM5-1300 est trouvable ici:
http://www.ddesb.pentagon.mil/TM%205-1300,%20November%201990.pdf
C'est un PDF un peu lourd, ca fait juste 73 Mo :)

- les textes législatifs et règlementaire sur les explosifs en France :
http://www.industrie.gouv.fr/sdsi/deei/wdeei31.htmlt
Fabrication maison de stylo-plume , roller , bouchons de bouteilles , kubotan , koppo-stick etc... http://maximil.chez-alice.fr/index.htm
Photographies de Maximil
Patines de chaussures de Maximil

14 mars 2008 à 10:55:01
Réponse #37

Criss Kenton


Je viens de retrouver les infos concernant le tonnage de munitions chimiques durant la première guerre mondiale.

Tonnage des agents toxiques utilisés sur le front:

Allemagne: 52 000 T
France: 26 000 T
Angleterre: 14 000 T
Autriche - Hongrie: 8000 T
Italie: 6 00 T
Russie: 5000 T
USA: 1000 T




Par contre je ne connais pas la proportion de munitions chimiques au sens large (phosphore, etc.)
Mais AMHA toutes munitions chimiques confondues on reste loin du 30%.
Une chose dont je suis sur c'est que les munitions toxiques représentent 5% des munitions retrouvées sur le sol français.

Nota: pendant la seconde guerre mondiale, les nazis avaient fabriqué des quantités colossales de neurotoxiques (tabun, sarin), ils avaient à disposition un arsenal toxique très très bien fourni. Heureusement ils ont eu des scrupules à l'utiliser (à cause des représailles entre autre). Je vous dis pas la big sueur froide des forces alliées quand elles ont découvert les entrepôts et les usines  :o ^-^


Sources:

J'ai récupéré les histogrammes sur un support de formation du service du déminage, mais je suis sûr à 99% qu'ils proviennent de ce bouquin:
La Grande Guerre chimique 1914-1918 - Olivier Lepick
http://www.amazon.fr/Grande-Guerre-chimique-1914-1918/dp/2130495400/ref=pd_bbs_sr_1?ie=UTF8&s=books&qid=1205488220&sr=8-1

Criss Kenton, toxique depuis 1983

14 mars 2008 à 11:28:35
Réponse #38

Maximil


Attention à ce que l'on entend par toxique. La présence de picrate dans le sol est consideré comme toxique aujourd'hui, or tu vois bien les proportions d'explosifs sur base d'acide picrique d'époque susceptible de former cela maintenant...  :down:
Et phosphore, phosgène etc... sont à mon sens des armes chimiques.
Fabrication maison de stylo-plume , roller , bouchons de bouteilles , kubotan , koppo-stick etc... http://maximil.chez-alice.fr/index.htm
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14 mars 2008 à 11:54:11
Réponse #39

Criss Kenton


Attention à ce que l'on entend par toxique. La présence de picrate dans le sol est consideré comme toxique aujourd'hui, or tu vois bien les proportions d'explosifs sur base d'acide picrique d'époque susceptible de former cela maintenant...  :down:
TAFDAK mais je raisonnais en fonction d'armes toxiques par destination. En englobant les munitions conventionnelles chargées en mélinite alors ok pour le 1 sur 3. Ca se tient. Mais officiellement il s'agit de munitions conventionnelles et elles sont traitées comme tel.

Et phosphore, phosgène etc... sont à mon sens des armes chimiques.
Oui oui il s'agit d'agents chimiques. Mais le phosgène est classifié agent toxique.
Les munitons toxiques sont toutes des munitions chimiques mais la réciproque n'est pas vraie (au sens de la classification).

Pour la majorité des gens munitions chimiques = munitions toxiques (ypérites, phosgène, arsines, etc.) alors que les toxiques sont une sous catégorie de munitions chimiques. Et toutes ses munitions sont classifiées Armes Chimiques en effet. Je voulais simplement nuancer :-[

Enfin voila on va pas pinailler sur les mots, l'important est le facteur risque de toxicité représenté par les munitions anciennes toutes catégories confondues et là je suis d'accord avec le 1 sur 3  ;)

Donc 1 munitions ancienne sur 3 représente un risque de toxicité pour l'être humain TAFDAK

Si tu veux Maximil, je peux faire un post sur les caractéristiques des agents toxiques les plus courants, soit Ypérite et phosgène + un post sur les picrates si je trouve matière. Je sais qu'il ne s'agit pas d'explosifs, mais ton fil a une portée un peu plus large non?

PS: Ta culture personnelle m'épate, comme quoi la curiosité n'est vraiment pas un vilain défaut. Ah oui et merci pour la version pdf du TM5-1300  :up:

Criss Kenton, qui essaye de maintenir sa curiosité intacte depuis 1983

14 mars 2008 à 19:50:11
Réponse #40

Criss Kenton


Bon, je suis mal élevé j'ai pas attendu l'autorisation du taulier...
Maximil, si tu veux que le fil reste centré uniquement sur les sunstances explosives, je créerais un fil dédié aux agents toxiques.

Attention c'est lourd, très lourd, limite indigeste, mais je pense que ça peut interesser nos amis évoluants dans le domaine médical, et les autres curieux aussi hein, y'a pas de raison!

Je me suis limité aux deux agents tox les plus utilisés pendant la WWI soit l'Ypérite et le phosgène. J'ai rajouté le chlore car c'est un produit que l'on utilise dans la vie quotidienne.

En intro je vous ai mis un paragraphe destiné à vous familiariser avec les termes employés, voili voilou!

Bonne lecture


Paramètres de toxicité des produits chimiques

L'intoxication, conséquence de la pénétration du toxique dans l'organisme, se manifeste par des effets délétères. Pour les agressifs chimiques de guerre, seule la toxicité aiguë est recherchée. Le degré de toxicité est inversement proportionnel à la quantité de toxique nécessaire. Pour les toxiques à l'état vapeur, la quantité inhalée Q (exprimée en mg) dépend de la concentration atmosphérique du toxique C (exprimée en mg/m3) et du volume d'air inhalé (exprimé en m3).

Le volume total d'air inhalé est égal au volume inspiré par minute (généralement 10 litres/min, soit 0,01 m3/min pour un homme ayant une activité normale) multiplié par la durée de l'exposition aux vapeurs t (exprimée en minutes). Il est alors possible de définir le produit C.t (exprimé en mg.min/m3), comme un paramètre caractérisant le toxique inhalé lorsque celui-ci n'est pas métabolisé dans l'organisme. La loi de Haber, édictée avec les suffocants (chlore, phosgène), énonce que le produit C.t = k (constante). On peut comparer la toxicité aiguë des produits sous forme vapeur à partir des valeurs statistiques suivantes :

- CtL100 (Ct létal 100%), produit Ct qui entraîne la mort de 100% des sujets exposés,
- CtL50 (Ct létal 50%), produit Ct qui entraîne la mort de 50% des sujets exposés,
- CtI50 (Ct incapacitant 50%), produit Ct qui entraîne un effet incapacitant de 50% des sujets exposés au toxique.
Des concentrations atmosphériques à ne pas dépasser ont été définies pour les personnels exposés aux produits chimiques industriels inhalés en milieu professionnel et susceptibles d'entraîner une toxicité chronique. Ces valeurs limites servent de références en médecine du travail et comprennent :

- la valeur limite d'exposition (VLE) ou concentration à ne pas dépasser pendant 15 minutes d'exposition en milieu professionnel. Ce paramètre présente un intérêt pour apprécier le risque de toxicité aiguë,
- la valeur limite de moyennes d'exposition (VME) ou concentration supportable 8 heures par jour, 5 jours sur 7, pendant toute une vie professionnelle, sans entraîner d'effets nocifs chez la majorité des personnels exposés.
Un paramètre appréciant la toxicité d'un produit chimique industriel ou d'un agressif chimique de guerre est la concentration présentant un danger immédiat pour la vie ou la santé (IDLH : Immediately Dangerous to Life or Health). L'IDLH correspond à la concentration à laquelle il ne faut pas être exposé pendant plus de 30 minutes afin d'éviter tout effet néfaste.

Aux Etats-Unis, l'American Industrial Hygienist Association publie des lignes directrices pour la planification de mesures d'urgence (ERPG pour Emergency Response Planning Guidelines), en cas d'exposition d'une heure aux substances toxiques. Trois niveaux ont été définis : ERPG-1, 2 et 3.

- ERPG-1 : concentration maximale d'un toxique dans une atmosphère, non décelable par son odeur et n'entraînant, après une heure d'exposition, que des effets mineurs et transitoires sur la santé. Cette concentration est adaptée à la population générale.
- ERPG-2 : concentration maximale d'un toxique dans une atmosphère, n'entraînant pas d'effets sérieux et irréversibles sur la santé pour la presque la totalité des individus exposés durant une heure. A cette concentration, les interventions peuvent s'effectuer sans protection.
- ERPG-3 : concentration maximale d'un toxique dans une atmosphère, à laquelle presque tous les individus peuvent être exposés pendant une heure sans danger mortel. Ce niveau de concentration justifie le port d'équipements de protection. Lorsque les agressifs chimiques sont à l'état liquide, la toxicité dépend de la dose absorbée au niveau de la peau ou du tractus digestif, exprimée généralement en milligrammes par kilo ou en mg si l'on estime la masse corporelle moyenne d'un homme adulte à 70 kgs.

Chaque composé est caractérisé par les valeurs statistiques suivantes :

- la DL50 (dose létale 50%), dose qui entraîne la mort de 50% des sujets intoxiqués,
- la DI50 (dose incapacitante 50%), dose qui entraîne l'incapacité de 50% des sujets intoxiqués.
Au niveau des téguments, le toxique peut exercer une irritation locale et/ou pénétrer dans l'organisme par voie percutanée. Les phénomènes d'irritation locale se rencontrent avec les produits comme les bases fortes, les acides concentrés, les solvants, les détergents et peuvent évoluer vers des ulcérations et des nécroses.

Lorsque la molécule migre de la surface de la peau vers le réseau circulatoire en traversant la couche cornée de l'épiderme et le derme, un effet systémique peut apparaître. L'épaisseur de la couche cornée est variable selon les zones corporelles. Dans la région des plis, des organes génitaux et des paupières, cette épaisseur est faible (0,05 mm pour les paupières), l'absorption du toxique est alors facilitée. En revanche, lorsque l'épaisseur de la couche cornée augmente, comme sur la paume des mains et la plante des pieds (où elle est supérieure à 2 mm), ou sur le dos (1,5 à 2 mm) l'absorption est plus faible.

De nombreux autres facteurs conditionnent aussi l'absorption cutanée d'un toxique :

- la masse molaire du produit,
- la solubilité dans l'eau et les lipides (les petites molécules, à la fois hydrosolubles et liposolubles, pénètrent rapidement à travers la couche cornée essentiellement lipophile mais aussi à travers le reste de l'épiderme majoritairement hydrophile),
- la durée d'exposition,
- la quantité de toxique déposée par unité de surface cutanée,
- la température de la peau et la température extérieure,
- l'existence ou non d'un courant d'air au contact de la peau,
- l'humidité et la transpiration qui augmentent la perméabilité cutanée.
La pénétration peut également s'effectuer au niveau des glandes sébacées, des glandes sudoripares et des follicules pileux. L'épiderme a tendance à retenir les substances hydrophiles, tandis que les tissus adipeux retiennent les composés lipophiles comme les solvants organiques.




Les vésicants

Les vésicants sont des agents létaux persistants qui provoquent des brûlures, des vésications et des nécroses lorsqu'ils sont au contact de la peau, ainsi qu'une toxicité générale. Les principaux sont l'ypérite au soufre (H ou HD lorsqu'elle est distillée), les ypérites à l'azote (HN1, HN2, HN3), la lewisite (L) et l'oxime de phosgène (CX).



Les ypérites

Le sulfure de 2,2'dichloroéthyle (ou ypérite au soufre, ou "gaz moutarde") est l'agent vésicant le mieux connu. L'ypérite au soufre a été utilisée pour la première fois comme toxique de guerre par les troupes allemandes dans la nuit du 12 au 13 juillet 1917 près de la ville d'Ypres, d'où son nom. Abondamment utilisée par les deux camps pendant la 1ère Guerre Mondiale, puis dans d'autres conflits, son emploi a été redouté pendant la Guerre du Golfe en 1991.

Propriétés

L'ypérite au soufre est un liquide huileux incolore ou légèrement jaunâtre, qui émet rapidement des vapeurs incolores plus denses que l'air, sentant la moutarde ou l'ail. Elle est très peu soluble dans l'eau (0,8 g.L-1 à +20° C), au contact de laquelle elle s'hydrolyse en formant de l'acide chlorhydrique et des polyols comme le thiodiglycol. A forte concentration, elle forme des micelles insensibles à l'hydrolyse. Sa persistance est de quelques jours dans l'eau courante et de quelques mois dans l'eau stagnante. En revanche, elle est soluble dans les solvants organiques et les graisses. Elle est peu volatile et d'une grande stabilité chimique. Sa température de fusion étant de +14,5° C, son caractère persistant est très prononcé dans des conditions climatiques froides ou tempérées. A +40° C, la persistance est inférieure à trois jours, mais à +10° C, elle dépasse une semaine. Bien que sa température d'ébullition soit très élevée (+227,8° C), des vapeurs dangereuses sont générées par explosion ou par évaporation à température ordinaire. La concentration atmosphérique des vapeurs croît avec la température.

Les ypérites à l'azote, à température ambiante, sont des liquides dont l'odeur de poisson ou de savon est d'autant plus prononcée qu'elles sont impures. Elles sont représentées par trois molécules dont la seule susceptible d'avoir une application militaire (HN3 ou 2,2',2''trichloroéthylamine) n'a jamais été utilisée dans un contexte militaire. Les deux autres, HN1 et HN2, sont aussi des amines à radical chloréthyle. Elles ont donné naissance à une classe de produits thérapeutiques cytotoxiques (Alkéran®, Caryolysine®, Endoxan®).

Les ypérites sont caractérisées par un pouvoir de pénétration très rapide : en moins de trois minutes, elles pénètrent dans tous les matériaux usuels (bois, peintures, vêtements ordinaires, cuir, gants chirurgicaux en latex), nécessitant d'entreprendre très rapidement les opérations de décontamination.

L'ypérite au soufre, toxique sous forme liquide et vapeur, exige des protections cutanées et respiratoires, d'autant que les vapeurs franchissent également la barrière cutanée. Sous forme liquide, la DL50 de l'ypérite au soufre est d'environ 100 mg/kg, soit 7 g (ou environ 5 ml) pour un homme de 70 kg. Ceci correspond à une atteinte d'environ 20 à 25% de la surface corporelle. Lorsqu'une goutte d'ypérite est déposée sur la peau, 80% du volume s'évaporent et 20% pénètrent. Totalement indolore, la pénétration s'effectue en moins de 3 minutes. La sensibilité des téguments dépend de leur finesse et de la densité en glandes sudoripares et sébacées. Certaines zones anatomiques (visage, cou, aisselles, espaces interdigitaux, plis unguéaux, organes génitaux) sont plus perméables, de même que la peau humide de transpiration.

Les cibles tissulaires de l'ypérite sont la peau, les yeux, les voies respiratoires, le tube digestif, la moelle osseuse et le SNC. Un blessé ypérité est considéré comme un brûlé immunodéprimé.


Mécanismes d'action des ypérites

Différentes hypothèses ont été avancées.

- Alkylation des molécules biologiques : l'ypérite pénètre dans la cellule par une simple diffusion. La pénétration transcutanée est très rapide (1 à 4 µg/cm2 min), facilitée par l'humidité, la chaleur et au niveau des zones corporelles où l'épaisseur de la couche épidermique est faible. L'ypérite subit ensuite une cyclisation qui la transforme en cation épisulfonium au pouvoir électrophile très élevé. Elle attaque alors les sites biologiques possédant un centre nucléophile riche en électrons, comme les atomes de soufre (groupement thiols), d'azote (groupements aminés) ou d'oxygène (groupements carboxyliques). L'ypérite alkyle les protéines et les acides nucléiques. En particulier, elle établit des liaisons covalentes stables avec les deux brins d'ADN, ce qui inhibe la synthèse protéique et les mitoses par un effet radiomimétique. Ces propriétés cytostatiques, cytotoxiques et mutagéniques altèrent particulièrement les cellules à division rapide (couche basale germinative de l'épiderme, moelle hématopoïétique, muqueuse intestinale).

- Déplétion en thiols et atteinte de la régulation du Calcium intracellulaire : l'ypérite provoque une baisse du glutathion intracellulaire, ce qui perturbe l'homéostasie des groupements thiols, inhibe le transport de l'ion Ca++ et active les processus cataboliques Ca++ dépendants : dégradation des protéines, cassures de l'ADN, hydrolyse des phospholipides.

- Peroxydation lipidique : la déplétion en glutathion provoque aussi une augmentation des concentrations en peroxyde d'hydrogène et en radicaux libres, secondairement responsables de la perte d'intégrité des membranes et de cytolyse par peroxydation de leurs phospholipides.

- Activation des poly-ADP-ribose polymérases par les ADN altérés : elle provoque une déplétion en NAD+. Il en résulte une inhibition de la glycolyse, une activation de la voie des hexoses-phosphates, une libération de protéases qui participent à la formation des vésicules. Les vésicules résultent de la rupture de la jonction dermo-épidermique, de l'extravasation locale, d'infiltration de leucocytes, de la libération de cytokines et de médiateurs de l'inflammation. Le résultat est une nécrose cellulaire associée à une réaction inflammatoire. La lésion cutanée ressemble plus à une toxidermie avec épidermolyse (syndrome de Lyell) qu'à une brûlure thermique.

Symptomatologie de l'intoxication par l'ypérite

Elle résulte de l'effet de contact du toxique avec certains organes (œil, voies respiratoires et peau) et des effets systémiques du toxique ayant pénétré dans l'organisme.

Les effets oculaires sont les premiers à apparaître après une exposition à des vapeurs, les yeux étant les organes les plus sensibles. Le délai d'apparition des symptômes dépend de la valeur du Ct.

- Si l'intoxication est légère : 4 à 12 heures après le contact apparaissent un larmoiement, des picotements, une sensation de brûlure qui s'accroît alors que la vision devient floue.

- Si l'intoxication est forte : en 3 à 6 heures apparaissent une conjonctivite, un blépharospasme avec douleur intense et photophobie. Il existe un œdème de la cornée avec afflux de leucocytes qui peut durer plusieurs semaines. Le processus cicatriciel diminue les mouvements de la pupille et prédispose les victimes au glaucome.

- Si l'intoxication est sévère (dans < 1% des cas, par gouttelette d'ypérite dans l'œil ou auto-contamination), les symptômes apparaissent en 1 à 2 heures, dominés par une douleur intense, une photophobie et un blépharospasme.
Une kérato-conjonctivite et des ulcérations cornéennes accompagnent l'œdème et les vésications palpébrales. Une infection secondaire est fréquente. Une cécité peut apparaître, temporaire le plus souvent. La cicatrisation est lente et les séquelles fréquentes.

Les symptômes respiratoires et leur délai d'apparition dépendent également du Ct. Les lésions commencent au niveau des voies aériennes supérieures et s'étendent progressivement.

- Si le Ct est faible, les effets se limitent au nez, aux sinus et au pharynx (irritation, sensation de brûlures, hypersécrétion, épistaxis).
- Si le Ct est élevé, l'atteinte des voies respiratoires s'étend à la trachée et aux bronches, conduisant à une toux productive. Les bronchioles et les alvéoles ne sont touchées qu'en phase terminale ou en cas de forte intoxication.
Dès la 1ère heure qui suit l'exposition à l'ypérite, les muqueuses nasales, sinusales et pharyngées sont atteintes. Entre 2 et 16 heures apparaissent un œdème inflammatoire de la muqueuse, des éternuements avec rhinorrhée muco-purulente, une sinusite sévère, une pharyngite avec nécrose de la muqueuse entraînant la formation de pseudomembranes épaisses de couleur jaune, qui obstruent les voies aériennes, et une laryngite avec sensation de strictions dans la poitrine. Entre 16 à 48 heures apparaissent une toux productive sévère contenant des débris muco-purulents, une obstruction des bronchioles par les pseudomembranes provoquant une atélectasie, une dyspnée et une tachypnée, un œdème pulmonaire, des hémorragies alvéolaires. La mort peut survenir en moins de 24 heures par laryngospasme ou par asphyxie mécanique résultant du dépôt des pseudomembranes, ou entre 2 et 4 jours par broncho-pneumonie chimique secondaire, ou plus tard, entre 8 et 11 jours, en cas de surinfection.

Les effets cutanés se succèdent en trois phases. La contamination est insidieuse car indolore. En 30 minutes l'ypérite a déjà pénétré dans le derme. La période de latence, de 1 à 24 heures, est marquée par un érythème (1 à 3 heures) comparable à un coup de soleil accompagné de prurit intense, un œdème (8 à 12 heures) et, pour les fortes doses d'ypérite, des nausées. Entre 13 à 22 heures, apparaissent de petites vésications qui se transforment en phlyctènes en 16 à 48 heures (figure 33). Celles-ci se rompent, laissant des lésions suintantes, puis nécrotiques de l'épiderme et du derme, sièges d'infections dont la guérison demandera plusieurs semaines à plusieurs mois. Une à deux semaines après l'intoxication, l'érythème disparaît mais il persiste des anomalies pigmentaires avec cohabitation de zones hyper et hypopigmentées. Les phlyctènes commencent à guérir si elles sont protégées de l'infection.

Les effets systémiques concernent principalement le tube digestif, la moelle osseuse et le SNC.

Les effets gastro-intestinaux, consécutifs à un œdème suivi d'une nécrose de la muqueuse, se manifestent par une œsophagite, une gastrite et des diarrhées sanglantes.

Les effets sur l'hématopoïèse, identiques à ceux résultant d'une irradiation, sont l'inhibition de la prolifération des cellules souches dans la moelle osseuse et le tissu lymphoïde. Après une augmentation initiale des leucocytes par réaction au stress, leur nombre chute à partir du 2ème ou 3ème jour. Le pronostic est mauvais si la leucopénie devient inférieure à 200/mm3. La diminution des érythrocytes et des plaquettes est plus tardive.

Les effets neurologiques débutent après deux à quatre heures et durent plusieurs jours. Ce sont des manifestations cholinergiques (myosis, nausées, vomissements, tremblements) associées à un état de malaise, de fatigue, d'anxiété, d'agitation ou de dépression, une névrose ou des troubles de la personnalité.

Au total, l'intoxication par les ypérites expose à des risques infectieux à court terme, hématopoïétiques à moyen terme, tératogènes et cancérogènes à long terme. La mortalité globale est faible, inférieure à 5%.




Les suffocants

Les agents suffocants sont des toxiques chimiques létaux qui pénètrent dans l'organisme par les voies respiratoires, entraînant une irritation au niveau de la trachée et des bronches, et agissent sur le tissu pulmonaire en créant un œdème lésionnel. La plupart sont des produits industriels chimiques comme le chlore, le phosgène, l'isocyanate de méthyle ou l'ammoniac, certains pouvant être utilisés comme arme chimique.

Au plan militaire, la classe des suffocants regroupe le phosgène (CG), le diphosgène (DP), le chlore (Cl), la chloropicrine (PS), le perfluoroisobutylène (PFIB). Ce dernier, obtenu par pyrolyse des polymères du tétrafluoroéthylène comme le Téflon®, est dix fois plus toxique que le phosgène. Il a été produit en grande quantité par l'ex-URSS, mais les Soviétiques n'ont pas pu l'adapter à un vecteur pour en faire une véritable arme chimique. Le PFIB peut être généré lors d'incendies de matériels militaires qui possèdent souvent des constituants en téflon.

En opération, les combattants peuvent être exposés à des substances à effet suffocant comme les vapeurs nitreuses ou les fumigènes, dont la combustion produit du chlorure de zinc qui s'hydrolyse en formant de l'acide chlorhydrique. De même, certains agents irritants comme les lacrymogènes ou les sternutatoires peuvent avoir une action suffocante à forte concentration, notamment en atmosphère confinée


Le phosgène

C'est le toxique le plus caractéristique du groupe des suffocants. Aussi, les mécanismes d'action, les symptômes et la prise en charge des victimes du phosgène peuvent être étendus aux autres agents suffocants. Ceux-ci diffèrent essentiellement par leur hydrosolubilité qui conditionne leur niveau d'action : les composés peu solubles dans l'eau, comme le phosgène, le PFIB et les oxydes d'azote, pénètrent directement jusque dans les bronchioles et provoquent un œdème aigu du poumon (OAP)  ; au contraire, les composés hydrosolubles, comme le chlore et l'ammoniac, agissent au niveau des voies aériennes supérieures.

Le phosgène a été employé comme arme chimique dès le premier conflit mondial. Le 22 juin 1916, à VERDUN, des obus chargés de phosgène furent tirés des lignes allemandes. De nombreuses autres attaques devaient suivre, rendant cet agent responsable de 80% des décès causés par les armes chimiques. Bien qu'il ne soit plus stocké à des fins militaires, le phosgène est un intermédiaire de la synthèse de nombreux produits de l'industrie chimique : colorants, acide chlorhydrique, isocyanates, polycarbonates, polyuréthanes, carbamates, produits pharmaceutiques, herbicides et insecticides. Par ailleurs, la décomposition thermique des hydrocarbures halogénés génère du phosgène qu'il est possible d'inhaler.

Propriétés

Le phosgène est l'oxychlorure de carbone (COCl2) dont la masse molaire est de 98,92 daltons. A température ambiante, c'est un gaz incolore, plus lourd que l'air (densité de vapeur par rapport à l'air : 3,4), dont l'odeur rappelle celle du foin fraîchement coupé. Sa température d'ébullition étant relativement basse (+8,2° C), le phosgène est un composé très volatil au caractère non persistant. Cependant, il peut demeurer pendant plusieurs heures au niveau du sol, lorsque les conditions météorologiques le permettent (température basse, à l'abri du vent). Par ailleurs, les cheveux et certains tissus adsorbants comme la laine peuvent piéger les vapeurs de phosgène et les relarguer dans une atmosphère à température plus élevée (lieu confiné comme une ambulance ou salle d'accueil des victimes). Très peu soluble dans l'eau, il s'hydrolyse à son contact pour donner naissance à de l'acide chlorhydrique (HCl) et à du dioxyde de carbone (CO2). En revanche, il est facilement soluble dans les solvants organiques et dans les huiles. Chauffé à plus de 300° C, il se décompose en émettant du chlore (Cl2) et du CO2.

La toxicité du phosgène (IDLH) apparaît pour 2 ppm, c'est- à-dire 2 cm3/m3, ce qui correspond à une concentration atmosphérique de 8,0 mg/m3. Cette concentration est inférieure au seuil de détection par l'odorat qui est de 22 mg/m3. Certaines personnes à l'odorat sensible pourraient le détecter dès 1 ppm soit 4 mg/m3.

Mécanisme d'action du phosgène

Une partie du phosgène inhalé est hydrolysée au niveau des voies aériennes supérieures. Grâce à sa très faible solubilité dans l'eau, il atteint rapidement les alvéoles pulmonaires. Par son groupement carbonyle, il crée des réactions d'acylation avec les fonctions nucléophiles (amine [-NH2], hydroxyle [-OH], sulfhydryle [-SH]), portées par les macromolécules tissulaires qui constituent la barrière air-sang. L'acylation produit une dénaturation des protéines et des lipoprotéines, une altération irréversible des membranes de structure et des dérèglements du métabolisme cellulaire. Quelques jours après une exposition au phosgène, les teneurs tissulaires en glutathion-réductase et superoxyde-dismutase augmentent, ce qui correspond à une réponse du poumon à l'agression.

La glycolyse et le métabolisme aérobie des cellules pulmonaires sont diminués, ainsi que les teneurs intracellulaires en ATP et AMP cyclique. L'altération progressive de la barrière sang-air laisse passer du liquide des capillaires vers l'épithélium interstitiel et les espaces alvéolaires, dépassant les capacités de drainage lymphatique. Les traitements doivent augmenter la concentration d'AMP cyclique intracellulaire, soit en stimulant sa production (béta-2- adrénergiques), soit en inhibant sa dégradation (inhibiteurs de la phosphodiestérase tels que l'aminopylline).

Symptomatologie de l'intoxication aiguë par les suffocants

Les manifestations respiratoires dues aux suffocants vont de l'irritation bénigne à l'OAP lésionnel, voire au syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA). L'évolution vers l'OAP se produit après une période asymptomatique de 20 minutes à plus de 24 heures. Le dénominateur commun est l'hypoxie due au trouble de diffusion de l'oxygène au travers de la membrane alvéolocapillaire lésée. Dans les formes simples, l'oxygènothérapie peut suffire à condition que les patients soient mis au repos et en observation. Dans les formes plus compliquées, une ventilation artificielle en pression d'expiration positive continue est nécessaire.

A l'état liquide (température < 8,2° C), le phosgène peut provoquer des brûlures de la peau et des yeux. Sous forme vapeur, si la concentration atmosphérique est supérieure à 3 ppm (12 mg/m3), il cause une irritation et une douleur immédiates des yeux et des muqueuses par production locale d'acide chlorhydrique. La sévérité des symptômes dépend de la concentration en phosgène de l'air respiré : irritation de la gorge pour une teneur > 3 ppm (12 mg/m3), irritation des yeux pour une teneur > 4 ppm (16 mg/m3), toux pour une teneur > 4,8 ppm (19,2 mg/m3).

La toxicité dépend de la dose absorbée, c'est-à-dire de la concentration et de la durée d'exposition, mais aussi de l'activité physique des personnes exposées (figure 34).

Si le produit C.t est élevé, le phosgène, peu soluble dans l'eau, pénètre rapidement dans les voies respiratoires jusqu'aux poumons, provoquant une apnée et une bronchoconstriction. La diffusion du gaz dans la circulation pulmonaire entraîne une hémolyse qui provoque la mort en quelques minutes.

Si le produit C.t est compris entre 150 à 400 ppm.min (600 à 1 600 mg.min/m3), la symptomatologie comprend trois phases.

- La phase de pénétration, caractérisée par un larmoiement, une irritation oculaire, des douleurs ou un prurit oro-pharyngé, une toux irritative, une douleur thoracique et une sensation d'oppression. Ce sont les premiers signes de l'intoxication, d'intensité et de durée variables d'un individu à l'autre.
- La phase d'intervalle libre peut s'installer rapidement, dès la fin de l'exposition, pour 2 à 36 heures. Silencieuse, elle correspond à l'accumulation de liquide dans le tissu interstitiel et alvéolaire. La victime doit être mise au repos pendant cette période dont la fin est annoncée par un raccourcissement de la respiration avec ou sans douleur thoracique. Des crépitements peuvent être détectés à l'auscultation de la base des poumons, qui vont devenir plus intenses et s'étendre dans les deux champs pulmonaires. L'examen radiologique révèle une atteinte alvéolaire ou interstitielle. Si l'OAP apparaît dès la quatrième heure, le pronostic est péjoratif.
- La phase d'œdème aigu du poumon se caractérise par une hypoxie, et une cyanose. La séquestration pulmonaire du liquide plasmatique provoque une hypovolémie et une hypotension. L'atteinte respiratoire avec hypoxie et hypovolémie évolue vers un SDRA terminal, la victime se noyant dans son propre liquide plasmatique. Si la phase aiguë de l'OAP est surmontée, l'œdème se résorbe progressivement et le pronostic s'améliore. Mais des complications infectieuses peuvent apparaître (broncho-pneumonie) et, plus tardivement, des séquelles (fibrose pulmonaire).


Le chlore

Le chlore est utilisé comme matière première pour la synthèse de nombreux composés organiques et minéraux. Il est également employé comme agent de blanchiment en papeterie et comme désinfectant dans le traitement de l'eau.

Propriétés

A température ambiante et sous pression normale, le chlore est gazeux (température d'ébullition : -34° C), de couleur jaune verdâtre et plus dense que l'air (d=2,49). C'est un composé volatil non persistant, détectable à partir de 1 ppm c'est-à-dire 2,9 mg/m3. En France la Valeur Limite d'Exposition (VLE) est de 3 mg/m3.

Le chlore est commercialisé à l'état liquide sous pression de vapeur saturante. Sa solubilité dans l'eau est de 7g.L-1 à 20° C. C'est un puissant oxydant qui réagit avec l'eau pour former de l'acide chlorhydrique et de l'acide hypochloreux. Les mélanges de chlore avec l'hydrogène, l'acétylène, l'éthane, l'éthylène et l'ammoniac peuvent exploser sous l'action d'une étincelle, de la lumière ou de certains catalyseurs.

Mécanisme d'action

L'action du chlore sur l'organisme est directement liée à son pouvoir oxydant : il provoque une déshydrogénation de l'eau tissulaire entraînant alors une libération d'oxygène et d'acide chlorhydrique. L'oxygène ainsi formé au niveau pulmonaire produit un œdème lésionnel dont l'acide chlorhydrique aggrave les effets.

Symptomatologie

L'exposition à une faible concentration de chlore (inférieure à 45 mg/m3) entraîne une irritation des muqueuses nasale, oculaire et pharyngée sans conséquence clinique. Si la concentration atmosphérique dépasse 90 mg/m3, des symptômes immédiats apparaissent (sensation de brûlure conjonctivale, larmoiement, rhinorrhée, hypersialorrhée, toux), accompagnés de signes généraux d'intoxication (sensation de suffocation avec anxiété, céphalées, douleurs rétrosternales, abdominales, nausées, vomissements). Dans les cas sévères, s'installe une détresse respiratoire avec cyanose et crachats hémoptoïques. En cas d'exposition plus importante, la complication principale est l'œdème lésionnel du poumon. Les principales séquelles sont l'asthme et l'emphysème.




SOURCE:

CD-ROM Les risques NRBC, savoir pour agir - J.D. Cavallo, J.J. Kowalski, C. Renaudeau et J.Y.Tréguier; sous la direction de Y. Buisson



Pour ce qui est de la mélinite ou acide picrique et des picrates je n'ai pas trouvé grand chose... pas de fiches toxicologique  :(

Dans un de mes cours il est dit que l'acide picrique s'attaque aux métaux lourds (Pb, Ni, Zn, Fe) en donnant des sels, les fameux picrates. Donc pour les munitions à la mélinite, l'explosif bouffe l'enveloppe de la munition pour former des picrates.

Apparement le problème posé par les picrates reléve plus de leur sensibilité que de leur toxicité. Ils se comportent comme des explosifs primaires et rendent la munition instable pyrotechniquement parlant. Les munitions chargées en mélinite sont de vraies bombes à retardement.

Néanmoins j'imagine que dans certain coins le sol peut être saturé en picrates et que le problème de la toxicité se pose, notamment cutanée... et là je séche!  :(

Tout ce que je sais c'est que si inhalé, l'acide picrique peut donner des nausées, diarrhées et vomissements.


Criss Kenton, cybernétiquement toxique depuis 1983

14 mars 2008 à 21:08:36
Réponse #41

raph


un souvenir des méchants  picrates et acide picrique , qui depuis la guerre de 14-18 ont donné le nom de 'piquette' et 'picrate' pour le mauvais vin servi aux poilus.... 

28 mars 2008 à 15:24:17
Réponse #42

jeremy


Salut,

Reporatge au journal de la santé consacré aux bombes artisanales faites part les gamins et aux conséquences catastrophiques

http://www.france5.fr/magazinesante/W00443/4/118178.cfm

C'est la vidéo du 26/03 titre "myopathie de duchène"
Min 6:00 à min 11:40

Info donnée par ma douce, qui vous salut.  ;)
I see in your eyes the same fear that would take the heart of me. A day may come when the courage of Men fails, when we forsake our friends and break all bonds of fellowship, but it is not this day. This day we fight!

28 mars 2008 à 16:08:24
Réponse #43

Lynx


Oulala un cours de physique ca fait mal a la tete quant on a plus l'habitude :)
Je viens juste appuyer votre effort dans la sensibilisation...

Ce Post est ultra utile, non seulement pour prévenir les pétardements juvéniles mal ajustés mais également pour la connaissance générale.
Perso, j'ai été baigné dans les histoires de la guerre 1er, 2e, algerie etc. De tout cela me reste les evocations familiales des blessures attroces faites par les shrapnels et autres engins. La premiére guerre mondiale a laissé des traces horribles... Revoyez la chambre des officiers...

Tout jeune j'ai donc eu la culture de ces dangers, sans doute parce que la famille a été marquée par ces événements...
Ironie du sort, voila que je me retrouve a parcourir un secteur du front parce que ma douce y a ses racines... les munitions sont partout, les bois défoncés sont encore truffés de projectiles divers, les footings au hasard des chemins, les travaux agricoles, bref, le quotidien nous améne a mesure que le temps passe a augmenter la probabilité d'une rencontre avec un engin. Ne serais-ce parce que les vaches en piétinant le sol, parviennent a mettre à jour des sols plus anciens.
Et puis il y a des exercices militaires qui laissent de temps a autre des engins non identifiés...pas forcément identifiable comme dangereux par des néophytes d'ailleurs

Une planche photographique permettant de reconnaitre les engins dangereux, les munitions d'exercices ou de guerre ou autre serait a mon avis de néophyte bienvenu.(?)


Poussière aux pieds vaut mieux que poussière aux fesses. Proverbe Peul

28 mars 2008 à 16:33:15
Réponse #44

Maximil


Une planche photographique permettant de reconnaitre les engins dangereux, les munitions d'exercices ou de guerre ou autre serait a mon avis de néophyte bienvenu.
Certes mais cette planche serait particulièrement grande et peu de gens disposent des droits proprietaire pour toutes ces photos.
Alors suivons l'adage bien connu qui dit: "Objet inconnu, touche à ton c*l".
Fabrication maison de stylo-plume , roller , bouchons de bouteilles , kubotan , koppo-stick etc... http://maximil.chez-alice.fr/index.htm
Photographies de Maximil
Patines de chaussures de Maximil

28 mars 2008 à 20:32:04
Réponse #45

lepapat


On peut réduire les recherches, en connaîssant la région géographique et connaître les conflits qui y a us  ;)
John Wiseman, pardonne-leurs, aux " incultes" de ce forum :D


13 janvier 2010 à 19:46:02
Réponse #46

Wapiti


Avec les explosifs on ne fait qu'une erreur, jamais deux.

22 janvier 2010 à 12:49:48
Réponse #47

LAURENT-COQ


Trés trés intéressant..... mais je ne connaissais pas l'histoire de la farine  ^-^
Je crois que j'y penserai chaque fois que jeferai un pain maintenant  :lol:

22 janvier 2010 à 20:06:40
Réponse #48

Wapiti


Bien dit Maximil.

Attention, même une cartouche (à balle) de fusil trop vieille peut exploser à la chaleur de la main.

Aucun de nous, je crois, n'est compétent pour manipuler des explosifs. Ce fil est certes intéressant mais il s'adresse à des spécialistes que nous ne sommes pas, en tout cas très peu d'entre nous et ils ne se signaleront pas.

La seule chose que nous pouvons faire c'est de marquer l'endroit où se trouve l'objet suspect sans y toucher et de prévenir les autorités : maire, gendarmes, police, pompiers, si nécessaire empêcher l'accès à toutes personnes non autorisés.

Pour le reste, il y en a s'estimant plus malins qui ont essayé, pour beaucoup c'est paix à leur âme.

AMHA fil à édulcorer.

À +

 


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Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
avec bienveillance, curiosité et un appétit pour le dialogue et la réflexion que l'interlocuteur peut susciter. »


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